Petite vengeance deviendra grande , livre ebook

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L’auteur a écrit Petite vengeance deviendra GRANDE sur une période de
douze ans, peaufinant avec allégresse ces huit histoires sarcastiques sur
la mésentente entre humains. Il ironise sur la pédanterie, l’égoïsme, la
cruauté et bien d’autres traits moins reluisants qui ont fait dire au poète
populaire québécois Jean Narrache (Émile Coderre) au début du siècle :
« La vie, c’est ben mal emmanché »…
« Et c’est ainsi que, le lendemain, l’arrivée à la rédaction du plus
célèbre vendeur de voitures usagées de Lanaudière fit basculer la réalité dans
le fantastique.
Un gros escogriffe en sueurs dans son complet safari bleu poudre
harmonisé à sa chemise rose, enfonça la porte ouverte à 15 heures pile.
— Vous êtes sûrement M. Larivière ? demanda François en s’approchant
du candidat, le regard chaleureux et la main tendue.
Flatté d’être reconnu, le « king» rayonnait comme un petit garçon
à qui sa grande soeur a confié en catimini que sa mère songeait à lui acheter
un jeu vidéo pour Noël parce qu’il avait mangé tous ses légumes depuis une
semaine.
Sous sa moustache hitlérienne, il sourit à François, suffisamment
pour révéler le célèbre zirconia cubique incrusté dans sa dent en or. L’incisive
était connue pour lancer de petits reflets sous les projecteurs des studios
de télévision communautaire, durant ses interviews que collectionnaient les
étudiants de l’Académie nationale de l’Humour pour les pasticher.
— C’est vous qui m’avez « téléphôné » pour « m’entrevuer » ? »
(Extrait de l’Élu)
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Publié par

Date de parution

08 avril 2011

Nombre de lectures

7

EAN13

9782923447513

Langue

Français

Illustration et maquette de la page couverture Mélanie Denommé
Photographie de la 4ième de couverture Diane Létourneau
Mise en pages de la version numérique Pyxis

Vous pouvez communiquer avec l’auteur
Courriel : cdaigneault@ilavaltrie.com
Blogue : http//lanoraye.42blog.com

Éditions la Caboche Téléphones : 450 714-4037 1-888-714-4037 Courriel : info@editionslacaboche.qc.ca www.editionslacaboche.qc.ca

Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.

UNE FAUSSE BONNE IDÉE

La station wagon en voie de devenir un véhicule de collection quitta l’étroite route tortueuse, assombrie par la forêt de conifères et de bouleaux blancs, pour emprunter l’allée de gravier fermée d’une barrière en bois défraîchie.

Lucien Pétrie sortit en geignant de son véhicule. « Maudite arthrose… » siffla-t-il entre ses dentiers mal ajustés. Il tira de la poche de son veston l’enveloppe portant l’adresse de l’étude du notaire et la décacheta pour examiner les clés de la propriété.

La plus petite devait être celle qui convenait au cadenas. En l’introduisant dans la serrure, il se remémora sa dernière visite douze ans auparavant. Noël 1993. Sa mère avait tenté une ultime démarche pour le réconcilier avec sa sœur jumelle Laurette, la pie grièche la plus bavarde que le hasard, dans son infinie stupidité, avait fait naître une minute et 47 secondes avant lui.

Lucien poussa brusquement les deux battants de la barrière en bois de perche qu’un voisin habile avait assemblée pour le compte de sa mère. La rouille avait teint les lourdes pentures et la clenche, mais étonnamment les gonds pivotaient, quoique avec des protestations criardes.

Laurette avait-elle déjà emménagé ? Elle était bien assez mesquine pour avoir remis le cadenas en place afin de lui causer ce premier désagrément.

La hanche droite le fit de nouveau souffrir alors qu’il reprenait place derrière le volant. Sa sœur connaissait sa situation de santé ; elle avait même feint de l’intérêt chez le notaire à la lecture du testament. « Penses-tu devoir t’acheter bientôt une canne ? » lui avait-elle demandé. « Vieille chipie » dit-il en embrayant pour faire avancer la voiture.

Il sortit de nouveau de la station wagon pour aller refermer la barrière en s’assurant de mettre le cadenas sens devant derrière. Si Laurette n’avait pas encore pris possession de « leur » maison, elle éprouverait plus de difficulté à y entrer. « Bien fait pour elle » pensa-t-il. « Qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour hériter d’une sœur pareille ? ».

Il échappa une nouvelle plainte en reprenant place derrière le volant. La voiture hoqueta avant de rouler sur la centaine de mètres de l’allée boisée qui menait à l’antique demeure familiale en pierres de taille qui avait toujours fière allure. Au cours des dernières années de sa vie, l’Alzheimer avait rongé la santé mentale de sa mère dont la survie dépendait des soins d’une infirmière retraitée presque aussi vieille qu’elle. Fort heureusement, les travaux d’entretien avaient été assurés grâce à une provision en ce sens dans le testament de son père.

Lucien gara la voiture juste devant le perron et grimpa une à une les marches en pierres plates pour déverrouiller la porte massive. Il poussa un long soupir agacé ; il redoutait déjà toutes les difficultés que susciterait sa cohabitation avec sa sœur dans cette maison qu’il n’était même pas assuré d’habiter longtemps.

L’entrée donnait sur un vestibule ; il poussa la porte et fit des yeux le tour du vaste salon et de la cuisine avoisinante. Personne. Aucun bruit sauf celui d’un robinet qui fuit dans l’évier. Il appela : « Y a quelqu’un ? ». Sa voix résonna dans la maison humide. Aucune réponse.

Bon. Il aurait le temps de transporter caisses et valises à l’intérieur et de s’installer au premier étage dans la chambre maternelle, la plus vaste et la plus éclairée. Il épargnerait à ses jambes les escalades à l’étage sous les combles.

Au fil de ses allers-retours les bras chargés de ses effets personnels, il se remémorait avec gêne les événements malencontreux qui l’avaient conduit à accepter ce retour à la maison familiale.

Lucien avait consacré les trente dernières années à exercer son métier de traducteur de réclames publicitaires à Toronto. Il avait été motivé à quitter le Québec par ses constantes querelles avec sa sœur Laurette. Les deux enfants n’avaient jamais pu se blairer. Bien que d’un tempérament calme, Lucien perdait tout contrôle de ses émotions en présence de sa sœur, habile à l’asticoter et à se mêler de ses affaires avec un sans-gêne irresponsable.

Elle avait fait rater ses fiançailles avec la gentille Louise de la Durantaye qu’elle accablait de remarques désobligeantes et de commentaires acerbes à la moindre vétille. Elle ridiculisait son frère devant la parenté, le traitait de niaiseux, lui prédisant une existence misérable à cause de sa timidité.

Le fort tempérament de Laurette prit des proportions maladives à la mort de leur père, un alcoolique notoire. Les jumeaux avaient 15 ans. Elle s’arrogea le rôle de « chef de famille » et entreprit de dominer sa mère désemparée, lui serinant chaque jour qu’elle se sacrifiait pour s’occuper d’elle.

Dès lors, la vie familiale s’apparenta à celle d’un camp nazi. Incapable de supporter les règlements absurdes que sa sœur instaurait à tout bout de champ, Lucien convainquit sa mère de l’inscrire comme pensionnaire au collège de Joliette. Il se réfugia à la fin de son cours classique à l’université McGill, où il étudia la littérature anglaise et se consacra à l’apprentissage de la traduction.

À 25 ans, il laissa sa mère le convaincre de réintégrer la maison familiale. L’héritage du père était confortable et il pouvait travailler de chez lui à traduire des rapports annuels que des compagnies lui expédiaient par la poste.

Cinq ans plus tard, rendu neurasthénique par le persiflage quotidien de Laurette, il avait le choix entre la pousser devant un camion remorque ou prendre les jambes à son coup. Il opta pour la fuite en avant…

La dernière lourde caisse de livres rejoignit plusieurs effets déjà entassés dans le salon. Sa vue lui remémora le sourire cynique et satisfait de sa sœur lors de son départ de la maison. Fallait-il qu’il soit mal pris pour revenir cohabiter avec elle !

Un doute soudain le traversa. Qu’il était stupide !

Il grimpa l’escalier du mieux qu’il le put en maudissant la douleur dans sa jambe droite. La première mauvaise surprise de la journée l’attendait. La carte de visite de Laurette était fichée dans le chêne verni de la porte de la chambre maternelle par une punaise en plastique rouge. À droite du chambranle, un masque de sorcier africain le fixait avec le sourire insolite d’une Mona Lisa. Cette adjonction au décor était à coup sûr l’œuvre de sa sœur. Il se sentit soudainement abattu ; il lui faudrait désormais jeter l’œil sur ce symbole de l’ironie grinçante de Laurette chaque fois qu’il arpenterait le corridor ? Misère !

Assuré de son absence, Lucien osa crier :

— Maudite pimbêche ! Si tu penses que tu vas m’avoir !

La main prête à arracher la carte, il hésita et essaya d’abord de tourner la poignée. Sans succès. Laurette avait fermé la porte à clef.

Il se résigna en pestant à voix haute (l’absence de sa sœur le rendait téméraire !) à redescendre au salon. La seule autre chambre de l’étage était la chambre de jeune fille de Laurette. Il se refusait absolument à y mettre les pieds.

Au bord de la dépression, il entreprit de monter ses bagages au deuxième étage. L’odeur de renfermé qui flottait dans la cage d’escalier lui soulevait le cœur. Il s’était écoulé six mois depuis le décès de sa mère et la maison était restée inhabitée depuis.

Sous les combles, la porte grande ouverte de son ancienne chambre d’adolescent lui révéla un décor et un mobilier familiers. Il en était réduit à se contenter de ce plafond mansardé qui l’obligeait à incliner le torse lorsqu’il s’approchait des murs avant et arrière.

Il laissa tomber ses sacs de toile et sa valise sur le plancher verni. Pourrait-il subir l’épreuve de l’année qui commençait sans devenir fou ? Pour éviter de répondre à cette interrogation, il reprit le trajet en sens contraire afin de récupérer le reste des boîtes et valises qui l’attendaient au rezde-chaussée.




L’écho de bruits sourds et d’échanges à voix haute fit sursauter Lucien dans son lit. Une forte odeur de naphtaline régnait dans la pièce. Il se sortit le torse des draps et des couvertures en bataille et jeta un œil inquiet sur le décor qui l’entourait. La mémoire lui revint bien vite ; il reconnut sa chambre d’enfant.

La voix piailleuse de Laurette fusait dans la cage d’escalier.

— Suivez-moi. Je vais débarrer la porte de la chambre. Faites attention, c’est fragile. C’est ma collection d’animaux féroces en porcelaine.

Lucien poussa un long soupir de rage et chercha sa montre sur la table de chevet. 8 h 05. Comment avait-elle pu dénicher un déménageur qui accepte de se lever à si bonne heure ?

Incapable de se rendormir, il sortit du lit et marcha à pas lourds jusqu’à la salle de bain de l’étage, soucieux de protéger ses genoux perclus d’arthrose…

Une heure plus tard, ragaillardi par une douche bouillante interrompue à quelques reprises par des jets d’eau froide provoquée par l’utilisation intempestive du robinet de l’évier par sa sœur, il descendait les marches en direction de la cuisine où s’offrit à lui une vision déprimante. Les reliefs des quelques provisions qu’il avait laissées dans le réfrigérateur la veille au soir traînaient sur la table. Laurette avait fait un sort à ce qu’il s’était acheté pour le petit-déjeuner.

— T’étais là ?

La voix de sa sœur le fit sursauter. Il se tourna vers elle : son long visage en lignes droites n’exprimait rien d’autre que l’irritation contenue. Elle tenait contre sa poitrine une pile de draps et de couvertures.

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