La relation clinique comme expérience de l'Être... esquisse d'une éthique heideggerienne , livre ebook
164
pages
Français
Ebooks
2016
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Publié par
Date de parution
04 novembre 2016
EAN13
9782342057584
Langue
Français
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04 novembre 2016
EAN13
9782342057584
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Français
La relation clinique comme expérience de l'Être... esquisse d'une éthique heideggerienne
Jean-Pierre Graftieaux
Connaissances & Savoirs
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Connaissances & Savoirs
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La relation clinique comme expérience de l'Être... esquisse d'une éthique heideggerienne
Dédicaces et remerciements
Dédicace : cet opuscule est dédié aux Enseignants de l’école éthique de la Salpêtrière sans lesquels il n’aurait pu exister : messieurs les professeurs Dominique Folscheid et Eric Fiat auxquels nous exprimons notre reconnaissance pour leur enseignement.
Remerciements : nos remerciements s’adressent tout particulièrement à monsieur le docteur Michel Geoffroy. Sa belle thèse, La patience et l’inquiétude a inspiré la nôtre. Ses conseils amicaux et sa sollicitude ont fait le reste.
Prologue
J’ai soutenu une thèse de philosophie pratique en 2009 à Paris Est sous la houlette du Professeur Dominique Folscheid, sous le titre initial « les deux consciences, de l’étant-humain à l’Être et retour ». La thèse a ensuite été publiée en 2011 sous le titre « Le soignant et sa conscience, la relation clinique comme présence à l’autre et expérience de l’Être » . Cet opuscule reprend ce titre, qu’il convient ici d’expliquer. Il m’est apparu que la simple lecture de la thèse ne sera pas suffisante à son lecteur pour s’en approprier la valence ontologique, notamment l’éthique pouvant être esquissée de l’ontologie heideggerienne. Que dire de l’ontologie ? Heidegger distingue l’étant de l’être de l’étant. L’étant, la chose ou l’homme voire l’être comme substantif, renvoie à la sphère de l’ontique alors que l’Être de l’étant comme Être en tant qu’Etre, renvoie à celle de l’ontologie, laquelle caractérise une manifestation de la manière dont un étant est.
J’en suis donc venu, pour favoriser le déploiement de la réflexion, à privilégier l’option d’une dissection critique de 3 séries de textes, ayant chacune une fonction didactique. 1) Une exposition globale et brève du texte original, 2) Une étape de « transition ontologique », 3) Un plaidoyer pour une esquisse d’une éthique heideggerienne à l’aune de différents points de vues symptomatiques de son contenu.
Mais déjà, où inscrire la crédibilité d’un médecin qui choisit la philosophie pour critiquer la médecine ? Je suis venu à la philosophie par la pratique médicale : la médecine véhicule en effet des présupposés philosophiques qu’il convient d’interroger à distance de sa pratique. Neuro-anesthésiste, la notion de la conscience est au cœur de ma pratique : la faire perdre (problème technique) est mon métier mais m’interroger sur la mienne comme celle d’un soignant (problème éthique) l’est tout autant. La question posée est de savoir si les diverses définitions tant scientifiques que philosophiques de la conscience suffisent à rendre compte de la conscience morale du soignant. Dans le cas contraire, d’où cette conscience tiendrait-elle sa légitimité ?
J’ai introduit une dimension ontologique au cœur de la relation clinique, en faisant de celle-ci une relation vécue sous d’autres auspices que ceux délivrés exclusivement par l’épistémologie biologique, ou par un asservissement à l’imagerie médicale. Pourquoi ontologique ? Parce que la détermination ontique (empirique) du sentimentalisme – pitié, compassion, amour – ne semble pas suffisante pour ancrer durablement une relation éthique, position déjà défendue par Michel Geoffroy dans sa thèse la patience et l’inquiétude, car, sans retour, les relations basées sur le sentimentalisme s’oxydent. Ontologique encore parce qu’on ne saurait raccrocher la conscience à quelque critère neuro-biologique constitutif de l’objectivté fonctionnelle cérébrale. Ontologique enfin, parce que la conscience morale du soignant ne peut pas être de nature cartésienne, comme seule présence à soi mais surtout comme présence à l’autre. Ontologique en ce que la relation renvoie à l’autre par son Être.
Pourquoi avoir choisi l’ontologie heideggerienne ? Suivant Heidegger, ce qui est c’est l’Être, l’homme n’étant qu’un existant, un étant, un Dasein ou être-là, que le philosophe nomme Souci, mais un étant à qui l’Être se manifeste, se dévoile. Quand un patient est inquiet il l’est parce que, au travers de l’épreuve, son Être lui rappelle sa mortalité. Par essence, le Dasein se tient dans l’ouverture de l’Être. Heidegger considère que l’homme (Dasein) est le dépositaire (le berger) d’une structure originale, appelée Être, toujours déjà-là, antérieure à ses manifestations ontiques. Une structure qui enjoint l’homme à se pro-jeter, à ek-sister en se libérant du monde de l’anonymat où il a été jeté, et à s’anticiper pour devenir un être-au-monde, où il sera aussi un être-avec-autrui en tant qu’il va y rencontrer d’autres hommes qui s’y trouvent également. L’idée fondamentale de Heidegger est que l’être – ou ouverture de l’être – a besoin de l’homme et que l’homme n’est à son tour homme que pour autant qu’il se tienne dans l’ouverture de l’Être.
Quelle éthique dégager de l’ontologie heideggerienne ? Ce n’est pas l’être-dans-le-monde qui est la condition du Dasein, mais au contraire c’est le Dasein, c’est-à-dire l’ouverture à son Être et à celui de tous les hommes, qui est la condition de son être-dans-le-monde . L’homme n’est pas assigné qu’au seul dévoilement de son Etre car il en va aussi de tout homme envers tous les Etres. L’ontologie heideggerienne peut être donnée comme un exemple de conscience morale où la moralité de la conscience n’est pas conscience de l’Être mais conscience d’être dans une relation authentique dans son rapport à autrui.
Heidegger montre l’importance de la médiation de l’ontologie pour accéder par l’ontique, aux humaines manifestations… ce qui est autre chose que d’appliquer l’ontologique à l’ontique. De même que le Dasein s’ouvre à son Être, la conscience du soignant s’ouvre, par l’Être, à l’homme. La condition de trouver l’homme est d’atteindre à cette part d’être cachée en lui. Comment y accéder ? En la laissant-être suivant une approche phénoménologique, caractérisée non plus comme un objet de la conscience, mais comme tentative de « faire voir ce qui se montre de lui-même tel qu’il se montre à partir de lui-même » . L’Être n’est plus objet de conscience mais la dimension de la manifesteté de l’étant… pour le soignant, de l’homme souffrant. C’est ce dans ce laisser – être l’autre qu’Heidegger voit la plus haute forme de sollicitude dans le rapport à autrui, que l’expérience phénoménologique donnée par la relation clinique permet d’illustrer.
La thèse développée est donc la suivante : la conscience peut non seulement être distinguée en conscience de soi et conscience de l’autre, mais être aussi saisie (outre une perspective psychologique (empirique) selon une perspective ontologique, lui conférant comme conscience soignante sa moralité, son humanité avec son assignation à sa responsabilité pour l’homme. La temporalité spécifique de l’être-avec-autrui, comme co-présence nécessaire à la rencontre interpersonnelle avec lui, introduit dans le domaine de l’être et de l’autre : le temps est le lieu de l’Être, la temporalité du soin est le lieu du rapport à l’autre… deux considérations de nature ontologique auxquelles la conscience ne peut que souscrire lors de la relation clinique où la conscience est enjoint par l’Être à un être-pour-autrui. Clinique… ce mot, en tirant son sens du klinê , du lit et chevet de l’homme couché, renvoie à une modalité d’être de l’homme malade, dont le dévoilement n’est pas seulement le contenu de ses symptômes, mais aussi celui d’un être-là, autorisant l’émergence des notions de sujet, de personne, de dignité, de souffrance, de vulnérabilité, d’humanité. La relation clinique, permet ainsi le dévoilement, à partir du contexte de soin, d’une vérité ontologique donnée dans l’immanence d’une même temporalité, celle de la manifestation de l’être-malade, source d’obligation morale et de responsabilité pour le soignant ne laissant aucune place au commettre de la technique médicale. Se tenir dans l’ouver ture, loin de constituer une possibilité de saisie de l’Être, constitue la condition de possibilité du laisser-être-l’autre, condition d’accès à un rapport de transcendance avec autrui, comme modalité d’accès par l’Être, à l’insolite de la singularité du patient. Une conscience morale qui participe alors d’un principe soignant comme ouverture originelle à autrui, pouvant se décliner lors de vulnérabilités existentielles, jusqu’aux situations où la thérapeutique s’avère impuissante. La relation clinique est le lieu et la possibilité pour le soignant d’une adéquation de son être-au-monde et de son être-avec-autrui.
Nous pouvons postuler que la relation clinique peut être donnée comme expérience de l’Être et qu’il existe une éthique heidegérienne.
Heidegger était-il un philosophe nazi ?
Heidegger et sa philosophie seraient disqualifiés pour certains, après la parution des « Cahiers Noirs », en raison de compromission avec le régime nazi, quand on ne fait pas de lui un antisémite théoricien du nazisme. Un point de vue qu’il convient de fortement nuancer. On pourrait même avancer, en dépit de ces réserves, qu’il existe une éthique heideggerienne intégrée à l’histoire de l’être.
Le contexte : un fort contexte antisémite prévalait en Allemagne et en Autriche durant la période précédant l’avènement du nazisme. Un contexte qui se nourrissait, entre autres, d’une fiction issue du Protocole des Sages de Sion 1 consistant à attribuer aux juifs