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Les Mohicans de Babel , livre ebook

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Description

Dans le Paris débridé des année folles, alors que le gouvernement est aux abois, on ne parle que d'un mystérieux malfaiteur, tout-puissant, «le Grand X». Un riche banquier et homme politique, Milion-Lauenbourg, est le père d'une très jolie fille, Sylvie, amoureuse d'un député adversaire de son père, Claude Corbières. Celui-ci dirige la ligue anti parlementaire. Milion-Lauenbourg dirige ses affaires grâce à l'aide inestimable de M. Barnabé, aux allures de petit bureaucrate radin, mais qui en fait connaît tout de la banque. Il a recours aux services de Dumont, chef de la Sureté, prototype du policier avide de pouvoir. D'autres comparses gravitent autour de ces personnages, hommes politiques, truands, parents... L'intrigue est foisonnante, délirante, les nuits de Paris sont pleines de stupre et de sang. L'auteur se livre à une féroce satire de la société de son temps et dénonce la médiocrité des élites, la dégénérescence de la noblesse et la corruption des politiciens.

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 112
EAN13 9782820606594
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Les Mohicans de Babel
Gaston Leroux
1928
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0659-4
Chapitre 1 UN VAINQUEUR

Quand Milon-Lauenbourg donna cette fête dans son nouvel hôtel dubois de Boulogne, il était à l’apogée de sa puissance. Nomméministre du Trésor depuis huit jours par un gouvernement aux abois,il semblait qu’il n’y eût plus d’espoir qu’en lui.
On avait tout essayé pour sortir d’une situation au bout delaquelle on apercevait le gouffre.
Les emprunts ne rendant plus rien, on avait dû y renoncer :la dernière inflation avait été un désastre.
L’impôt sur le capital avec le produit duquel on devait remplirla caisse d’amortissement n’avait servi, en dépit des précautionsprises, qu’à boucher quelques trous du budget car l’événement avaitprouvé l’inanité de la conception d’une caisse nationale indépendante qui fût pleine pendant que celle de l’Étatétait vide.
Le commerce, l’industrie ne se sauvaient d’un impôt mortel qu’enfraudant le fisc grâce aux pires complaisances parlementaires.
Les ruines s’accumulaient sur lesquelles, du jour au lendemain,s’édifiaient de prodigieuses fortunes. Une horde d’agioteurs étaitmaîtresse du pays. Le coût de la vie prenait des proportionseffrayantes.
Jamais on ne s’était autant amusé. Une fièvre de jouissanceâpre, quasi démente, comme on en voit à la veille des catastrophes,galvanisait Paris et la province.
Le luxe avait envahi depuis longtemps les campagnes. Une ferme,du reste, valait une fortune. Il n’était point de marchand debestiaux qui n’eût son auto et son collier de perles.
D’autre part, jamais il n’y avait eu autant de vols et decrimes. On ne voyageait plus qu’armé jusqu’aux dents, comme auxpires époques de notre histoire, quand les diligences étaientguettées sur les grands chemins.
On redoutait de rester isolé dans un train et l’on tremblait dese trouver, dans un compartiment, en face d’un inconnu.
En pleine ville, au grand jour, les boutiques étaient dévaliséesavec une audace inouïe.
Qu’étaient les bandes de la Révolution et du Directoire,maîtresses des campagnes, en regard de celles qui mettaient aupillage la capitale et les grandes cités ?
Certaines associations de malfaiteurs avaient établi si bienleur empire qu’on arrivait à s’en garer qu’en transigeant avecelles, en payant tribut. Elles avaient des accointances les unesavec les autres, se donnaient des chefs communs. L’un d’eux étaitcélèbre depuis deux ans.
On lui accordait tous les pouvoirs. Il commandait, disait-on, àune bande internationale qui avait des ramifications jusque dansles Indes et la Chine où elle se fournissait de stupéfiants.
Les publicistes qui, jadis, avaient inventé les« Apaches » appelaient cette association les Mohicans de Babel et sonchef : le Grand X que l’on avait fini par appelerM. Legrand ! Nul ne pouvait se vanter de l’avoir jamaisvu. C’était une histoire digne du cinéma.
On effrayait les petits enfants avec M. Legrand comme jadisavec Croquemitaine.
Ah ! ce M. Legrand ! À chaque nouvelle affairequi éclatait dans les faits divers, c’était un cri général :Encore un coup de M. Legrand !
Dans ces heures de frénésie tragique où il fallait à chacun del’argent coûte que coûte et à chacune aussi, ce M. Legrandétait tout trouvé. Il endossait tous les méfaits. S’il n’avait pasexisté, on l’eût certainement inventé.
Existait-il ? En vérité, on ne savait rien, en dehors desattentats connus.
Mais l’on pense bien que si nous écrivons cette histoire,véridique dans ses grandes lignes et à laquelle nous n’avonsapporté, comme toujours, que les modifications nécessaires à évitertout scandale, c’est que ce M. Legrand n’était pas simplementun mythe. Sa personnalité était si extraordinaire et siinattendue, si loin de tout ce qu’on pouvait imaginer, et elleest restée si insoupçonnée de ceux mêmes qui ont été mêlés à cetteextraordinaire aventure, qu’il nous a paru utile, pour l’histoiredes mœurs de ce temps, de la faire peu à peu surgir de l’ombre oùelle se croyait pour toujours ensevelie.
Les divorces scandaleux, les suicides, les drames de famille lesplus extravagants, les passions les plus viles apparaissaientsoudain sous les masques crevés de l’hypocrisie officielle,fournissant une matière inépuisable aux journaux. Toute littératurepliait bagage devant le fait divers triomphant.
Les nuits de Paris étaient pleines de stupre et de sang. Lesombres du Bois se refermaient sur des gestes d’une volupté atroceou immonde et devenue si commune qu’il n’y avait plus qu’un nouveaudébarqué du Far-West, de la Pampa ou des steppes pour s’enréjouir.
Une consolation dans ce désastre, c’est qu’on pouvait, aux plusmauvaises heures, traverser Paris sans entendre parlerfrançais.
Pendant ce temps, que faisait la police ?
La police, manquant de moyens, en proie elle-même à l’anarchie,se déclarait impuissante. Là aussi, le gouvernement venait de faireappel à un homme qui avait fait ses preuves comme sous-chef de laSûreté générale, que l’on avait paralysé longtemps parce qu’onredoutait sa rare intelligence et son initiative, mais qui nes’embarrassait point de scrupules. On venait de le mettre à la têtede la Sûreté générale en même temps qu’au secrétariat del’intérieur avec mission de réorganiser entièrement lesservices.
Roger Dumont avait fait partie du même remaniement ministérielqui avait mis Milon-Lauenbourg au Trésor, après entente avec ladroite communiste, les socialistes et les socialistes radicauxqu’il ne faut point confondre avec les radicaux socialistes queleur dernier échec électoral au bénéfice des socialistes avait déjàfait entrer dans l’Histoire.
Quant aux partis du centre et de droite, de plus en plusamorphes, ils n’avaient su profiter de rien. D’où un nouveau cartelplus à gauche.
Au fond, la même politique continuait, avec les mêmes hommes,sous une étiquette différente. Il y avait quelques adaptations deplus, pour le passage au pouvoir des révolutionnaires et uneglissade accélérée vers l’inconnu.
Le fond de la nation resté sain se désintéressait de plus enplus de cette politique de partis qui se traitait dans les coins,dans les parlottes, dans les clubs, dans les congrès et dans lesbanques et qui arrivait toute faite devant un Parlement dont onavait, à l’avance, dénombré les suffrages à une voix près.
Cependant, la jeunesse ne demandait qu’à remuer, faire quelquechose, mais elle ne savait pas exactement quelle chose et les chefsqui jusqu’alors avaient tenté de la grouper concevaient des butstellement différents qu’ils annihilaient par cela même leursefforts.
Seul, un jeune député, indépendant, détaché de toute coterie,s’était retourné vers eux, mais pour faire entendre des parolestellement nouvelles qu’il avait eu, du premier coup, les chefscontre lui qui le traitaient d’anarchiste. Il paraissaitredoutable, moins parce qu’il voulait construire que parce qu’ilvoulait détruire.
Il mettait dans le même sac communistes, fascistes, et tous lesparlementaires, même ceux qui, revenus de l’extrême-gauche,prétendaient maintenant à une politique« nationale ».
Il était antidictatorial et décentraliseur. Il s’appelait ClaudeCorbières, avait déjà porté des coups terribles et gênait tout lemonde.
Néanmoins ses conférences en province avaient eu un succèsconsidérable, surtout chez ceux qui ne se mêlaient point depolitique. En général, il n’apparaissait que comme un nouvelélément de désordre.
Au fond, le pays n’attendait plus qu’un miracle qui viendraitpeut-être de l’excès de ses maux. On cherchait de la consolationdans le souvenir des assignats le jour où ils n’avaient plus rienvalu, on avait cessé de se leurrer de chimères et la vie avaitrepris son cours normal. Certains trouvaient que la faillite étaitlente à venir. On repartirait du bon pied. Mais ceux qui avaientdes rhumatismes goûtaient peu cette perspective. Malheur auxvieillards ! Il fallait rester jeune ou le paraître.
Milon-Lauenbourg avait quarante-cinq ans. C’était l’athlètequ’il fallait à cette bataille, dans la fange. Aucun miasme ne legênait.
Il avait tout respiré depuis les gaz de la grande guerre. Quellesanté physique et morale, c’est-à-dire d’un feu puissant rejetanttout élément susceptible de gêner la machine en marche !
Fils d’un petit banquier de province, Milon avait appris lesystème D comme chauffeur attaché à un état-major, en 1914. Ilavait eu l’occasion alors d’approcher quelques parlementairesdispensateurs de certaines licences. Il s’était montré

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