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Sucrée - salée : Aurélie Saada cuisine l’amour et le soleil
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2026
Elle avait choisi de s’appeler « Lee » plutôt qu’Elizabeth, préférant un prénom androgyne coupant court d’emblée à tout a priori genré sur sa plume et son œil. Lee Miller préférait prendre des photos plutôt qu’en être le sujet, elle dont le corps lui avait échappé dès l’enfance.
Mannequin, photographe, apprentie puis complice de Man Ray, photographe de mode pour Vogue, elle obtient l’une des rares accréditées par l’armée américaine pour suivre les troupes pendant la Seconde Guerre mondiale, avec Margaret Bourke-White et Helen Kirkpatrick. Lee Miller semblait n’avoir rien à perdre, et tout à montrer. Fascinante femme, libre et ingénieuse, Lee Miller donna à voir la vie dans ses infimes détails qui parfois éclairent tout et permettent de mieux comprendre la grande Histoire. Elle documenta la chute de l’Allemagne nazie, la libération des camps et l’Europe sidérée, affamée et meurtrie.
Photojournaliste, Lee Miller écrivait la vie, le réel, en exposant les à côté pour exacerber l’inhabituel, les contrastes. Les légendes de ses photos sont faites du même grain, elle pose sur ses mots le même effet que sur la pellicule, elle solarise pour faire émerger les contours, les détails avec humour, sensibilité, humanisme et une certaine férocité parfois.
Lee Miller est une artiste protéiforme, se réinventant constamment, créant sans cesse. Des photos de et avec ses amis surréalistes à Paris, à sa vie après la guerre à Farley’s Farm où elle s’installe avec son mari, le peintre Rolland Penrose et leur fils Anthony. Souffrant de stress post-traumatique, déprimée, fragile elle fait de cette maison une nouvelle bulle de création. Cette ferme devient la maison des surréalistes, l’endroit où les amis de Paris, de Londres ou d’ailleurs se retrouvent, leur refuge et l’endroit où elle organise l’oubli, et sa reconstruction.
C’est Manon Fleury, la cheffe du restaurant Datil qui poste la première les photos exposées au Musée d’Art Moderne de Lee Miller au fourneau, elles figurent dans la dernière section de cette riche et géniale exposition. La cuisine, Lee Miller s’était formée à Paris et Londres à l'institut du Cordon bleu. Une passion dévorante, créatrice, Lee Miller ne fait rien à moitié. Elle s’engage entièrement dans cet art qui rassemble, nourrit, exprime et soutient. À sa table ses amis, peintress sculpteurs poètes, Picasso Max Ernest, ses amis surréalistes rencontrés à Paris, à Londres, ou ailleurs : c’est leur refuge aussi, elle y organise l'oubli. Une pièce de la maison est dédiée à son impressionnante collection de livres de cuisine : plus de 2 000 ouvrages.
De ses mille vies de Lee Miller, l’histoire n’a failli retenir que la muse, si son fils n’avait pas retrouvé dans le grenier de Farley’s farm à la mort de sa mère toutes ses archives, photos, négatifs, carnets. Elles sont précieusement conservées et voyagent le temps d’exposition comme la rétrospective du MAM à Paris.
La beauté est un atout complexe, elle inspire, mais peut figer aussi, emprisonner, cataloguer, or Lee Miller est une artiste, entière, rebelle et libre. Fascinante.
Avec Fanny Schulmann, conservatrice en chef du Musée d’Art Moderne à Paris et co-commissaire de l’exposition Lee Miller avec Hillary Floe. La rétrospective Lee Miller est à Paris jusqu’au 2 août 2026, elle sera ensuite exposée à Chicago aux États-Unis.
► Pour aller plus loin :
- Les archives conservées par son fils Anthony Penrose et sa petite fille Ami.
- Les vies de Lee Miller d'Anthony Penrose. Seuil.
Lee Miller : A life with food, friends and recipes de Ami Bouhassane, Penrose Film Productions Ltd and Grapefrukt Forlag.
Des extraits du passionnant podcast de Judith Perignon sont diffusés dans l’émission. C'est un podcast « Les grandes traversées » sur France Culture.
►Pour l’écouter.
- Le catalogue de l’exposition Lee Miller au MAM. Éditions Paris Musées
- Sur les traces de Lee Miller à Farley’s farm house
- Le cordon bleu à Paris
- Le sang d’un poète de Jean Cocteau.
Programmation musicale :YEKERMO SEW, de Mulatu ASTATKE.
La recette :
Une page de recettes « les plus farfelues que vous n’aurez jamais vues », de Lee Miller, un artiche de Arthur Gold et Robert Fizdale publié dans le magazine Vogue en Avril 1974.
► The most unusual recipes you have ever seen, Vogue, 1974.
06 juin 2026
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28 Mo