103 pages
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Nérina. Coup de coeur Gilles Legardinier Prix Femme Actuelle 2017 , livre ebook

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Description

Amandine Mollo Nérina Roman Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com   Copyright © PRISMA MÉDIA / 2017 Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-04443 C’était il y a longtemps, une vie antérieure… Chapitre 1 J’avais le teint très pâle des femmes romantiques. Mes lèvres étaient bleues, mes yeux cernés de mauve. Je suis morte l’hiver 1839. Ce jour, j’entends les pas de ma meilleure amie. Nina pour Nérina, c’est son diminutif. Ses deux petits talons frappent le sol en pierre. Elle entrouvre la porte de mon étroite chambre, tout au bout d’un couloir, perdue dans un couvent. Je suis tuberculeuse. Nous ne nous disons rien. Elle a beaucoup changé. Pourtant il n’y a qu’un an, six mois et douze jours que je ne l’ai pas vue. C’était à la sortie de ce même couvent, après trois ans passés dans son grand pensionnat. Il faisait alors frais ; le soleil était bas dans un ciel sans nuage. La nature s’éveillait. Nina riait beaucoup. Elle traversait la cour à grandes enjambées. — Dépêche-toi, Maria ! Mon frère nous attend ! Mais malgré sa gaieté, je la savais inquiète. Elle craignait que les portes nous soient à jamais closes. Un petit air sauvage animait son regard. Elle était belle, bien que pâle, dans sa robe bleu sombre à col Claudine blanc. Elle était frêle aussi.

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Informations

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Date de parution 08 juin 2017
Nombre de lectures 19
EAN13 9782819504443
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0650€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Amandine Mollo
Nérina
Roman
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com
 
Copyright © PRISMA MÉDIA / 2017
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-04443
C’était il y a longtemps, une vie antérieure…
Chapitre 1

J’avais le teint très pâle des femmes romantiques. Mes lèvres étaient bleues, mes yeux cernés de mauve. Je suis morte l’hiver 1839.
Ce jour, j’entends les pas de ma meilleure amie. Nina pour Nérina, c’est son diminutif. Ses deux petits talons frappent le sol en pierre. Elle entrouvre la porte de mon étroite chambre, tout au bout d’un couloir, perdue dans un couvent. Je suis tuberculeuse.
Nous ne nous disons rien. Elle a beaucoup changé. Pourtant il n’y a qu’un an, six mois et douze jours que je ne l’ai pas vue. C’était à la sortie de ce même couvent, après trois ans passés dans son grand pensionnat.
Il faisait alors frais ; le soleil était bas dans un ciel sans nuage. La nature s’éveillait. Nina riait beaucoup. Elle traversait la cour à grandes enjambées.
— Dépêche-toi, Maria ! Mon frère nous attend !
Mais malgré sa gaieté, je la savais inquiète. Elle craignait que les portes nous soient à jamais closes. Un petit air sauvage animait son regard. Elle était belle, bien que pâle, dans sa robe bleu sombre à col Claudine blanc. Elle était frêle aussi.
— Diable, regarde-nous, me lança-t-elle amère, on dirait deux corbeaux perchés sur des échasses ! Mais très bientôt, crois-moi, je me ferai plus grasse qu’une bonne bourgeoise ! Adieu pain sec, adieu couvent ! Oui, je me vengerai de tant de privations !
Elle eut bien l’occasion d’honorer sa promesse, chez sa tante à Paris. Durant son long séjour, la Comtesse de Soye l’emmena dans le monde. Elle lui présenta de nombreux prétendants. Cela fut inutile. Nérina rejetait l’idée de se marier. Fait étrange à mes yeux. Je n’avais qu’un désir : fonder une famille.
Lorsqu’elle me dépeignait sa peur de « s’enchaîner à quelqu’un pour la vie », je songeais à la joie que me procurerait un mariage d’amour. De plus, en tant que femme, il était le moyen de s’affranchir du père, et pour mon cas de l’oncle, car j’étais orpheline.
Alliance et liberté se mêlaient dans mes lettres. Mais qu’est-ce que tu racontes ? m’écrivait Nérina. En te mariant, vois-tu, c’est avec « Dieu le maître » que tu t’engageras ! Mieux vaudrait donc alors limiter les dégâts et choisir pour époux quelque vieux ou fébrile !
Je n’étais à vrai dire pas tout à fait d’accord. Aussi quand mon voisin, beau, jeune et vigoureux, vint demander ma main, je tombai dans ses bras. Nous filions le bonheur parfait, inoubliable, jusqu’à ce que tout s’écroule.
J’avais gravi la pente d’une immense montagne et là, sur le sommet, il fallait la descendre. J’attendis que la mer veuille bien m’emporter. Mais même la marée ne voulut pas de moi. Au lieu de me noyer, l’eau froide me transit et je tombai malade.
La nuit, je me levais, marchais, courais, criais en déshabillé blanc. La fièvre me donnait des hallucinations. Selon notre curé, la cause était le diable. Et selon le docteur, ma faiblesse de femme. On pensait l’utérus capable de donner des crises d’hystérie. Mon oncle refusa de me garder chez lui. De sorte qu’à l’automne 1839, je revins au couvent.
Il rôdait en ces murs une tuberculose. Mes poumons affaiblis ne purent y résister. La Mort trouve toujours ceux qui l’ont appelée. Je cachai mon enfer à ma meilleure amie. Elle crut que le bonheur m’avait tourné la tête. Que c’était pour cela que je n’écrivais plus. Mais à la vérité, le désarroi, la honte, avaient rongé mes mots. Cependant, mon histoire finit par s’ébruiter et Nérina revint de Paris sur-le-champ.
 
Cet hiver, elle est là. Je la retrouve enfin, changée comme promis. Elle a de jolis bras, des épaules bien rondes, une taille marquée. C’est une jeune fille au regard un peu froid, farouche, bleu marine, qui peint ses lèvres en rouge par pure provocation. Cela ne se fait pas, ce fard est indécent. Il sied mal à sa mise, boutonnée jusqu’au cou. Il sied mal à son front, intelligent, à ses traits distingués.
Ses yeux parcourent la pièce dont elle désapprouve le dénuement austère. « Allons donc, lève-toi ! manque-t-elle de dire. Tu vas avoir vingt ans. On ne meurt pas à ton âge ! » Mais aucun mot ne sort de ses lèvres pincées. Elle n’imaginait pas me trouver si malade et son air me reproche d’être une amie mortelle.
Comme une louve en cage, elle tourne dans ma chambre. Un long fil invisible semble étirer son corps par le sommet du crâne. Elle est conditionnée pour lever le menton quoi qu’il puisse advenir. Et je sens ses efforts pour conserver sa nuque dans l’axe de son dos, tant sa coiffure est lourde, tant ses cheveux sont longs, tirés et maintenus par un chignon tressé, soyeux et régulier. Elle étouffe, Nina, sous son étroit corset, sous ses nombreux jupons, sous ses tissus brodés… Sous sa mise parfaite.
À chacun de ses pas, une petite croix vient frapper sa poitrine. Sa démarche est légère, volontaire à la fois. Elle fait claquer le sol de ses bottines noires avec une prestance de danseuse andalouse.
— Il y a trois jours, Nina… j’ai voulu t’envoyer une dernière lettre, mais la mère supérieure a dû l’intercepter… Il faut que je te dise…
— Plus tard, me répond-elle, se figeant face au lit. Maintenant, nous partons. Tu guériras chez moi.
Silence. Le vent siffle et je lui tends la main.
— Nina, je vais mourir.
— Non, tu ne vas pas mourir. On ne me meurt pas pour un homme !
— Alors, tu sais…
— Je sais. On en meurt dans les livres. Par amour. Quel amour ? Tu vas vivre !
— Cesse donc de lutter, murmuré-je avec peine. Tu en as bien assez fait… pour moi… depuis l’enfance… me défendant toujours lorsqu’on me rejetait… Je ne puis oublier. Mais aujourd’hui, c’est Dieu qui me rappelle à lui.
— Ah, Dieu ? Mais pourquoi Dieu ? Je sais que c’est ton oncle qui t’a fait enfermer ! Tu étais déjà malade et la mère supérieure t’a cloîtrée dans ce lieu pour en faire un tombeau ! L’air est malsain ici !
— J’ai péché, Nérina… Tiens, prends donc cette bague. Il faut que tu la prennes…
— Les péchés, ça s’oublie, se répare ou s’enfouit ! Tu y penseras plus tard ! La mort est la seule chose qui soit irréversible !
Un souffle d’air glacé passa sous la fenêtre. Une fenêtre étroite, taillée dans de la pierre. L’on eût dit l’ouverture d’un vieux donjon gothique. Le ciel était blafard, fidèle au froid d’hiver.
Je me souviens encore : Nina fixe le vent comme s’il s’agissait de la Mort en personne. Et pour m’en protéger, elle me donne son châle, me couvre et me frictionne à m’en faire presque mal. Je sens son doux parfum. Des perles de culture brillent à ses oreilles. Sous de faux airs sombres et sous sa beauté froide, elle est tout mon contraire : rayonnante de vie ! Dieu que j’envie sa force, la passion qui l’anime !
— Qu’est-ce que tu fais ? lui dis-je.
— Ah, tiens-toi donc à moi ! Ne ferme pas les yeux ! Sortons de ce caveau ! Maintenant  !
— Nina, je t’en supplie… Assieds-toi… J’ai si soif…
Alors elle me fait boire en soutenant ma nuque. Au-dessus de mon lit, Jésus penche la tête. Je voudrais tant dormir…
— Reprends-toi ! gronde-t-elle. Il en est encore temps !
— Non. Tu sais bien que non…
— Alors tu vas mourir ? Pour Édouard ? Pour ce fat  ?
Elle eut un petit rire.
— Enfin, c’est ridicule !
Mais la mort est bien là, gravée sur mon visage. Elle recule, effrayée. Et ses mots tout à coup s’étranglent dans sa gorge. Elle tombe agenouillée.
— Ne m’abandonne pas !
Je caresse sa tête. Elle est rousse d’un roux qui tire vers le brun. C’est une couleur rare, rouge sombre, carmin.
— Que puis-je faire, Maria ? Dis-moi, je ferai tout !
Ma vue se trouble. Je souris.
— Reste là, prends ma bague. Ne fais rien. C’est fini. Je t’aime tant, Nina…
Une autre aurait pleuré, mais ses yeux bleu foncé ne se voilèrent pas. Elle n’avait pas de larmes pour éteindre le feu qui brûlait dans son cœur. C’était là son point faible. Elle ne pleurait jamais. Elle se brisait secrètement.
 
La nuit tomba très tôt. Nérina s’assoupit. La tête entre les bras, elle est comme égarée dans un long cauchemar. Le temps s’est dissipé. Nous sommes en décembre. Le 23 décembre. Mais pour moi maintenant, ça ne veut plus rien dire.
Je ne sens plus, j’entends, comme au-delà du monde, des voix dans le couvent. D’infimes gouttes d’eau suintent le long du mur, et je vois au travers, au-dessus de mon corps de jeune fille blonde.
Nina de m’appeler. Je ne suis déjà plus. Alors elle me secoue, m’enlace, me réchauffe et mord dans sa main blanche pour s’empêcher de hurler. Puis elle s’essuie les lèvres avec nervosité. Ses doigts brisent sa chaîne pour en jeter la croix.
— Maria ? m’appelle-t-elle en s’appuyant au mur.
Et je sens sa présence d’une étrange manière. Je suis tout et plus rien : la chambre et la campagne, au-delà du couvent, les falaises normandes, les oiseaux, l’océan…
Nina semble perdue. Rien, ça n’existe pas. On ne peut pas s’éteindre, ainsi, brutalement. Emporter à la fois les rires et les pleurs. Tout effacer d’un être. On ne tue pas les fleurs avant qu’elles soient nées. On ne tue pas les fleurs juste avant le printemps…
*
La mère supérieure pénètre dans ma chambre, suivie d’un beau jeune homme. Nérina le regarde, oubliant un instant qu’il est son frère aîné.
— Portez-la, lui dit-elle en soulevant mon corps d’enfant maigre et brisée. On rentre à la maison, parce qu’elle va prendre froid.
Mais la mère s’interpose.
— Allons, reposez-la !
Mon amie la fusille. Cette femme à l’œil sombre l’avait souvent punie, parfois même humiliée pour ses « impertinences » durant nos trois années passées au pensionnat. Mais il est des enfants que les claques endurcissent. Nina vivait l’autorité comme un affront.
— Ah, ne la touchez pas ! s’écrie-t-elle avec rage.
Mais la mère supérieure me recouvre d’un drap que Nina fait tomber.
— Mademoiselle de Sempre, s

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