Le Stratagème du corbeau , livre ebook

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200

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Français

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Traître et fou sanguinaire mort depuis des siècles, mais stratège de génie qui n’a jamais perdu une bataille, le général Shuos Jedao a réussi à s’échapper après le massacre de la Forteresse des Aiguilles Diffuses. Il a pris possession du corps du capitaine Kel Cheris et s’est emparé d’un essaim de guerre envoyé en urgence dans la Marche Sectionnée pour repousser une incursion ennemie dans l’Hexarcat. Mais quelles sont réellement ses intentions ?
C’est ce que va tenter de découvrir le lieutenant-colonel Kel Brezan. Saura-t-il se soustraire à l’emprise de Jedao ? Peut-il faire entièrement confiance à ses supérieurs ? Et que manigancent les six Hexarques des différentes factions ?
Le Stratagème du Corbeau poursuit l’exploration de l’univers de l’Hexarcat découvert dans Le Gambit du Renard — prix Locus du meilleur premier roman. Toujours aussi subtil et intrigant, Yoon Ha Lee nous offre un space opera unique en son genre et poursuit sa critique acerbe d’une société rongée par la corruption.
Yoon Ha Lee est un écrivain américain d’origine coréenne. Il a écrit de nombreuses nouvelles avant de publier son premier roman, Le Gambit du Renard.
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Date de parution

01 janvier 2023

Nombre de lectures

0

EAN13

9782207144169

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

Yoon Ha Lee
Le Stratagème du Corbeau
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sébastien Raizer
De son vivant, le général Shuos Jedao avait été l’un des officiers Kel parmi les plus brillants. Et puis il y avait eu l’épisode de la Forteresse de la Vrille Infernale. Brezan tenait pour preuve de la psychose du commandement Kel leur réaction à l’acte de folie pure de Jedao : ils l’avaient enfermé dans une unité d’immortalité pour réparer son esprit, avant de l’inclure dans l’arsenal Kel, au motif qu’il était plus terrifiant qu’eux. Pourquoi donc ne pas l’utiliser comme arme ?
Chapitre 1

Les troupes auxquelles appartenait le lieutenant-colonel Kel Brezan venaient d’être désignées pour contenir l’invasion Hafn. Brezan s’était préparé au chaos, mais pas à ce point. Dix-huit jours plus tôt, le général Kel Khiruev avait dû faire appareiller son essaim en urgence après que les Hafn avaient assassiné le général Kel Chrenka. Brezan savait d’expérience que les assassinats n’avaient jamais rendu les choses moins chaotiques.
Brezan était l’un des officiers personnels de Khiruev. C’était une situation qui dépassait toutes ses espérances, au vu des notations ambiguës qui émaillaient son dossier. L’essaim de Khiruev était véritablement énorme, ce qui en disait long sur la menace que le commandement Kel avait anticipée. Brezan était impressionné qu’ils aient réussi à trouver autant de monde dans un délai aussi bref. Ils avaient confié à Khiruev l’une des six phalènes de cendres de l’Hexarcat, le plus grand et le plus puissant des vaisseaux de guerre, qui était aussi la phalène de commandement, la Hiérarchie des Célébrations . L’essaim comprenait également cent dix-neuf phalènes-bannières additionnelles et quarante-huit phalènes éclaireuses. Le commandement Kel les avait informés que les Hafn avaient progressé jusqu’à la Marche Sectionnée, une région de l’espace réputée pour son calme aussi loin que Brezan pouvait s’en souvenir, et qui, par conséquent, était aussi mal préparée à la guerre qu’on puisse l’être. Pourtant ils étaient là, à faire le pied de grue dans une zone de transfert parce que le commandement Kel, dans sa sagesse infinie, avait décidé qu’il était important d’attendre l’arrivée à leur bord d’un capitaine porteur d’ordres secrets, que cela valait la peine de maintenir sur place l’essaim de Khiruev.
Brezan avait passé les soixante-treize minutes précédentes à étudier le profil de cette maudite femme et s’était retenu de balancer des coups de pied dans le terminal. Peu lui importait à quel point elle était douée pour la guerre calendaire. S’il n’avait pas de nouvelles de son transfert dans les douze minutes, il allait recommander de partir quand même, en envoyant le commandement Kel se faire voir. Les Hafn avaient déjà transformé les centres urbains de huit planètes en ruines cristallisées. La priorité était de les combattre.
Capitaine Kel Cheris. Les récents rapports à son sujet indiquaient qu’elle était expérimentée en mathématiques, ce qui était une aptitude rare pour un officier d’infanterie. Les Nirai, la faction qui comptait le plus grand nombre de scientifiques et d’ingénieurs de l’Hexarcat, avaient tenté de la recruter. Toutefois, elle avait à cœur de devenir Kel – Brezan était bien placé pour la comprendre – et, comme le voulait la blague, les Kel ne refusaient jamais aucun volontaire.
Chose encore plus curieuse, Cheris était une Mwennin, une minorité dont personne n’avait jamais entendu parler. Certes, dans un régime politique interstellaire qui comprenait une infinité de systèmes, il n’y avait là rien de surprenant, mais généralement les Mwennin s’efforçaient de faire profil bas et évitaient de servir dans les factions. Brezan était convaincu qu’on tolérait leur existence uniquement parce qu’ils étaient très peu nombreux, même dans le système où ils s’étaient installés, et parce que, entre les hérétiques et les étrangers – qui pouvaient également se révéler être des hérétiques –, l’Hexarcat avait déjà suffisamment de problèmes à régler. Toutefois, étant donné ses origines, Cheris s’en était plutôt bien sortie.
Brezan ne parvenait à refréner un élan d’amertume lorsqu’il y pensait. Il venait d’une honorable famille Kel, sa sœur aînée travaillait pour le général Inesser, bon sang ! Mais il n’irait jamais aussi loin, il en était conscient. Lorsqu’ils croyaient qu’il ne les entendait pas, certains soldats faisaient des commentaires méprisants sur son état féminiforme. Mais ses collègues officiers se montraient courtois à ce sujet, et c’était tout ce qui comptait pour lui. Cependant, dans son dossier, les mentions relatives à son impulsivité et à son mode de pensée non conventionnel avaient entravé son avancement.
Cheris non plus n’avait pas réussi à éviter les problèmes, même si les rapports passés la concernant étaient bons. Récemment, elle avait participé au siège de la Forteresse des Aiguilles Diffuses, qui avait été prise par les hérétiques, de connivence avec les Hafn. Brezan soupçonnait que le dossier omettait une information importante, mais la plupart des rubriques pertinentes étaient classifiées. Les demandes de renseignements du général Khiruev lui-même avaient abouti à une fin de non-recevoir.
Mieux encore, le commandement Kel avait déployé le général non mort Shuos Jedao à la Forteresse des Aiguilles Diffuses. Personne ne contestait le génie stratégique de Jedao, mais c’était un fou qui avait massacré deux armées à la Forteresse de la Vrille Infernale, dont la sienne. L’essaim Kel envoyé pour négocier avec les hérétiques de la Forteresse avait été éradiqué, vraisemblablement par Jedao en personne. Maintenant, il était censé être mort pour de bon, mais qui pouvait réellement l’affirmer ? Après tout, au cours des siècles passés, le commandement Kel l’avait mystérieusement réanimé pour s’en servir en cas d’urgence.
Cheris s’était retrouvée impliquée dans cette tragédie, et son exploit avait convaincu le commandement Kel qu’elle pourrait être très utile au général Khiruev. Mais ils n’avaient précisé ni comment ni pourquoi. Brezan aurait préféré qu’ils leur envoient une cargaison de bottes supplémentaires. Avec toutes les marches qu’ils effectuaient dans l’espace, les bottes auraient servi à quelque chose, elles.
Brezan balaya du regard le centre de commandement de la phalène de cendres et ses terminaux qui brillaient faiblement, les officiers impatients, les serviteurs coléoptiformes et deltaformes qui s’occupaient de la maintenance. Le général Khiruev était une femme à la peau foncée. Elle avait des mèches blanches dans ses cheveux en désordre, et des cicatrices pâles, qu’elle n’avait jamais pris la peine de faire enlever, défiguraient une partie de son visage. Contrairement aux autres, elle paraissait imperturbable. De l’autre côté, le commandant de la phalène, Kel Janaia, ne cessait de vérifier l’heure sur son terminal, alors que l’horloge de sa mémoire complémentaire était synchronisée avec le réseau de la phalène.
Encore sept minutes. Ne devraient-ils pas avoir reçu des informations au sujet du transfert ? Brezan résista à l’envie d’envoyer une notification à la Communication, qui ne lui en serait pas reconnaissante.
Bien sûr, c’était la routine. Ce n’était un secret pour personne que le commandement Kel, en tant que conscience collective, prenait fréquemment des décisions contestables. C’était le résultat de quelques siècles d’abus de technologie composite. Brezan fonctionnait assez mal comme élément d’un composite, c’était l’une des raisons pour lesquelles il s’était attendu à finir dans un bureau ennuyeux et crasseux au lieu de se retrouver ici. Mais il reconnaissait que cette conviction, vibrante et totale, d’ appartenance était addictive. Au moins, les choses ne pouvaient guère empirer.
En réalité, tout n’allait pas tarder à s’aggraver.
« Une phalène-aiguille demande la permission d’atterrir, déclara la Communication au général. Il y a à bord un certain capitaine Kel Cheris, en cours de transfert. »
Mais qui était ce capitaine qui méritait un transfert par phalène-aiguille, pour commencer ? On en voyait tout le temps dans les séries d’espionnage mais Brezan n’en avait jamais observé de ses propres yeux. L’Analyse l’afficha sur l’écran central. À son envergure, on aurait dit qu’elle contenait une personne et demie.
« Elle n’est pas en retard, déclara Khiruev avec une égalité d’humeur que Brezan aurait aimé partager. Colonel Brezan, prenez les dispositions nécessaires.
— Bien, général », répondit-il. Il donna des instructions pour que le réseau de la phalène se connecte avec le capitaine. Elle devait s’installer dans l’une des plus belles chambres d’invités et non avec les effectifs d’infanterie de la phalène de commandement, ainsi qu’il seyait à son rang.
À cet instant, ils reçurent un rapport indiquant qu’un essaim Hafn en route vers la Forteresse des Pièces Tirées avec Effet Rétro avait été repéré. Comme les Aiguilles Diffuses, c’était l’une des Forteresses nexus de l’Hexarcat, qui maintenaient la stabilité calendaire dans l’ensemble du royaume. Il fallait que tout le monde adhère au haut calendrier et à ses systèmes connexes de conduite, sans quoi les technologies à singularité de l’Hexarcat cesseraient de fonctionner – principalement les propulseurs de phalène qui permettaient de se déplacer rapidement d’un système stellaire à l’autre. Les forteresses nexus avaient été conçues pour amplifier l’impact des commémorations calendaires.
Les Hafn, qui n’étaient pas stupides, concentraient leurs efforts sur ces forteresses. Ce n’était pas le problème. Le problème était qu’ils avaient démontré que leur technologie à singularité fonctionnait dans l’espace de l’Hexarcat, où dominait le haut calendrier. Ce n’était pas du domaine du possible, et pourtant c’était bel et bien le cas. Toutefois, le général avait pour ordre de protéger à tout prix les forteresses nexus. Qui pouvait prédire ce dont les Hafn seraient capables s’ils parvenaient à imposer leur terrain calendaire ?
« La p

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