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Soldats d'occasion , livre ebook

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Description

Il fut un temps, finalement pas si éloigné, où chaque jeune Français recevait à vingt ans une formation militaire censée faire de lui un soldat susceptible de participer aux combats d'un conflit armé. Ce qui est arrivé plusieurs fois depuis la Grande Guerre...
Les récits qui composent ce recueil mettent en scène quelques-uns de ces soldats d'occasion qui, peut-être à la différence de leurs camarades professionnels, vivaient les aléas de la vie militaire et de la guerre avec, sous l'uniforme, des cœurs, des cervelles et des tripes encore résolument... civils...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 juin 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782332715098
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-71507-4

© Edilivre, 2014
Il fut un temps, et finalement, pas si éloigné, où chaque jeunot, dans notre beau pays, commençait vraiment sa vie d’adulte par un passage obligé dans l’armée (« car ce n’est qu’après avoir fait son service militaire qu’on est un homme… » disait volontiers ma bonne grand-mère).
Dans le milieu populaire, où je m’enorgueillis d’être né, ce passage, plus ou moins prolongé et mouvementé, suivant les époques, consacrait aux yeux des proches la qualité d’homme, garantissait, en quelque sorte, sa virilité, sa capacité physique et mentale de travailleur et de citoyen.
Le « j’ai fait mon service » était le sésame obligé pour obtenir un emploi sérieux ou la main d’une demoiselle.
Cependant, à la différence, peut-être, de leurs camarades engagés volontaires devenus des professionnels de la guerre, ces soldats d’occasion, qu’ils appartiennent, d’ailleurs, à un camp ou à l’autre, vivaient les aléas de la vie militaire et de la guerre avec, sous l’uniforme, des cœurs, des cervelles et des tripes encore résolument civils…
L’épouvantail
Planté au beau milieu de l’ocre platitude
Des champs déserts chargés d’ennui,
Pantalon rouge et veste noire, képi sur l’œil,
Fantassin dérisoire des guerres d’antan,
Une fois de plus, la peur au ventre, le voici qui se lève,
Encore penché, l’allure oblique, dans cette aube douteuse
Que le temps a lavé des fureurs de l’assaut,
Parti, sans doute, dans le silence plein de mitraille,
Une fois de plus, une fois encore, pour d’inutiles hécatombes…
Mais non. Ce serait trop injuste si demain
La seule violence du rêve suffisait pour l’abattre !
Rescapé fantomatique des naufragés de l’Histoire
Rejeté par erreur sur les rives du Temps,
Et à jamais figé dans un élan trop grand pour lui,
C’est au vent et aux oiseaux pillards, au long du jour,
Qu’il s’essaie à raconter, désespérant qu’on l’écoute,
Les souffrances consenties des campagnes oubliées…
Rien à signaler
Encore une histoire de l’oncle Serge ! Celle-là, il nous l’avait racontée pendant ce glacial hiver de 1940, lors de la permission que, encore célibataire, il avait choisi de passer chez la grand-mère de Val. Une permission ! Il est vrai qu’un calme presque inquiétant – à l’origine, plus tard, de l’appellation de « drôle de guerre » attribuée à cette période – régnait aux frontières. Mais tout de même, une permission !
L’oncle nous avait longuement expliqué qu’à ce détachement auquel il appartenait, posté en sentinelle en avant de l’inexpugnable ligne Maginot – une « sonnette », en jargon militaire – il était alloué, en cas d’attaque des Allemands, une demi-heure pour le repli, avant le déclenchement des tirs de barrage, alors que, foi d’agent de transmission, une bonne heure était nécessaire pour l’opération. Sans le barda. Ni l’armement. Ni le matériel, si on ne voulait pas l’abandonner à l’ennemi… Ceci expliquait peut-être cette permission un peu étrangement accordée, comme une largesse d’anticipation…
Quoi qu’il en soit, l’oncle racontait tellement bien que nous, les enfants, n’avions eu aucun mal à nous installer dans cette espèce d’avant-poste de la patrie, et à nous faire une idée de la disposition des lieux : on la voyait très bien, la grande baraque basse où l’on se tenait d’ordinaire si l’on n’était pas de garde et où l’on dormait la nuit… Avec devant, une sorte de glacis d’herbe rase en pente douce qui aboutissait au grand trou aménagé où se relayaient jour et nuit les guetteurs, trou protégé au-delà par un sérieux réseau de barbelés, avec, tout de suite après, encore un peu de terrain nu et l’orée de la forêt, toute proche, sombre, silencieuse, suspecte, inquiétante… Etrangement présente…
Au départ, bien sûr, une demi-frousse aidant, on avait suivi avec exactitude les consignes relayées par l’adjudant Merry, qui était instituteur dans le civil. On les suivait même à la lettre : outre le déroulement normal des tours de garde la nuit, c’était un plaisir de voir comment étaient assurées, aux petits oignons, les précautions d’usage : quoi qu’il se passe à l’extérieur ou dans le poste pendant la journée, toujours au moins un guetteur en place dans la cabane, en plus de ceux du trou… Oh ! la discipline qui, comme on sait, fait la force des armées, n’y était pas pour grand-chose. Ni même la vigilance de l’adjudant qui commandait le poste, et qui, instituteur déjà chevronné dans le civil, dirigeait la petite communauté de troufions avec le même doigté bonhomme teinté de tendresse, et la même confiance en l’efficacité de la pédagogie que, probablement, dans sa classe de campagne avant la mobilisation. Non…
Mais le silence dans ce coin sauvage absolument désert et comme solidifié par un froid sibérien était si profond, si absolu, qu’il en devenait oppressant. Et comment ne pas sentir, aux aguets derrière ce bois, pas si loin, et même tout près, peut-être, une force invisible et redoutable prête à vous fondre dessus, savoir quand… ?
Mais, l’habitude aidant, et aussi, faut-il le dire, à cause de cette absence permanente de toute manifestation hostile, du simple indice concret, même d’une présence porteuse de danger, le morne écoulement du temps avait comme apprivoisé les hommes du poste. On s’était organisé au mieux. On avait tiré le parti maximal de la grande cabane rendue multifonctionnelle. On avait aménagé et camouflé les emplacements de veille et de tir. Bien dégagé l’amorce du sentier presque invisible courant vers l’arrière qui, peut-être, assurerait un jour le salut, creusé à l’écart des feuillées réglementaires discrètes. Toutes les semaines, une corvée s’en allait, sans grand risque puisqu’en pays ami, jusqu’aux premiers ouvrages de la ligne Maginot pour en rapporter le ravitaillement et le courrier. On avait de quoi manger, boire, se chauffer, se reposer. Les nuits, jusque-là, étaient restées calmes. C’était déjà ça, non ? Une insouciance blagueuse et une résignation éclairée avaient remplacé la tension et les précautions inquiètes des premiers jours à cran.
On en était arrivé, tout en gardant tout de même un œil sur les alentours, à vaquer aux occupations journalières avec une certaine sérénité. On respirait. Rien n’arrivait, n’est-ce pas ? On en prenait son parti, c’était comme ça, il n’y avait d’ailleurs pas à s’en plaindre… Et on finissait par se persuader que, s’il devait arriver quelque chose, malgré tout, eh bien ! pourquoi cela se produirait-il ici, dans ce trou sans intérêt, sans importance, ignoré de tous, et qu’on aurait même sûrement du mal à trouver sur une carte ? Si on en possédait une… Et si la guerre, pour l’instant assoupie, continuait à les oublier au réveil ?
Bref, n’était ce froid glacial qui, à cause des épaisseurs de vêtements sur le corps, faisait ressembler les soldats au bonhomme Michelin, transformait les déplacements au dehors en films au ralenti et changeait les deux heures de garde, la nuit, en séance de torture, on n’était, au fond, quoiqu’en première ligne, pas plus mal qu’à l’arrière. Plus tranquilles même. Sans personne sur le dos. Sans aucun galonné à initiatives belliqueuses, sans aucune envie de jouer aux héros comme on essayait de vous y inviter. Ce n’était pas le genre de l’adjudant Merry, n’est-ce pas, qui était instituteur dans le civil… ?
Et même, quand, comme ce jour-là, le ciel se met au bleu et qu’un pâle soleil se met à réchauffer le paysage, les corps et les cœurs gelés, on en vient à se demander si on n’a pas, par hasard, tiré le bon numéro à la loterie du bon Dieu…
Et pourtant… Ce jour-là… Il est midi et demi, par ce pâle soleil d’hiver, qui ne réchauffe guère mais colore de gaieté cette étendue déserte d’un vert presque gris où brille blanc le givre. Dans le trou des guetteurs, les deux hommes de garde, assis à l’aise, dos contre la paroi de terre, discutent tranquillement. Atmosphère détendue aussi à l’intérieur de la baraque : le déjeuner terminé, c’est l’heure du café, du bon, celui-là, confectionné à partir du colis familial. Rien à voir avec le jus de l’ordinaire. C’est le bon moment de la journée. Ça discute tranquillement, en décontracté, autour de la bonne grosse table en bois brut. On se sent si bien que l’oncle s’octroie même un Ninas, le même qu’autrefois, à la fin du repas familial, celui que nous lui ramenions du bureau de tabac, nous autres les loupiots envoyés en mission ; en dégustant la glace de récompense d’un sou.
D’un regard un brin ironique, l’oncle, sa tasse de café à la main, observe par la fenêtre de côté de la baraque le gros Michel, garde champêtre dans le civil, qui rentre tranquillement des feuillées, creusées à l’écart, en se reboutonnant le pantalon, un sourire satisfait aux lèvres. Le pauvre ! Depuis la veille, atteint par une diarrhée tenace d’origine problématique, il souffre le martyre : non seulement la douleur habite ses tripes, qu’il a pourtant d’ordinaire résistantes, non seulement ses activités de tous genres se trouvent subordonnées aux exigences dictatoriales des nécessités de la Nature, mais, les événements propres à être exploités pour rire un peu étant d’une rareté affligeante dans l’austérité forcée quasi monacale de la vie dans ce poste perdu, la verve de l’escouade en a évidemment été émoustillée, et le pauvre garçon est en butte depuis la veille aux quolibets et aux plaisanteries douteuses des copains.
Donc, le gros Michel s’avance, l’air soulagé, et, raconte l’oncle, ménageant son effet, c’est la disparition soudaine de ce sourire satisfait du visage rougeaud du copain qui le frappe d’abord, happant son attention, suspendant le voyage de la tasse de café en route vers ses lèvres.
Le gros Michel s’est arrêté, les yeu

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