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Réformer la police et la sécurité : Les nouvelles tendances en Europe et aux États-Unis , livre ebook

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Description

Qu’est-ce que la « tolérance zéro » ? Et la « police de proximité » ? Vit-on dans un « état d’insécurité permanente » ? Nos sociétés se dirigent-elles vers un « sécuritarisme » liberticide ?Ce livre fait le point sur la question de la sécurité aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Italie et en Allemagne. Il fait apparaître les évolutions récentes grosses d’une révolution dans le rôle traditionnel de l’État : ainsi le recours croissant aux polices privées ou le rôle dévolu aux autorités locales. Il dresse un bilan contrasté des réformes de la police et de ses méthodes de travail dans différents pays confrontés aux mêmes problèmes : populations acculturées et déshéritées, gestion de villes tentaculaires, relations entre les policiers et les autres professionnels de la paix civile : juges, travailleurs sociaux, médiateurs, élus locaux. Un bilan où se profile notre avenir. Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS. Il enseigne à l’Institut d’études politiques de Grenoble et à l’École nationale supérieure de la police.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 novembre 2004
Nombre de lectures 2
EAN13 9782738140951
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1050€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Ce livre a pu être publié grâce au soutien financier de l’Institut d’études politiques de Grenoble et de son centre de recherche. L’ambassade des États-Unis doit être remerciée à plusieurs titres pour avoir contribué de manière décisive à la réalisation d’un colloque de l’Association française de sciences politiques (sous ma responsabilité, à Science-Po Paris) sur les politiques de sécurité en Europe et aux États-Unis, mais aussi pour avoir permis la traduction des chapitres concernant ce pays. L’Association française de sciences politiques, d’une part, et son secrétaire général à l’époque du colloque, Pierre Muller, d’autre part, ont également joué un rôle déterminant dans la genèse du travail comparatif. J’adresse mes remerciements les plus profonds et sincères à toutes ces personnes et organisations.
Sébastian Roché
© O DILE J ACOB, NOVEMBRE  2004
www.odilejacob.fr
15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
ISBN : 978-2-7381-4095-1
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
INTRODUCTION
Réformes dans la police et formes de gouvernement

Sebastian R OCHÉ 1

Depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, le domaine de la sécurité a été traversé par des changements fondamentaux, que ce soit en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, en Italie, aux États-Unis. De nouvelles doctrines de police ont vu le jour, assorties de nouvelles formules. Les plus fameuses sont probablement « tolérance zéro » ou « police de proximité ». On a pu tout aussi bien entendre que nous vivions dans un « climat d’insécurité permanente », ou encore que les tentatives de réformes policières ont pu être assimilées à du « sécuritarisme », terme vague s’il en est, dont on peut supputer qu’il veut suggérer la mise en place d’un État policier dans les démocraties occidentales. Certes, le caractère mal fondé de cette accusation tient probablement, d’une part, à l’ignorance des orientations nouvelles qui ont été données au travail policier et, d’autre part, à une surestimation de l’étendue des changements réels dans l’activité des agents concernés. Elle témoigne surtout des ravages de la pensée par formule qui dévore la place nécessaire à l’analyse.
Ce livre permet de revenir sur les formules qui orientent l’action policière (police communautaire ou de proximité) ou guident les politiques (tolérance zéro, prévention par la médiation). Les études concrètes par des universitaires des politiques publiques dans des villes ou des nations montrent la distance qui sépare le discours politique de la mise en œuvre des réformes de police. De même qu’on parle beaucoup en France de « police de proximité » puis de « culture du résultat », aux États-Unis ont été popu larisés les termes de « police communautaire », de « résolution des problèmes » et de « tolérance zéro ». Mais les universitaires américains qui contribuent à cet ouvrage nous alertent du fait que ces termes peuvent être trompeurs, les réformes déterminantes ne se situant pas nécessairement là où la communication politique et policière les localise. Ne peut-on faire le même diagnostic en Europe ?
Ces études précisent également que derrière un même terme se glissent des réalités très différentes d’un pays à l’autre. Il existe des tendances dans la bonne manière de faire de la police, des paradigmes se sont constitués, mais l’uniformisation est loin d’en être la conséquence. Loin de diagnostiquer une standardisation, ce livre montre la variété des configurations nationales et locales des systèmes de police. On ne saurait par conséquent accréditer les thèses qui voient derrière les évolutions européennes en matière de police et de justice le produit d’une manipulation (réussie) en sous-main pour diffuser un prétendu « modèle américain ». Et ce d’autant plus que la comparaison entre la ville de New York et celle de Chicago montre qu’il n’existe pas plus de « modèle américain » dans un pays à l’administration décentralisée et à la taille d’un continent.
Les changements sont une réalité, même s’ils portent peut-être plus sur la direction des systèmes de police (qui donne les ordres ? fixe les normes ?) que sur les pratiques professionnelles elles-mêmes. Qui gouverne en matière de sécurité ? L’affirmation d’une politique locale de sécurité est probablement le point clé des transformations dans les démocraties occidentales : le concept de « sécurité locale » est reconnu en Italie comme de valeur égale à celui d’ordre public (il a été approuvé et relancé par le gouvernement Berlusconi), la police dans la proximité, même si elle connaît une éclipse en France, est devenue essentielle. En Allemagne, Hartmut Aden explique comment, bien que le niveau fédéral ait des compétences limitées, à partir des années 1990, des conseils de prévention ont été installés à l’échelon des régions, puis un peu plus tard des communes : la formule contractuelle n’est donc pas réservée aux États centralisés. Et le ministre de l’Intérieur anglais David Blunkett annonce, pour la prochaine étape des réformes, qu’il veut que les chefs locaux de police aient plus de pouvoirs sur les opérations à conduire et les ressources pour s’ajuster aux besoins locaux, ce qui signifie que l’autorité du responsable régional de la police, le Chief Constable, va s’en trouver diminuée 2 .
Ces changements se produisent au nom de l’amélioration de la sécurité du citoyen ordinaire et non de celle de l’État. Adam Crawford parle de recherche d’une police « rassurante ». En conséquence, les nouvelles politiques de sécurité se focalisent sur la petite délinquance et les incivilités, qui incarnent les priorités du public. Nous verrons que la réalité des actions mises en œuvre est plus ambiguë, mais notons déjà que le discours qui légitime les tentatives de réformes a des points communs dans nombre de pays.
Formules d’un côté, expériences urbaines de l’autre, que nous apprend la comparaison internationale des réformes du système de sécurité sur ces deux plans ? Et quelle mode de gouvernance de la sécurité serait le meilleur ? À partir des contributions à cet ouvrage, quel bilan établir ? Ce livre permet de confronter les régimes centralisés et décentralisés, comme de voir quels espoirs sont placés par les experts, parfois de manière un peu optimiste, dans le mode de gouvernance qui n’est pas celui qu’ils vivent au quotidien. Ainsi, nos collègues américains se prennent à souhaiter plus de centralisation tandis que les études de cas françaises soulignent les travers de ce système.

Les formules qui nous trompent
Les concepts à la mode se révèlent bien souvent former un écran de fumée plus qu’une aide à la compréhension des nouvelles pratiques. Les notions sont floues, polysémiques, souvent elles ne correspondent pas aux innovations qu’elles sont censées annoncer. Cela se vérifie pour des formules aussi éloignées que la tolérance zéro (Eli Silverman), la proximité (François Dieu), le partenariat (Tanguy Le Goff) ou encore la médiation (Jacques de Maillard).

Tolérance zéro
La tolérance zéro n’est pas ce dont on a parlé en France. Eli Silverman nous apprend que l’usage du terme est ancien aux États-Unis puisqu’on l’utilisait déjà sous la présidence de Ronald Reagan au début des années 1980, et qu’il a permis de cibler toutes sortes de comportements, notamment la violence conjugale et les violences faites aux enfants. À New York, qui lui a donné sa notoriété mondiale, la baisse de la délinquance ne fait pas de doute. Mais Silverman hésite fort à dire que la nouvelle doctrine de police en soit l’origine. Il y voit un slogan politique qui a plu aux médias plus qu’un concept novateur. En effet, d’autres facteurs socioéconomiques expliquent la diminution de la criminalité qui se produit à l’échelle de la nation tout entière, et pas simplement à New York, invalidant ainsi l’idée d’une potion magique qu’on pourrait administrer à d’autres métropoles. Certes, les comportements des policiers de terrain ont changé, mais cela pourrait tenir au fait qu’on a revu l’utilisation de l’information (avec son instrument le plus connu, le CompStat, un outil de géographie criminelle en temps réel), et surtout la gestion et l’organisation des services de police (notamment dans le sens d’une plus grande décentralisation et d’une coordination de différentes unités).
Le doute des criminologues quant à la possibilité d’expliquer la baisse de la délinquance par l’activité de police est largement partagé 3 . Ainsi, John Eck et Edward Macguire concluent de leur étude qu’il y a probablement un effet des actions menées par la police, mais qu’il est limité et jamais indépendant d’autres facteurs comme la scolarisation, l’économie, l’implication des citoyens ou les taux d’emprisonnement 4 . Des travaux complémentaires relativisent plus encore les aspects les plus médiatisés de la nouvelle façon de faire de la police : James J. Willis, Stephen Mastrofski et David Weisburd ont étudié l’effet de l’introduction du système d’information Compstat dans trois villes américaines, et cela sans arriver à isoler un effet quelconque sur le niveau de la criminalité 5 .
Notre analyse, dans un précédent ouvrage, Tolérance zéro ? 6 , nous conduisait à souligner les changements les plus importants dans la manière dont les villes françaises s’attaquaient à l’insécurité. Derrière la même formule à la mode, les réformes se traduisaient, d’une

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