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Marie Sorcelle , livre ebook

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Description

Marie du Berry met en scène une conteuse qui entraîne son auditoire sur les pas de Marie Sorcelle qui a disparu après l'incendie de sa maison. Seul un carnet noir que les flammes n'ont étonnamment pas détruit est retrouvé. À la lecture de celui-ci, on apprend que Marie Sorcelle voyage dans le temps de ses aïeux pour acquérir le vrai pouvoir magique qu'une rebouteuse et guérisseuse, la Mère Fauve, lui a transmis. Au fil des générations, les tragiques destinées de Rachel, Clément, Marthe, Ulysse, Hélène, les ancêtres de Marie Sorcelle sont marquées du sceau de la malédiction. Séduite puis abandonnée, Marie oscille quant à elle entre le mal de vivre et la rébellion. Elle va finalement se réfugier dans ce Berry "couvert d'antiques débris des âges mystérieux" comme le décrit George Sand. Marie Sorcelle va ainsi glisser inexorablement sur la pente de la sorcellerie.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2013
Nombre de lectures 69
EAN13 9782365752251
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Marie du Berry


Marie Sorcelle







Préface

Voilà une histoire vivement troussée, claironnante et menée tambour battant à un train d’enfer, où le lecteur précipité d’emblée dans le vif du sujet, tout d’abord séduit par la forme originale – ces pans de vie sur plusieurs générations – s’essouffle, poussé, tiré, bousculé dans une atmosphère qui d’obsédante, devient suffocante; et pour peu qu’il soit claustrophobe, son odeur de soufre lui devient vite irrespirable, pris qu’il est dans les griffes du diable !
Au fur et à mesure que l’on avance dans sa lecture, on se sent envahi par un malaise indéfini, une catastrophe imminente, inconnue – peut-être inconnaissable– qu’on sait fatale et inévitable ; une boule oppresse la gorge. On a envie de crier à Marie Sorcelle d’arrêter, de n’aller pas plus loin, car un danger la menace, indiscernable mais réel, d’autant plus redoutable qu’il n’est représenté par rien de connu du simple mortel, et qu’on sent quasi physiquement, sans pouvoir le capter, lancinant et fuyant comme la montée d’une migraine.
Les nerfs sont fortement éprouvés ; Marie du Berry a réussi : vous vous croyez ensorcelé. On sent bien là une connaissance parfaite des lieux maudits à la George Sand ...
Il ne s’agit pas d’une promenade pour randonneur du dimanche, non, c’est une course poursuite, à la vie à la mort, avec le diable mais où n’échappent pas néanmoins les beautés fondamentales de la nature sauvage et profonde...
C’est singulier, insane et fort, c’est d’une violence inouïe et d’une vérité crue ; et c’est douloureusement profond. L’âme de Marie Sorcelle, pour être noire, n’en est pas moins ardente, sombrement éclairée par un feu équivoque qu’a brûlé le sang ancestral…
C’est là que l’auteur, avec un solide savoir-faire, nous découvre une facette peu commune de son talent d’écrivain, en convertissant une sorcière – avec tout ce que ce mot comporte de négatif – en fée ; que toute la noirceur communément admise chez la première, peut prendre la luminosité nacrée de la seconde, sous une plume perspicace et bien conduite.
Passeuse de mémoire, Marie du Berry ? Assurément mais pas seulement ; elle est aussi sondeuse d’âmes.

Martine Jézéquel.


Les Nuits du Conteur

Quand la Conteuse s’arrêta d’évoquer les Contes et Légendes du Berry, quelqu’un lui demanda si elle connaissait d’autres histoires plus contemporaines ; en effet tout le monde avait entendu vingt fois l’histoire du Meneux d’loups, de la Grand’Bête, des Laveuses de nuit ou de la Chasse à Bodet. Elle chercha dans sa mémoire :
– Aurais-je le temps de vous conter l’histoire de Marie Sorcelle ?
Le public, ravi, suspendu à ses lèvres, l’invita à prolonger la séance qui, pour lui, avait été trop courte.
Le regain d’intérêt pour ces Nuits du Conteur indiquait combien nos chers cerveaux, même si notre société se voulait rationnelle et scientifique, avaient besoin d’autres nourritures que celles fournies par les médias modernes, omniprésents.
La conteuse s’installa confortablement et précisa qu’elle dépasserait son temps de parole car l’histoire était très longue…


L’incendie

L’hiver long, chargé de neige, porté à bout de bras, révélait un printemps tardif, mais si éclatant de jeunesse turgescente qu’on lui pardonnait son retard. L’horizon se teintait de tous les mauves de la création et le Hameau ressemblait à une jeune mariée, coiffée d’une couronne d’aubépine blanche. Le ciel luisait tout en douceur et on pouvait enfin savourer la symphonie des cumulus blancs et joufflus, qui s’élevaient lentement dans le grand soir, au-dessus des prés bleutés. Le long de la rivière, se posaient, comme en écharpe, des buissons d’épine noire, qui avaient troqué leur parure de dentelles blanches pour des fourreaux cousus de petites feuilles vertes. C’était beau comme le paradis.

Au milieu de la nuit silencieuse, un grondement réveilla les habitants du Hameau qui comprenait une dizaine de maisons disséminées de part et d’autre de la petite route, chacune dans leur enclos.
– Un moteur en action, ce n’est pas normal à 3 h du matin… grommela un voisin qui ouvrit la fenêtre de son chien-assis.
Des craquements sinistres surgissaient dans la nuit noire et une grande lueur rouge lui fit tourner la tête vers la droite. Une maison brûlait sur la colline.
– Le feu ! Une maison brûle !
En un instant, tout le Hameau fut sur le pied de guerre.

***

Des flammes sortent du toit, géantes, puissantes, affolantes.
Les voisins, fascinés par ce feu qui court et qui galope comme une bête infernale sur les poutres, croient qu’Elle est en train de brûler. On les entend dire aux pompiers:
– Marie Sorcelle est sûrement à l’intérieur de la maison !
Les pompes à incendie sont en action et les lances à eau, tentent de faire reculer le feu dévorant qui gagne le ciel. Les pompiers disparaissent dans une fumée épaisse. Des paquets de tuiles s’écroulent dans un lourd fracas. Cette frénésie, proche de l’ivresse, les laisse tous hébétés.
Qui a murmuré dans l’ombre :
– Diable ! Pourvu qu’elle brûle jusqu’au bout !
Et encore :
– Ah, la rumeur du feu qui gagne sur le vent, qui jouit, qui crie son plaisir d’avaler et de détruire !
Et enfin :
– Quel accouplement sauvage que les tuiles et le feu !

Trois pompiers reviennent bredouilles. D’autres repartent à l’assaut.
Les faîtières s’effondrent dans des gerbes d’étincelles. L’appétit du feu semble insatiable.

Ils sont certains que Marie Sorcelle brûle en même temps que sa cambuse. Dans leurs yeux, ils imaginent la maudite fille et ils murmurent que cela devait arriver un jour.
Un de ses plus proches voisins, un homme déjà âgé, au béret enfoncé jusqu’aux deux oreilles, hausse les épaules tandis que sa femme, enveloppée d’un châle grisâtre sur sa chemise de nuit blanche, explique à une autre voisine que cette Marie Sorcelle était folle et que d’ailleurs, ils en avaient peur depuis longtemps.
Une camionnette bleue arrive sur le chemin. En descendent deux gendarmes qui s’adressent aux pompiers. La commère qui déblatérait à l’instant avec sa proche voisine, se dirige vers eux, pour leur parler à voix basse.
Puis, on entend les pompiers répondre d’une voix ferme :
– Rien, on ne retrouve rien, pas de corps, on a fouillé partout !
L’incendie a tout ravagé en peu de temps : il est en train de terminer son ouvrage, il se lèche et se pourlèche les babines.
Un nouveau venu se présente et se met à interroger le chef des pompiers :
– Oui ou non ? Cette femme que l’on appelle Marie Sorcelle, est-elle encore dans sa maison ?
– Non, il n’y a personne ; sinon on aurait retrouvé son cadavre. Il n’y a plus rien à faire ici, sauf attendre le jour, pour vérifier les indices.

Une énorme lune rouge comme un gros œil, monte lentement de la terre.

Les pompiers continuent de noyer les décombres avec l’eau de la pompe en s’interrogeant sur le malin génie qui a attisé cette force invincible.

***

À l’est, un mince ruban de lumière frise, comme une drôle de moustache à la barbe de l’horizon. L’aurore craintive avance à petits pas. Au dehors, les choses muettes attendent. Les arbres se font laids et grimaçants, presque vieux, alors qu’hier, ils étaient si beaux dans leurs ramures printanières.
Au cœur de ce matin blême, ils se tiennent immobiles, inquiétants, dans l’haleine du jour qui se lève dans l’ennui. Sur les prés, des lambeaux de fumée traînent encore. Une odeur âcre, insoutenable, a envahi la terre entière.
L’aube grise a du mal à combattre les oripeaux de la nuit. Dans cette demi-lumière, la maison éventrée se dessine. Des fumerolles se dégagent des éboulis épars. Tout a été léché, récuré, irrémédiablement calciné.
Il n’y a plus personne.
Les hommes fatigués de s’être battus toute la nuit, sont repartis ; les voisins aussi. Seuls, çà et là, subsistent de petits foyers de braise qui, tels des rats embusqués aux

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