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Les Âmes tranchées , livre ebook

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Description

La Belle Époque, qu’était-ce donc ? Une certaine couleur du temps, un art de vivre, Maxim’s, le roman-feuilleton ? Qu’il était doux de vivre avant 1914 : la capitale regorgeait de spectacles et de rentiers couchés sur leurs sacs d’or. Mais, en marge de ce monde de paillettes, un autre plus noir brûle d’ambitions inassouvies : l’esprit de revanche sur 1870 est tenace, la blessure prête à se rouvrir.
Proust, lui, dans sa Recherche du temps perdu a déjà tout compris ; il sait, en effet, quel gouffre côtoie cette société de fastes qui va basculer dans l’abîme de la guerre.
Les frères Dorgeval toujours unis, auront à faire face à la violence des tranchées et au souffle destructeur de la guerre.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 juillet 2013
Nombre de lectures 1
EAN13 9782332563903
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright




Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-56388-0

© Edilivre, 2013
Note de l'auteur

Ce roman est une œuvre de pure fiction.
Les références à des personnes réelles, à des endroits existants, à des événements historiques ne sont utilisées que dans le but de donner à l’histoire un cadre approprié.
Tous les noms (y compris ceux des compagnies), les personnages, événements décrits ici sont le produit de l’imagination de l’auteur, et toutes ressemblances avec des personnes réelles ne sont que pure coïncidence.
L’auteur
Dédicace

À tous les poilus de la grande guerre
Prologue
La Belle Époque, qu’était-ce donc ? Une certaine couleur du temps, un art de vivre, Maxim’s , le roman-feuilleton, la Belle Otero et ses éventails ? Qu’il était doux de vivre avant 1914 : la capitale regorgeait de spectacles et de rentiers couchés sur leurs sacs d’or. Nulle autre monnaie n’était alors plus sûre que le franc.
Mais en marge de ce monde de paillettes, un autre plus sombre brûle d’ambitions inassouvies : l’esprit de revanche sur 1870 est tenace, la blessure prête à se rouvrir. Dès 1910, on se presse pour voir Chanteclerc de Rostand qui rend sa voix et sa force au coq gaulois.
Proust, lui, dans son livre À la recherche du temps perdu a déjà tout compris ; il sait, en effet, quel gouffre côtoie cette société de fastes prête à basculer dans l’abîme.
I L’orage gronde
La mort se réservait la plus belle portion de la vie.
J. Delteil, Les Poilus , Paris, Grasset, 1926
C’était la fin d’un chaud et calme été dans l’Aveyron. Les événements lointains de Sarajevo où l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie venait d’être assassiné étaient occultés en France par l’affaire Caillaux. La presse se délectait de cette histoire impliquant une femme à l’honneur bafoué qui s’était rendu justice elle-même. Rares sont ceux qui perçurent alors ce que le geste assassin du jeune nationaliste serbe Prinzip impliquait de fatal. Cet acte s’ajoutait au jeu des alliances dans une période de nationalisme exacerbé et aux sympathies politiques de chaque camp. En effet, la France, le Royaume-Uni, la Russie formaient la Triple Entente, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, la Triplice. Quant à l’idée de revanche, depuis le traité de Francfort et la perte de l’Alsace Lorraine, elle était tenace dans l’esprit des Français et particulièrement chez le colonel Georges Dorgeval.
Le samedi 1 er août 1914, à 4 heures de l’après-midi toutes les cloches se firent entendre à Paris. Elles carillonnèrent à tous les clochers, de Notre-Dame à La Madeleine. Un bouillonnement s’empara de la capitale puis du pays tout entier.
À Rodez, fief des Dorgeval, seul le père, ancien colonel, maire de la commune, et Philippe, l’aîné, s’intéressaient depuis quelques semaines à cette crise internationale qui ne cessait de s’aggraver depuis le 28 juin. Mais dans l’Aveyron peu de gens lisaient le journal local et la finesse des discussions internationales ne touchait guère que les notables. Des trois frères, seul Philippe était mobilisable mais sa formation inachevée à Saint-Cyr allait le maintenir à l’écart durant les quatre prochains mois. Étienne n’avait que 15 ans et Maxime pas encore 19. Ce dimanche 2 août, lorsqu’ils virent arriver à la mairie le gendarme porteur du décret de mobilisation, Maxime se trouva chanceux de ne pas avoir l’âge requis. Le même jour, le curé, assisté de deux enfants de chœur, joua son rôle : les cloches de la cathédrale aux pierres rouges sonnèrent à toute volée. Un rassemblement se fit sur le parvis : les visages étaient tournés vers le ciel dans l’attente d’une réponse divine. Les Ruthénois, l’air sombre, se précipitèrent devant la mairie où l’ordre de mobilisation allait être affiché.
Le sinistre tocsin résonnait depuis des heures dans la campagne aveyronnaise, coupant chacun de ses occupations. Bruit maudit pour les femmes mais non pour les hommes, animés par l’esprit de revanche sur 1870 et pressés d’en découdre avec l’Allemagne. Les ouvriers, bourgeois, patrons troquèrent bientôt leurs habits civils pour l’uniforme. Les paysans accoururent du fond de leur champ pour s’informer, poussés par les injonctions des gendarmes, eux-mêmes soumis à la pression des politiques. Seuls, ceux occupés à utiliser les batteuses pouvaient finir leur ouvrage et encore devaient-ils se presser.
L’Aveyron comme la majorité des départements français était agricole. Les paysans commençaient alors la journée au lever du soleil pour s’arrêter à la nuit tombante. Dur labeur pour cette classe qui paierait un lourd tribut en vies humaines durant le conflit meurtrier.
Puis vint le tambour chargé de rappeler son devoir à chacun. À l’école de la République on inculquait ces principes : ordre, discipline, mais aussi défense de la patrie et culte des provinces perdues. Chacun des 3 580 000 hommes mobilisés le savait. Partout les maires lisaient les ordres de mobilisation, écharpe tricolore autour de la taille. À Rodez, il fut donc lu par Dorgeval père, ancien colonel, soucieux du bien public et de ses administrés. Il serait reparti au combat si son âge le lui avait permis mais il laissait cette tâche à son fils aîné Philippe qui avait toute sa confiance.
Aux frontières, le bruit du tambour annonçait que chaque homme devait venir compléter les effectifs. Le sinistre roulement rappelait à chacun son devoir et la fin d’une période de paix. Il fallait aller se battre, quitter ceux qu’on aimait. Tous étaient résignés, quelques-uns enthousiastes, on comptait très peu d’insoumis.
La France avait depuis peu instauré un service militaire universel qui se voulait juste et égalitaire. Les lois de 1889 et 1905 avaient mis fin au système de tirage au sort. La durée du service avait été rallongée à trois ans en 1913. Chaque Français se rendant à la caserne portait sur lui son livret militaire accompagné d’une feuille de route rose.
L’homme devenait alors un bien de l’État, un pion sur l’échiquier des généraux ; bientôt il ne s’appartiendrait plus.
À travers l’histoire de France, les guerres passées étaient toujours victorieuses dans la mémoire collective : Charlemagne, Saint-Louis, Louis XIV, Napoléon… Des grands hommes, des victoires, mais que de cadavres laissés sur les champs de bataille ! Les humains oublient les morts du passé, ils recommencent encore et encore les mêmes erreurs. Certains partaient résignés, d’autres à l’aventure. À l’écoute de La Marseillaise , une frénésie s’emparait des appelés. On paradait en tunique, hâtivement cousue : cuirassiers, dragons, cavaliers. Les gens applaudissaient à leur passage, fiers de leur armée.
Au petit matin, dans les rues de Rodez et aux alentours, les hommes se mirent en marche avec leur musette et leur besace. Seuls, puis par petits groupes, ce furent bientôt des torrents de soldats qui se rendirent à la gare la plus proche. Les troupes s’engouffraient dans les trains pour le nord et l’est. On observait une hémorragie de tous les hommes jeunes qui allaient se présenter à leur corps. Rodez comme d’autres communes se vidait : l’instituteur, le boulanger, le curé, tous partaient. Les femmes pleuraient, les enfants s’agrippaient à leurs jupes, ne comprenant pas très bien cette soudaine tristesse, les chiens aboyaient au passage de leur maître. Les vieux ayant connu la guerre de 1870, figés dans le chagrin de l’humiliante défaite de Napoléon III, s’asseyaient, voûtés, sans un mot. Où allaient-ils tous et pour combien de temps ? Le colonel, lui, enrageait de ne pouvoir se battre et s’agitait dans tous les sens, continuant à donner des ordres comme s’il était au front ! Les mères étaient prises d’angoisse ne sachant que trop vers quel monde cruel partaient leurs fils bien-aimés. Les gares se remplissaient de façon vertigineuse, de même que les trains en partance : dix mille seraient utilisés pour la mobilisation ! Les plus jeunes prenaient le train dans l’ivresse et l’effervescence.
Sur place, le soldat recevait sa plaque d’identification et un numéro de matricule. L’action des Français devait être offensive et l’infanterie était la reine de la guerre. L’armée était équipée de fusils Lebel, de canons de 75… mais était-elle bien encadrée ? Pas vraiment. Les généraux, eux, étaient sûrs de leur génie et de leurs manœuvres. L’État-Major était dirigé la plupart du temps par des polytechniciens sous la houlette de Joffre. Ce dernier, auréolé de ses victoires au Tonkin et au Soudan, avait l’estime des Français. Joffre, brillante intelligence, ne possédait cependant pas les compétences stratégiques nécessaires à la conduite du conflit.
Les grands chefs étaient souvent des anciens de 1870, pas toujours compétents et peu enclins à la guerre moderne, contrairement à l’ennemi. L’élite de l’armée sortait de Saint-Cyr. L’École comportait majoritairement des élèves issus de familles militaires : c’était le cas de Philippe, le plus brillant des trois frères Dorgeval.
II La Châtaigneraie : les trois frères
Un frère est un ami donné par la nature.
La mort d’Abel Acte III Scène 3 G. Legouvé
La jolie ville de Rodez était plantée aux confins des plateaux secs des Causses et des collines du Ségala. Perchée sur une butte, elle fut, au I er siècle avant J.-C., la capitale des Ruthènes, une peuplade gauloise. En 1914, c’était une ville de province française, tranquille et agréable, comme bon nombre par ailleurs.
Passé la rue de Bonald, on s’enfilait dans celle de l’Embergue bordée d’échoppes. Au bout de cette rue, comme à l’écart du reste du monde, se trouvait un havre de paix, la propriété des Dorgeval.
Le colonel Dorgeval, sa femme, les trois frères, Philippe, Étienne et Maxime, habitaient la plus grande maison de Rodez : la Châtaigneraie. Cette

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