Lieu d’asile : Manifeste pour une autre psychiatrie
255 pages
Français

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Description

Les mesures d’enfermement, de contrainte, d’isolement, de contention et de surveillance des patients se développent actuellement dans la psychiatrie hospitalière, colonisée par la logique sécuritaire ambiante. Pour autant, la sécurité est-elle mieux assurée par la fermeture des portes des services de soins ? Les patients sont-ils ainsi mieux soignés ? L’objet de ce livre n’est pas seulement de dénoncer l’inhumanité de certaines pratiques, la violation du droit dans l’hôpital contemporain et l’effondrement des moyens alloués aux soins, mais de montrer qu’une alternative est possible, appuyée sur les concepts de la psychothérapie institutionnelle. Comment se fait-il que certains services fonctionnent sans fermer leurs portes à clef et sans presque aucun recours à la contention physique ? Placer la relation entre les patients et le personnel soignant au cœur de la thérapeutique n’est-il pas le meilleur moyen de limiter les fugues ? Mais les portes ne se ferment pas uniquement dans les hôpitaux. La peur de l’autre et les méthodes sécuritaires prospèrent dans l’ensemble de notre société. Nous sommes tous concernés par les atteintes aux libertés dans la psychiatrie hospitalière, qui constituent autant de menaces pour notre démocratie. Thierry Najman est médecin, praticien hospitalier et chef d’un pôle de psychiatrie dans un hôpital de la région parisienne. Il a déjà publié, comme coauteur, un livre sur la psychanalyse de l’enfant (Les Enjeux d’une psychanalyse avec un enfant). Pierre Delion est médecin psychiatre, professeur à la faculté de médecine de l’université Lille-II. Pierre Joxe est avocat, premier président honoraire de la Cour des comptes. 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 septembre 2015
Nombre de lectures 1
EAN13 9782738165282
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0950€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© O DILE J ACOB , SEPTEMBRE 2015 15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
ISBN 978-2-7381-6528-2
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
« Ce n’est pas en enfermant son voisin qu’on se convainc de son propre bon sens. »
Dostoïevski, Journal d’un écrivain  (cité par Michel F OUCAULT ).
Nous remercions chaleureusement Serge Portelli, magistrat et enseignant en droit, ainsi que Gilles Devers, avocat spécialisé en droit de la santé et rédacteur en chef de la revue Droit, déontologie et soin , pour leur lecture du manuscrit, leurs conseils judicieux et leur soutien permanent.
Préface

Le docteur Thierry Najman vient rendre un fieffé service à la psychiatrie en revenant dans ce livre sur un sujet que tout le monde tente d’oublier, soit activement, soit plus ou moins consciemment : l’absence trop fréquente de la liberté de circuler dans les services de psychiatrie pour les patients souffrant de leur psychisme douloureux et nécessitant des soins en hospitalisation. Cette constatation navrante, étayée par des chiffres officiels rassemblés à notre intention dans son livre, résulte de l’idée, devenue progressivement une thèse qu’il défend avec talent, de se faire l’avocat de l’ouverture des services de psychiatrie et, à partir de là, de repenser l’ensemble de la psychiatrie dans une perspective humaine, qu’elle n’aurait jamais dû quitter.
« L’ensemble des données rassemblées dans cet ouvrage constitue, en définitive, un plaidoyer pour l’ouverture des services de psychiatrie. La fermeture des unités de soins est à la fois illégale, inefficace, disproportionnée et contre-productive. Le fonctionnement ouvert constitue l’unique solution pour respecter les droits fondamentaux. C’est aussi la seule possibilité d’envisager la clinique et de mettre en place des soins dignes de ce nom, quels que soient les modes d’admission des malades. Cependant, la tournure des événements politiques, le climat sécuritaire ambiant et l’extension de toutes les formes d’intolérance rendent probablement utopique un mouvement d’ouverture de la psychiatrie. » Voilà l’énonciation d’une position ayant l’immense mérite d’être claire.
Revenant sur l’histoire de la psychiatrie, Thierry Najman nous montre que cette discipline médicale, à l’égal des autres disciplines, mais avec des spécificités incontournables sous peine de contresens graves, est de fait une médecine des « pathologies de la liberté » (Ey). Et ce retour en arrière nous permet de découvrir comment le concept de psychothérapie progressivement mis au jour dans les derniers siècles est venu transformer en profondeur l’exercice de la psychiatrie dans son ensemble. Si Pinel, aidé par Pussin qui en a été l’artisan princeps, a été un des premiers à penser un « traitement moral de la folie », en appui sur les épaules des encyclopédistes qui avaient révolutionné l’idée de l’homme pour en faire un être, un sujet et un citoyen à part entière, son héritage s’est quelque peu dévoyé lorsque Esquirol, un de ses élèves, a cru que le fait de dédier des espaces spécifiés aux malades mentaux pourrait en faire de facto le lieu de leur délivrance par le traitement moral. Or l’histoire nous a montré que les asiles sont rapidement devenus des lieux de relégation et de renfermement (Foucault) peu propices à y délivrer quelque soin que ce soit. Dès cette époque, on peut constater que la privation de liberté de circulation est difficilement compatible avec la psychothérapie, même s’il s’agit encore des formes primitives de sa mise en œuvre. Quand Freud, au terme d’un débat approfondi avec Breuer, invente le concept de « transfert » et son dispositif de la « cure-type », il ouvre une piste essentielle pour la psychothérapie des névrosés, et la compréhension renouvelée de la psychopathologie. Cette révolution conceptuelle, à l’origine de très profonds changements de paradigme dans la compréhension de l’âme humaine (le sujet humain est surdéterminé par des forces inconscientes), viendra compléter les deux révolutions antérieures permises par Copernic (la Terre tourne autour du Soleil) et par Darwin (l’homme est le produit d’une évolution résultant de la sélection naturelle). Mais les élèves de Freud qui s’engagent dans cette piste pour proposer une psychothérapie aux personnes psychotiques vont voir leurs espoirs s’envoler et des catastrophes vont même survenir lors de telles expériences (Roudinesco). Il faudra attendre Tosquelles puis Oury pour que ces penseurs de la psychiatrie des psychoses, bien au fait des inventions freudiennes, fassent toute leur place aux institutions comme chaînon manquant dans une telle entreprise. Si la psychothérapie institutionnelle a une vertu, c’est celle de proposer un dispositif de nature à accueillir et à soigner les personnes psychotiques en appui sur des institutions fabriquées à partir d’elles et avec elles. Tout l’enjeu de cette approche, à la fois historique et contemporaine, est de permettre de penser une psychiatrie à visage humain dans laquelle le sujet en déshérence psychopathologique peut trouver refuge dans l’esprit humain de personnes soignantes, chargées de l’accueillir et de le suivre tout le temps nécessaire à cette prise en charge. Et c’est le concept de transfert qui se trouve au centre de la pensée de ce dispositif, mais à la condition de le repenser à l’aune de la psychopathologie de la psychose. Il y va de la cohérence du système pensé pour accueillir et soigner les patients de la psychiatrie, quels que soient leurs diagnostics. Et cette psychiatrie se conçoit dans le cadre de la psychiatrie de secteur comme condition de possibilité d’exercer la psychiatrie, et selon les concepts de la psychothérapie institutionnelle pensée comme méthode. Dans la plupart des cas, dans les services sectorisés dignes de ce nom, un patient psychotique entre en contact avec l’équipe soignante par le biais des centres de consultation (CMP) répartis dans les principales villes du secteur géodémographique pour venir y dire sa souffrance psychique à quelque témoin qui ne le rembarre pas, mais qui, bien au contraire, l’aide à s’en affranchir. Cette relation qui commence par un accueil intersubjectif consistant va s’enraciner en un temps plus ou moins long avec le psychiatre et son équipe soignante, ce que nous désignons sous le terme de relation transférentielle. Il peut arriver que, sous la pression de remaniements internes, réactionnels à des événements visibles pour lui, pour son entourage ou invisibles à l’œil nu, le niveau d’angoisse du patient psychotique augmente de telle façon qu’une « crise » l’amène en urgence vers son psychiatre qui, dans certains cas, pour des raisons complexes, pourra indiquer une hospitalisation dans son service sectorisé. Le niveau de confiance établi entre le patient et le psychiatre sera l’aune à laquelle le patient jugera du degré de confiance qu’il peut accorder aux soignants qui l’accueillent dans ce lieu particulier qu’est un service d’hospitalisation en psychiatrie. Et un des éléments les plus importants pour en mesurer l’engagement réciproque est la liberté de circuler : « Je veux bien accepter de me faire hospitaliser mais, vous me connaissez, je n’aime pas beaucoup être enfermé et d’ailleurs, si c’était le cas, cela remettrait en cause la confiance que j’ai dans votre parole, dans l’assurance que vous m’avez toujours donnée jusqu’alors, de votre engagement personnel dans le soin avec moi. » On le voit, toute dérogation à ce principe fondamental de la confiance entre les humains remet en cause les fondements mêmes de la relation humaine. Et, pourtant, dans le livre de Thierry Najman, vous allez découvrir que cet état de fait, un enfermement réel, est le plus répandu et que, sous des raisons de sécurité, les services de psychiatrie, sauf exception, sont privés de la libre circulation. Or retenir un patient angoissé contre son gré, et malgré les engagements pris dans la relation transférentielle, aboutit à un effet iatrogène 1 , celui de risquer de le rendre paranoïaque, certes de façon artificielle, mais grevant lourdement le capital de confiance qui s’était construit antérieurement à l’hospitalisation. Dès que l’hospitalisation cesse, le patient, soulagé de sortir de cet enfermement, y regardera à deux fois avant d’aller revoir son psychiatre pour lui faire part de ses angoisses insupportables et demander de façon plus ou moins explicite une hospitalisation dont, il le sait très bien lui-même, il a pourtant un besoin quelquefois vital.
D’un certain point de vue, si les services de psychiatrie sont devenus progressivement des lieux d’enfermement à nouveau, c’est par désenchantement des soignants qui avaient contribué à en ouvrir les portes toutes grandes sur la cité. Car si cette expérience de laisser ouverts les services de psychiatrie a bien eu lieu à une certaine époque, j’en ai été personnellement témoin et acteur, c’est en raison d’un engagement important des soignants dans la relation avec les patients. Le monde interne des soignants de cette époque révolue était habité par la présence transférentielle des patients. Leur accueil se faisait non seulement dans les lieux de soins, mais surtout dans la psyché des soignants. La fonction phorique 2 des soignants permettait de porter sur leurs épaules psychiques la souffrance des patients, notamment psychotiques. Au fur et à

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