On ne soigne pas les femmes comme les hommes
106 pages
Français

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Description

Voici le livre de deux médecins qui observent quotidiennement des hommes et des femmes. Parce qu'ils sont différents, parce que leurs maladies ne sont pas les mêmes (migraine, dépression, fatigue chronique ou encore rhumatismes), il faut les soigner autrement. Voici tous les éléments permettant de mieux comprendre les spécificités de chacun. Pour que les femmes soient mieux écoutées. Pour que la médecine ne soit plus seulement faite par les hommes et pour les hommes. Le Dr Carole Sereni est chef du service de neurologie de l'hôpital Léopold- Bellan, à Paris. Le Pr Daniel Sereni est chef du service de médecine interne de l'hôpital Saint-Louis, à Paris.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2002
Nombre de lectures 0
EAN13 9782738168290
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© O DILE J ACOB, MAI  2002 15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
ISBN 978-2-7381-6829-0
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
Introduction

Les femmes sont-elles aussi bien soignées que les hommes ? Cette question peut paraître provocante ou saugrenue. Pourtant, de nombreux travaux montrent que les femmes, dans le domaine médical, sont désavantagées par l’absence de prise en compte de leur particularité. Car, en dehors de leur spécificité sexuelle, qui constitue la différence la plus évidente, l’homme et la femme ne sont pas identiques. Cela veut dire que les maladies n’ont pas la même expression chez l’homme et chez la femme, que certaines touchent plus massivement les femmes (comme la migraine ou la dépression), et que les réactions aux traitements sont différentes. Ce qui signifie aussi qu’il faut repenser et peut-être adapter la prise en charge médicale des femmes.
On commence seulement à découvrir les bases biologiques de ces différences. Cet aspect très moderne de la recherche médicale et de l’exercice de la médecine est l’objet de ce livre : pourquoi les femmes sont-elles plus sujettes à la migraine ? Plus sensibles à certaines douleurs ? Comment se fait-il que la dépression soit une maladie plus « féminine » ? Est-ce pour des raisons hormonales ? Sociologiques ? Les femmes sont-elles psychologiquement plus vulnérables ? Que sait-on sur le tabagisme au féminin ? Sur l’alcoolisme au féminin ? L’immunité est-elle sexuée ? Pourquoi les maladies cardio-vasculaires tuent-elles plus les femmes que les hommes ?
Avant de répondre à ces questions, analysons deux exemples préliminaires qui nous permettront de mieux appréhender notre objectif.

L’exemple de l’Ibuprofen
Prendre un antalgique est un geste courant pour une femme aussi bien que pour un homme et chacun en espère le même soulagement. Le médecin qui le prescrit ne tient compte du sexe de son patient que pour une raison particulière, la possibilité d’une contre-indication lors de la grossesse. Mais en réalité, patients et médecins ont peut-être tort de considérer que l’homme et la femme vont réagir de la même manière au traitement. L’exemple des recherches récentes sur l’Ibuprofen doit nous amener à réfléchir à ce sujet. L’Ibuprofen est un antalgique très courant, l’un des plus utilisés pour traiter les douleurs banales. On connaît bien son mode d’action, mais l’Ibuprofen intéresse toujours les chercheurs. En effet, il reste encore beaucoup à apprendre sur les mécanismes de la douleur et de l’effet des médicaments et de nombreuses pistes de recherche sont explorées pour améliorer les traitements actuels.
Dans ce cadre, une équipe australienne dirigée par Judy Walker 1 s’est posé la question suivante : les femmes réagissent-elles à l’Ibuprofen de la même manière que les hommes ? Cette question peut paraître a priori surprenante. Et pourtant, elle est motivée par l’observation clinique que la douleur s’exprime souvent différemment chez la femme. Les chercheurs ont comparé la réponse à un stimulus douloureux sur le lobe de l’oreille et l’effet antalgique de l’Ibuprofen à ce même stimulus chez des hommes et des femmes volontaires en parfaite santé. Le premier point étudié était le « seuil » de la douleur, c’est-à-dire l’intensité de la stimulation nécessaire pour faire apparaître une sensation de douleur : ce seuil douloureux est apparu plus bas chez la femme, ce qui signifie qu’une stimulation qui donne une sensation douloureuse à la plupart des femmes ne provoque pas de douleur chez la plupart des hommes.
Le même résultat se retrouve quant à la tolérance de la douleur, c’est-à-dire le niveau de stimulation douloureuse jugée insupportable par un individu. Ce niveau de tolérance est plus élevé chez l’homme. Mais surtout, dans cette expérience, seuls les hommes ont bénéficié de façon statistiquement significative de l’effet antalgique de l’Ibuprofen par rapport à l’administration d’un placebo. Les stimulations nécessaires pour créer une sensation de douleur ou une douleur intolérable étaient plus élevées chez les hommes après administration de l’antalgique. À l’opposé, chez les femmes, il n’y avait pas de différences entre celles qui recevaient le médicament et celles qui recevaient un placebo.
Pourquoi cette inefficacité relative ? Le médicament pourrait-il être mal absorbé spécifiquement chez la femme ? Les dosages sanguins après l’administration de la même dose du médicament n’ont montré aucune différence de taux entre les hommes et les femmes, qu’ils aient ou non ressenti un effet antalgique. La différence d’efficacité du médicament ne s’explique donc pas par un défaut dans l’assimilation du médicament mais plutôt par une différence réelle d’activité du produit en fonction du sexe. Les implications pratiques d’une telle constatation sont assez claires : de nouvelles recherches s’imposent pour redéfinir les indications de l’Ibuprofen chez la femme ou peut-être seulement les doses à prescrire chez elle.
Pour les médecins, c’est un étrange paradoxe que ce médicament largement utilisé en rhumatologie dans des maladies à prédominance féminine comme la polyarthrite rhumatoïde et même l’arthrose soit moins antalgique chez les femmes que chez les hommes. Le cas de l’Ibuprofen est loin d’être isolé. En réalité, les effets de la plupart des médicaments sont mieux connus chez les hommes. Pour comprendre pourquoi, il faut rappeler comment se déroulent les recherches qui permettent de commercialiser un nouveau médicament.

L ES   ESSAIS THÉRAPEUTIQUES ET   LES   FEMMES
Après avoir étudié les propriétés chimiques du produit au laboratoire, on teste son éventuelle toxicité sur des animaux. Si le produit paraît utile et peu toxique, les premiers essais chez l’être humain peuvent avoir lieu. On commence par administrer le médicament à petites doses à des volontaires en parfaite santé pour voir comment il est absorbé et métabolisé. Puis par étapes successives, un processus prudent aboutit à des études « en grandeur réelle » chez un grand nombre de malades volontaires, seul moyen de connaître vraiment l’efficacité et la tolérance du futur médicament.
Or il faut savoir que les premières études, celles qui -concernent des volontaires sains sont faites exclusivement chez des hommes. Ainsi les premières études sur les pilules œstroprogestatives contraceptives, pourtant évidemment uniquement destinées aux femmes, ont-elles été réalisées chez l’homme ! L’exclusion des femmes des études préliminaires s’explique par des choix de prudence et de sécurité. Il faut avant tout éviter de prendre le risque qu’une volontaire puisse être enceinte au moment de l’administration d’un produit dont on ne connaît pas encore bien les dangers. Cependant, à cet argument irréfutable, s’ajoute une raison de facilité. L’organisme féminin est plus complexe, parce que son métabolisme est sujet aux variations liées au cycle hormonal qui peuvent influencer l’absorption ou l’élimination du médicament. Quoi qu’il en soit, il résulte de tout ceci que les premières déterminations de doses du médicament sont faites chez les hommes, et que l’on a jusqu’ici considéré qu’il n’y avait aucune raison pour ne pas les appliquer tout simplement aux femmes. Il suffisait simplement d’appliquer une correction prenant en compte leur poids généralement plus faible.
Souvent même, pour les médicaments destinés à l’homme et à la femme, toutes les études à grande échelle sont réalisées chez l’homme. Même chose en ce qui concerne l’analyse de l’efficacité ou des effets secondaires. Or, actuellement, plusieurs éléments ont permis de remettre en cause cette méthode. Il devient en tout cas évident qu’on ne peut déduire l’efficacité d’un traitement chez les femmes à partir d’une évaluation effectuée uniquement chez des hommes. C’est pourtant ce qui se passe encore actuellement dans la majorité des cas, et cette attitude conduit à des conclusions inexactes qui peuvent aboutir à une prescription inadaptée chez la femme.

Les femmes et la maladie d’Alzheimer

L E   PREMIER CAS   D ’A LZHEIMER
En 1902, un neurologue allemand, le Dr Aloïs Alzheimer rencontra dans le service hospitalier qu’il dirigeait une femme de 51 ans, Augusta D, qui allait changer sa vie et faire de son nom un symbole universel des risques du vieillissement. Cette mère de famille provinciale sans histoire, « travailleuse et rangée » d’après son mari, était internée parce que, sans aucune cause apparente, elle perdait peu à peu ses capacités intellectuelles jusqu’à devenir totalement incapable d’une conversation sensée ou d’un acte autonome, même aussi simple que mettre un vêtement ou se laver.
Nous connaissons tous ces détails grâce au fait qu’Aloïs Alzheimer a retranscrit patiemment ses dialogues avec Augusta D et a décrit avec minutie son comportement 2 . Surtout, après la mort de sa patiente, il a examiné son cerveau et découvert les deux lésions qui définissent la maladie qui porte son nom : une disparition des cellules nerveuses du cortex cérébral aboutissant à une atrophie du cerveau et, en même temps, l’apparition de signes d’un vieillissement prématuré et particulièrement intense des tissus cérébraux. C’est ce que l’on appelle la « dégénérescence neurofibrillaire des neurones et les plaques séniles ». Aloïs Alzheimer publia le cas d’Augusta D comme un cas de « démen

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