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Lord Jim , livre ebook

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Description

Un jeune officier de marine, le lieutenant Jim, embarque comme second à bord d'un vieux cargo «bon pour la ferraille», le Patna, pour convoyer un groupe de pèlerins vers La Mecque. Dans le brouillard, le Patna heurte une épave. En inspectant la coque, Jim découvre un début de voie d'eau. Pris par la peur, Le capitaine et Jim abandonnent le navire et ses passagers. Mais le Patna ne coule pas... L'attitude de Jim a déclenché un scandale et il est radié à vie. Rongé par le remords, lui qui ne rêvait que de gloire et d'honneur, erre dans les ports, acceptant les travaux les plus humiliants. Une seconde chance lui est cependant offerte par le négociant Stein qui lui confie une mission en Malaisie...

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 88
EAN13 9782820603968
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Lord Jim
Joseph Conrad
1924
Collection « Les classiques YouScribe »
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Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0396-8
Note de l'auteur

Lorsque ce roman parut pour la première fois en volume,l’idée se répandit que je m’étais laissé emporter par mon sujet.Des critiques affirmèrent que l’œuvre, destinée à fournir unecourte nouvelle, avait échappé au contrôle de son auteur etd’aucuns parurent même prendre plaisir à découvrir des preuvescertaines de ce fait. Ils se fondaient sur la durée du récit,prétendant que nul homme n’eût pu parler aussi longtemps, etretenir l’attention de ses auditeurs. Ce n’était pas chose fortcroyable, affirmaient-ils.
Après avoir médité la question pendant quelque seize ans, jene suis pas bien sûr de ce qu’ils avancent. On a vu, sous lestropiques comme dans la zone tempérée, des gens passer la moitié dela nuit à débiter des histoires. Dans le cas présent, il ne s’agit,il est vrai, que d’une seule histoire, mais elle comporte desinterruptions qui donnent au conteur des moments de répit, et quantà ce qui est de l’endurance des auditeurs, il faut accepter lepostulat que le récit était vraiment intéressant. Suppositionpréliminaire et obligatoire. Si je n’avais pas trouvé l’histoireintéressante, je n’aurais pas commencé à l’écrire. Quant àl’invraisemblance matérielle, nous savons tous que certainsdiscours du Parlement ont duré plus près de six que de troisheures, alors que toute la partie de mon livre comportant le récitde Marlow peut, je le crois, se lire à haute voix en moins de troisheures. D’ailleurs, bien que j’aie négligé ces détailsinsignifiants, il faut supposer que l’on servit desrafraîchissements cette nuit-là, et que pour aider le conteur, onlui donna bien un verre d’eau minérale quelconque.
Mais sérieusement, et pour parler franc, mon intentionpremière était d’écrire une nouvelle sur l’épisode du bateau depèlerinage, rien de plus. C’était là une idée parfaitementlégitime. Mais après avoir écrit quelques pages, je m’en trouvaimécontent, pour une raison ou l’autre, et je les mis de côté, pourne les sortir du tiroir que lorsque feu M. William Blackwoodme demanda quelque chose pour sa revue.
C’est alors seulement que je m’avisai que l’épisode dubateau de pèlerinage fournissait le point de départ excellent d’unelibre et vagabonde histoire, et que c’était aussi un événement denature à colorer tout le sentiment de l’existence chez un individusimple et sensible. Mais tous ces mouvements d’âme, tous ces étatsd’esprit préliminaires étaient pour moi un peu obscurs à cetteépoque, et ne m’apparaissent pas plus clairement aujourd’hui, aprèstant d’années.
Les quelques pages mises de côté eurent leur poids dans lechoix du sujet. Mais l’histoire tout entière fut récrite de proposdélibéré. Lorsque je la commençai, j’étais certain d’en faire ungros volume, sans prévoir pourtant qu’elle dût s’étendre sur treizenuméros de revue.
On m’a parfois demandé si cette œuvre n’était pas, entretoutes les miennes, celle que je préfère. Je ne goûte pas lefavoritisme dans la vie publique, dans la vie privée, ou même dansles rapports délicats d’un auteur avec ses ouvrages. En principe,je ne veux pas avoir de favoris, mais je ne vais pas jusqu’àéprouver chagrin ou ennui de la préférence que certains lecteursaccordent à mon « Lord Jim » … Je nedirai même pas que je ne les comprenne pas… Non ! Mais j’ai euun jour une cause de surprise et d’inquiétude.
Un de mes amis revenu d’Italie avait causé là-bas avec unedame qui n’aimait pas mon livre. Je déplorais le fait, évidemment,mais ce qui me surprit, ce fut le motif de sa désapprobation. « Vous comprenez » , disait-elle, « toute cette histoire est simorbide ! »
Cette réflexion me valut une bonne heure d’inquiètesréflexions. Mais je finis par conclure que, toutes réserves faitessur la nature d’un sujet un peu étranger à une sensibilité fémininenormale, cette dame ne devait pas être Italienne. Je me demandemême si elle était Européenne. En tout cas, un tempérament latinn’aurait jamais rien vu de morbide dans le sentiment aigu de laperte de l’honneur. Pareil sentiment peut être juste ou erroné, oupeut être condamné comme artificiel, et mon Jim n’est peut-être pasd’un type très répandu. Mais je puis sans crainte affirmerà mes lecteurs qu’il n’est pas le fruit d’une froide perversion depensée. Ce n’est pas non plus un personnage des brumesseptentrionales. Par une matinée ensoleillée, dans le banal décord’une rade d’Orient, je l’ai vu passer, émouvant, significatif,sous un nuage, parfaitement silencieux. Et c’est bien ainsi qu’ildevait être. C’était à moi, avec toute la sympathie dont j’étaiscapable, à chercher les mots adéquats à son attitude. C’était « l’un des nôtres » .
Juin 1917.
Chapitre 1

Il avait six pieds, moins un ou deux pouces, peut-être ;solidement bâti, il s’avançait droit sur vous, les épauleslégèrement voûtées et la tête en avant, avec un regard fixe venud’en dessous, comme un taureau qui va charger. Sa voix étaitprofonde et forte, et son attitude trahissait une sorte de hauteurmorose, qui n’avait pourtant rien d’agressif. On aurait dit d’uneréserve qu’il s’imposait à lui-même autant qu’il l’opposait auxautres. D’une impeccable netteté, et toujours vêtu, des souliers auchapeau, de blanc immaculé, il était très populaire dans les diversports d’Orient, où il exerçait son métier de commis maritime chezles fournisseurs de navires.
On n’exige du commis maritime aucune espèce d’examen, en aucunematière, mais il doit posséder la théorie du Débrouillage, etsavoir, mieux encore, en donner la démonstration pratique. Sabesogne consiste à distancer, à force de voiles, de vapeur ou derames, les autres commis maritimes lancés comme lui sur tout navireprêt à mouiller son ancre, à aborder jovialement le capitaine enlui fourrant une carte dans la main – la carte réclame dufournisseur, – puis, dès sa première visite à terre, à le piloteravec fermeté, mais sans ostentation, vers une boutique, vaste commeune caverne et pleine de choses bonnes à manger et à boire sur unbateau ; on y vend tout ce qui peut assurer à un naviresécurité et élégance, depuis un jeu de crochets pour son câble,jusqu’à un carnet de feuilles d’or pour les sculptures de sonarrière, et le capitaine se voit accueilli comme un frère par unnégociant qu’il n’avait jamais rencontré. Il trouve, dans une sallefraîche, de bons fauteuils, des bouteilles, des cigares, et tout cequ’il faut pour écrire ; un exemplaire des règlements du port,et une cordialité qui fait fondre le sel déposé, par trois mois denavigation, sur un cœur de marin. Ainsi nouées, les relations sontentretenues, tant que le navire reste au port, par les visitesquotidiennes du commis maritime. Fidèle comme un ami et pleind’attentions filiales pour le capitaine, il fait montre, à sonendroit, d’une patience de Job, de l’entier dévouement qu’onattendrait d’une femme, et d’une gaieté de bon vivant. Après quoil’on envoie la note. C’est un beau métier, tout fait de cordialitéavertie, et les bons commis maritimes sont rares. Quand un commis,qui possède la théorie du Débrouillage, se trouve aussi pourvud’une éducation de marin, il vaut son pesant d’or pour le patron,et peut en attendre toutes les faveurs. Jim gagnait toujours debeaux gages et les faveurs qu’il se voyait octroyer eussent assuréla fidélité d’un démon, ce qui ne l’empêchait pas, avec une noireingratitude, de planter là brusquement son emploi pour s’en allerailleurs. Les raisons qu’il donnait à ses chefs étaientmanifestement insuffisantes, et provoquaient de leur part cettesimple réflexion : « Maudit imbécile ! » dèsqu’il avait tourné le dos. Telle était la critique qu’éveillait sonexcessive sensibilité.
Pour les blancs des ports et les capitaines de navires, il étaitJim et rien de plus. Il possédait un autre nom, bien

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