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Description

Une existence traversée par l’horreur de la guerre et de la déportation.
Internée à l’âge de dix-sept ans dans les camps de Poitiers, Drancy et Pithiviers, Jacqueline Schulhof parvient à être libérée en 1942 grâce à l’intervention de son père, Raymond Schulhof. Le matin du 4 janvier 1944, cependant, une partie de sa famille - sa mère, son père, sa grand-mère et son petit frère Georges - est arrêtée par les Allemands. Aucun d’entre eux ne reviendra d’Auschwitz. L’histoire de Jacqueline et de sa famille est emblématique de l’une des nombreuses et terribles tragédies de la Shoah : la tentative d’anéantissement, par l’occupation nazie, de toute la communauté juive d’Amiens. Les souvenirs et les événements recueillis dans ces pages par Annalisa Comes tracent un récit qui reste fidèle aux imperfections de la mémoire et qui naît du dialogue entre deux femmes liées par une grande affection. Un livre de témoignage dans lequel l’histoire des événements familiaux de Jacqueline se mêle à celle de sa carrière artistique de sculptrice, qui a commencé relativement tard mais qui, pour elle, a été une profonde affirmation de la vie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 juillet 2023
Nombre de lectures 2
EAN13 9782304054316
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Jacqueline Schulhof Blum
Sculpter le temps
Mémoires d’une vie
Édité par Annalisa Comes
Histoires italiennes
é ditions Le Manuscrit Paris


Édition italienne :
Jacqueline Schulhof Blum, Scolpire il tempo ,
© 2022, Lit Edizioni s.a.s., Rome
Pour l’édition française :
ISBN papier 978-2-304-05430-9
ISBN epub 978-2-304-05431-6
© Éditions Le Manuscrit, juillet 2023
Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Sauf indication contraire, les photographies sont issues d’archives familiales.
www.jacquelineblumcom.wordpress.com


Dans la même collection
Le Fil ténu de la mémoire , Lidia Beccaria Rolfi, 2022


La collection
La collection « Histoires italiennes » a pour vocation de diffuser le savoir relatif à des ouvrages écrits en langue italienne au cours des xx e et xxi e siècles. Ces ouvrages, importants pour l’histoire de l’Italie et de l’Europe, sont encore inédits en langue française.
Les œuvres de la collection se situent au croisement des genres : la fiction, l’histoire, le témoignage, l’autobiographie, l’essai, et mettent principalement en avant des femmes écrivaines.
La collection est dirigée par Chiara Nannicini Streitberger, professeure de littérature italienne à l’Université Saint-Louis, Bruxelles.



Jacqueline au travail sur E la nave va , hommage à Fellini , marbre, 42 cm, 1992.


Préface
J’avais aussi connu un bouleversement intérieur qui avait renouvelé mon regard sur ma vie, j’aimais le mystère d’une autre existence croisant soudain la mienne et l’éclairant d’un jour nouveau, je ne cherchais pas à en comprendre les raisons, contempler ses effets me suffisait, mes oreilles entendaient autrement, mes yeux voyaient différemment, à travers un filtre qui ajoutait netteté, joie et clarté au monde. Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants 1
La rencontre
Avant de commencer à éditer ce livre, je me suis souvent demandé : comment le livre sera-t-il ? Les événements concernant l’enfance et la jeunesse de Jacqueline Schulhof sont très lointains dans le temps, et plusieurs personnes de sa famille et des amis ont disparu tragiquement pendant la Shoah. Je ne pensais pas à un « simple » récit de témoignage ; il reste beaucoup de lacunes dans la mémoire, bon nombre de faits sont difficiles à retracer dans une séquence temporelle définie et vérifiable, plusieurs événements dont le souvenir demeure douloureux. Je n’avais aucune intention de forcer la mémoire, par pudeur, par respect et à cause de ma grande affection à l’égard de Jacqueline. J’avais en tête l’idée d’un livre où on aurait pu mélanger nos voix, telles des échos de la relation qu’on avait. Un dialogue à deux voix, qui relie et entrecroise le passé et le présent, des générations et des langues différentes.
Dès lors, même les fragments d’une mémoire douloureuse atteignent la surface avec une naturalité, une sérénité et une élégance, pourrais-je dire, qui ne les dénature pas, qui les sublime, en les rendant purs, transparents et brillants, comme des diamants. Chaque parole peut être recueillie dans la main, telle une pierre précieuse, chaque parole peut être caressée. De chaque parole rayonne une lumière, visible aussi dans l’obscurité.
Arriverais-je à obtenir ce miracle ? Serais-je à la hauteur de rendre justice au grand cadeau de notre amitié, de l’affection de sœur et de fille qu’on ressentait mutuellement ? Encore aujourd’hui je ne pourrais définir la nature de notre relation, je ne pourrais dire comment, depuis notre première rencontre, nous sommes arrivées jusqu’ici. Cela tient sûrement au fait que le chemin que nous avons emprunté ensemble n’est pas fini.
J’ai rencontré Jacqueline en 2010, en France, au Centre Culturel « Le Colombier » de la Ville d’Avray, où j’enseignais l’italien. Jacqueline connaissait déjà bien la langue, ayant vécu en Italie, à Rome, pendant environ dix ans, à partir de 1964. Je ne me souviens pas exactement des détails, et sans doute aux souvenirs de ce premier jour d’autres souvenirs des semaines suivantes se sont-ils juxtaposés. En revanche, j’ai bien gravé dans la mémoire l’impression de sa silhouette : une femme mince, d’une élégance sobre. Une élégance qui la caractérise encore aujourd’hui, et qui n’a rien à voir avec ses vêtements ou avec d’autres facteurs extérieurs, plutôt avec son allure et son essence. Elle donnait l’impression de se déplacer non dans un monde, mais dans plusieurs. Le mouvement délicat de ses mains longues et effilées, la manière de remettre en arrière ses cheveux courts, d’ajuster son foulard au cou, la finesse dans le simple geste de verser l’eau dans un verre et de le porter à la bouche, son art de composer un bouquet de fleurs dans un vase : les tulipes blanches.
Encore à présent, je ne peux m’empêcher d’admirer ces mains, telles des oiseaux, lorsqu’elles se posent, dans un équilibre cohérent qui n’est éphémère qu’en apparence, sur un fil tendu au-dessus de l’abîme de sa vie, juste avant de reprendre l’envol. Et lorsque j’ai connu son histoire familiale, l’horreur, les deuils par lesquels elle est passée, je me suis demandé et me demande encore aujourd’hui comment cela a été possible. Pourquoi aucun de ses gestes n’a-t-il pas le goût amer de la violence subie, et aucune trace de froideur ne persiste-t-elle, ni aucune distance, dans sa voix encore subtile mais pas fragile ? Du courage ? Du remaniement ? Je les exclurais tous les deux, bien qu’ils soient là, mais il s’agit à mon avis d’autre chose encore, qui n’est pas facile à calibrer dans les mesures du monde. Fuyant, et pourtant réel et perceptible : il s’agit de lumière, voilà, c’est bien ça, de la lumière.
Jacqueline est une femme lumineuse, une passeuse de lumière 2 . Tout son être, ses mouvements, ses gestes, son sourire, son allure, tout, même sa manière de se rembrunir, sont réunis dans la clarté nébuleuse d’une lumière qui lui est substantielle. Et ce n’est sûrement pas anodin que son parcours artistique, commencé relativement tard, l’ait menée assez vite du dessin à la sculpture. Même lorsqu’elle ne pouvait plus sculpter le marbre, la tentative d’utiliser une matière plus malléable, comme le bois, n’a pas duré longtemps.
Le témoignage
Maint livre est comme une clé pour les salles inconnues de notre propre château. Franz Kafka, Lettre à Oskar Pollak , novembre 1903
L’expérience directe de l’horreur de la guerre, la faim, la ségrégation, la déportation dans les camps de Poitiers, Drancy et Pithiviers, font du récit de Jacqueline un document mémoriel et également historique, car les événements privés et intimes de sa famille deviennent emblématiques de tout un pays, de toute une époque.
Sensible au sujet de la Shoah et profondément convaincue de la valeur éthique de la mémoire, j’ai aussitôt considéré le récit de Jacqueline comme une occasion précieuse de faire connaître en Italie (où le livre a d’abord été publié, en janvier 2022), une période de l’histoire française très peu présente dans les manuels scolaires, souvent à peine mentionnée et résumée en quelques lignes. Après la parution du livre, avec mes étudiants de terminale à l’Institut Vincenzo Gioberti de Rome où j’enseigne la littérature italienne et l’histoire, nous avons lu à haute voix le récit de Jacqueline. Ensemble, nous en avons commenté les faits, recherché sur une carte géographique les lieux, pour ensuite inviter Jacqueline à une discussion commune, lors d’une rencontre en distanciel. C’était un moment vraiment extraordinaire… Une expérience enrichissante que je pense reproposer à l’avenir.
C’est bien connu, le procès Eichmann, en 1961, a marqué le début de ce qu’Annette Wieviorka a défini comme « l’ère du témoin », une époque qui s’est imposée surtout à partir des années quatre-vingt 3 . C’est un sujet sur lequel l’historienne s’est prononcée à plusieurs reprises, en analysant sa signification, son rôle, son évolution. En effet le témoignage, surtout celui de la Shoah, a perturbé, caractérisé, influencé la société de l’Europe occidentale – et bien au-delà –, sa manière de penser et d’écrire l’histoire. Il a aussi inspiré de nouvelles stratégies pédagogiques, surtout dans la dernière décennie. Aujourd’hui, face au renouveau d’agressions réitérées, évoquant un antisémitisme qui somnolait derrière les façades, aujourd’hui que nous sommes confrontés à l’indifférence se propageant auprès des jeunes générations – ces mêmes générations qui auraient la tâche de transmettre le témoignage –, l’instrument le plus efficace d’un point de vue didactique me semble être le recours aux témoins, dans les écoles et lors de cérémonies de commémoration officielle, comme le Jour de la Mémoire. D’ailleurs, le processus d’identification et l’empathie, ne pousseraient-ils pas les jeunes à s’émouvoir, à se sentir concernés, à se mobiliser à leur tour à côté des témoins ? À sortir de la paralysie générale des pages d’histoire, des chiffres anonymes que proposent les manuels ?
Néanmoins, on se pose la question suivante, d’un point de vue théorique : combien de temps encore pourra fonctionner la construction d’une mémoire collective basée sur le témoignage ?
Je suis convaincue que, pour accepter le témoin précieux de la mémoire, l’empathie ne suffit pas, car elle est souvent de brève durée, suggestion éphémère qui dure le temps d’un film, d’un récit, d’une dissertation scolaire, d’une commémoration. C’est un travail long et patient de vigilance et de sollicitude, celui de savoir recueillir l’héritage de la mémoire d’autrui, cette mémoire effrayante. Il ressemble à la restauration d’une œuvre textile qui s’avère être fragile, usée, trouée à plusieurs endroits, là où quelques fils ont perdu leur consistance et leur teinte. Seul le tissage délicat, respectueux, fidèle de fils nouveaux et plus résistants pourra sauver le tissu de la destruction. Il en est ainsi pour le passé, le présent et

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