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Un contrat social pour l'âge entrepreneurial , livre ebook

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Description

Le numérique se diffuse à tous les secteurs de l’économie. Il bouleverse au passage la production, la consommation et le travail. Il met à l’épreuve nos institutions et force tous les agents économiques à se repositionner. Imaginer un nouveau contrat social pour l’économie d’aujourd’hui est un enjeu à la fois social, économique et politique. L’âge entrepreneurial, qui succède à l’économie fordiste du XXe siècle, a besoin de ce nouveau contrat social afin d’aligner les intérêts des uns et des autres : les entreprises et les ménages ; les travailleurs et les consommateurs ; les pouvoirs publics et les entrepreneurs. Ce livre s’adresse à tous les citoyens qui aspirent à renouer avec la prospérité et la stabilité que la France a connues à l’époque des Trente Glorieuses. Il propose l’équivalent du programme du Conseil national de la Résistance de 1944, mais en phase avec le monde d’aujourd’hui. La route est encore longue. Ceux qui s’apprêtent à embarquer doivent s’attendre à rencontrer de nombreux obstacles et à s’exposer à bien des dangers. Ce livre a été écrit pour eux. Nicolas Colin est un haut fonctionnaire qui s’est reconverti dans l’économie numérique. Il a fondé en 2013 The Family, une société d’investissement spécialisée dans les start-up. Il est également chroniqueur à L’Obs et auteur de plusieurs livres sur l’économie numérique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 février 2020
Nombre de lectures 6
EAN13 9782738151087
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© O DILE J ACOB , FÉVRIER 2020 15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
ISBN : 978-2-7381-5108-7
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Composition numérique réalisée par Facompo
À Béatrice. À Ferdinand. À la mémoire d’Eckhard Strohschänk.
Introduction

Le 7 février 2014, ma société The Family a reçu dans ses locaux de la rue de Poitou, à Paris, une lettre qui m’était adressée. L’expéditeur, un officier de police judiciaire, m’invitait à le rencontrer afin que je sois ensuite présenté à un juge d’instruction. J’allais être mis en examen pour diffamation envers Nicolas Rousselet, dirigeant du Groupe Rousselet (à l’époque le Groupe G7, numéro 1 de l’industrie du taxi), à la suite d’un article paru dans le journal économique La Tribune .
Contrairement aux États-Unis, la France n’a pas de dispositions constitutionnelles protégeant la liberté d’expression de façon absolue. Dans notre pays, un dépôt de plainte pour diffamation avec constitution de partie civile entraîne automatiquement la mise en examen. Le juge d’instruction n’a aucune latitude pour apprécier le bien-fondé de la plainte. Ce premier rendez-vous était donc la première étape d’une procédure qui ne pouvait qu’aller, plusieurs mois plus tard, jusqu’au procès.
Mais pourquoi le plus puissant dirigeant de l’industrie du taxi en France s’en prenait-il à moi, l’ancien haut fonctionnaire venant tout juste de créer une société d’investissement, The Family, avec mes deux associés ?

Une anecdote révélatrice
Voici le contexte de l’affaire. Quelques semaines auparavant, j’avais mis en cause sur mon blog personnel 1 la vision que Nicolas Rousselet avait de l’innovation. L’article avait été reproduit par La Tribune sur son site, attirant quelques dizaines de milliers de lecteurs et éveillant ainsi l’attention de Rousselet.
À l’époque, le conflit faisait rage entre les start-up de la mobilité et l’industrie locale du taxi. Le gouvernement avait décidé la mise en œuvre d’une règle obligeant tous les chauffeurs dits « de VTC » à attendre au minimum quinze minutes entre le moment de la réservation d’une course et la prise en charge du passager. Évidemment, cette règle était dirigée contre Uber et les autres start-up du secteur, et elle était de nature à considérablement dégrader la qualité du service.
The Family était déjà actionnaire de la société Heetch, aujourd’hui concurrente d’Uber. Cette entreprise alors spécialisée dans la mobilité nocturne des jeunes entre Paris et la banlieue, qui venait à peine d’être lancée, était encore microscopique et n’était même pas positionnée à l’époque sur le créneau des VTC. Je ne m’intéressais donc pas spécialement à la question de la réglementation de ce secteur. Mais cette nouvelle règle était si stupide et les débats qu’elle avait déclenchés si animés que j’avais décidé de me pencher dessus. Je voulais me forger ma propre opinion sur la meilleure manière de réguler le transport individuel de personnes en ville.
Parmi toutes les ressources que j’ai trouvées en ligne, un document sortait du lot : une interview de Nicolas Rousselet, l’un des principaux promoteurs de la « règle des quinze minutes », partageant avec un journaliste sa vision de l’innovation 2 . Comme je l’ai écrit à l’époque, cette vision me paraissait choquante. Une première erreur de Rousselet, selon moi, était la focalisation sur les services haut de gamme. Celle-ci est compréhensible dans son univers, puisque les taxis parisiens transportent majoritairement des hommes et des femmes d’affaires et des touristes fortunés, mais elle ignore les besoins de la majorité des habitants des grandes villes. Autre erreur à mon sens, l’idée selon laquelle l’enjeu de l’innovation est d’améliorer les produits existants plutôt que de résoudre des problèmes encore sans solution et de redessiner les contours du marché. Mais le plus choquant dans cette interview était le fait que Rousselet se présentait comme un champion de l’innovation alors même qu’il promouvait à l’époque activement et publiquement cette règle, ridicule, dite « des quinze minutes » (il plaidait même pour un délai d’une heure !) 3 . Tout cela m’avait inspiré un constat sévère : « L’innovation vue par Nicolas Rousselet mérite qu’on s’y attarde tant elle est dérisoire et erronée à peu près du début à la fin. »
Bien sûr, les poursuites en justice sont loin d’être rares dans le monde des start-up. Parmi les entrepreneurs avec lesquels je travaille depuis plus de six ans, nombreux sont ceux qui ont eu affaire une ou deux fois à la police, voire à des magistrats – en général parce que les modèles nouveaux qu’ils mettent au point n’entrent pas dans les vieilles cases régies par des règles d’un autre âge.
Par ailleurs, cette affaire n’a finalement pas été si négative pour moi. Être attaqué en justice par le principal dirigeant d’une industrie aussi déconsidérée que le taxi a suscité une grande vague de soutien. Alertés par la controverse, des milliers de lecteurs supplémentaires sont allés découvrir mon article et m’ont remercié d’avoir ouvert le débat sur l’innovation et la réglementation. Des piliers de l’économie numérique française ont offert de venir témoigner à mon procès. Des entrepreneurs cherchant à entrer sur des marchés réglementés nous ont approchés pour rejoindre le portefeuille de The Family. Quelques mois plus tard, j’ai finalement été relaxé par le tribunal correctionnel et ai simplement dû m’acquitter des honoraires de mon avocat – non sans avoir collecté au passage plusieurs milliers de nouveaux followers sur Twitter. Quant à la « règle des quinze minutes », elle n’a jamais été appliquée et a ensuite été annulée par le Conseil d’État 4 .
L’hostilité à laquelle sont confrontées les start-up en France est connue. Dans la Silicon Valley, nos interlocuteurs américains ne sont pas surpris : à leurs yeux, tout cela explique qu’aucune grande entreprise numérique n’ait jamais pris son essor depuis la France. Pendant que les Américains font prospérer les Amazon, Google, Airbnb et Stripe, nous autres Français devons nous justifier au tribunal correctionnel d’avoir lancé des discussions publiques sur l’industrie du taxi et l’importance de l’innovation.
Au demeurant, le secteur des taxis est un cas un peu à part. C’est un secteur difficile, où les rapports de travail sont durs et souvent tendus 5 . C’est aussi un secteur tellement réglementé que les acteurs qui le dominent entretiennent des relations étroites et fréquentes avec les pouvoirs publics. Pour autant, ce qui se passe dans l’univers des taxis s’observe dans bien d’autres secteurs. C’est même particulièrement représentatif de ce qui arrive en Europe quand des start-up en pleine croissance mettent en cause le statu quo . Les dirigeants politiques et les chefs d’entreprise en place adorent les entrepreneurs tant qu’ils les prennent pour des bambins jouant dans leur bac à sable. Mais, à mesure que leur activité croît, ces mêmes entrepreneurs finissent par être perçus comme des perturbateurs et sont réprimandés comme tels – tout comme nous réprimandons les enfants lorsqu’ils sortent de leur bac à sable et viennent se mettre dans les jambes des adultes.

La transition vers le monde du   XXI e  siècle
Cette anecdote est, à mes yeux, profondément révélatrice de la période que nous sommes en train de vivre : la transition d’un monde, celui de l’économie fordiste du XX e  siècle, à un autre, celui de l’économie numérique du XXI e  siècle. De nouvelles technologies, l’informatique et les réseaux, ont émergé et se sont disséminées dans tous les secteurs de l’économie, transformant au passage les modes de production et forçant les entreprises en place à se repositionner.
Le Groupe Rousselet ne fait pas exception. L’irruption d’Uber et d’autres start-up de la mobilité a révélé plus qu’elle n’a provoqué l’insatisfaction des habitants des villes vis-à-vis de l’industrie traditionnelle du taxi. Dans le monde d’aujourd’hui, où les villes se densifient et les modes de vie changent, les individus possèdent de moins de moins leur propre voiture. Malgré tout, ils ont besoin de se déplacer souvent, à un prix abordable et parfois dans des conditions qui rendent les transports en commun inenvisageables (aux heures de pointe, la nuit, quand ils sont chargés de lourds bagages ou accompagnés par des enfants en bas âge, quand ils ont des difficultés à se déplacer du fait de leur grand âge ou d’un handicap, et sur certains trajets comme de Paris à la lointaine banlieue).
Ce fossé entre des besoins insatisfaits et une offre existante trop limitée, c’est l’opportunité que saisissent les entrepreneurs dans les périodes de transition comme la nôtre. Les entrepreneurs créent des start-up précisément parce qu’ils sont les premiers à prendre conscience que des nouvelles technologies (dans ce cas, l’informatique et les réseaux) permettent de résoudre des problèmes restés jusqu’ici sans solution. En l’occurrence, si l’on connecte des milliers de chauffeurs et des centaines de milliers de passagers, tous équipés de smartphones, sur la même plateforme, on peut orchestrer des mises en relation entre eux qui débouchent sur des trajets plus fréquents, idéalement de porte à porte, et dans des conditions matérielles et financières adaptées aux besoins des uns et des autres 6 .
La réglementation, cependant, complique le déploiement de ces nouveaux modèles d’affair

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