Le Mystère du placebo
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Le Mystère du placebo , livre ebook

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Description

L'illusion en médecine porte le joli nom de placebo. Elle soigne, guérit même parfois. Elle fait disparaître l'eczéma du chien ou dormir le nourrisson insomniaque. Elle calme la toux, apaise l'anxiété ou soulage la douleur. Comment diable une substance inactive, sans effet pharmacologique prouvé, peut-elle avoir un tel pouvoir ? Et pourquoi donc les médecins exploitent-ils si peu, ou avec tant de mauvaise conscience, le phénomène ? C'est une passionnante enquête dans le monde de la maladie et des médicaments que nous propose Patrick Lemoine au cours de laquelle nous découvrons d'étranges pratiques, souvent tenues secrètes par le monde médical. Médecin, psychiatre spécialisé dans l'exploration et la prise en charge des troubles du sommeil et de la dépression, Patrick Lemoine est actuellement chef de service à Lyon où il se consacre au problème de la surconsommation des médicaments psychotropes en France.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 1996
Nombre de lectures 4
EAN13 9782738174468
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Patrick Lemoine
LE MYSTÈRE
DU PLACEBO
 
 
©  ÉDITIONS ODILE JACOB, FÉVRIER 1996 15, RUE SOUFFLOT, 75005 PARIS
ISBN 978-2-7381-7446-8
 
 
À Claudie
Mes remerciements vont, en tout premier lieu, au Dr Bernard Lachaux, psychiatre et chef de service à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Sans toutes nos après-midi de discussions passionnées, sans notre ancienne complicité et, surtout, sans notre profonde amitié, ce livre n'aurait probablement pas vu le jour. Aussi, Bernard, sois remercié fraternellement pour tes réflexions, tes conseils et tes remarques et aussi pour le travail préliminaire que nous avions entrepris ensemble il y a quelques années.
Je remercie également Chloé, Hélène et André, Alain Amar, Jean-Jacques Aulas, Michel Auzet, Marie-Lorraine Colas, Jean-Luc Fidel, Jacqueline Julien, les secrétaires des CCPPRB (A, B) de Lyon.



« C'est pourquoi il faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est dit, alors vous saurez que la drogue dedans contenue est bien d'autre valeur que ce que ne promettait la boite… »
F RANÇOIS R ABELAIS , Gargantua.

 
E N GUISE D'AVANT-PROPOS
Son devoir de remplaçant l'appelait pour une tournée de visites ordinaires. La malade était âgée, obèse et diabétique et il devait lui faire une prise de sang. Les vieilles veines roulaient, claquaient, échappaient à la pointe. Il dut s'y reprendre à plusieurs fois. Les bleus fleurissaient tant qu'il n'osait plus regarder les bras mortifiés. Il rentra chez lui, inquiet. Les diabétiques ne cicatrisent pas bien. Le moindre bobo prend des allures de catastrophe et met des mois à disparaître. Le surlendemain, il retourna chez la vieille femme.
Ce jour-là, ses certitudes scientifiques vacillèrent. Les bras étaient intacts. Ni œdème ni coloration suspecte. N'étaient visibles que les trop nombreuses effractions de la peau. Une telle cicatrisation chez une obèse diabétique était proprement hérétique, interdite de Faculté ! Au risque de perdre la face, il questionna. Après bien des réticences, elle avoua enfin : elle avait le Don. Ailleurs, ce type d'information l'aurait fait sourire. Mais ici, dans cette grande pièce toute simple, près de cette vieille dame si douce, il resta coi.
Par la suite, il lui rendit encore visite, à l'occasion, comme ça, pour rien. Et puis, le dernier jour, alors qu'il lui faisait ses adieux, elle lui demanda tout de go s'il acceptait d'être le dépositaire du secret. Coupable du crime de lèse-faculté, il repartit songeur, le Don dans la poche, hâtivement griffonné sur un bout d'ordonnance.
Un soir, une bousculade, le barbecue renversé et une jolie invitée brûlée sur la main. Rien de grave, une rougeur, bientôt une cloque. Il ne sut jamais vraiment ce qui lui passa par la tête. Furtivement, sans y croire, il sortit le bout de papier qui dormait depuis des lustres dans son portefeuille. C'était juste pour voir, dans un esprit froidement scientifique. Quelques instants plus tard, la jeune fille annonça qu'elle ressentait une drôle d'impression, comme si on lui avait mis des glaçons sur la main. La douleur avait disparu. La rougeur aussi.
Il n'y croit toujours pas. La preuve, il n'a jamais pu apprendre par cœur les fameuses incantations, les cinq lignes de patois et les quelques gestes simples. Rien à faire. Jamais, ô grand jamais, il ne les utiliserait dans un contexte médical. Mais quand ses enfants ou ses amis se cognent ou se brûlent, après s'être fait un peu prier, il consent parfois à sortir le torchon de papier de son vieux portefeuille.

 
I NTRODUCTION
Tous les médecins, je l'affirme, et tous les malades aussi, croient et s'adonnent – parfois – à d'étranges pratiques. Encore aujourd'hui, la médecine officielle chasse sans le dire sur les terres de la magie. Elle lui fauche ses clients, qu'elle récupère en se donnant tous les gages de sérieux, de respectabilité que confèrent un titre universitaire et une confirmation ordinale. Par discrétion, les noms sont changés, les agissements cachés, les formes mises, mais l'irrationnel est bien à l'œuvre. Alors, sur le point de rédiger un ouvrage sacrilège, un livre interdit qui révélerait certains secrets bien gardés, le vertige s'empare de l'auteur. Grande est la tentation de composer un leurre. Un livre qui aurait toutes les apparences d'un ouvrage honnête, respectable, normal en un mot. Mais un livre qui ne contiendrait rien. Un texte fait de lettres et de signes vides de sens, creux, sans substance, ni matière, comportant des illustrations neutres, sans relief, sans contours ni couleurs. Vain délire d'un psychiatre en mal de copie ? Que fait-il d'autre pourtant, ce médecin drapé de solennité qui, à l'issue d'une cérémonie rituelle, parfois longue appelée consultation, rédige un document nommé ordonnance, mentionnant une drogue assez souvent inactive selon les canons de la pharmacologie, un comprimé inerte, une gélule de gélatine, qu'un acolyte patenté, le pharmacien, s'empresse aussitôt de délivrer ?
Ce rien, cette illusion de médicament, porte un nom. C'est le placebo. Or cette substance totalement dénuée de principes actifs se révèle parfois puissamment efficace. Elle se révèle capable de déplacer des montagnes pathologiques, de renverser des dogmes thérapeutiques, de décontenancer les plus cartésiens d'entre nous. Le placebo est ce qui fait douter les médecins, tout en faisant la grandeur de leur art. Il constitue de nos jours le dernier signe, l'ultime part d'irrationnel en médecine. La part du diable ?
Alors sans préjugé ni parti pris, avec autant de rigueur que de passion, abordons la médecine et son ambiguïté. L'hôpital est devenu le théâtre d'exploits technologiques où l'informatique le dispute à la biologie moléculaire, la microchirurgie à la caméra à positrons. Laissons ses desservants rêver de guérisons sophistiquées et intéressons-nous plutôt à la réalité quotidienne du soin. Le placebo est à la croisée des chemins. Il représente le point nodal de la thérapeutique, entre pharmacologie, psychothérapie et magie, entre science et irrationnel.
À l'image de Monsieur Jourdain, la médecine occidentale pratique la placebothérapie sans le savoir. Ou plutôt, sans vouloir le savoir. Aux yeux du public, ce qui fonde en définitive la valeur de la médecine, c'est sa capacité à guérir ou, tout au moins, à soulager. Si la médecine consistait simplement à recueillir des symptômes afin d'en déduire automatiquement un traitement, il suffirait d'installer dans les pharmacies des systèmes informatiques puissants, comparables aux distributeurs de tickets dans les halls de gare. Les malades entreraient leurs symptômes dans la machine, qui délivrerait sans risque d'erreur le traitement le plus adapté ; un robot piloté par ordinateur irait ensuite chercher les produits mentionnés sur les rayons de l'officine. Un tel programme n'aurait rien d'aberrant sur le plan de sa réalisation ; n'importe quel informaticien un peu doué pourrait y arriver. Serait-il avantageux pour les comptes de la Sécurité sociale ? Pas certain. Que demande, en effet, prioritairement un malade à son médecin ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les réponses qui viennent en premier ne sont pas « science » et « notoriété », mais « gentillesse » et « disponibilité ». Le temps consacré par consultation est probablement l'une des principales revendications du public, et ceci a été parfaitement compris par les tenants des secteurs II et III qui justifient leur honoraires plus élevés par un temps de consultation plus long.
Selon certaines enquêtes d'opinion donc, ce qui est recherché par un patient chez un médecin, c'est sa capacité à être bienveillant, à comprendre, à rassurer, à établir un lien, en un mot, à être empathique. À n'en pas douter, la mystérieuse puissance des réactions interhumaines opère dans la relation thérapeutique, elle agit sur l'efficacité d'un traitement, elle intervient au cours du processus de guérison. Puissamment même parfois. Comment expliquer autrement l'écart souvent constaté entre l'effet thérapeutique prévisible d'après les strictes données de la pharmacologie, et l'effet observé dans la pratique quotidienne ? S'il n'y a jamais adéquation parfaite entre les résultats obtenus dans des conditions expérimentales sur l'animal ou le patient volontaire et ceux que les praticiens observent tous les jours dans leur cabinet, n'est-ce pas parce que dans le traitement interviennent d'autres facteurs, des facteurs davantage subjectifs, extrapharmacologiques pour tout dire, issus de la rencontre, heureuse ou non, de deux subjectivités, unies dans un commun combat contre la maladie ?
Ce quelque chose qui s'additionne ou se soustrait à l'action pharmacologique « vraie » d'un médicament authentiquement actif a reçu le nom en médecine d'effet placebo. Tout traitement, quelle que soit la maladie, pourra être accompagné d'une part d'effet placebo, en plus ou en moins, en fonction du lien établi avec le médecin. Une thérapeutique contre la douleur, la fièvre, l'anxiété, l'insomnie, l'hypertension artérielle, le cancer même, verra son effet modifié en fonction du contexte émotionnel de la prescription. Les exceptions sont rares, peut-être au cours de certains comas profonds, dans certaines infections bien définies. Il a même été montré que l'effet placebo existe peu ou prou chez l'enfant et chez l'animal domestique. En somme, l'efficacité de tout traitement donné pour une indication correcte peut voir son efficacité augmentée lorsque la prescription se produit dans un cadre rassurant. L'existence et la puissance du phénomène ne font de doute pour personne de sensé et d'honnête, mais les explications scientifiques proposées sont encore aujourd'hui environnées de brume.
Si tout acte thérapeutique peut être modifié par l'effet placebo, dans des proportions parfois considérables, l'écart banal et fondamental qui sépare l'action prédictible d'un traitement et son effet réel est le plus souvent méprisé ou nié. Il n'est presque jamais cultivé consciemment en médecine of

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