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Olympe de Clèves , livre ebook

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Description

Alexandre Dumas (1802-1870)



"Le cheval était bon coureur, Bannière sentait le besoin de courir. Il en résultait que lorsque le cheval, par trop fatigué, ralentissait le pas, Bannière lui mettait les éperons dans le ventre, et que le généreux animal repartait au galop. Il en résulta que l’homme et le cheval fournirent d’une seule traite une course longue et rapide.


Cependant, deux heures après le départ de Lyon, Bannière avait été obligé de donner quelques instants de repos à lui-même d’abord, et ensuite à sa monture. Ces moments de repos, il les employa pour son compte à entamer une excellente bouteille de vin de Bourgogne, et pour le compte de son cheval à lui faire servir une double ration d’avoine, dans laquelle il versa généreusement le reste de sa bouteille.


Pendant cette course de deux heures, Bannière avait fait huit lieues à peu près. L’homme rafraîchi, le cheval repu, l’homme remonta sur le cheval et reprit sa course.


Le vin et l’avoine avaient fait merveille : l’animal avait le diable au corps ; ses pieds ne touchaient pas la terre. On eût dit la monture de Faust se rendant au sabbat.


Il est vrai qu’aux flancs de Faust on eût vainement cherchée Méphistophélès ; mais visible ou invisible, tout homme a son Méphistophélès galopant à ses côtés."



Volume 2/3

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782384420261
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Olympe de Clèves

Volume II


Alexandre Dumas


Janvier 2022
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-026-1
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N°1024
XXXIX
Comment le cheval de Bannière courut jusqu’à ce qu’il s’arrêtât, et de quelles honnêtes personnes notre héros fit connaissance dans un bourg dont nous avons oublié le nom

Le cheval était bon coureur, Bannière sentait le besoin de courir. Il en résultait que lorsque le cheval, par trop fatigué, ralentissait le pas, Bannière lui mettait les éperons dans le ventre, et que le généreux animal repartait au galop. Il en résulta que l’homme et le cheval fournirent d’une seule traite une course longue et rapide.
Cependant, deux heures après le départ de Lyon, Bannière avait été obligé de donner quelques instants de repos à lui-même d’abord, et ensuite à sa monture. Ces moments de repos, il les employa pour son compte à entamer une excellente bouteille de vin de Bourgogne, et pour le compte de son cheval à lui faire servir une double ration d’avoine, dans laquelle il versa généreusement le reste de sa bouteille.
Pendant cette course de deux heures, Bannière avait fait huit lieues à peu près. L’homme rafraîchi, le cheval repu, l’homme remonta sur le cheval et reprit sa course.
Le vin et l’avoine avaient fait merveille : l’animal avait le diable au corps ; ses pieds ne touchaient pas la terre. On eût dit la monture de Faust se rendant au sabbat.
Il est vrai qu’aux flancs de Faust on eût vainement cherchée Méphistophélès ; mais visible ou invisible, tout homme a son Méphistophélès galopant à ses côtés.
Le Méphistophélès de Bannière, c’était en ce moment un composé de toutes les passions : c’était d’abord pour Olympe un amour plus violent que jamais ; c’était pour monsieur de Mailly une haine profonde qui allait s’aigrissant de minute en minute, car il songeait, le pauvre Bannière, que ces minutes pendant lesquelles s’aigrissait sa haine, monsieur de Mailly les passait près d’Olympe ; puis de temps en temps se joignait à cela un autre sentiment, qui, pour être moins élevé que ces deux belles passions avec lesquelles on a fait tant de belles tragédies et tant de beaux drames, la haine et l’amour, n’en était pas moins pressant.
Nous voulons parler de la peur.
Bannière avait peur d’être poursuivi, Bannière avait peur d’être rejoint ; c’était la seconde fois qu’il fuyait ainsi : la première, les jésuites ; la seconde, les dragons. Mais la première fois il fuyait avec Olympe, et cette fois il fuyait seul, sauf le Méphistophélès invisible qui lui disait tout bas :
– Alerte ! Bannière, alerte ! et tu rejoindras Olympe, et tu rejoindras monsieur de Mailly, et tu échapperas aux dragons comme tu as échappé aux jésuites.
Alerte ! Bannière, alerte ! Et chaque suggestion de ce dieu qui aiguillonnait Bannière se traduisait en coups d’éperons pour le pauvre cheval.
Enfin le cheval, épuisé, s’arrêta de lui-même tout tremblant sur ses jambes, haletant, ruisselant de sueur.
Notre écuyer improvisé venait de faire en cinq heures quinze lieues de pays bien comptées, qui, au calcul le plus bas, équivalent toujours à vingt-cinq lieues de poste.
Bannière, quand son cheval s’arrêta, était en conversation suivie avec son Méphistophélès, et ne s’était point aperçu qu’il était arrivé dans un gros bourg dont les habitants, debout au seuil de leurs portes ou assis sur des bancs accolés à la façade de leurs maisons, regardaient avec une sorte de bien-être égoïste, qu’ils ne prenaient pas même la peine de déguiser, ce cavalier si blanc de poudre, ce cheval si blanc d’écume, harassés tous deux, tandis qu’eux, les braves campagnards, se contentant de laisser tourner la tête sans s’agiter à sa surface, n’avaient point cessé d’être parfaitement heureux, tranquilles et immobiles, jouissant de ce bien-être que les poètes latins, gens éminemment paresseux, ont admirablement compris.
Voyez le berger de Virgile remerciant Auguste du repos qu’il lui a fait ; voyez Lucrèce se félicitant d’être bien tranquille au rivage lorsque la mer fait bondir sur ses vagues courroucées, navires et matelots.
Quand le cheval s’arrêta et que Bannière put ouvrir ses yeux gonflés par la poussière et alourdis par le sang, il vit d’abord ce grand bourg dont nous avons parlé et qui se composait d’une seule rue à l’extrémité de laquelle on apercevait la plaine. Puis, comme cela arrive souvent, lorsqu’il eut ramené son regard des objets éloignés aux objets plus proches, il vit un homme de bonne figure qui tenait la bride de son cheval, et un autre homme moins fleuri qui tenait l’étrier au côté montoir. En même temps, une voix qui affectait un accent gracieux dit à ses oreilles :
– Bonjour, monsieur le dragon !
– Oh ! oh ! fit Bannière encore un peu étourdi, est-ce à moi par hasard que l’on parle ?
Mais un instant de réflexion lui suffit pour s’apercevoir que la voix ne pouvait saluer la bienvenue d’aucun autre, par la raison qu’il était seul sur la route, et que de dragons il n’en existait probablement pas à dix lieues à la ronde.
Il s’aperçut en outre que son cheval venait de faire halte précisément à la porte d’une de ces vastes auberges qui émaillaient les routes de notre vieille France et qui sentaient d’une lieue à la ronde le foin pour les quadrupèdes et les rôtis pour les bipèdes.
La broche tournait : poulets et perdreaux grésillaient au feu, tandis que le foin odorant descendait du grenier par la poulie et qu’une belle avoine noire craquait sous les dents de trente chevaux qui peuplaient l’écurie.
– Bonjour, monsieur le dragon, avait dit quelqu’un.
– Bonjour, messieurs, avait répondu Bannière, tâchant de donner à sa voix l’accent d’une politesse reconnaissante en voyant les deux hommes qui s’empressaient autour de lui.
– Oh ! le beau dragon, dit une troisième personne, qu’à la douceur du timbre Bannière reconnut pour une personne du sexe féminin.
– Diable ! diable ! pensa Bannière, tout en cherchant des yeux la propriétaire de ce timbre charmant, qui, tout en l’effrayant, lui caressait doucement l’oreille. Diable ! il faudra que je change de costume ; je suis un peu trop militaire pour tout le monde en ce pays-ci.
Cependant il se rassura en voyant que ses interlocuteurs étaient deux habits bourgeois et sa panégyriste une jolie fille de vingt ans.
Les deux habits bourgeois étaient, comme nous l’avons dit, l’un à la bride, l’autre au côté montoir du cheval de Bannière. La jolie fille de vingt ans se tenait debout sur le seuil de l’hôtellerie. Bannière jeta sur tout ce qui l’entourait un regard rapide, et voyant que rien ne sentait la prévôté, ni dans cette auberge, ni autour de cette auberge, il mit pied à terre d’un air tout à fait résolu.
À peine était-il séparé de son cheval que la bête était conduite à l’écurie par le garçon et que lui Bannière se laissait tout doucement entraîner vers la salle à manger.
Il y a, chacun le sait, de ces courants irrésistibles qui mènent toujours l’homme où il désire aller. Or, l’animal désirait aller à l’écurie et l’homme au réfectoire ; tous deux arrivaient donc en même temps au but de leurs désirs.
Les deux particuliers à la mine rassurante accompagnaient Bannière comme pour lui faire les honneurs de la maison. Bannière se laissait faire, assez étonné de ces prévenances.
La jolie dame, Bannière ne savait comment, grâce à des ailes de sylphide, sans doute, la jolie dame avait disparu du seuil de l’hôtellerie pour reparaître sur le seuil de la salle à manger.
Bannière, conduit à la fois par le cœur, les yeux et l’estomac, cédait à la triple attraction.
Et tout d’abord il lui fallut essuyer plusieurs questions, bien naturelles d’ailleurs de la part de gens qui lui prodiguaient de telles prévenances, et qui toutes en somme venaient se confondre dans celle-ci.
– Où allez-vous, dragon ?
– Où je vais ? répondit Bannière, pardieu ! c’est bien simple, je vais à Paris.
– Pardon, vous pourriez aller ailleurs.
– Il paraît que c’est le chemin de monsieur, dit un des deux interlocuteurs de Bannière

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