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Description

Dans l’imaginaire collectif, le criminologue est un être étrange qui pourchasse des tueurs en série. Bien que cette représentation ne soit pas totalement erronée, elle ne constitue pas l’essence du travail du criminologue. En fait, ce professionnel peut être impliqué dans chacune des étapes du système de justice, à savoir : 1) le support aux enquêtes ; 2) le traitement des criminels violents ; 3) l’évaluation des risques de récidive; 4) le suivi de criminels lors de leur réinsertion sociale ; 5) le support aux victimes d’actes criminels. L’auteur met en lumière les activités d’un criminologue impliqué dans la protection du public, mais respectant également les droits des criminels.
Jean Proulx est professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, dont il est l’actuel directeur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 10
EAN13 9782760625679
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

JEAN PROULX


Professioncriminologue




Les Presses de l’Université de Montréal
La collection


Quel est le rôle, dans la Cité, des chercheurs, des intellectuels,des professeurs, des universitaires en général ? Qui sont-ils etque font-ils exactement ? Quel a été leur parcours intellectuel ?La Collection « Profession » répond à ces questions.

Directeur de collection : Benoît Melançon

Autres titres disponibles au 1 er novembre 2010 :


www.pum.umontreal.ca
Copyright

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archivesnationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Proulx, Jean
Profession, criminologue
(Profession)
Comprend des réf. bibliogr.

ISBN  978-2-7606-2028-5
ISBN  978-2-7606-2567-9 (ePub)

1. Criminologistes. 2. Criminologie - Aspect social.
I. Titre. II. Collection : Profession (Montréal, Québec).HV6030. P762006 364.023 C2006-941514-5

Dépôt légal : 3 e trimestre 2006
Bibliothèque nationale du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 2006 ; 2010 pourla version ePub.

Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutienfinancier le ministère du Patrimoine canadien, le Conseil des Artsdu Canada et la Société de développement des entreprises culturellesdu Québec (SODEC).
Introduction





D ans l’imaginaire collectif, le criminologue estun « profileur » qui poursuit des tueurs en série.Mythe ou réalité ? Il est vrai que certains criminologues, œuvrant au sein d’une organisation policière,peuvent établir des profils comportementaux et depersonnalité afin d’aider des enquêteurs à éluciderdes meurtres, notamment lorsqu’il s’agit de meurtresà caractère sexuel. Cependant, cette tâche spécifiquen’est que très occasionnelle, même au sein des organisations policières, en raison de la rareté de ce typede crimes. En effet, on compte environ 23 meurtressexuels par année au Canada. Ceux-ci ne constituentqu’environ 4% du total des homicides commis aucours de cette période. De surcroît, les meurtrierssexuels en série ne représentent qu’une faible proportion des meurtriers sexuels. Ces statistiques nousconfrontent à un autre mythe, soit celui d’une épidémie de meurtriers sexuels en série. En fait, la seuleépidémie avérée est celle d’articles de journaux, defilms et de séries télévisées sur les tueurs en série.
Une fois établi que le criminologue est rarement un « profileur » qui traque des tueurs en série,on peut néanmoins s’interroger sur les sources decette fascination pour ce métier. Tout d’abord, il y a certainement les efforts déployés pour comprendre,pour élucider les mystères entourant ce monstrequ’est l’auteur de crimes à première vue incompréhensibles. Quelle est la personnalité de ce criminel ?Est-ce une personne timide, angoissée, inhibée, pourqui le meurtre sexuel est la seule manière d’exercer unpouvoir sur une autre personne ? Au contraire, est-ceun être égocentrique et extraverti qui consomme demanière abusive alcool et drogue et utilise la violence,même meurtrière, pour assouvir ses désirs sexuels ?Au-delà de la personnalité du meurtrier, quelle estson histoire ? Provient-il d’un milieu familial violent ? A-t-il de nombreux antécédents de crimes ? Enbref, le « profileur » tente de comprendre les facteursde personnalité, développementaux et situationnelsqui expliquent ses crimes. Ces tâches, nous le verronstout au long de cet ouvrage, se situent au cœur del’activité professionnelle du criminologue, qu’il soitclinicien, analyste ou chercheur, et ce, peu importele type de crimes analysés. On pourrait même soutenir que le criminologue « profileur » n’est qu’unutilisateur des théories et des modèles élaborés parles criminologues chercheurs et les criminologuescliniciens. En effet, c’est à la lumière de leurs travaux qu’il conçoit sa compréhension des facteurs etdes processus qui ont culminé en un meurtre sexuel.Par-delà le défi intellectuel, une autre raison quiexplique la fascination pour le métier de « profileur »est le danger potentiel lié au fait de côtoyer un meurtrier sexuel. D’emblée, il faut souligner que le criminologue « profileur » n’est pas un policier. Son rôle selimite à l’étude de la scène de crime et à l’élaboration d’un profil psychologique et comportemental dumeurtrier. Aussi, dans certains cas, il peut suggérerdes stratégies d’intervention aux policiers qui tententsans succès de soutirer des aveux à un suspect. De nouveau, la fiction médiatique présente une imageerronée des dangers auxquels sont confrontés les criminologues « profileurs ». Mais qu’en est-il des criminologues cliniciens, ceux dont le rôle est d’évaluer etd’aider des criminels impliqués dans une démarchede réinsertion sociale ?
Pour la majorité des criminologues cliniciens, lapratique professionnelle implique un contact directavec des criminels. Bien sûr, très peu d’entre eux sontdes meurtriers sexuels. Toutefois, le parcours de bonnombre de ces infracteurs inclut des crimes violents(par exemple : agression sexuelle, violence conjugale,vol à main armée) et des crimes de moindre gravité,tels des fraudes ou des vols d’automobiles. De plus,sur le plan psychologique, dans une large proportion,ces criminels se distinguent par leur hostilité, leurimpulsivité et leur recherche d’un pouvoir absolu surautrui, ainsi que par un rejet de toutes normes oucontraintes, qu’elles soient légales, sociales ou liées aucadre thérapeutique. En conséquence, on peut aisément concevoir que la proximité physique et psychologique entre le criminel et le criminologue cliniciencomporte certains risques pour ce dernier.
Quelle est la nature des dangers auxquels sontconfrontés les criminologues cliniciens dans leurstâches quotidiennes ? Tout d’abord, il y a le risqued’être victime de violence physique de la part d’uncriminel sous sa supervision. Toutefois, cette violence est relativement rare. Personnellement, en23 ans de pratique clinique, je n’ai été frappé qu’uneseule fois. En fait, c’est la violence psychologique quiprédomine dans le répertoire des dangers qui pèsentsur le criminologue clinicien. Celle-ci peut prendredifférentes formes et inclut la menace de coups, lesinsultes, les sarcasmes, mais surtout une profondeméfiance teintée d’hostilité, laquelle constitue la trame émotionnelle centrale du criminel dans sonrapport au criminologue. Cette méfiance se dissimuleparfois sous les traits d’une pseudo-coopération dontles finalités sont purement utilitaires pour le criminel(par exemple, participer à un programme de traitement pour toxicomanes, afin de présenter l’imaged’un détenu qui désire changer, et ce, afin d’obtenirplus rapidement une libération conditionnelle).
Les psychothérapies constituent un contexte particulièrement propice aux manifestations de violencepsychologique. Prenons l’exemple d’un suivi hebdomadaire avec un groupe de huit criminels. Chacunedes rencontres pourrait être comparée aux échangesqui surviennent sur la patinoire lors des joutesthéâtrales d’une ligue d’improvisation. À chaque rencontre, tout est possible, il n’y a pas de texte appris,de règles précises. Un des participants me fit un jourla remarque suivante :

Toé, Proulx, tu passes deux heures par semaine avec nousautres, moé j’ai sept jours pour penser à comment je vais tefaire chier et t’écraser la semaine suivante. T’es mieux detenir ta tuque, mon gars, parce que t’auras pas de cadeau.

Est-ce à dire que nos rapports avec les criminelsse limitent à un jeu de pouvoir dont on tente desortir vainqueur ? Évidemment non. Au contraire,un des objectifs principaux du traitement est d’aiderle criminel à concevoir les rapports interpersonnels autrement que sur le mode du pouvoir. Pour yarriver, dans un premier temps, il faut nommer cemode relationnel pathologique, ce qui implique quel’on doit y être confronté directement et à répétitiondans les rencontres de suivi thérapeutique, qu’ellesaient lieu individuellement ou en groupe. Dans undeuxième temps, il faut proposer des modes de rapports interpersonnels dans lesquels priment à la foisle respect d’autrui et le respect de soi-même. À cet égard, l’intégrité du thérapeute dans son rapport aucriminel est un enjeu crucial, car par son exemple, ilouvre la voie au changement chez l’autre.
Afin d’illustrer mes propos sur l’importanced’éviter de glisser dans le rapport de pouvoir danslequel le criminel tentera de dominer le criminologue, voici une réponse au commentaire hostile quim’a été adressé en thérapie de groupe et que j’ai citéprécédemment.

Malgré le fait que tu as commis un crime horrible, jesais que tu n’es pas un monstre. Je sais aussi que tu n’espas totalement responsable des échecs, des souffrances etdes frustrations de ton passé. Si tu avais pu faire mieux,tu l’aurais probablement fait. Aujourd’hui, tu es responsable de ton présent, tu t’impliques de façon honnête dansce traitement. Demain, tu seras responsable de ton futur,c’est-à-dire de mettre en application ce que tu as appris entraitement, et ce, pour éviter de récidiver (respect d’autrui),mais aussi pour avoir une vie plus heureuse qu’avant tonincarcération (respect de soi). Si tu as le courage de venirchaque semaine en thérapie de groupe, j’aurai celui d’êtreprésent pour t’aider malgré ton hostilité.

Dans cette réponse, je résume l’essence dutravail du criminologue clinicien, à savoir une relationd’aide dans laquelle le premier intéressé – le criminel –manifeste une motivation et un engagement que l’onpeut qualifier d’incertains. Dans cette réponse, jeprésente également l’attitude de base du criminologue dans son rapport avec son client, soit un désird’aider la personne en face de lui, tout en ne négligeant pas le danger qu’elle présente pour la société.
Plus loin dans cet ouvrage, j’élaborerai davantage sur les enjeux relatifs au suivi psychothérapeutique de criminels ainsi que sur les dangers et lespeurs que l’on doit conjurer pour être des intervenants efficaces auprès de ces infracteurs. À ce stadede mon propos, on peut s’interroger sur les motifs qui peuvent conduire un étudiant à s

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