Le Malade n est pas un numéro !
144 pages
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Le Malade n'est pas un numéro ! , livre ebook

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Description

« Après quarante années de pratique médicale, j’ai écrit ce livre, avec mes tripes, mes deuils, mes convictions et mes indignations. « J’ai foi dans les progrès de la médecine moderne. J’estime profondément les médecins cliniciens qui savent allier compétence et écoute, technique et humanisme. « Je suis conscient de la disponibilité et de l'attention que les médecins généralistes, les infirmières et les autres soignants portent aux malades. Je respecte au plus haut point les malades et tous ceux qui souffrent, dans leur corps ou dans leur âme. « Mais je suis angoissé, terrifié parfois, de l’évolution de l’exercice médical et de ses dérives, consumériste et judiciaire. La médecine doit rester humaine, personnelle, fruit d’une observation et d’un raisonnement qui doivent souvent plus au bon sens qu’à la science. Ne perdons pas de vue l’essentiel ! À la lumière de quelques histoires de malades, j’aimerais, dans ce livre, avec mon ami médecin et journaliste Damien Mascret, montrer le chemin d’une médecine de qualité, responsable, individuelle et infiniment humaine. » Patrice QueneauLe professeur Patrice Queneau est doyen honoraire de la faculté de médecine de Saint-Étienne et membre de l’Académie de médecine. Il est l’auteur, avec Gérard Ostermann, de Soulager la douleur. Damien Mascret est médecin et journaliste.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 septembre 2004
Nombre de lectures 14
EAN13 9782738183842
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0900€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© O DILE J ACOB , AOÛT  2004,
15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
EAN 978-2-7381-8384-2
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
Préface

Le fil qui nous lie…
 
Les deux jeunes internes, l’un de médecine, l’autre de chirurgie, penchés sur le même malade il y a une quarantaine d’années au service des urgences du CHU de Lyon, en train de s’acharner à trouver la meilleure option possible pour le malade, n’imaginaient pas un seul instant qu’ils seraient à nouveau réunis, avec le même enthousiasme, le même optimisme soucieux autour d’un autre corps qui souffre terriblement : celui de la santé.
 
Ces deux internes, Patrice Queneau et moi-même, avons œuvré sans relâche depuis presque un demi-siècle pour que jamais, vraiment jamais, le malade ne soit oublié. Dans nos sièges respectifs, lui à l’Académie nationale de médecine, moi à la présidence de la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée nationale, suivant chacun notre chemin, nous sommes toujours restés les plus fervents défenseurs des malades et de ceux qui les soignent. C’est dire si j’ai eu grand plaisir à retrouver dans ce livre la « philosophie » qui nous lie depuis cette époque : inflexibles sur les principes, souples dans leur application avec un souci constant de justice sociale, d’éthique et d’humanité.
 
En réalité, j’ai même la conviction que ce qui nous lie, Patrice et moi, ce sont les mêmes fils qu’il a tissés au long des histoires avec son ami journaliste Damien Mascret. Les mêmes fils qui à leur tour nous relient tous les trois aux soignants qui depuis la nuit des temps tentent d’adoucir un peu la souffrance de leurs prochains. Il y a de l’amour dans ces liens, et c’est à cette aune qu’il faut juger la fougue, pour ne pas dire l’indignation, que l’on rencontre parfois dans les propos des héritiers d’Hippocrate.
 
À l’heure où notre système de santé va vivre sa plus grande révolution depuis des décennies grâce à l’impulsion du président de la République avec le soutien de gouvernements successifs, je suis convaincu que tout citoyen devrait lire ce livre, véritable livre d’or de la délicate alliance thérapeutique, s’il veut comprendre l’importance de l’enjeu d’une médecine tout entière dédiée au malade.
 
Plus qu’heureux, je suis fier d’avoir été choisi pour poser la première pierre d’un ouvrage que l’on trouvera parfois sévère, souvent tendre, mais toujours honnête.
Jean-Michel D UBERNARD
Introduction
Contes de la médecine ordinaire

Il y a bientôt cinquante ans, je commençais mes études de médecine comme « hypo », c’est-à-dire « moins que rien », en l’occurrence stagiaire débutant dans le service de médecine interne du professeur Marcel Plauchu, patron charismatique de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Le professeur Plauchu s’était fait confectionner un tampon encreur qu’il sortait de sa blouse d’un geste savamment calculé pour imprimer, d’un mouvement magistral sur le dos de la main et sur la blouse de chaque jeune potache, ce message frappé en lettres rouges et capitales : « LA MÉDECINE, C’EST DIFFICILE !!! » J’eus droit comme tous les autres à mes coups de tampon réitérés. Ce message d’humilité, riche d’exigence, s’il s’est depuis longtemps effacé de ma peau, est en revanche resté profondément « encré » dans mon cerveau et dans mon cœur ! Aujourd’hui encore, quand je ferme les yeux, je revois ces trois grands points d’exclamation solidement plantés sur le message de Marcel Plauchu qui semble me répéter sans cesse, de sa voix de stentor : « Queneau, tout professeur que tu es, n’oublie jamais que tu n’en sauras jamais assez pour te reposer sur tes lauriers ! »
Et cependant, que de progrès depuis ces premiers coups de tampon ! Que d’avancées ! Que de maladies vaincues ! Que d’infarctus du myocarde sauvés ! Que de « coronariens » menant une vie normale pendant des décennies avec un double, voire un triple pontage ! Que de rescapés d’un arrêt cardiaque ne craignant plus à chaque minute une récidive fatale par la magie d’un défibrillateur automatique miniaturisé implanté dans la poitrine ! Le temps n’est plus où l’on regardait, impuissants, des milliers d’insuffisants rénaux se diriger vers une mort certaine : la dialyse et la greffe rénale ont sauvé presque tous ces malades. Et combien de diabétiques insulinodépendants qui seraient morts avant leurs vingt ans et qui font aujourd’hui la Une des magazines sportifs ! Combien de malades guéris de cancers autrefois dramatiques (et qui cependant le restent encore trop souvent) : leucémies, cancers du sein, du testicule, du rein, de la prostate… même si d’immenses progrès restent à faire pour guérir tous les cancers. Que d’avancées en un demi-siècle ! Et cependant, que de critiques, à chaque heure, chaque jour contre les médecins, les soignants, les médicaments, l’hôpital, les décideurs de la santé, la Sécurité sociale… ! Et les ministres qui sont loin d’être épargnés !
Oui, les critiques fusent contre notre médecine impuissante à guérir définitivement des pans entiers de la maladie : cancers irréductibles, sida, maladie d’Alzheimer, maladies neurologiques évolutives (scléroses en plaques…), cécité, maladies génétiques (mucoviscidose…), et tant d’autres ; sans compter ces fléaux qui perdurent de par le monde et font encore des millions de victimes chaque année sur notre planète : deux millions par diarrhée infectieuse, autant par tuberculose et davantage encore par paludisme !

Échographie, scanner et IRM pour tous ?
Le constat est clair : la santé est la première préoccupation des citoyens du monde entier.
Mais il faut que chacun se fasse à cette idée : si notre santé dépend beaucoup de notre hygiène, de notre nutrition et de notre environnement, elle est également très largement conditionnée par la qualité de notre médecine moderne performante, en perpétuel progrès, mais dont les coûts ne cessent de croître. Ne feignons pas de l’ignorer : le monde dans lequel tout peut être fait, tout de suite, pour tous et sans compter n’existe pas. Les outils modernes de la médecine doivent être maîtrisés pour le bénéfice du plus grand nombre de malades. Aujourd’hui, notre système de santé, que l’OMS estime le meilleur du monde, donne des signes d’essoufflement : le déficit de la Sécurité sociale est « abyssal », et, même si personne n’est dupe du jeu des vases communicants qui consiste à répercuter sur les comptes de la santé un manque de recettes lié au chômage, chacun sait aussi que les traitements coûtent cher et que les progrès ne se paient pas en belles paroles. La « Sécu », souvent critiquée, rembourse toujours sans difficulté des interventions chirurgicales et des réanimations « désespérées », des chimiothérapies très onéreuses même lorsque le bénéfice ne se compte qu’en semaines voire en jours de vie gagnés. Chacun est assuré de bénéficier de la chirurgie up to date, de l’intervention du SAMU, de la réanimation la plus efficace ou de l’imagerie sophistiquée dont il a besoin et ce, quel que soit son statut social.
Et cependant, la médecine est restée terriblement difficile. Surtout, elle exige les mêmes qualités, la même compétence « clinique » qu’autrefois, que les progrès immenses de la biologie et de l’imagerie les plus performantes ne permettront jamais de détrôner. Car cette « clinique » est fondamentale, repère essentiel pour la qualité d’une médecine à la fois technique et humaine dont la compétence allie nécessairement art, science et conscience .

Convictions
Nous avons voulu vous faire partager dans ce livre les difficultés souvent méconnues de la médecine ; et balayer quelques malentendus entre soignés et soignants, qui doivent faire appel à toute leur maîtrise ainsi qu’à toute leur sensibilité pour faire face à des situations parfois tellement douloureuses qu’elles en deviennent inhumaines. Ne pas fondre en larmes devant le sourire et les grands yeux rieurs d’un petit « bout de chou » que l’on sait condamné. Ne pas faiblir devant des parents désespérés quand les chances de guérison de leur enfant sont aussi ténues qu’un fil de soie. Tenir la main d’une personne en fin de vie. Guérir et soulager, accompagner et rassurer, tel est le lot quotidien des soignants. La fréquentation permanente de la maladie, de la douleur, du handicap et de la mort ne se fait pas sans souffrances. Il faut un grand cœur pour exercer le métier de soignant avec, tout à la fois, efficacité et affection.
 
Soigner impose le respect de l’Autre. Surtout lorsque le malade, souffrant, désemparé, désespéré parfois, avec ses peurs et ses angoisses, attend du médecin compétence et espoir. C’est à deux que se tisse le fil subtil de la confiance et de l’alliance thérapeutique.
 
À la lumière de quelques histoires de malades et de deux derniers chapitres focalisés sur le cœur du système hospitalo-universitaire, nous tenterons de vous faire partager nos convictions les plus profondes :
—  La médecine est un « art-science » souvent très difficile , à haut niveau de responsabilité. La décision thérapeutique devient parfois « cornélienne » dès lors qu’il faut choisir – avec le malade, dans le cadre d’un « accord mutuel librement consenti » – entre plusieurs stratégies à risques, parfois même à hauts risques.
—  Le bon médecin est un « artisan » auquel se confie le malade . Aussi, une médecine de qualité ne peut-elle se

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