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Les tambours de Tébélen , livre ebook

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Description

Retiré en Touraine, Antoine Devilatte décide d’écrire le récit de sa vie. Mémoires ou roman ? Le lecteur en décidera.A quinze ans, en 1798, il quitte ses parents, négociants à Smyrne, pour gagner la France.Il lui faudra vingt-cinq ans, pour un voyage qui n’aurait dû prendre que peu de mois.Au cours de son périple, trois hommes vont marquer son histoire : le pacha de Janina, Ali de Tébélen, potentat cruel et fourbe, le vice-roi d’Égypte Méhémet Ali, modeste officier qui se taille un royaume et fonde une dynastie et, enfin, Napoléon obsédé par l’extension de son empire en Orient. Simultanément trois femmes, la vénitienne Angélina, la grecque Elena et l’anglaise Ann, occuperont, à des degrés divers, ses pensées et parfois ses nuits.Son parcours le conduira de Constantinople à Venise puis au Caire mais il reviendra tou-jours à Janina, cité mystérieuse, où les tambours d’Ali Pacha résonnent sur le lac et sur-tout dans ses souvenirs.Antoine, qui peine sur son manuscrit, écoute les suggestions de son ami Alexandre Du-mas qui, fort de son expérience, lui conseille de privilégier le roman au détriment de l’exactitude de ses Mémoires.Pour le lecteur, peu importe, quel adolescent ne rêverait de vivre de telles aventures, à une époque où Napoléon arrivait à Moscou quand, le même mois, Méhémet Ali s’emparait de La Mecque ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 juin 2023
Nombre de lectures 1
EAN13 9782492126635
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0374€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Les tambours de Tébélen
 
Roman
 
 
 
Philippe Cartier
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À Maélly,
En souvenir de nos voyages à Ioannina.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Voici sans doute la leçon principale de mon apprentissage dans l’art du récit : mensonge et vérité forment un couple indissociable.
Mieux, c’est par le mensonge qu’on agrandit la vérité.
E. Orsenna. L’Entreprise des Indes.
 
 
Les seuls personnages vrais sont ceux qui n’ont jamais existé…
Le roman historique lui-même a d’autant plus de chance d’être réussi que la part d’imagination y est plus grande.
D. Fernandez. L’Art du roman.
 

 
ANTOINE DEVILATTE et L’ÉCRITURE Janvier 1840
 
L’année nouvelle apporte les grandes décisions.
Dans le cas présent, il n’y en a qu’une seule : écrire.
Cela peut paraître simple, le monde est rempli d’exploits bien plus retentissants. Pour moi, soldat de fortune, je n’ai jamais tenu la plume et l’exercice s’avérera périlleux.
 
Actuellement retiré en Touraine dans ma propriété des Gros Ormes, je suis âgé de cinquante-sept ans et me nomme Antoine Devilatte. Ma situation matérielle est aisée si l’on ne considère que les revenus agricoles de mon domaine, la terre est riche et les fermiers diligents. Au-delà de ces apparences, au cours de ma carrière j’ai constitué un capital discrètement placé loin des regards curieux du voisinage.
Cette indication n’a pour but que de délivrer la suite de mon récit des soucis financiers qui perturbent trop souvent les péripéties les mieux tournées.
Au moment où j’entame cette relation, je vis seul, avec une fidèle servante et quelques domestiques.
Dans quelques mois, notamment pendant la bonne saison, ma solitude sera coupée de parenthèses, visites d’amis et invitations de relations habitant la région.
Enfin, je préciserai, pour terminer cette présentation et pour ne pas alourdir mon récit ultérieur de détails oiseux, que ma santé est encore bonne. Parcourir une douzaine de kilomètres sur les levées de la Loire est un exercice fréquent et il m’arrive de chasser à courre chez mon voisin, le marquis de P… Vous aurai-je tout dit si j’ajoute que ma taille est proche de six pieds, soit environ un mètre quatre-vingts dans les nouvelles mesures et que mon poids, un peu fort j’en conviens, se rapproche des cent quatre-vingts livres   ?
 
Mon propos est donc d’écrire, enfin de relater ma carrière et mes aventures, travers commun aux gens d’un certain âge.
Aussi le présent devrait-il être absent de cette relation qui se limitera aux péripéties d’autrefois.
En fait, très vite, je vais m’apercevoir que je ne peux séparer mes années de jeunesse de ma vie quotidienne. Aussi trouvera-t-on des digressions que de bons esprits déclareront déplacées, mais les allées et venues entre le présent et le passé ne sont-elles pas inhérentes à tout individu dont la mémoire s’élargit avec l’âge   ?
 
 
 
 
 
Chapitre UN UN DÉBUT DANS LA VIE
 
La Méditerranée est une mer d’une absurde petitesse   ;
l’étendue et la grandeur de son histoire nous donnent à rêver qu’elle est beaucoup plus vaste qu’en réalité.
 
L. Durrell — Balthazar.
 
Le 23 juillet 1798, le général Bonaparte fit son entrée au Caire à la tête de cette jeune armée qui venait de triompher à l’ombre des Pyramides, et d’apprendre au monde que César et Alexandre avaient un successeur. Une semaine plus tard, le 1er août, la flotte française fut coulée par Nelson devant Aboukir.
À la même époque, je quittai Constantinople sur un vaisseau turc à destination de l’Égypte. La coïncidence m’était inconnue, et pourtant cette date symbolique marqua le début de mes aventures. À ce moment ma famille résidait à Constantinople, nous étions donc dans l’année 1213 de l’hégire. Simultanément, Bonaparte datait ses dépêches de Thermidor an VI, mais aujourd’hui dans la France de 1840, le retour au calendrier traditionnel s’impose : nous étions donc en août 1798.
Oublions cet embrouillamini de dates, je venais d’avoir quinze ans, Bonaparte n’en avait pas trente et cet écart, si minime fût-il, paraissait à l’adolescent que j’étais de l’ordre du siècle. La renommée du général français avait déferlé sur l’Europe, le Divan ne s’en était guère ému jusqu’au débarquement en Égypte, à la défaite des Mamelouks et à l’installation au Caire d’une armée occidentale. L’ombre des croisades planait sur le monde musulman.
J’ai suggéré que j’étais sujet du sultan puisque vivant à Constantinople. En fait, ma famille est française, installée à Smyrne où je suis né le 23 janvier 1783, elle fait partie des négociants marseillais venus, au début du siècle, développer leur commerce dans les échelles du Levant.
Mon enfance se déroula donc sur les quais de Smyrne, rêvant devant les vaisseaux chargés de produits d’Orient destinés à l’Europe chrétienne, curieux surtout des nouvelles que les marins colportaient dans les auberges du port.
Évidemment, la meilleure information provenait des officiers de la marine française qui, à l’occasion d’une escale, rapportaient à mes parents les bouleversements agitant leur patrie de cœur.
Si je reviens un peu en arrière, par exemple vers ma dixième année en 1793 : je ne savais pas encore que l’Ancien Monde allait exploser. Pour l’instant, mes préoccupations se bornaient à mes études au collège des frères, comment pouvais-je me douter que j’étais sur la ligne de fracture entre l’Orient et l’Occident, entre une société figée et le mouvement des idées, entre l’immobilisme et l’aventure inimaginable d’un jeune militaire révélé par le siège de Toulon   ?
Bien entendu il est facile aujourd’hui, en 1840, d’apprécier le poids de la dernière décennie du XVIIIe siècle, mais, pour un jeune garçon, l’avenir se limitait au comptoir géré par son père dont, à l’évidence, il prendrait la suite.
Avant même que j’atteigne ma quinzième année, tous les projets familiaux furent anéantis par la grande politique des États. En un mot, la Révolution française mit le sultan de méchante humeur, les atteintes au pouvoir absolu et à la religion risquaient de se propager dans un empire ottoman bien fragile et qui ne tenait que par ces deux piliers.
Les représailles furent simples : les privilèges accordés aux négociants français dans les échelles du Levant, et notamment à Smyrne, furent supprimés.
On eut pu s’étonner que l’administration du sultan, très déliquescente sur beaucoup de sujets, fût à même d’imposer une telle mesure à des centaines de kilomètres de Constantinople. C’était sans compter avec les concurrents de la place qui s’empressèrent de mettre en application les directives de la Porte, avec l’aide d’une police toujours sensible aux arguments monétaires.
Ma famille, sous l’impulsion de mon père, se replia à Constantinople pensant que notre commerce subsisterait avec l’appui de quelques relations. En fait mon père avait assez peu d’illusions et souhaitait surtout nous mettre à l’abri de représailles locales, en nous intégrant au sein d’une communauté européenne plus importante. Il fit l’acquisition d’une maison sur les hauts de Pera   ; de la terrasse je découvrais, au-delà du pont de Galata, la vieille ville et ses mosquées. C’était surtout l’activité incessante des navires dans le Bosphore qui monopolisait mon attention, premier indice de ma vocation maritime. Ces années, dans la capitale de l’Empire, complétèrent ma formation grâce aux écoles religieuses françaises, surtout fréquentées par la classe dirigeante turque. Sans m’en rendre compte, j’assimilais non seulement la langue, mais surtout les raisonnements de l’aristocratie étroitement tenue en laisse par le sultan.
Plus tard et je m’en expliquerai le moment venu, cette imprégnation du milieu ottoman me sera d’une grande aide.
Parallèlement à mes études, je commençai à travailler avec mon père. Malheureusement son activité commerciale n’avait plus la même envergure qu’à Smyrne : les places étaient chères, les négociants trop nombreux et les acheteurs européens, notamment les Français, notre fonds de commerce principal, peu enclins aux achats exotiques dans un contexte troublé.
Mon père avait la chance d’avoir conservé des liens amicaux avec un négociant, autrefois installé à Marseille, Monsieur Lion. Spécialisé dans le négoce du tabac, il habitait Kavala, modeste port de Macédoine, à environ cinq cents kilomètres de Constantinople. Notre ami Lion (appellation utilisée par mon père qui frappait mon jeune esprit) comprenant l’intérêt de contrôler la filière s’était implanté à Kavala. Il avait adjoint à son activité d’exportateur de tabac, celle de propriétaire de terres agricoles au nord de la ville, notamment dans la plaine de Philippes. À ce titre, il était plus qu’un simple commerçant, transformant et expédiant sa propre récolte de tabac. Il s’inscrivait dans la bourgeoisie locale, parmi les proches du gouverneur de la région dont les bonnes grâces n’étaient pas à dédaigner.
Si j’insiste un peu longuement sur ce monsieur Lion, c’est simplement parce qu’il allait infléchir ma destinée   ; disons plus modestement que ma vie changera du tout au tout le jour où, de passage à Constantinople, il rencontrera mon père. Ce dernier s’inquiétait de mon avenir dans le cadre d’un comptoir commercial moribond, dans un empire ottoman délabré qui rejetait en bloc toute influence française et dans l’incertitude du devenir politique de la France révolutionnaire.
De ces doutes, le moindre, lui semblait-il, était le dernier, et quoi qu’il en coûtât à ma famille, mon retour à Marseille fut envisagé et organisé avec l’aide de ses relations. Ce fut notre ami Lion qui fournit la solution la moins dangereuse, la plus aisée à mettre en place, et, pensait-il de bonne foi, la plus rapide. Sans me douter de leurs conséquences, j’assistais aux conversations de mon père et de monsieur Lion   ; à vrai dire assister est le mot qui convient, car mon attention était tout entière tournée ve

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