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L'Autorité de la Cour suprême au péril de la politique , livre ebook

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Description

La Cour suprême est le sommet du pouvoir judiciaire aux États-Unis. Or elle n’a « ni la bourse ni l’épée » pour faire respecter ses décisions : d’où lui vient alors sa grande autorité ? Dans ce nouveau livre, Stephen Breyer nous explique comment la Cour suprême, par des décisions marquantes au fil de son histoire, a gagné l’assentiment du peuple, clé de la sauvegarde du rôle du pouvoir judiciaire. Car son pouvoir dépend « de la volonté du public de respecter ses décisions, même celles avec lesquelles il est en désaccord ». Selon Stephen Breyer, l’autorité de la Cour et la prééminence du droit supposent que les juges aient assez d’autonomie pour ne pas apparaître comme des « politiciens en robe ». Il plaide aussi pour que le public soit mieux informé sur le fonctionnement des institutions et du système judiciaire et qu’il ait à cœur d’y tenir sa place. Une mise en garde contre la politisation du judiciaire et un acte de foi, optimiste mais lucide, pour la défense du droit et de la démocratie. Un grand texte de philosophie politique. Stephen Breyer est juge à la Cour suprême des États-Unis. Il est l’auteur de Pour une démocratie active, de La Cour suprême, l’Amérique et son histoire et de La Cour suprême, le droit américain et le monde, qui ont marqué la pensée juridique. 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 octobre 2021
Nombre de lectures 2
EAN13 9782415000400
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Ouvrage paru originellement sous le titre : The Authority of the Court and the Peril of Politics , published by arrangement with Harvard University Press
C OPYRIGHT © 2021 BY S TEPHEN B REYER
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Kirsch
Pour la traduction française : © O DILE J ACOB, OCTOBRE  2021
15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
ISBN : 978-2-4150-0040-0
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
Je dédie ce livre à mes petits-enfants, Clara, Ancel, Eli, Samuel, Angela et Stevie.
Préface

I l y a quelques années, la présidente de la Cour suprême du Ghana est venue visiter notre Cour. Elle voulait savoir comment la Cour suprême avait fait progresser et avait protégé les droits civils en Amérique. Elle semblait particulièrement intéressée par cette question : pourquoi le public américain fait-il ce que dit la Cour suprême ? Implicitement, elle voulait aussi savoir pourquoi, ou comment, la Cour pouvait exercer un contrôle sur les autres parties du gouvernement, même les présidents, en cas de désaccord grave entre les branches du pouvoir. Ces questions sont importantes, en effet.
En termes abstraits, le pouvoir de la Cour, comme celui de tout tribunal, doit dépendre de la volonté du public de respecter ses décisions, même celles avec lesquelles il est en désaccord et même lorsqu’il estime qu’une décision constitue une grave méprise. C’est lorsqu’une décision de la Cour entre fortement en conflit avec l’avis des autres pouvoirs, et plus particulièrement celui du Président, que ce respect compte le plus.
Ce texte traitera de l’importance de l’acceptation du public dans la sauvegarde du rôle du pouvoir judiciaire. La première partie posera le cadre en présentant plusieurs exemples illustrant l’acceptation croissante des décisions de la Cour par le public, et l’autorité croissante de la Cour qui en découle.
Les deuxième et troisième parties aborderont plus directement le pouvoir connexe de la Cour d’exercer un contrôle sur le reste du gouvernement. Je donnerai des exemples des types de contrôle auxquels je pense. Je donnerai également des illustrations de la manière dont le pouvoir de contrôle de la Cour s’est développé au fil du temps, avec l’acceptation de son autorité par le public. Et je décrirai certaines difficultés potentielles, en lien avec cette situation, qui pourraient survenir à l’avenir. Je proposerai ensuite quelques mesures que la Cour et le public pourraient prendre pour aider à surmonter ces problèmes.
Note de l’auteur

L es remarques suivantes étaient destinées à l’origine à une présentation en France. Elles devaient avoir pour thème « La Cour suprême : pouvoir et contre-pouvoir ». En raison des difficultés rencontrées pour me rendre en France, j’ai décidé de me servir de ces remarques comme base pour la conférence Scalia de 2021 à la Harvard Law School, et de publier ensuite cette conférence. Il me semble que le propos de cet essai, qui est en partie le reflet de ma propre expérience, s’applique aux récents désaccords sur la nature de la Cour suprême et sur son futur. Il existe au sujet du véritable rôle de la Cour des vues différentes, souvent opposées. Et ces derniers mois, le sujet a souvent fait l’objet de débats plus intenses. Je cherche ici à montrer, sous une forme simplifiée et à l’aide d’exemples, comment, selon moi, la Cour a obtenu son pouvoir, et à préciser la nature de ce pouvoir et de certains des défis auxquels la Cour est maintenant confrontée. Je fais également plusieurs suggestions générales sur ce que la Cour et le pays pourraient faire pour minimiser les risques liés à ces défis. Il s’agit de suggestions générales, elles ne prétendent pas apporter des solutions spécifiques aux problèmes auxquels le pouvoir judiciaire est confronté.
Juin 2021
I
Le pouvoir de la Cour, en général
C omment se fait-il que les gens suivent les suggestions, les pensées, et même les ordres, d’autres personnes ? Jadis, Cicéron a esquissé une réponse à cette question centrale sur la nature du pouvoir. Il pensait qu’il y avait trois voies possibles pour assurer l’obéissance de ceux qui vivent dans un État : 1) la peur du châtiment ; 2) l’espoir de récompenses ou d’avantages particuliers ; et 3) la représentation que l’État est un État juste. Cette dernière voie, la justice, devait convaincre les gens que ceux qui gouvernent méritent l’obéissance. Que les idées de Cicéron s’appliquent ou non de façon générale au gouvernement, elles s’appliquent certainement à la Cour suprême des États-Unis. La capacité de la Cour à punir ou à accorder des récompenses ou des avantages est limitée. Sa capacité d’agir avec justice joue un rôle majeur, du moins à mes yeux, pour obtenir le respect du public et ainsi son obéissance. L’histoire de la Cour en est l’illustration.
Quelques exemples permettront d’étayer ce point de vue et, en les examinant, il est important de garder à l’esprit la manière dont la loi confère à la Cour un pouvoir juridique. La source principale de ce pouvoir se trouve dans la Constitution des États-Unis ainsi que dans les idées de ceux qui l’ont rédigée. La Constitution est un document bref. Elle comporte sept articles et vingt-sept amendements. Elle crée une démocratie fédérale représentative, avec une séparation des pouvoirs gouvernementaux à la fois horizontale (législatif, exécutif, judiciaire) et verticale (étatique et fédéral), l’égalité des individus devant la loi, la protection des droits fondamentaux et la garantie de la prééminence du droit ( rule of law 1 ). Les rédacteurs de la Constitution étaient pleinement en droit d’admirer leur création. Mais, comme le souligne Alexander Hamilton dans Federalist 78 , une branche du gouvernement doit avoir autorité pour garantir que les autres branches agissent dans les limites fixées par la Constitution. Sinon, le document n’aura que peu d’effet : les rédacteurs auraient pu tout aussi bien l’accrocher aux murs d’un musée.
Laquelle des branches du pouvoir aura autorité pour déterminer quelles sont les limites fixées par la Constitution et dans quel cas une branche les a outrepassées ? Le pouvoir exécutif, à savoir le Président ? N’y a-t-il pas un risque que le Président décide simplement que toute action qu’il entreprend est conforme à la Constitution ? Et le Congrès ? Ses membres sont issus du vote populaire, ils s’y entendent probablement en matière de popularité. Que se passera-t-il lorsque, par exemple, ceux qui ont droit aux protections constitutionnelles ne sont pas populaires ? La Constitution et en fait le droit en général s’appliquent à ceux qui ne sont pas populaires exactement comme ils s’appliquent à ceux qui le sont. Peut-on faire confiance au Congrès pour protéger ceux qui sont impopulaires ?
Reste la troisième branche, le pouvoir judiciaire. Très bien, aurait pu se dire Hamilton. Les juges s’y entendent en matière de droit. Ils sont peu susceptibles de devenir trop puissants car il leur manque le pouvoir de la bourse et de l’épée. Par conséquent, le pouvoir judiciaire et la Cour suprême en particulier devraient avoir le dernier mot. La majorité des autres fondateurs étaient d’accord avec Hamilton. Mais l’acceptation de ce point de vue n’était pas inévitable et elle ne s’est pas non plus imposée sans une longue lutte. Contrairement à Hamilton, Thomas Jefferson n’était pas disposé à donner aux juges le pouvoir ultime de résoudre les conflits constitutionnels et législatifs, en particulier à une époque où l’esprit partisan était exacerbé et où le système judiciaire était perçu comme favorisant les adversaires politiques de Jefferson, les fédéralistes. Ainsi, Jefferson a pu écrire que « chacun des trois départements a également le droit de décider pour lui-même quel est son devoir en vertu de la Constitution, sans tenir aucun compte de ce que les autres ont pu décider pour eux-mêmes sur une question similaire 2  ». En ce qui le concernait, moins la Cour suprême était puissante, mieux cela valait.
Le point de vue de Hamilton est celui qu’ont adopté John Marshall et la Cour suprême dans la célèbre affaire Marbury v. Madison 3 . Cette affaire est née à l’époque des « juges de minuit ». John Adams, un fédéraliste, venait de perdre les élections présidentielles face à Jefferson, un démocrate-républicain (ce qui correspond aujourd’hui au Parti démocrate). Adams désigna rapidement plusieurs juges. Le Sénat les confirma en l’espace de quelques jours. Il ne restait plus à Adams qu’à leur notifier leurs affectations dans les délais, c’est-à-dire avant l’expiration de son mandat présidentiel. Adams ne parvint pas à notifier dans les délais l’affectation de Marbury. Cela signifiait-il que Marbury n’était pas juge ?
Marbury porta l’affaire devant la Cour suprême. Il demanda à la Cour d’ordonner au nouveau Président, Thomas Jefferson, de notifier l’acte d’affectation. Marbury semblait avoir raison de déclarer que la loi exigeait que Jefferson le fasse. Néanmoins, cette requête plaçait la Cour devant un dilemme. Supposons d’un côté que la Cour ait statué que la loi ne reconnaissait pas à Marbury le droit à cette affectation. Pour beaucoup, cette décision laisserait entendre que la Cour était une institution faible, qu’elle s’était écartée de ce que la loi semblait exiger de peur que le Président ignore simplement sa décision. Cela revenait à suggérer qu

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