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Le vicomte de Bragelonne , livre ebook

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Description

Alexandre Dumas (1802-1870)



"Raoul, en se rendant chez de Guiche, trouva celui-ci causant avec de Wardes et Manicamp. De Wardes, depuis l’aventure de la barrière, traitait Raoul en étranger.


On eût dit qu’il ne s’était rien passé entre eux ; seulement, ils avaient l’air de ne pas se connaître.


Raoul entra, de Guiche marcha au-devant de lui.


Raoul, tout en serrant la main de son ami, jeta un regard rapide sur les deux jeunes gens. Il espérait lire sur leur visage ce qui s’agitait dans leur esprit.


De Wardes était froid et impénétrable.


Manicamp semblait perdu dans la contemplation d’une garniture qui l’absorbait.


De Guiche emmena Raoul dans un cabinet voisin et le fit asseoir.


– Comme tu as bonne mine ! lui dit-il.


– C’est assez étrange, répondit Raoul, car je suis fort peu joyeux.


– C’est comme moi, n’est-ce pas, Raoul ? L’amour va mal.


– Tant mieux, de ton côté, comte ; la pire nouvelle, celle qui pourrait le plus m’attrister, serait une bonne nouvelle.


– Oh ! alors, ne t’afflige pas, car non seulement je suis très malheureux, mais encore je vois des gens heureux autour de moi.


– Voilà ce que je ne comprends plus, répondit Raoul ; explique, mon ami, explique."



Volume II

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EAN13 9782384420636
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le vicomte de Bragelonne

Volume II


Alexandre Dumas


Mai 2022
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-063-6
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1061
XCIV
Une foule de coups d’épée dans l’eau

Raoul, en se rendant chez de Guiche, trouva celui-ci causant avec de Wardes et Manicamp. De Wardes, depuis l’aventure de la barrière, traitait Raoul en étranger.
On eût dit qu’il ne s’était rien passé entre eux ; seulement, ils avaient l’air de ne pas se connaître.
Raoul entra, de Guiche marcha au-devant de lui.
Raoul, tout en serrant la main de son ami, jeta un regard rapide sur les deux jeunes gens. Il espérait lire sur leur visage ce qui s’agitait dans leur esprit.
De Wardes était froid et impénétrable.
Manicamp semblait perdu dans la contemplation d’une garniture qui l’absorbait.
De Guiche emmena Raoul dans un cabinet voisin et le fit asseoir.
– Comme tu as bonne mine ! lui dit-il.
– C’est assez étrange, répondit Raoul, car je suis fort peu joyeux.
– C’est comme moi, n’est-ce pas, Raoul ? L’amour va mal.
– Tant mieux, de ton côté, comte ; la pire nouvelle, celle qui pourrait le plus m’attrister, serait une bonne nouvelle.
– Oh ! alors, ne t’afflige pas, car non seulement je suis très malheureux, mais encore je vois des gens heureux autour de moi.
– Voilà ce que je ne comprends plus, répondit Raoul ; explique, mon ami, explique.
– Tu vas comprendre. J’ai vainement combattu le sentiment que tu as vu naître en moi, grandir en moi, s’emparer de moi ; j’ai appelé à la fois tous les conseils et toute ma force ; j’ai bien considéré le malheur où je m’engageais ; je l’ai sondé, c’est un abîme, je le sais ; mais n’importe, je poursuivrai mon chemin.
– Insensé ! tu ne peux faire un pas de plus sans vouloir aujourd’hui ta ruine, demain ta mort.
– Advienne que pourra !
– De Guiche !
– Toutes réflexions sont faites ; écoute.
– Oh ! tu crois réussir, tu crois que Madame t’aimera !
– Raoul, je ne crois rien, j’espère, parce que l’espoir est dans l’homme et qu’il y vit jusqu’au tombeau.
– Mais j’admets que tu obtiennes ce bonheur que tu espères, et tu es plus sûrement perdu encore que si tu ne l’obtiens pas.
– Je t’en supplie, ne m’interromps plus, Raoul, tu ne me convaincras point ; car, je te le dis d’avance, je ne veux pas être convaincu ; j’ai tellement marché que je ne puis reculer, j’ai tellement souffert que la mort me paraîtrait un bienfait. Je ne suis plus seulement amoureux jusqu’au délire, Raoul, je suis jaloux jusqu’à la fureur.
Raoul frappa l’une contre l’autre ses deux mains avec un sentiment qui ressemblait à de la colère.
– Bien ! dit-il.
– Bien ou mal, peu importe. Voici ce que je réclame de toi, de mon ami, de mon frère. Depuis trois jours, Madame est en fêtes, en ivresse. Le premier jour, je n’ai point osé la regarder ; je la haïssais de ne pas être aussi malheureuse que moi. Le lendemain, je ne la pouvais plus perdre de vue ; et de son côté, oui, je crus le remarquer, du moins, Raoul, de son côté, elle me regarda, sinon avec quelque pitié, du moins avec quelque douceur. Mais entre ses regards et les miens vint s’interposer une ombre ; le sourire d’un autre provoque son sourire. À côté de son cheval galope éternellement un cheval qui n’est pas le mien ; à son oreille vibre incessamment une voix caressante qui n’est pas ma voix. Raoul, depuis trois jours, ma tête est en feu ; c’est de la flamme qui coule dans mes veines. Cette ombre, il faut que je la chasse ; ce sourire, que je l’éteigne ; cette voix, que je l’étouffe.
– Tu veux tuer Monsieur ? s’écria Raoul.
– Eh ! non. Je ne suis pas jaloux de Monsieur ; je ne suis pas jaloux du mari ; je suis jaloux de l’amant.
– De l’amant ?
– Mais ne l’as-tu donc pas remarqué ici, toi qui là-bas étais si clairvoyant ?
– Tu es jaloux de M. de Buckingham ?
– À en mourir !
– Encore.
– Oh ! cette fois la chose sera facile à régler entre nous, j’ai pris les devants, je lui ai fait passer un billet.
– Tu lui as écrit ? c’est toi ?
– Comment sais-tu cela ?
– Je le sais, parce qu’il me l’a appris. Tiens.
Et il tendit à de Guiche la lettre qu’il avait reçue presque en même temps que la sienne. De Guiche la lut avidement.
– C’est d’un brave homme et surtout d’un galant homme, dit-il.
– Oui, certes, le duc est un galant homme ; je n’ai pas besoin de te demander si tu lui as écrit en aussi bons termes.
– Je te montrerai ma lettre quand tu l’iras trouver de ma part.
– Mais c’est presque impossible.
– Quoi ?
– Que j’aille le trouver.
– Comment ?
– Le duc me consulte, et toi aussi.
– Oh ! tu me donneras la préférence, je suppose. Écoute, voici ce que je te prie de dire à Sa Grâce... C’est bien simple... Un de ces jours, aujourd’hui, demain, après-demain, le jour qui lui conviendra, je veux le rencontrer à Vincennes.
– Réfléchis.
– Je croyais t’avoir déjà dit que mes réflexions étaient faites.
– Le duc est étranger ; il a une mission qui le fait inviolable... Vincennes est tout près de la Bastille.
– Les conséquences me regardent.
– Mais la raison de cette rencontre ? quelle raison veux-tu que je lui donne ?
– Il ne t’en demandera pas, sois tranquille... Le duc doit être aussi las de moi que je le suis de lui ; le duc doit me haïr autant que je le hais. Ainsi, je t’en supplie, va trouver le duc, et, s’il faut que je le supplie d’accepter ma proposition, je le supplierai.
– C’est inutile... Le duc m’a prévenu qu’il me voulait parler. Le duc est au jeu du roi... Allons-y tous deux. Je le tirerai à quartier dans la galerie. Tu resteras à l’écart. Deux mots suffiront.
– C’est bien. Je vais emmener de Wardes pour me servir de contenance.
– Pourquoi pas Manicamp ? De Wardes nous rejoindra toujours, le laissassions-nous ici.
– Oui, c’est vrai.
– Il ne sait rien ?
– Oh ! rien absolument. Vous êtes toujours en froid, donc !
– Il ne t’a rien raconté ?
– Non.
– Je n’aime pas cet homme, et, comme je ne l’ai jamais aimé, il résulte de cette antipathie que je ne suis pas plus en froid avec lui aujourd’hui que je ne l’étais hier.
– Partons alors.
Tous quatre descendirent. Le carrosse de de Guiche attendait à la porte et les conduisit au Palais-Royal.
En chemin, Raoul se forgeait un thème. Seul dépositaire des deux secrets, il ne désespérait pas de conclure un accommodement entre les deux parties.
Il se savait influent près de Buckingham ; il connaissait son ascendant sur de Guiche : les choses ne lui paraissaient donc point désespérées.
En arrivant dans la galerie, resplendissante de lumière, où les femmes les plus belles et les plus illustres de la cour s’agitaient comme des astres dans leur atmosphère de flammes, Raoul ne put s’empêcher d’oublier un instant de Guiche pour regarder Louise, qui, au milieu de ses compagnes, pareille à une colombe fascinée, dévorait des yeux le cercle royal, tout éblouissant de diamants et d’or.
Les hommes étaient debout, le roi seul était assis.
Raoul aperçut Buckingham.
Il était à dix pas de Monsieur, dans un groupe de Français et d’Anglais qui admiraient le grand air de sa personne et l’incomparable magnificence de ses habits.
Quelques-uns des vieux courtisans se rappelaient avoir vu le père, et ce souvenir ne faisait aucun tort au fils.
Buckingham causait avec Fouquet. Fouquet lui parlait tout haut de Belle-Île.
– Je ne puis l’aborder dans ce moment, dit Raoul.
– Attends et choisis ton occasion, mais termine tout sur l’heure. Je brûle.
– Tiens, voici notre sauveur, dit Raoul apercevant d’Artagnan, qui, magnifique dans son habit neuf de capitaine des mousquetaires, venait de faire dans la galerie une entrée de conquérant.
Et il se dirigea vers d’Artagnan.
– Le comte de La Fère vous cherchait, chevalier, dit Raoul.
– Oui, répondit d’Artagnan, je le quitte.
– J’avais cru comprendre que vous deviez passer une partie de la nuit ensemble.
– Rendez-vous est pris pour nous retrouver.
Et tout en répondant à Raoul, d’Artagnan promenait ses regards distraits à droite et à gauche, cherchant dans la foule quelqu’un ou dans l’appartement quelque chose.
Tout à coup son œil devint fixe comme celui de l’aigle qui aperçoit sa proie.
Raoul suivit la direction de ce regard. Il vit que de Guiche et d’Artagnan se saluaient. Mais il ne put distinguer à qui s’adressait ce coup d’œil si curieux et si fier du capitaine.
– Monsieur le chevalier, dit Raoul, il n’y a que vous qui puissiez me rendre un service.
– Lequel, mon cher vicomte ?
– Il s’agit d’aller déranger M. de Buckingham, à qui j’ai deux mots à dire, et comme M. de Buckingham cause avec M. Fouquet, vous comprenez que ce n’est point moi qui puis me jeter au milieu de la conversation.
– Ah ! ah ! M. Fouquet ; il est là ? demanda d’Artagnan.
– Le voyez-vous ? Tenez.
– Oui, ma foi ! Et tu crois que j’ai plus de droits que toi ?
– Vous êtes un homme plus considérable.
– Ah ! c’est vrai, je suis capitaine des mousquetaires ; il y a si longtemps qu’on me promettait ce grade et si peu de temps que je l’ai, que j’oublie toujours ma dignité.
– Vous me rendrez ce service, n’est-ce pas ?
– M. Fouquet, diable !
– Avez-vous quelque chose contre lui ?
– Non, ce serait plutôt lui qui aurait quelque chose contre moi ; mais enfin, comme il faudra qu’un jour ou l’autre...
– Tenez, je crois qu’il vous regarde ; ou bien serait-ce ?...
– Non, non, tu ne te trompes pas, c’est bien à moi qu’il fait cet honneur.
– Le moment est bon, alors.
– Tu crois ?
– Allez, je vous en prie.
– J’y vais.
De Guiche ne perdait pas de vue Raoul ; Raoul lui fit signe que tout était arrangé.
D’Artagnan marcha droit au groupe, et salua civilement M. Fouquet comme les autres.
– Bonjour, monsieur d’Artagnan. Nous parlions de Belle-Île-en-Mer, dit Fouquet avec cet usage du monde et cette science du regard qui demandent la moitié de la vie pour être bien appris, et auxquels certaines gens, malgré toute leur étude, n’arrivent jamais.
– De Belle-Île-en-Mer ? Ah ! ah ! fit d’Artagnan. C’est à vous, je crois, monsieur Fouquet ?
– M

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