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Description





« La guerre n’en finira pas, dit Zweig en 1942. C’est une guerre éternelle. Plusieurs millénaires de civilisation occidentale s’achèvent. Un nouveau cycle de l’humanité commence. Il n’est pas fait pour moi. Mon monde est passé. Je suis plus proche d’Homère que de 1940. »














Zweig est d’un pessimisme indéfini. Il se désintéresse d’un monde où l’Europe n’existe plus. Déprimé, il ne peut plus se concentrer et renonce à tous les livres qu’il a engagés.












Zweig a noté qu’à Rome, le suicide était un fait commun chez des hommes parfaitement équilibrés. Le difficile, c’est d’en fixer le jour.








Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 juillet 2020
Nombre de lectures 17
EAN13 9782414463220
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
194 avenue du Président Wilson – 93210 La Plaine Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-46321-3

© Edilivre, 2020
Du même auteur :
L’Allemagne et le général de Gaulle (1924-1970), Plon, 1975, 229 p.
Changer de cap 1968-1978. Dix ans qui ont compromis les chances de la France , Seghers, 1978, 208 p.
De Gaulle et les Allemands , Complexe, 1990, 223 p.
Hitler, les Allemands et le général de Gaulle , Edilivre, 2015, 320 p. (avec une lettre du général de Gaulle à l’auteur).
Histoire des Relations franco-allemandes de 1789 à nos jours , Armand Colin, 1996, xii-324 p., fig. et cartes. (Coll. U).
Histoire des États-Unis, Ellipses, 2003, 256 p.
L’Amérique et les Américains d’aujourd’hui, Ellipses, 2005, 208 p.
New York en 1940. Le retour en Amérique de la Lost Generation, Edilivre, 2018, 314 p.
La fin des années 30 , Edilivre, 2008-2014, Saga en 4 vol.
La France d’outre-mer 1815-1962, Masson, 1992, 248 p., fig. et cartes.
La France d’outre-mer et sa représentation parlementaire de 1789 à nos jours , L’Harmattan, 2019, 232 p., fig, cartes et ill.
L’Algérie et sa représentation parlementaire (1848-1962) , L’Harmattan, 2018, 204 p., fig., cartes et ill.
L’Extrême-Orient en tête de l’humanité. Ulysse au XXI e siècle , Edilivre, 2019, 110 p.
Thèses
Le rôle des élus d’outre-mer au Parlement sous la Troisième République de 1871 à 1914 , Université de Toulouse, 11 juin 1970, 2 vol., 550 p., tables, fig. et annexes. (Thèse de 3 e cycle)
Le rôle des élus de l’Algérie et des colonies au Parlement sous la Troisième République (1871-1940) , Université de Poitiers, novembre 1987, 7 volumes, 2194 p., tableaux, fig., cartes, index et annexes. (Thèse d’Etat)
I
Zweig a de la prestance. Âgé de 53 ans, il est de la vieille école. Ses œuvres littéraires sont célèbres. À côté de l’allemand, il parle le français, l’italien, un peu l’anglais et il a des notions de russe. Il a répondu à la mobilisation de 1914, puis il a désapprouvé l’interminable guerre et s’est réfugié en Suisse au milieu d’exilés pacifistes de toutes nationalités. Après l’armistice de 1918, il a ouvert avec des écrivains français et européens un courant de rencontres et de discussions pour apaiser les inimitiés et « faire l’Europe », comme on dit à l’époque.
Les années 20 lui ont apporté de grands succès littéraires. La liste de ses biographies est longue. Il a publié sur Balzac, Dickens, Dostoïevski, Kleist, Hölderlin, Nietzsche, Stendhal, Casanova, Tolstoï. Parallèlement, il a écrit une série de nouvelles, notamment Amok, Lettre d’une inconnue, La Confusion des sentiments. Et puis sont venues les grandes et fameuses biographies historiques comme celles de Fouché et de Marie-Antoinette qui l’ont porté au sommet de l’art.
Au cours des années 30, tandis que la situation internationale se dégrade, il cherche dans l’histoire des personnages allégoriques qui lui ressemblent et qui combattent pour la liberté de pensée. Il s’attache à Cicéron qui lutte contre César, à Erasme qui bataille contre Luther, à Castellion qui combat Calvin. Ils luttent tous, dit-il, contre les Hitler de leur temps. Comme Calvin, il observe que toutes les dictatures veulent réglementer la vie de façon absolue. Elles veulent unifier la foi, la pensée et jusqu’aux plats de nourriture qu’on met sur la table des peuples. Quand il écrit son Castellion, il met en sous-titre : « Ein Gewissen gegen die Gewalt » une conscience contre la violence.
Il fait un portrait d’Erasme de Rotterdam. Erasme, dit-il, est un homme pour qui l’art et la science importent plus que tout ce qui relève du siècle. Comme Erasme qui ne veut ni ne peut se décider pour aucun parti, il finit par être en butte au rejet et à la haine de tous. Mon Erasme, dit Zweig, a tout vu il y a 400 ans. Je le dresse résolument contre tout fanatisme, contre toute tentative pour soumettre la pensée à une norme qu’elle soit fasciste, communiste ou nationale-socialiste.
Zweig n’a jamais trop cru aux Hitlériens. Il s’est dit : « En cas de victoire, ils se dévoreront entre eux. » Il croit à un réveil de la droite et des nationalistes purs. Certes les nationalistes traditionnels sont féroces et pas de son goût, mais il les croit terrifiés par la brutalité des nationaux-socialistes. Les catholiques et les socialistes, de leur côté, dit-il, serrent les dents et prévoient des conséquences dangereuses avec la politique d’Hitler. Il est convaincu qu’en matière d’art, les Allemands ont trop de goût pour se laisser imposer les médiocrités nazies. « La vague, dit-il, aura bientôt une très violente répercussion. »
Zweig est prêt à accepter une césure. Seules, dit-il, les époques où la folie règne sont celles qui sont dramatiques et passionnantes. Seuls les grands monomanes et monomanies créent les grandes vagues de l’histoire. Les époques de la raison ou du libéralisme tempéré sont ennuyeuses. Les arbres aussi font de plus belles fleurs lorsqu’on les déplace de l’endroit dont ils ont pompé toute l’énergie. Zweig, pour le moment, se réserve de vivre à l’étranger seulement l’hiver pour se prémunir un peu du froid autrichien, et en se trouvant de bonnes bibliothèques.
Depuis 1933, il est désorienté. Ses livres sont sortis des librairies allemandes et boycottés comme toutes les productions volksfremd « étrangères au peuple ». Ils sont solennellement brûlés en mai 1933 dans toutes les universités d’Allemagne avec les ouvrages d’Heinrich Heine, le grand poète du XIX e siècle qui a chanté Napoléon. Ses livres sont interdits comme ceux de Wassermann et de Kafka « pour la protection du peuple allemand », comme dit la loi.
Mais, là encore, Zweig ne veut pas trop s’alerter. Il se dit : « Le public lit ce qu’il veut lire et non ce qu’on lui impose. » Il se dit encore : « J’ai fait mon travail. J’ai eu du succès. J’ai de quoi vivre. Mais les autres ? » Il n’ambitionne que la tranquillité et le travail. Il rejette toute politique, toute querelle. Mais ça ne suffit pas pour se mettre à l’abri. La campagne antisémite est organisée avec une systématicité toute allemande. On a, dit-il, une censure plus forte qu’en 14. On a la censure volontaire de la peur.
Tout de suite, on ne lui écrit plus d’Allemagne. On craint le pouvoir. On ne veut pas se faire mal voir. Seule une poignée d’auteurs allemands et juifs ne combattent pas pour l’Allemagne, mais pour eux-mêmes. Leurs voix ne comptent pas. Bientôt souscrivent au national-socialisme Gerhart Hauptmann, Richard Strauss qui, à 70 ans, ne pense qu’au travail et à l’éternité, Hans Pfitzner compositeur ainsi que bien d’autres écrivains démocrates de 1919. Tous s’attellent au char d’Adolf Hitler. Personne ne proteste contre l’autodafé de Zweig et de quelques autres. On garde le silence. On tergiverse. Zweig ne reçoit même pas une lettre privée.
Zweig ne peut espérer la tranquillité laissée à un Richard Strauss. Sa maison de Salzbourg et son appartement de Vienne sont perquisitionnés. On fouille chez lui, en le soupçonnant, prétend-on, d’être lié aux socio-démocrates. Après avoir publié quelque 25 livres, il lui faut maintenant, pour continuer à écrire dans son pays, remplir des formulaires et s’affilier à l’Association des écrivains allemands du Reich. Il lui faut trouver des éditeurs qui se dérobent.
Zweig proteste contre l’expulsion des Juifs de la littérature allemande. Aucun parti, dit-il, ne peut déclarer ce qui est art allemand ou non. Il annonce qu’il fera tout pour rester en contact avec l’Allemagne, avec cette Allemagne qu’il connaît et qui le reconnaît.
II
Contre l’avis de sa famille et de ses amis qui le qualifient de décourageur public, il décide de s’enfuir. Avant de partir, il trie ses livres. Il met des papiers importants chez des amis sûrs. Il détruit. Il sait que Thomas Mann n’a pas pu emporter ses manuscrits qu’il se les ait fait porter. Il lui faut met de l’ordre, dire adieu à ses collections et à ses livres. « Je serai plus libre, dit-il, quand toute cette vie vécue ne pèsera plus sur mes épaules. Une nouvelle façon de vivre rajeunit. On perd le rythme de l’escargot. »
Il vend à un collectionneur ses manuscrits autographes, un bout de poème de Joseph von Eichendorff, un manuscrit de Beethoven. « Un nomade fait un mauvais collectionneur », dit-il. Il vend ses meubles. Tout ça c’est le prix à payer pour garder sa liberté individuelle. Que représentent pour lui maintenant des poètes comme Hamann et Hölty qu’il avait à peine lus et ne relirai jamais ?
Il s’adresse à Hugo Bergmann, directeur de la Bibliothèque de Jérusalem et lui envoie un paquet de lettres et d’ouvrages dédicacés de Hauptmann, de Rolland, de Verhaeren, d’Einstein, de Dehmel, de Freud, de Maeterlinck, de Herzl, de Valéry, de Rathenau, de Richard Strauss, de Joyce, de Gorki, de Thomas Mann, etc. Collectionneur de manuscrits, il doit tout liquider. Il arrache les pages de dédicace des livres offerts. Cependant, il ne peut pas se résoudre à se séparer de quelques pièces rares avec lesquelles il a un rapport intime et personnel, et auxquelles il tient par-dessus tout. Ce sont des autographes de Mozart, un fragment du manuscrit de Faust, un poème de Goethe appelé Das Veilchen , la « Violette », des meubles et objets qui ont appartenu à Beethoven et qui ont été achetés dans la chambre du mort : un secrétaire, une petite cassette d’argent, une petite table de travail et un violon de jeunesse.
Zweig hésite sur son lieu d’exil. Il ne sait pas encore où s’installer. Il a pensé à Rome. Mais le régime ne lui convient pas. Il est prêt à s’installer près de Paris, mais, en 1934, la capitale française l’écœure avec ses rues vides, ses grèves, ses gens désorientés et pleins de peur. « L’air de Paris, rappelle-t-il plus tard, était lourd comm

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