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N'écoutez pas la sorcière... Tome II , livre ebook

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Description

«?Les deux commères furent très sensibles à son attention, et l'une d'elles, après avoir réfléchi un instant, proposa une action audacieuse. —?Je connais l'endroit... et même le curé, qui ne craint pas d'utiliser nos herbes... Je prépare ma hotte aux miracles, avec mes plantes, mes huiles et mes pots d'un vin qui rend la vigueur... et je pars avec la Bonnette, pour être là-bas avant la nuit. Mon bonhomme nous mènera jusqu'à un quart de lieue de là, avec la charrette, elle servira pour nous ramener les blessés... —?Qu'irez-vous faire là-bas ? —?Les soigner, ces braves gens ! À ma façon... Deux sorcières qui savent guérir les plaies et rebouter les membres démis sont toujours bien accueillies, quel que soit le camp du soldat !?» Bertrand apprend alors qu'il est sollicité en Bourgogne pour veiller sur la santé du peuple et celle de la seigneurie. Malgré le climat tendu causé par la guerre avec l'ennemi anglais, notre médecin accepte la mission et part pour un long voyage où il sillonnera le pays et ses frontières, allant même jusqu'à Bruges en Belgique... Dans le deuxième volet de cette saga, Daniel Tharaud continue d'explorer une France superstitieuse et fanatique. Dans ce pays désormais en guerre, où les blessures et les maladies font chaque jour un peu plus de dégâts, le jeune médecin n'a pas fini de faire entendre parler de lui. Entre sorcellerie et découvertes scientifiques, l'art de la médecine n'a jamais été aussi prisé et mystérieux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782342057423
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0071€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

N'écoutez pas la sorcière... Tome II
Daniel Tharaud
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
175, boulevard Anatole France
Bâtiment A, 1er étage
93200 Saint-Denis
Tél. : +33 (0)1 84 74 10 24
N'écoutez pas la sorcière... Tome II
 
Toutes les recherches ont été entreprises afin d’identifier les ayants droit. Les erreurs ou omissions éventuelles signalées à l’éditeur seront rectifiées lors des prochaines éditions.
 
 
 
 
1
 
 
 
Si le printemps avait enchanté la campagne, faisant partout éclater la magnificence de la nature, il avait affligé la vieille cité de Montpellier d’une épidémie aussi soudaine que dévastatrice.
Bertrand en fut avisé bien avant qu’il y fût rendu. À deux lieues des murs, un voyageur lui recommanda d’éviter cette ville où le Diable usait de maléfices pour torturer les entrailles de ses habitants ; et tout au long du chemin qui lui restait à parcourir, il croisa des équipages pressés de fuir ce qu’ils pensaient être une malédiction. Dès les premiers faubourgs, une atmosphère lourde de relents nauséabonds le convainquit de la gravité de la situation. Quelques citadins le reconnurent et joignirent les mains dans une prière muette, pour qu’il songeât à les secourir. Aussi, son premier soin fut-il de se rendre à la faculté où se pressait une foule d’êtres aux visages défaits et qui semblaient avoir perdu toute espérance de vie.
Il y avait là Bosca et Césaire, et plusieurs autres de ses camarades d’études, tous affairés à distribuer des drogues et à recommander aux uns et aux autres d’apporter plus de soins à leur hygiène et de ne pas semer leurs déjections aux quatre coins de la cité. Mais ces avis n’étaient guère entendus et la ville entière était devenue un vaste dépotoir qui empestait l’air et contribuait à contaminer ceux qui s’étaient calfeutrés chez eux.
— Le malheur, lui dit Bosca, c’est que depuis huit jours, tout ce que nous avions réservé de drogues susceptibles d’apaiser leurs douleurs s’est épuisé, et que nous en sommes à donner des remèdes qui n’auront que bien peu d’effet.
— Quelle est la cause de cette épidémie ?
— Nous l’ignorons ! Tout juste supposons-nous que ce malheur nous a été rapporté par des marins qui revenaient d’Orient. Trois en sont morts. Ce mal épuise les corps et ceux qui sont de faible constitution n’y résistent pas.
— Il faut envoyer cueillir des plantes, la campagne est en pleine floraison.
— Encore faut-il les connaître ! Nos apothicaires n’y suffisent pas.
— Et maître Baurelet ?
— Il est alité, comme beaucoup d’autres ! Mais lui ne craint rien, il est propre et a conservé de quoi se soigner.
— J’irai dès demain hors des murs et je vous apporterai mon butin.
 
Son retour chez maître Barsac fut salué comme une providence. Le notaire commençait de ressentir des douleurs qui lui tordaient le ventre, et Cadet, son valet, ne faisait que vomir depuis la veille. aussi, sans prendre le temps de conter son voyage et se forçant à oublier son propre chagrin, Bertrand s’appliqua-t-il à les soulager. Il avait fort heureusement constitué dans le grenier une sorte de laboratoire où se trouvaient réunies nombre de médications. Cela lui fut utile pour adoucir les maux de tous ceux qui, avisé de son retour, vinrent toquer à la porte du notaire pour obtenir son aide.
Afin de pourvoir aux besoins de ses amis, il entraîna chaque après-midi Claude, la plus jeune des deux servantes du notaire, dans les campagnes et les bois qui entouraient la ville. Cette femme sut bientôt reconnaître les plantes et les fleurs qu’il souhaitait récolter et le goût lui vint de s’enquérir de leurs propriétés.
— Je veux bien t’enseigner, Claude, mais ne te fie jamais à ce peu de science, et surtout, n’en fais pas état. Tu serais bien vite accusée de sorcellerie et le premier moine venu te proposera pour le bûcher. Contente-toi de parler de tisane et ne va pas au-delà de ce que tu auras retenu de mes leçons. Certains remèdes peuvent devenir des poisons.
Durant huit jours encore, ce funeste mal tourmenta le peuple, et puis, sans qu’on en sût la raison, les cas se firent plus rares et l’angoisse des cœurs s’apaisa. Le clergé affirma pourtant que cette rémission n’était due qu’aux prières auxquelles chaque chrétien s’était voué, et qu’il convenait de prier encore et de faire des offrandes aux saints protecteurs de la cité si l’on ne voulait pas que le mal réapparût. Au total, on ne recensa que quelques centaines de morts et cette calamité fut vite oubliée. Tant d’autres revenaient régulièrement accabler le pauvre peuple.
Bertrand, qui s’était dépensé sans compter pour donner à chacun le secours qu’il réclamait, n’avait encore conté à personne les tristes événements du voyage qu’il venait de faire. Jacques Barsac, promptement remis, n’avait pas jugé bon de le tourmenter par des questions dont il avait deviné les réponses en voyant la tristesse constamment assombrir le front de son protégé. Tous ceux qui le connaissaient et l’aimaient, avaient senti qu’au-delà de l’inquiétude que lui inspiraient tous ses pauvres malades, une grande souffrance était en lui.
Un jour donc, Bertrand rentra au logis du notaire bien avant qu’on fût à l’heure du souper. Il s’installa dans un des fauteuils qui agrémentaient la salle basse, un fauteuil que Clément affectionnait quand de grandes discussions les animaient, lui et l’ami Barsac, et qu’il ne quittait qu’à regret quand, la nuit venue depuis plusieurs heures, il fallait bien songer à se mettre au lit. Et le souvenir de Clément le ramena tout entier à Prégnac et au deuil qui l’avait si cruellement affecté.
Cependant son cœur s’émouvait tout autant des joies qu’il y avait connues que des douleurs récentes, et c’était la somme de toute sa jeune vie qui l’étreignait.
Jacques Barsac le trouva là, de grosses larmes inondant ses joues sans qu’il parût s’en rendre compte, tant il était hors du temps présent. Le notaire approcha son fauteuil et lui prit les mains dans les siennes, sans un mot, voulant lui signifier simplement combien il partageait sa peine et comme il souhaitait pouvoir adoucir son chagrin. Au bout d’un moment, Bertrand murmura :
— Elle est morte… Je n’ai rien su faire…
— Je m’en doutais mon petit. Je m’en doutais de l’instant où tu es revenu. Seul Dieu peut faire des miracles. Clément aurait pu t’épargner cette déception, mais sans doute s’est-il laissé bercer lui-même d’une illusion qui soutenait ses efforts. Et puis, il n’est pas mauvais que le sieur de Grélevent ait songé que tu étudiais la médecine grâce à lui et qu’il convenait de te consulter de préférence à d’autres mires.
Après s’être un peu rasséréné, Bertrand lui conta les tristes jours qu’il avait passés à Prégnac et la désolation de tous ceux qui aimaient la jeune femme. Le notaire, attentif à son émotion, se contentait de hocher gravement la tête, sans s’autoriser à la moindre opinion.
— La seule aide que j’ai pu leur apporter, conclut-il, est d’avoir su convaincre le baron de Moncéret de laisser l’enfant à la garde du seigneur de Grélevent. Le livrer à sa tutelle eut été le condamner à une vie de tristesse et d’obscurité.
À aucun moment il n’avait évoqué un lien entre le petit Guillaume et le baron. Il disait “le fils de Claire” ou “le bel enfant” sans remarquer le regard ému que Barsac posait sur lui.
— Quel est donc ce gentilhomme ?
— Un homme malheureux ! répondit honnêtement Bertrand. Son château semble être un repaire de brigands et ses gens le reste d’une antique croisade. Lui-même paraît être issu d’un autre âge ; la blessure qu’il reçut l’autre année le laisse estropié et son humeur est des plus sombres. Je ne comprends pas que monsieur de Grélevent ait sacrifié le bonheur de sa fille à l’illusoire profit d’une fortune et d’un nom.
— La noblesse n’autorise pas le sentiment, mon ami, et je connais beaucoup de grandes dames qui eussent été plus heureuses au côté d’un simple paysan. L’homme de petite condition ne conçoit pas l’impérieuse nécessité d’accroître son bien et de valoriser son nom, mais le nobliau n’a que le souci de se hausser. Le plus souvent, c’est l’ambition qui le guide, non les élans de son cœur… Reverrai-je mon ami Clément ?
— Je ne sais. Je l’ai quitté sans presque lui parler. Nous étions tous deux enfermés dans le chagrin et la honte, et nos regards étaient faits d’excuses et de reproches.
— C’est bien injuste, mais je comprends votre désarroi. Tu n’as pas choisi la route la plus facile, mon garçon, cependant il te faut mesurer avec autant de soin ce que tu gagnes que ce que tu perds. Chacun de tes actes est une bataille… Au soir de ta vie, Dieu veuille que tu te sentes plus vainqueur que vaincu.
Ce soir-là, Bertrand garda Claude, la servante, auprès de lui. Non pour apaiser des instincts sensuels, mais pour qu’un bras maternel le retienne de sombrer dans un trop profond désespoir ; et la compatissante fille, qui depuis son retour s’efforçait de le réconforter par mille petites attentions, entoura son sommeil d’une tendre sollicitude.
 
Le chaud soleil de mai redonna toute son animation à la cité. À la faculté, les cours avaient repris dans l’enthousiasme ; on avait l’impression d’avoir vaincu l’épidémie et chacun se vantait d’avoir trouvé le bon remède. Pierre Baurelet lui-même se flattait d’avoir expérimenté sur son propre corps diverses médications et louait les vertus de la belladone et de la valériane, dont les décoctions l’avaient grandement soulagé. Dès le début juin il proposa Bosca et Césaire pour le doctorat ; bien qu’il l’en jugeât digne, Bertrand avait refusé de participer au concou

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