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Moshé Kahlmann ou les lumières de l'Orient , livre ebook

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Description

Le destin d’exception de Moshé K., nain par la Volonté de Yahvé, mais érudit par la sienne propre, lui aura fait surmonter moultes épreuves avant qu’il ne se pose à Bagdad. Coopté par le médecin du palais, il aura été précepteur du fils du Sultan, puis plus tard, mentor d’Odon, un jeune chevalier-serf dans la région Elzas. Ses pérégrinations lui ont fait traverser tout le Moyen-Orient et une partie de l’Europe au temps des Croisades. Ses ultimes exploits se dérouleront dans l’affrontement d’avec la Horde de Feu qui dévaste le comté. Il fera un ultime choix de vie en protégeant son disciple duquel cette Horde sanguinaire a fait sa cible…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312082769
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Moshé Kahlmann ou les lumières de l’Orient
Michel Rietsch
Moshé Kahlmann ou les lumières de l’Orient
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2021
ISBN : 978-2-312-08276-9
Chapitre premier
Une brise chahutée par une famille de corbeaux faméliques drainait d’effroyables puanteurs qui se propageaient le long des murs épais qui délimitaient les douves du Schloss . Des mouches bleues bourdonnaient voluptueusement dans l’air poisseux en le brassant de leurs ailes laquées. L’odeur de putréfaction prégnante qui encombrait les narines d’Odon ne l’incommodait plus. Il avait été sevré à la pourriture. Il se souvenait avoir eu à enjamber des charniers remplis de cadavres plus ou moins entiers, rebuts d’un Voyage vers la Terre Sainte entériné sur un ordre d’un pape nommé Grégoire, suivi d’un nombre qui lui avait échappé. On y humait à plein nez des carcasses d’enfants à peine plus âgés que lui qui se décomposaient dans la terre des villes accostées. Sa jeune mémoire lui en préservait les noms : Marseille, Pise, et aussi Venise, la ville flottante.
À l’inverse des Dames de l’aristocratie qui exagéraient souvent leur pâmoison, Odon affichait une superbe digne d’un guerrier couturé de cicatrices revenu d’entre les combats. Bien que n’ayant jamais mis les pieds sur un champ de bataille de ce nom, il avait déjà eu beaucoup de chance en survivant au naufrage du cotre qui devait enfin l’amener en Orient avec les renforts des troupes du Roi de Jérusalem, Guy de Lusignan qui assiégeait Acre. Lorsqu’il s’était retrouvé au milieu des eaux de la Méditerranée, au large de la Sardaigne, après que le navire eut chaviré sous la violence d’une vague scélérate, il s’était vu mourir en héros intrépide.
Entièrement dévoué à une cause qui dépassait sa fervente et extravagante croyance façonnée dans le creuset sans fond de l’ignorance, il avait alors imploré ce Dieu censé se trouver dans un tombeau qui restait toujours à délivrer. Aux dernières nouvelles, l’événement serait en cours et il était prévu qu’il y participerait une fois rendu sur place. Toute la saine vigueur de ses quinze ans avait alors poussé sa prière, forcément urgente, à monter jusqu’au ciel.
La prière était aussi ardente que l’eau était froide :
« Ne suis-je pas un bon Chrétien , certes depuis peu, Seigneur ? N’ai-je pas abandonné une famille aimante – probablement pas la mienne – pour contribuer à libérer Votre Saint Tombeau ? Souhaitez - Vous vraiment que je me noie si jeune, ici, devant Vous ? Mais ma vie Vous appartient, Vous pouvez en disposer à Votre guise, et Vous le savez bien. Je vais donc mourir pour Vous , si Vous daigniez me faire un signe qui irait dans ce sens, bien entendu ! »
Dieu avait certainement d’autres impératifs plus pressants sur les braises de Son purgatoire particulier, avant de s’intéresser au sort – funeste depuis peu – d’un jeune serf néanmoins et naïvement dévoué à la Sainte Croisade. Aucune preuve de sa Magnificence autre que le brouhaha du vent encouragé par les cris moqueurs des mouettes qui semblaient autant narguer le naufragé, ne se manifesta.
L’eau était aussi salée qu’un bout de lard séché. Malgré ses efforts pour éviter la lavasse saturée, Odon en avala pourtant une grande quantité, tout en battant des mains comme il avait vu faire un chien pour traverser un ruisseau. Sa flottaison hasardeuse ne lui aurait pas permis de se sortir de cette mare sans fond au moyen de ses seules forces. L’impression que le rivage s’éloignait à chaque gorgée déglutie, le conforta dans l’idée que Dieu jouait ses chances aux dés avec Neptune ; un dieu concurrent qui ne régnait que sur les océans, selon les superstitions des marins idolâtres qui l’invoquaient lorsque ses eaux devenaient sauvages. Qu’en testant sa résistance mentale ainsi que sa capacité de flottaison, Il éprouvait surtout la sincérité de sa toute nouvelle foi. Et s’il trouvait preneur, Odon n’aurait pas hésité à fourguer l’excédent qui commençait à déborder sa peur.
La foi, la vraie, il le savait, permettait de tenir un jeûne de quelques jours, surtout lorsque la chasse était ingrate et la cueillette infructueuse. Ici , dans le creux d’une houle, elle peinait juste à remplacer le liquide par du solide, ou même à fournir une suprême bouffée d’espoir tout aussi inconsistante d’ailleurs.
Épuise , Odon prit la décision de s’abandonner à la voracité des flots, avec une réticence fatiguée vite remplacée par une résignation définitive, tout en n’oubliant pas de recommander son âme désormais trempée à ce même Dieu , toujours sourd à sa prière. En déglutissant presque avidement, Odon espérait accélérer son agonie. Au moins pour abréger des souffrances qui elles-mêmes tardaient. Son préjugé d’enfant de la terre prônait que pour se noyer volontairement, il suffisait d’ingurgiter d’importantes quantités d’eau. Alors qu’il n’y avait que son ventre qui se remplissait comme celui d’un ivrogne.
Son ingénuité alliée à son inscience avait préservé ses poumons du mortel liquide.
C’est à cet instant, qu’une poigne puissante le happa de sous les vagues lampantes qui venaient de le submerger. Au travers des larmes mises sur le compte de la piquante salinité plutôt que sur celui de la panique ultime, Odon distingua une poutre garnie de cordages qui avait foncé sur lui. Un vigoureux individu qui s’y cramponnait déjà l’aida à s’y agripper à son tour. En compressant son estomac, toute la mer avalée remonta de son estomac tel un reflux d’une marée de pleine lune. Une fontaine de douleur s’expulsa par sa bouche et le laissa vide comme une outre.
La tête, énorme, de son sauveteur se présenta alors devant lui. S’il ne l’avait déjà entr’aperçu sur le pont du cotre à l’embarquement à Venise, Odon aurait pu se croire face à un diable sorti de l’enfer. Car pour ses yeux d’encore enfant devant lesquels dansaient toujours les mamelles rondes des nourrices, cet individu particulièrement laid suscitait juste de la terreur.
Odon le dévisagea pendant qu’il ramait au moyen d’une volige. De grosses lèvres barraient un visage tout en os saillants et formaient une sorte d’attache sur le menton en galoche.
Sous des cheveux noirs – bouclés comme ceux d’une femme d’Afrique – qui dégringolaient du front, deux sourcils broussailleux élargissaient encore le haut du crâne. Ce personnage correspondait à l’image d’un démon hideux avorté par les spasmes du Mal que les abbés décrivaient ainsi. Pour le coup, la terrible tempête aurait bien pu accoucher d’un tel être aux traits aussi monstrueux, à l’expression aussi cruelle. Un bâtard engendré par ce Neptune vexé d’avoir perdu la partie contre le vrai Dieu, l’Unique. Mais il s’agissait bien d’un humain, plus petit, porté par des jambes torves, très courtes, comme arrêtées aux genoux…
– Kahlmann, Moshé Kahlmann, s’était-il présenté haletant, une fois le sable de la grève foulé.
Souvent , et bien plus tard, ils se racontaient cette aventure qui les avait réunis en forgeant les fers de leur future amitié. Ils se félicitaient de leur bonne fortune, comme pour consacrer les circonstances singulières de cette rencontre fortuite et aquatique.
De l’endroit où il se trouvait, dans une antichambre qui faisait office de vestiaire, Odon entendait les bruits du repas qui se déroulait dans la salle principale. Mais il convenait d’attendre que le Burggraf Hardstein consentît à l’appeler par-devant lui. Les affaires courantes se traitaient de cette façon publique et constituaient un divertissement supplémentaire pour les privilégiés invités à sa table en ce jour. Odon appréhendait cet instant, surtout que c’était le Burggraf en personne qui avait ordonné sa venue. Il avait vaguement compris que la requête concernait des soucis inhérents à cette aspiration de liberté à laquelle les serfs se consacraient bien trop. Selon l’estafette qui l’avait réquisitionné, Odon avait appris que le Burggraf souhaitait mettre un peu d’ordre dans cette pagaille fomentée par des gueux pouilleux et de toute façon sans avenir hors sa tutelle.
Évidemment, comme à chacune des initiatives qui dérangeaient son aise, voire sa présumée prépotence, Kahlmann lui avait crûment déconseillé de se mêler de cette histoire qui ne regardait que le Burggraf et ses gens d’armes, bien plus expérimentés. Il était même entré dans une rage crépusculaire lorsque Odon lui avait assené que son statut de chevalier ne l’autorisait pas à se soustraire à une obligation liée à sa charge. Son honneur était en jeu, sa réputation de même… Que les gens dévoués à l’art de la guerre doivent se tenir prêts p

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