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Description

On leur avait dit que c’était une ère nouvelle. Tout était permis. Quelques-uns y ont cru.
« Une heure du matin. Je rentre chez moi, à moitié soûl. Mes parents m’attendent. Ils voudraient prendre un air sévère, mais ils sont trop inquiets pour en être capables.
- Où est-ce que tu étais?
- Je préparais la révolution. Vous ne pouvez me comprendre. »
Jean-François Kelly habite la banlieue de Montréal. Pour lui, tout a débuté le 22 novembre 1963, lorsqu’une balle de fusil fracassait le crâne de John F. Kennedy. Jean-François était en septième année. Cet événement deviendra le point de départ d’une aventure, celle d’une jeunesse révolutionnaire, qui durera près de vingt ans et marquera à jamais la vie de Jean-François et de ses deux camarades, Jacques et Pierre-Paul.
Engagés dans une lutte afin de remodeler la face du monde et surtout celle du Québec, ils se heurteront très rapidement aux choix draconiens qui s’imposent lorsque l’amour se mêle à l’idéologie, lorsque la réalité refuse de se conformer au rêve.
Vingt-deux novembre 1963. Une balle de fusil, tirée depuis le septième étage d’un entrepôt de livres, fracasse le crâne de John F. Kennedy. Jackie est éclaboussée de sang et de morceaux de cervelle.
À l’école Sainte-Claire, en banlieue de Montréal, Mme Giguère, titulaire de la classe de septième année, se promène entre les rangées de pupitres et surveille le travail de ses élèves. La maîtresse est sévère et les problèmes de mathématiques difficiles, aussi sommes-nous parfaitement silencieux quand la secrétaire vient frapper à la porte pour avertir qu’il faut, toutes affaires cessantes, nous rassembler dans la grande salle.
Jamais les enfants ne se sont réunis aussi vite, ni aussi silencieusement. Chacun a pris son rang, les petits en avant et les grands derrière, et suit des yeux M. Désautels, le principal, qui monte lentement sur l’estrade, la tête basse, et prend place à côté du drapeau.
Son discours est bref: John Kennedy, le président des États-Unis, a été assassiné cet après-midi à Dallas, au Texas. C’était un grand homme, un grand président et un bon catholique à qui Sa Sainteté le Pape Paul VI avait récemment rendu visite. Prions pour son âme et pour la paix dans le monde.
Sur le chemin du retour, les discussions vont bon train. Pierre-Paul est certain qu’il s’agit d’un coup des Russes: depuis qu’ils disposent d’une bombe de cinquante mégatonnes (la précision du chiffre nous glace d’effroi), ils ne pensent qu’à déclencher la guerre. Jacques s’oppose à cette théorie. D’après lui, Khrouchtchev est un peureux qui court tellement vite qu’il en perd ses souliers. Non, c’est un coup des Cubains qui veulent se venger d’avoir perdu la guerre des cochons, quand Kennedy avait encerclé leur île avec ses grands porte-avions, les fameux blocus. Un autre penche plutôt pour le péril jaune: les Japonais, ce sont sûrement les Japonais.
Leur mémoire des noms étrangers, leur science infuse des choses politiques et l’assurance avec laquelle ils émettent leurs opinions me remplissent d’admiration. Quant à moi, je ne peux penser qu’à des choses futiles: le temps est gris et il est trois heures, comme un Vendredi saint; Kennedy et moi, Jean-François Kelly, avons les mêmes initiales; ma cousine Carole aura bien de la peine, elle qui aimait Kennedy au point de lui avoir consacré un scrap-book complet.
Les souvenirs de ces photos, tirées de Life ou de Paris-Match, me reviennent, pêle-mêle: John en joueur de football, à l’université. John et Jackie en maillots de bain, sur une plage, avec Caroline et John-John. Le chapeau rond qui seyait si bien à Jackie et si mal à toutes ses imitatrices. Rien qu’en regardant les photos de leur mariage, j’avais appris des dizaines de mots nouveaux: taffetas, corsage, orchidées (des fleurs très rares et très chères, avait dit Carole), symbole, protocole et surtout yacht, qui m’avait valu plus de cinquante points dans une partie de scrabble avec ma mère. Les yachts, le football, les plages, les mariages et le bonheur existeraient-ils encore après l’assassinat du président?
D’un coin de rue à l’autre, le groupe d’enfants se disperse. Aussitôt que je me retrouve seul, je me mets à courir, dans l’espoir d’être le premier à apprendre à mon père une nouvelle qui, j’en suis sûr, le passionnera. Mais il sait déjà. J’aurais dû m’en douter: il écoute souvent la radio en rédigeant ses contrats d’assurance, jamais il n’aurait pu rater une information de cette importance.
Dans le salon, les stores sont baissés et le volume de la télé est au maximum. Assis sur le bout de son fauteuil, la pipe au bec, il remarque à peine mon arrivée. Je m’assois sur le divan et regarde avec lui l’image sautillante de la tête de Kennedy, projetée vers l’arrière, de la limousine qui s’emballe…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 septembre 2015
Nombre de lectures 1
EAN13 9782764430033
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

« Ostende de François Gravel est une fresque inoubliable d’une époque pas si lointaine. Il la peint de main de maître… »
Gilles Crevier, Le Journal de Montréal
« Il n’est pas facile d’animer un matériau fixe comme le passé historique. Gravel démontre très bien qu’il faut se laisser porter par lui, le contourner ou l’exploiter mais toujours le maîtriser. Il donne ainsi une véritable leçon d’écriture. »
Gabrielle Pascal, Lettres Québécoises
« […] François Gravel parvient à faire vibrer ses lecteurs, grâce à une écriture sensible et juste. Dès les premiers mots, il réussit à nous “intégrer” à son récit. Quel que soit notre âge, nous sommes propulsés dans ces années où, le temps d’un rêve, on a cru possible de changer le monde. »
Sonia Sarfati, Femme Plus
« […] ce récit […] on le croque avec gourmandise, comme un bonbon sucré-suret. Douceur et amertume se marient gracieusement dans Ostende. »
Andrée Poulin, Le Droit
« Une écriture hyper-réaliste avec de légers portraits Polaroïds de l’époque »
Jean Fugère, Radio-Canada




Du même auteur chez Québec Amérique
Adulte
Nowhere man , coll. Tous Continents, 2013.
À deux pas de chez elle , coll. Tous Continents, 2011.
Voyeurs, s’abstenir , coll. Littérature d’Amérique, 2009.
Vous êtes ici , coll. Littérature d’Amérique, 2007.
Mélamine Blues , coll. Littérature d’Amérique, 2005.
Adieu, Betty Crocker , coll. Littérature d’Amérique, 2003.
Fillion et frères , coll. Littérature d’Amérique, 2000, coll. QA compact, 2003.
Je ne com prends pas tout , coll. Littérature d’Amérique, 2002.
Ostende , coll. Littérature d’Amérique, 1994, coll. QA compact, 2002.
Vingt et un tableaux (et quelques craies) , coll. Littérature d’Amérique, 1998.
Miss Septembre , coll. Littérature d’Amérique, 1996.
Les Black Stones vous revien dront dans quelques ins tants , coll. Littérature d’Amérique, 1991.
Jeunesse
L’Étrange Pouvoir de Léo Langelier , 2015.
Bienvenue à Wawa ! – Tout plein d’histoires sur les noms des lieux , 2014.
Lazare Vollant , coll. Magellan, 2014.
Arthur Prophète , coll. Magellan, 2014.
Le Guide du tricheur 2 – L’École , 2013.
Granulite , coll. Bilbo, 1992, nouvelle édition, 2013.
Drôles d’écoles ! – Tout plein d’histoires avec des écoles , 2013.
Cocorico ! – Tout plein d’histoires qui parlent des langues , 2013.
• Finaliste, Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal
Le Guide du tricheur 1 – Les Jeux , 2012.
Schlick ! – Tout plein d’histoires avec des mots , 2012.
Hò , coll. Titan+, 2012.
• Prix Alvine-Bélisle 2013
• Finaliste, Prix du Gouverneur général 2012
• Finaliste, Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal
La Cagoule , coll. Titan+, 2009.
Lola superstar , coll. Bilbo, 2004.
Kate, quelque part , coll. Titan+, 1998.
Le Match des étoi les , coll. Gulliver, 1996.
Guillaume , coll. Gulliver, 1995.
• Men tion spé ciale : prix Saint-Exu péry (France)
série klonk
12 titres parmi lesquels :
Klonk contre Klonk , coll. Bilbo, 2004.
Le Testament de Klonk , coll. Bilbo, 2003.
série sauvage
Sauvage , série regroupée, 2010.
6 titres parmi lesquels :
Sales Crapauds , coll. Titan, 2008.
Les Horloges de M. Svonok , coll. Titan, 2007.





Conception graphique : Julie Villemaire et Sara Tétreault
Mises en pages : Pige communication
Lecture de sûreté : Éric St-Pierre et Sabrina Raymond
Conversion en ePub : Nicolas Ménard
Québec Amérique 329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage
Montréal (Québec) H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Gravel, François
Ostende
Nouvelle édition (Nomades) Édition originale : c1994.
ISBN 978-2-7644-2964-8 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3002-6 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3003-3 (ePub)
I. Titre.
PS8563.R388O87 2015 C843’.54 C2015-940986-1
PS9563.R388O87 2015
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2015
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
© Éditions Québec Amérique inc., 2015.
quebec-amerique.com



Première partie
J.F. KENNEDY


CHAPITRE 1
Vingt-deux novembre 1963. Une balle de fusil, tirée depuis le septième étage d’un entrepôt de livres, fracasse le crâne de John F. Kennedy. Jackie est éclaboussée de sang et de morceaux de cervelle.
À l’école Sainte-Claire, en banlieue de Montréal, M me Giguère, titulaire de la classe de septième année, se promène entre les rangées de pupitres et surveille le travail de ses élèves. La maîtresse est sévère et les problèmes de mathématiques difficiles, aussi sommes-nous parfaitement silencieux quand la secrétaire vient frapper à la porte pour avertir qu’il faut, toutes affaires cessantes, nous rassembler dans la grande salle.
Jamais les enfants ne se sont réunis aussi vite, ni aussi silencieusement. Chacun a pris son rang, les petits en avant et les grands derrière, et suit des yeux M. Désautels, le principal, qui monte lentement sur l’estrade, la tête basse, et prend place à côté du drapeau.
Son discours est bref : John Kennedy, le président des États-Unis, a été assassiné cet après-midi à Dallas, au Texas. C’était un grand homme, un grand président et un bon catholique à qui Sa Sainteté le Pape Paul VI avait récemment rendu visite. Prions pour son âme et pour la paix dans le monde.
Sur le chemin du retour, les discussions vont bon train. Pierre-Paul est certain qu’il s’agit d’un coup des Russes : depuis qu’ils disposent d’une bombe de cinquante mégatonnes (la précision du chiffre nous glace d’effroi), ils ne pensent qu’à déclencher la guerre. Jacques s’oppose à cette théorie. D’après lui, Khrouchtchev est un peureux qui court tellement vite qu’il en perd ses souliers. Non, c’est un coup des Cubains qui veulent se venger d’avoir perdu la guerre des cochons, quand Kennedy avait encerclé leur île avec ses grands porte-avions, les fameux blocus. Un autre penche plutôt pour le péril jaune : les Japonais, ce sont sûrement les Japonais.
Leur mémoire des noms étrangers, leur science infuse des choses politiques et l’assurance avec laquelle ils émettent leurs opinions me remplissent d’admiration. Quant à moi, je ne peux penser qu’à des choses futiles : le temps est gris et il est trois heures, comme un Vendredi saint ; Kennedy et moi, Jean-François Kelly, avons les mêmes initiales ; ma cousine Carole aura bien de la peine, elle qui aimait Kennedy au point de lui avoir consacré un scrapbook complet.
Les souvenirs de ces photos, tirées de Life ou de Paris-Match , me reviennent, pêle-mêle : John en joueur de football, à l’université. John et Jackie en maillots de bain, sur une plage, avec Caroline et John-John. Le chapeau rond qui seyait si bien à Jackie et si mal à toutes ses imitatrices… Rien qu’en regardant les photos de leur mariage, j’avais appris des dizaines de mots nouveaux : taffetas, corsage, orchidées (des fleurs très rares et très chères, avait dit Carole), symbole, protocole et surtout yacht, qui m’avait valu plus de cinquante points dans une partie de scrabble avec ma mère. Les yachts, le football, les plages, les mariages et le bonheur existeraient-ils encore après l’assassinat du président ?
D’un coin de rue à l’autre, le groupe d’enfants se disperse. Aussitôt que je me retrouve seul, je me mets à courir, dans l’espoir d’être le premier à apprendre à mon père une nouvelle qui, j’en suis sûr, le passionnera. Mais il sait déjà. J’aurais dû m’en douter : il écoute souvent la radio en rédigeant ses contrats d’assurance, jamais il n’aurait pu rater une information de cette importance.
Dans le salon, les stores sont baissés et le volume de l

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