Pourquoi rêvons-nous, pourquoi dormons-nous ? : Où, quand, comment ?
66 pages
Français

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Description

Comment savoir si quelqu’un dort ou s’il fait semblant ? Pourquoi suffit-il de siffler pour qu’un dormeur cesse de ronfler ? Peut-on savoir à quoi rêve quelqu’un sans le réveiller ? Pourquoi dort-on mieux à telle ou telle température, dans telle ou telle position, à tel ou tel moment ? Combien de temps doit-on dormir ? Faut-il réveiller un somnambule ? Que faire contre l’insomnie ? Bref : que sait-on aujourd’hui des mécanismes du sommeil et de la fonction du rêve ? L’un des plus grands spécialistes mondiaux s’explique, dans son style plein de saveur. Michel Jouvet s’est rendu célèbre dans le monde entier par ses découvertes sur le cycle du sommeil. Il a notamment publié Le Sommeil et le rêve et Le Château des songes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 août 2000
Nombre de lectures 0
EAN13 9782738174024
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Du même auteur aux Éditions Odile Jacob
Le Sommeil et le Rêve , 1992, 1998.
Le Château des songes , 1992.
Le Grenier des rêves , avec Monique Gessain, 1997.
© O DILE J ACOB , août 2000 15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
ISBN : 978-2-7381-7402-4
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
S OMMAIRE
Couverture
Titre
Du même auteur aux Éditions Odile Jacob
Copyright
Avant-Propos
I - Reconnaître et mesurer le sommeil
II - Où
III - Quand
L’horloge biologique
Quand le sommeil est-il apparu au cours de l’évolution ?
Quand le sommeil apparaît-il après la naissance ?
Phylogenèse et ontogenèse
IV - Comment
V - Pourquoi
Les théories organiques
Les théories dites « comportementales » ou « éthologiques »
Conseils pratiques
Bibliographie
Avant-Propos

Ce livre est destiné aux étudiants et au public cultivé. Il répond à des questions fondamentales posées ici par un adolescent. Comment peut-on étudier objectivement le sommeil et le rêve ? Où, quand, comment, pourquoi dormons-nous et rêvons-nous ? Écrit par un physiologiste et dépassant souvent les limites de la neurophysiologie pour aborder des problèmes d’éthologie, cet ouvrage n’a qu’un but : convaincre que la physiologie du sommeil est l’une des dernières frontières de la connaissance du cerveau. Le développement récent des techniques servant à recueillir les signaux électrophysiologiques in vivo va permettre aux chercheurs de sortir des laboratoires de physiologie pour aller sur le terrain à la recherche des états de sommeil dans les conditions de vie extrêmes. Étudier le sommeil chez les poulpes, les baleines, les albatros, les manchots et les ours nous apprendra sans doute beaucoup plus sur ce mystérieux phénomène que la quête d’hypothétiques gènes du sommeil chez les drosophiles ou les souris.
C’est donc aux esprits aventureux et non conformistes que ce livre est destiné. La physiologie, cette reine des sciences, en a, plus que jamais, besoin.
I
Reconnaître et mesurer le sommeil

–  Comment savoir si quelqu’un dort ou s’il fait seulement semblant de dormir ? Regarde : je me couche, je ferme les yeux, je respire lentement, je vais ronfler un peu. Comment sauras-tu que je ne dors pas ?
– J’ai souvent dû répondre à cette question. Il me suffisait alors de relever lentement, avec l’index et le majeur, la paupière supérieure du « simulateur ». Ce geste entraînait une longue contraction des paupières, comme si le « faux dormeur » voulait rester dans l’obscurité. J’apercevais alors les yeux qui me fixaient, puis bientôt un sourire.
Au contraire, si l’on relève doucement les paupières d’un vrai dormeur, il n’essaie pas de les refermer. Les yeux sont basculés vers le bas et on aperçoit la sclérotique (le blanc des yeux). Il est même possible de maintenir les paupières ouvertes avec du sparadrap et de présenter des flashes de lumière intense, ou des images fortement éclairées (de poisson, de bouteille, des pommes, des oiseaux, etc.) ; le dormeur ou le rêveur ne se réveillera pas – et si on le réveille, il ne se souvient pas d’avoir vu quelque chose 1 .
 
–  Tout se passe un peu comme dans le coma ?
– Non. Il est facile de réveiller un dormeur en faisant beaucoup de bruit. Si cela ne suffit pas (ce qui est souvent le cas, surtout chez les enfants), il faut alors tirer un peu les oreilles ou appuyer sur l’angle des mâchoires, ou pincer un doigt. Le dormeur ouvrira les yeux. Le comateux gardera les yeux fermés. Mais il existe beaucoup de degrés entre le sommeil profond, le coma léger et le coma profond. Certains tests permettent de suivre d’heure en heure le passage du sommeil au coma, par exemple après un traumatisme crânien.
 
–  Et chez les animaux ?
– Bien sûr, cela dépend des animaux. Nous pourrions parler de l’huître ou de la moule, et pourquoi pas des plantes ? Mais nous verrons plus tard, si tu veux.
Pour l’instant, nous allons regarder dormir Félix, notre chat noir et blanc. Il a passé la nuit à chasser des mulots qu’il a apportés sur le pas de la porte. Il a donc sommeil et il se lèche déjà depuis 15 min, toujours selon un ordre bien établi. Il va se coucher la tête posée sur une patte ; comme il fait chaud, il s’étend, il bâille, ferme les yeux, sa queue bouge encore un peu, surtout si on fait du bruit. Puis sa queue ne bouge plus, sa respiration devient plus régulière, sa tête a glissé de sa patte et repose sur le bord du fauteuil. Prends ma montre et compte le nombre de respirations dans 1 min. Je te parie que tu vas trouver 18 – non, c’est 19 – 18 ou 19, c’est la même chose. Reste silencieux et regarde les yeux du chat ; je vais le réveiller par un léger bruit – Félix ouvre les yeux, juste le temps pour nous de voir qu’ils sont recouverts par une membrane gris-noir (les membranes nictitantes). Elle se contracte pour laisser apercevoir la pupille verticale, un trait noir qui se dilate quelques secondes, et Félix referme les yeux. Tu as remarqué les signes oculaires du sommeil du chat. La membrane nictitante et la constriction de la pupille (le myosis). Quelques dizaines de minutes plus tard, après une longue période de calme, on va voir apparaître beaucoup de petits signes qu’il faut apprendre à bien connaître. D’abord la tête va tomber peu à peu et pendre le long du fauteuil, les moustaches (les vibrisses qu’il ne faut jamais couper) commencent à bouger, ainsi que les oreilles.
Regarde les yeux : les paupières s’entrouvrent, et tu peux voir les yeux bouger, très vite, ou bien plus lentement, comme s’ils fixaient quelque chose. Les membranes nictitantes sont relâchées, mais elles peuvent se contracter et tu vois que les pupilles sont à peine visibles tellement elles sont serrées, sauf que, cette fois-ci, il y a eu une dilatation très brusque. L’as-tu vue ? Il faut bien regarder avec une loupe. Regarde la queue qui bouge très vite, et les petits mouvements des doigts, un tout petit coup de patte. Et la respiration ? Elle est très irrégulière. Elle s’arrête, repart. Cela a commencé il y a 5 min. Dans 1 à 2 min, tout va s’arrêter. Brusquement, Félix s’étire, relève la tête, ouvre les yeux, bâille, se met sur l’autre côté et se rendort.
Tu as donc assisté en moins d’une heure à la succession des trois états principaux du cerveau de Félix : lorsqu’il est éveillé et se lèche, lorsqu’il dort, et enfin ce que l’on vient de voir, le sommeil paradoxal, qui a duré 6 min. C’est le sommeil avec mouvements oculaires rapides, que l’on appelle en anglais Rapid Eye Movement ou REM Sleep . Il est très probable qu’il s’agit du moment où le chat rêve. C’est la même chose (ou à peu près) chez le rat, le chien, et l’éléphant.
 
–  Et la taupe ? Elle n’a pas d’yeux. Elle ne peut donc pas avoir de REM Sleep  ?
– Non, elle n’a pas de REM Sleep . Elle a du sommeil paradoxal.
 
–  C’est la même chose ?
– Oui, mais REM Sleep est un terme qui n’est pas très bon. Je me demande bien pourquoi les Américains l’ont adopté. Puisqu’ils doivent parler de REM Sleep chez la taupe, ou chez la chouette qui ne bouge pas les yeux. Il y a eu beaucoup d’autres noms pour désigner ce phénomène.
 
–  Mais on ne peut pas passer son temps à regarder un chat ou un homme dormir et marquer, toutes les minutes, s’il dort ou s’il rêve !
– Bien sûr que non. C’est pourquoi tu viendras demain dans le laboratoire et je t’expliquerai comment on fait.
 
Le lendemain, nous rendant à mon laboratoire, j’expliquai à Frédéric la naissance, puis le développement d’abord très lent, puis de plus en plus rapide, des techniques d’enregistrement du sommeil.
 
– Tu sais que chaque cellule vivante est capable de produire une toute petite quantité d’électricité. Je t’ai montré un vieux livre d’Aldini dans lequel il y a de très belles images des expériences de Volta et de Galvani. Il y a même des expériences sur des hommes décapités. On a donc déjà compris que les tissus vivants étaient capables d’exciter d’autres tissus vivants. Ensuite, il a fallu mettre au point des appareils de mesure très sensibles, comme le galvanomètre (du nom de Galvani). Un jour – il y a plus de cent ans, en 1875 –, un Anglais, Caton, ayant eu l’idée de mettre des fils métalliques (des électrodes) sur la cervelle d’un lapin, a vu que le miroir du galvanomètre bougeait à peu près à la fréquence de 8 Hz. C’est en 1924 que Hans Berger, un médecin allemand d’Iéna, a pu enregistrer sur un film l’activité électrique du cerveau chez l’homme. Lorsque le sujet fermait les yeux, il existait au niveau du lobe occipital (celui qui est derrière la tête) un rythme à 9-10 Hz (le rythme alpha). Quand le sujet ouvrait les yeux, on ne remarquait plus d’activité électrique, car les amplificateurs n’étaient pas assez puissants. C’est pourquoi Berger a appelé ce phénomène la « réaction d’arrêt ». Bien sûr, l’activité du cortex ne s’arrêtait pas (elle ne s’arrête que si on est mort), mais elle devenait très rapide. En général, les ondes cérébrales deviennent d’une amplitude (un voltage) plus petite quand la fréquence augmente. On a su ensuite que cette fréquence était de l’ordre de 40 Hz (ondes bêta ou gamma) – l’enregistrement de l’activité électrique cérébrale est appelé « électroencéphalogramme ».
D’autres chercheurs ont ensuite enregistré l’activité du cerveau des animaux. Des chats et des lapins. D’abord anesthésiés. L’un des premiers

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