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Le Voleur , livre ebook

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Description

Georges Randal, fils d'honnêtes bourgeois, devient orphelin assez jeune. Il est élevé par un oncle cynique qui le dépossède de tout son héritage. Il décide alors, par nécessité mais aussi par haine de la société, de devenir un voleur. L'aventure commence, de la France à la Belgique, en passant par l'Angleterre...

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 93
EAN13 9782820603371
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Voleur
Georges Darien
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0337-1
Les voleurs ne sont pas,
Gens honteux ni fort délicats.
La Fontaine
AVANT-PROPOS

Le livre qu’on va lire, et que je signe, n’est pas de moi.
Cette déclaration faite, on pourra supposer à première vue, à la lecture du titre, que le manuscrit m’en a été remis en dépôt par un ministre déchu, confié à son lit de mort par un notaire infidèle, ou légué par un caissier prévaricateur. Mais ces hypothèses bien que vraisemblables, je me hâte de le dire, seraient absolument fausses. Ce livre ne m’a point été remis par un ministre, ni confié par un notaire, ni légué par un caissier.
Je l’ai volé.
J’avoue mon crime. Je ne cherche pas à éluder les responsabilités de ma mauvaise action ; et je suis prêt à comparaître, s’il le faut, devant le Procureur du Roi. (Ça se passe en Belgique.)
Ça se passe en Belgique. J’avais été faire un petit voyage, il y a quelque temps, dans cette contrée si peu connue (je parle sérieusement). Ma raison pour passer ainsi la frontière ? Mon Dieu ! j’avais voulu voir le roi Léopold, avant de mourir. Un dada. Je n’avais jamais vu de roi. Quel est le Républicain qui ne me comprendra pas ?
J’étais entré, en arrivant à Bruxelles, dans le Premier hôtel venu, l’hôtel du Roi Salomon. Je ne me fie guère aux maisons recommandées par les guides, et je n’avais pas le temps de chercher ; il pleuvait. D’ailleurs, qu’aurais-je trouvé ? Je ne connais rien de rien, à l’étranger, n’ayant étudié la géographie que sur les atlas universitaires et n’étant jamais sorti de mon trou.
– Monsieur est sans doute un ami de M. Randal, me dit l’hôtelière comme je signe mon nom sur le registre.
– Non, Madame ; je n’ai pas cet honneur.
– Tiens, c’est drôle. Je vous aurais cru son parent. Vous vous ressemblez étonnamment ; on vous prendrait l’un pour l’autre. Mais vous le connaissez sans aucun doute ; dans votre métier…
Quel métier ? Mais à quoi bon détromper cette brave femme ?
– Du reste, ajoute-t-elle en posant le doigt sur le livre, vous avez le même prénom ; il s’appelle Georges comme vous savez – Georges Randal – Eh bien, puisque vous le connaissez, je vais vous donner sa chambre ; il est parti hier et je ne pense pas qu’il revienne avant plusieurs jours. C’est la plus belle chambre de la maison ; au premier ; voulez-vous me suivre ? … Là ! Une jolie chambre, n’est-ce pas ? J’ai vu des dames me la retenir quelquefois deux mois à l’avance. Mais à présent, savez-vous, il n’y a plus grand monde ici. Ces messieurs sont à Spa, à Dinan, à Ostende, ou bien dans les villes d’eaux de France ou d’Allemagne ; partout où il y a du travail, quoi ! C’est la saison. Et puis, ils ne peuvent pas laisser leurs dames toutes seules ; les dames savez-vous, ça fait des bêtises si facilement…
Quels messieurs ? Quelle saison ? Quelles dames ? L’hôtesse continue :
– On va vous apporter votre malle de la gare. Vous pouvez être tranquille, savez-vous ; on ne l’ouvrira pas. C’est mon mari qui a été la chercher lui-même ; et avec lui, savez-vous, jamais de visite ; il s’est arrangé avec les douaniers pour ça. Ça nous coûte ce que ça nous coûte ; mais au moins, les bagages de nos clients c’est sacré. Sans ça, avec les droits d’entrée sur les toilettes, ces dames auraient quelque chose à payer, savez-vous. Et puis, vos instruments à vous, ils auraient du mal à échapper à l’œil, hein ? Je sais bien qu’il vous en faut des solides et que vous ne pouvez pas toujours les mettre dans vos poches ; mais enfin, on voit bien que ce n’est pas fait pour arracher les dents. Vaut mieux que tout ça passe franco.
– C’est bien certain. Mais,…
– Ah ! j’oubliais. La valise qui est dans le coin, là, c’est la valise de M. Randal ; il n’a pas voulu l’emporter, hier. Si elle ne vous gêne pas, je la laisserai dans la chambre ; elle est plus en sûreté qu’ailleurs ; car je sais bien qu’entre vous… À moins qu’elle ne vous embarrasse ?
– Pas le moins du monde.
– J’espère que Monsieur sera satisfait, dit l’hôtesse en se retirant. Et pour le tarif, c’est toujours comme ces messieurs ont dû le dire à Monsieur.
J’esquisse un sourire.
J’ai été très satisfait. Et le soir, retiré dans ma chambre, fort ennuyé – car j’avais appris que le roi Léopold était enrhumé et qu’il ne sortirait pas de quelque temps – il m’est venu à l’idée, pour tromper mon chagrin, de regarder ce que contenait la valise de M. Randal. Curiosité malsaine, je l’accorde. Mais, pourquoi avait-on laissé ce portemanteau dans ma chambre ? Pourquoi étais-je morose et désœuvré ? Pourquoi le roi Léopold était-il enrhumé ? Autant de questions auxquelles il faudrait répondre avant de me juger trop sévèrement.
Bref, j’ouvris la valise ; elle n’était point fermée à clé ; les courroies seules la bouclaient. Je n’aurai pas, Dieu merci, une effraction sur la conscience. Dedans, pas grand’chose d’intéressant : des ferrailles, des instruments d’acier de différentes formes et de différentes grandeurs, dont, j’ignore l’usage. À quoi ça peut-il servir ? Mystère. Une petite bouteille étiquetée : Chloroforme. Ne l’ouvrons pas ! Une boîte en fer avec des boulettes dedans. Qu’est-ce que c’est que ça ? N’y touchons pas, c’est plus prudent. Un gros rouleau de papiers. Je dénoue la ficelle qui l’attache. Qu’est-ce que cela peut être ? Je me mets à lire…
J’ai lu toute la nuit. Avec intérêt ? Vous en jugerez ; ce que j’ai lu cette nuit-là, vous allez le lire tout à l’heure. Et le matin, quand il m’a fallu sortir, je n’ai pas voulu laisser traîner sur une table le manuscrit dont je n’avais pas achevé la lecture, ni même le remettre dans la valise. On aurait pu l’enlever, pendant mon absence. Je l’ai enfermé dans ma malle.
Dans la journée, j’ai appris une chose très ennuyante, l’hôtel où j’habite est un hôtel interlope – des plus interlopes. – Il n’est fréquenté que par des voleurs ; pas toujours célibataires. Quel malheur d’être tombé, du premier coup, dans une maison pareille – une maison où l’on était si bien, pourtant… – Enfin ! Je n’ai fait ni une ni deux. J’ai envoyé un commissionnaire chercher mes bagages et régler ma note, et je me suis installé ailleurs.
Et maintenant, maintenant que j’ai terminé la lecture des mémoires de M. Randal – l’appellerai-je Monsieur ? – maintenant que j’ai en ma possession ce manuscrit que je n’aurais jamais dû lire, jamais dû toucher, qu’en dois-je faire, de ce manuscrit ?
– Le restituer ! me crie une voix intérieure, mais impérieuse.
Naturellement. Mais comment faire ? Le renvoyer par la poste ? Impossible, mon départ précipité a dû déjà sembler louche. On saura d’où il vient, ce rouleau de papiers que rapportera le facteur ; je passerai pour un mouchard narquois qui n’a pas le courage de sa fonction, et un de ces soirs « ces messieurs » me casseront le nez dans un coin. Bien grand merci.
Le rapporter moi-même, avec quelques plaisanteries en guise d’excuses ? Ce serait le mieux, à tous les points de vue. Malheureusement, c’est impraticable. Je suis entré une fois dans cet hôtel interlope et, j’aime au moins à l’espérer, personne ne m’a vu. Mais si j’y retourne et qu’on m’observe, si l’on vient à remarquer ma présence dans ce repaire de bandits cosmopolites, si l’on s’aperçoit que je fréquente des endroits suspects – que n’ira-t-on pas supposer ? Quels jugements téméraires ne portera-t-on pas sur ma vie privée ? Que diront mes ennemis ?
La situation est embarrassante. Comment en sortir ? Eh ! bien, le manuscrit lui-même m’en donne le moyen. Lequel ? Vous le verrez. Mais je viens de relire les dernières pages – et je me suis décidé. – Je le garde, le manuscrit. Je le garde ou, plutôt ? je le vole – comme je l’ai écrit plus haut et comme l’avait écrit, d’avance

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