Histoire de l autisme
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Histoire de l'autisme , livre ebook

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Description

Alors même que la France est stigmatisée pour son manque de moyens et d’attention dans la prise en charge des enfants autistes et qu’on annonce plans et réformes, l’un de nos meilleurs spécialistes propose une extraordinaire relecture des théories et des modes de thérapie qui ont entouré cette étrange affection. On ne cesse de parler des autistes. Et, pourtant, la question demeure : pourquoi persistent-ils à se détourner de l’échange, à mettre en échec toutes les tentatives pour entrer en relation avec eux ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Les enfants autistes restent l’un des plus grands défis de la psychiatrie. Depuis plus d’un siècle, les batailles font rage autour de ce qu’on a enfin reconnu comme une maladie. Selon Jacques Hochmann, pour favoriser une meilleure prise en charge, le moment est venu non pas d’oublier ces querelles, mais de passer à l’ère du dialogue. Un document psychiatrique exceptionnel : un grand spécialiste relit toute l’histoire de son domaine, alliant l’érudition du savant à l’empathie du thérapeute. Membre honoraire de la Société psychanalytique de Paris, professeur émérite à l’université Claude-Bernard, médecin honoraire des Hôpitaux de Lyon, Jacques Hochmann a diagnostiqué, orienté et traité un grand nombre d’enfants et d’adolescents autistes ou psychotiques. Il a notamment publié La Consolation.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 janvier 2009
Nombre de lectures 9
EAN13 9782738197481
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,1250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© ODILE JACOB, JANVIER 2009
15, RUE SOUFFLOT, 75005 PARIS
www.odilejacob.fr
EAN : 978-2-7381-9748-1
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
L’histoire n’a pas seulement une pertinence pour les érudits qui s’y intéressent. Elle permet d’élucider les conditions et d’établir les directions d’une recherche future, en mettant en évidence des ambiguïtés persistantes. Au bout du compte, la dimension historique, en apportant des corrections aux idées reçues, avertit chaque génération du caractère faillible de la connaissance.
William L. P ARRY- J ONES (2001).
Préface de Roger Misès I

Auteur d’une Histoire de la psychiatrie et de plusieurs ouvrages importants consacrés aux psychoses de l’enfance et à l’autisme, Jacques Hochmann a toujours su relier son élaboration théorique et clinique au perfectionnement du dispositif qu’il a créé, l’ITTAC (Institut de traitement des troubles de l’affectivité et de la cognition). Ici, la prise d’appui sur des approches multidimensionnelles permet d’articuler le soin et l’éducation dans un espace ouvert à l’établissement de liens différenciés avec les parents, l’école, les intervenants du champ social. Dans ce cadre, tout en s’appuyant sur les éclairages provenant de la psychanalyse, les membres de l’équipe s’efforcent d’intégrer d’autres contributions innovantes issues des neurosciences ou des sciences cognitives. Sur ces bases, J. Hochmann avait déjà beaucoup apporté dans les débats sur l’autisme : aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape en nous invitant à le suivre dans « un détour par l’histoire » où l’idiot se trouve invoqué comme « précurseur de l’autiste ».
Certes, la reconnaissance de troubles mentaux propres à l’enfance et distincts de l’arriération n’a été acquise que tardivement, mais justement, dès le débat inaugural entre Pinel et Itard, puis ultérieurement et en dépit des restrictions introduites par Esquirol, se sont ébauchées des questions fondamentales qui viendront au premier plan avec les controverses sur l’autisme. Dans l’entrecroisement et l’affrontement des courants de pensée, les amorces d’un renouvellement conceptuel ont alterné alors avec le retour à des errements qui se répètent sous des formes comparables ; avec le recul, on discerne mieux aujourd’hui comment, au-delà des confrontations théoriques et cliniques, d’autres influences d’ordre socio-économique, culturel, idéologique pèsent sur les débats.
Le modèle d’Esquirol est resté longtemps dominant ; parfois encore il fait retour, remis au goût du jour par l’application de données issues d’études génétiques ou neurobiologiques ; pourtant ce modèle réduit considérablement les possibilités d’exploration clinique et il fixe, par avance, des limites infranchissables aux essais éducatifs. Par exemple, reprenant les tentatives de Séguin, Bourneville avait mis en place un dispositif qu’il cherchait à adapter aux capacités d’apprentissage de chaque enfant ; les résultats, quoique positifs, sont demeurés partiels, et, plus encore, Bourneville n’a pas pu dégager les données cliniques innovantes qui lui auraient permis de mieux s’opposer aux orientations psychométriques de Binet. Celles-ci sont alors venues renforcer les thèses dominantes, jusqu’à les étendre aux formes légères du retard mental : l’aphorisme « débile un jour, débile toujours » s’est trouvé ainsi utilisé pour la déficience intellectuelle avant que le dogme d’une fixation innée et irrémédiable ne soit, identiquement, appliqué à l’autisme.
Cinquante ans plus tard, à mon tour, dans les mêmes lieux soumis à un dénuement institutionnel aggravé, j’ai retrouvé des enfants semblables à ceux qu’avait rencontrés Bourneville, mais les temps avaient changé et j’ai pu m’appuyer sur de nouveaux supports conceptuels d’orientation dynamique. Il est alors apparu que, parmi ces prétendus « arriérés inéducables », certains pouvaient être reclassés dans le cadre de l’autisme : notre équipe avait donc, d’une certaine manière, réalisé le projet suggéré ici par J. Hochmann de « trouver l’autisme par le détour de l’idiotie ». En réalité, le risque est rapidement apparu d’en arriver, par cette voie, à un élargissement excessif du cadre tracé par Kanner ; c’est pourquoi de nouvelles études, appuyées sur les critères psychopathologiques exigibles, ont permis, un peu plus tard, d’individualiser, parmi les enfants observés, de nouvelles organisations : les psychoses précoces déficitaires, les dysharmonies psychotiques, des déficiences mentales encore porteuses de notables potentialités évolutives – d’autres encore apparaîtront ultérieurement.
Dans la même période, J. Hochmann le fait bien voir, l’exploitation des aspects dynamiques s’est reliée à une prise de distance vis-à-vis de la primauté accordée jusque-là aux cadrages étiopathogéniques ; sur ce terrain après le règne sans partage de la théorie de la dégénérescence, avec la reconnaissance de nouvelles pathologies incluant une dimension évolutive, se sont développées les controverses opposant organogenèse et psychogenèse. Celles-ci se raniment encore de nos jours, même si au cours des dernières décennies, des études probantes ont montré que facteurs relationnels et neurobiologiques entrent nécessairement dans des interactions circulaires, tout au long des processus à travers lesquels prennent forme les distorsions des supports de la vie mentale et se mettent en place les réaménagements défensifs qui s’y relient – par où se fonde une causalité psychique qui ne permet pas d’isoler arbitrairement l’influence attribuée à l’un ou à l’autre des facteurs en jeu.
La prise de distance qui s’est instaurée vis-à-vis des explications simplificatrices d’ordre étiologico-clinique a eu le grand mérite de donner la priorité à l’étude des critères psychopathologiques, selon une démarche où le relevé des aspects symptomatiques et syndromiques garde son intérêt, mais doit être complété par une appréciation des traits et des mécanismes qui confèrent au sujet sa spécificité. Une littérature considérable couvre ce terrain, elle est exposée et discutée dans ce livre, sous des orientations ouvertes qui mettent en valeur l’intérêt d’une confrontation entre les différents courants de pensée, de manière à lutter contre le danger que représentent les inévitables tendances réductionnistes.
Ces innovations ont donné leurs fondements à une approche multidimensionnelle de la personne autiste où le soin, sous ses multiples composantes et dans sa visée réintégrative, peut s’articuler avec des mesures éducatives, rééducatives, pédagogiques qui prennent aussi en compte les handicaps intriqués. Une observation remarquable portant sur plusieurs enfants, longtemps suivis par l’équipe de l’ITTAC, fait voir comment les intervenants s’adaptent à la singularité de chaque enfant et procèdent aux ajustements que rend nécessaire l’évolution des troubles ou l’avancée en âge, tout en portant une attention particulière à ce qui sous-tend l’expression de la subjectivité.
Jusque dans les années 1980, ces principes et ces pratiques ont été soutenus, en France et dans d’autres pays, par la majorité des cliniciens et des équipes, puis est survenu « le grand renversement » qui cherche à imposer, au plan international, les concepts et les critères du DSM nord-américain. Pour cela, des critiques ont été faites à la psychanalyse, par où, sans ouvrir un véritable débat, on a déclaré ses contributions inadéquates ou même franchement nocives ; parallèlement, on a invoqué des progrès scientifiques décisifs, réalisés – ou en cours de réalisation – dans l’étude de l’autisme, au plan génétique et neurobiologique. Par cette voie, l’autisme est devenu un handicap dont le diagnostic se fonde exclusivement sur des critères comportementaux ; sur ces bases, seules sont concevables des méthodes éducatives formalisées, en lien avec des prescriptions à visée comportementale. Ce changement radical de paradigme qui s’est effectué hors d’une confrontation scientifique digne de ce nom est né aux États-Unis, où les carences majeures du dispositif de santé ont suscité des revendications visant à faire bénéficier les autistes des mesures éducatives et de la scolarisation qu’un droit constitutionnel a prévues pour les handicapés. Satisfaction a été donnée aux associations de parents, et, parallèlement, la révision du DSM a introduit, avec les troubles envahissants du développement, les concepts et les critères qui permettent de faire de l’autisme un handicap, en excluant toute référence à un processus évolutif relevant de soins.
Dans son analyse du mode de transposition de ce modèle dans notre pays, J. Hochmann fait voir l’intervention de différents facteurs, dans un contexte où, longtemps, parents et professionnels avaient été solidaires. Les désaccords qui se sont instaurés me semblent dépendre principalement des défaillances évidentes qu’on constate dans l’aide apportée aux autistes et à leur entourage : la politique de secteur n’est plus soutenue, les moyens se réduisent dans le sanitaire comme dans le médico-social, les centres spécialisés pour autistes créés à partir de 1996 ne donnent pas les résultats escomptés, les essais de scolarisation butent également sur d’indéniables difficultés. Dans ce contexte, on conçoit que la promesse d’une solution efficace, simple, à valeur scientifique garantie, permette de rassembler les asso

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