Profession médecin de famille
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Description

« Médecin de famille » L’expression en dit beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Cette figure est chargée de symboles, de souvenirs d’enfance, d’émotions intenses et d’expériences de vie marquantes. Elle véhicule son poids d’histoire et de réalité contemporaine. Et, parce que l’expression est riche, il est difficile d’en faire le tour en quelques mots ou quelques pages.
Marc Zaffran raconte ici comment la médecine générale est devenue, sous ses yeux, une spécialité à part entière qui exige de hautes compétences scientifiques et relationnelles, ainsi qu’une ouverture d’esprit et une créativité importantes. On ne naît pas médecin de famille, on le devient. Le livre est dédié à tous les étudiants en médecine, dans toutes les spécialités, à leurs professeurs, et aussi au grand public qui connaît, et aime, les livres de Martin Winckler.
Né en Algérie et médecin de formation, Marc Zaffran a exercé en France comme médecin de famille en milieu rural et en milieu hospitalier. À partir de 1987, il publie sous le pseudonyme de Martin Winckler des ouvrages dans des styles très différents : romans, récits autobiographiques, contes, recueils de nouvelles, articles scientifiques, analyse filmique de séries télévisées, essais sur le soin, manuels médicaux pour le grand public. Il vit maintenant à Montréal, avec sa famille.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 janvier 2012
Nombre de lectures 4
EAN13 9782760627406
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Collection dirigée par Benoît Melançon
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Zaffran, Marc
Profession, médecin de famille
(Profession) Comprend des réf. bibliogr.
ISBN (ePub) 978-2-7606-2740-6
1. Omnipraticiens. 2. Médecine familiale - Pratique. 3. Médecine familiale - Aspect social. 4. Zaffran, Marc. I. Titre. II. Collection ῀ : Profession (Montréal, Québec).
R729.5.G4Z33 2011 610.69’5023 C2011-942563-7
Dépôt légal ῀ : 4 e trimestre 2011 Bibliothèque nationale du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2011
ISBN (papier) 978-2-7606-2243-2 ISBN (PDF) 978-2-7606-2741-3 ISBN (ePub) 978-2-7606-2740-6
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition.
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
IMPRIMÉ AU CANADA EN DÉCEMBRE 2011

Préambule
À celles et ceux Qui s’en viennent.
« ῀ Médecin de famille. ῀ »
L ’expression en dit beaucoup plus qu’on ne l’imagine. La figure du médecin de famille est chargée de symboles, de souvenirs d’enfance, d’émotions intenses et d’expériences de vie marquantes. Elle véhicule son poids d’histoire et de réalité contemporaine. Et, parce que l’expression est riche, il est difficile d’en faire le tour en quelques mots ou quelques pages.
Lorsque j’étais étudiant en médecine, en France au cours des années 1970, j’ai lu plusieurs livres écrits par des médecins de famille (à l’époque, on disait « ῀ médecins généralistes ῀ » ou « ῀ omnipraticiens ῀ ») alors en activité. L’époque était propice à la réflexion et aux publications sur le sujet. Certains de ces livres m’ont durablement marqué.
Trente-cinq ans plus tard, j’entreprends à mon tour de décrire comment la médecine générale est devenue, sous mes yeux, une spécialité à part entière, qui exige de hautes compétences scientifiques et relationnelles, ainsi qu’une ouverture d’esprit et une créativité importantes. Cette définition, à elle seule, a de quoi rebuter des étudiants incertains de leurs capacités. Mon but en écrivant ce livre est de leur montrer que ces qualités ne sont pas innées et ne concernent pas seulement des individus hors du commun. On ne naît pas médecin de famille, on le devient, par la force des choses et aussi par une série de hasards et de choix.
Je n’ai pas pour vocation d’épuiser le sujet ῀ : des équipes entières de praticiens-écrivains s’y emploient, de manière bien plus méthodique. J’aspire, plus modestement, à présenter ma profession à ceux qui n’en ont qu’une vision partielle et peut-être partiale, aux étudiants, hommes et femmes, qui, intrigués par la médecine de famille, sont peut-être inquiets ou hésitants à l’idée de s’y engager.
Pour décrire au mieux ce que j’ai appris au cours de ces trente-cinq années de formation, de pratique et de réflexion, j’ai choisi une forme un peu particulière ῀ : celle d’un récit autobiographique couvrant quatre décennies. Certains lecteurs pourront s’en étonner. Cependant, comme Jacques Ferron, William Carlos Williams, Norbert Bensaïd et tant d’autres médecins-écrivains dans le monde, je suis intimement persuadé que la narration est l’outil humain le plus polyvalent et le plus « ῀ naturel ῀ » pour communiquer du savoir, des émotions, des réflexions et des valeurs.
Certes, j’ai fait mes études dans les années 1970, exercé en cabinet médical rural du début des années 1980 à 1993 et dans un hôpital de province jusqu’en 2008, tout cela en France. Au futur médecin de 2011 au Québec, ma pratique personnelle pourra de prime abord sembler très éloignée, peut-être même un peu exotique.
Mais si la réflexion et la formation médicales ont encore, au Québec, trente ans d’avance sur la France, nombre de problématiques sont similaires ῀ : difficultés d’accès aux soins, manque de disponibilité des médecins, mauvaise gestion des ressources matérielles et humaines, charges administratives écrasantes, influences négatives des industriels de la santé. Les enjeux professionnels et éthiques de la pratique médicale, la spécificité de la médecine de famille et les aspirations des professionnels sont strictement identiques des deux côtés de l’Atlantique, comme ils le sont partout sur la planète.
La médecine de famille ne s’est pas construite du jour au lendemain. Son histoire en tant que discipline reconnue est toute jeune. Même si son évolution n’a pas été exactement la même partout dans le monde, la nature de ses activités et les questions scientifiques, sociales, politiques et éthiques qui la traversent et qu’elle soulève n’ont pas de frontières géographiques ou culturelles.
Les particularités de la médecine de famille au Québec m’ont éclairé sur celles de mon propre exercice passé et récent. J’espère que ce récit d’une pratique très proche par son esprit aura sur les lecteurs le même effet de mise en perspective et d’éclairage que celui dont j’ai bénéficié depuis mon arrivée au Canada.
Mais ce préambule est déjà trop long.
Installez-vous donc, j’ai quelques histoires à vous raconter.
Découverte
J ’ai treize ans et je suis aux anges.
Assis à la place du passager dans une Renault 4L, j’accompagne mon père dans une de ses tournées. On est en mai 1968 et, bien que nous ne vivions qu’à quatre-vingt kilomètres de Paris, les jets de pavés et de grenades lacrymogènes entre étudiants et policiers me semblent se dérouler sur une autre planète. La route qui défile devant nous est plate comme la main, tout comme les champs de céréales qu’elle traverse. Nous sommes en Beauce, le « ῀ grenier à blé ῀ » de la France. La 4L tangue, vibre et ondule, mais je n’ai pas le mal de mer, je suis heureux.
Mon père, Ange Zaffran, me parle en conduisant.
J’adore mon père. Il ressemble un peu à Edward G. Robinson dans ses rôles de truands, mais il ne m’a jamais fait peur. À mes yeux, il est la bonté incarnée.
Il est médecin généraliste dans une petite ville française de 10 ῀ 000 ῀ habitants, Pithiviers. Il s’y est installé en 1963 après avoir exercé la médecine en Algérie pendant près de vingt ans. Son cabinet médical est situé au rez-de-chaussée de notre logement, une « ῀ maison de docteur ῀ » depuis plusieurs générations, mais dans laquelle nous vivons depuis cinq ans seulement. Chaque jour à 17 ῀ heures, quand je rentre du lycée, je le trouve assis dans son bureau, la porte ouverte, après le départ du dernier patient. En attendant de sortir faire ses visites à domicile, il lit l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné ou un hebdomadaire de courses hippiques ῀ : comme des millions de Français, il joue au tiercé tous les dimanches. Lorsque j’apparais à la porte de son bureau, il me demande comment s’est passée ma journée ῀ ; je commence à lui dire ce que j’ai appris et je m’assieds sur le divan d’examen sur lequel des patients se sont allongés quelques minutes ou quelques heures plus tôt. Il m’écoute et, au détour d’une question j’ai toujours des questions à lui poser , il se met à me parler de son enfance, de la ville où il a grandi, de l’école qu’il a fréquentée.
Le téléphone sonne ῀ ; c’est l’épouse d’un de ses patients. Elle aimerait savoir quand il va passer le voir. À la manière dont Ange lui répond, je comprends qu’elle a déjà appelé, qu’elle est inquiète. Il dit qu’il part sur-le-champ et, comme il n’a pas fini de me raconter son histoire, il me propose de l’accompagner.
Il remet les lunettes qu’il essuyait pensivement quelques instants plus tôt, se lève, saisit une petite sacoche posée sur un meuble, sort du bureau, se plante au pied de l’escalier et appelle ma mère pour la prévenir qu’il part en tournée.
Il lui dit le nom des patients qu’il va voir, afin qu’elle puisse le joindre si quelqu’un d’autre demande une visite entre-temps. Les cellulaires n’existent pas encore, et nombre de gens n’ont pas le téléphone chez eux, mais ma mère sait toujours chez qui le joindre.
Beaucoup de patients de mon père vivent hors de Pithiviers, dans un rayon de vingt kilomètres. Même s’il n’a que quelques visites à faire, si c’est aux quatre coins du canton, la tournée peut durer trois heures. Nous rentrerons seulement passé l’heure du souper.
Quand j’accompagne mon père, nos conversations ont toujours deux versants. En partant vers le domicile d’un patient, il continue l’histoire qu’il avait commencé à me raconter ῀ : comment un prof de violon, après l’avoir écouté poser la première fois un archet sur des cordes, a préféré l’emmener à la pêche. Ou comment, lorsqu’il était enfant puis adolescent, il jouait au foot avec un camarade de classe nommé Albert Camus. Ça, c’est le versant drôle, épique, coloré.
Puis il guide la voiture sur un chemin étroit, pénètre dans une cour de ferme où un chien nous accueille en aboyant et il se gare devant un bâtiment d’habitation. Il allume la radio pour que je ne m’ennuie pas et, saisissant la petite sacoche posée sur le siège arrière, il sort à la rencontre de la femme qui va le guider vers le malade.
Je ne regarde pas les poules, les oies ou le chien qui tourne autour de la voiture. Je sors un livre et je lis, ou un cahier et j’écris. Je ne vois pas le temps passer.
Quand mon père ressort, quarante minutes ou une heure plus tard, son visage est sombre. Il me demande si j’ai faim, si je veux qu’il me dépose à la maison avant d’aller voir le patient suivant. Il est prêt à faire trente kilomètres de plus pour que je soupe à une heure correcte, mais je préfère rester avec lui.
Lorsque la voiture quitte la cour de ferme, je l’entends soupirer.
Quelle misère. Quel malheur. Il y a vraiment des gens qui n’ont pas de chance.
Je sais qu’il parle du patient très malade qu’il vient de voir et d’écouter, de sa femme qu’il a tenté de réconforter de son mieux, des enfants qui vont peut-être bientôt perdre leur père. Je n’en saurai

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