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Le roman de l’énergie nationale , livre ebook

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Description

Maurice Barrès, l'un des écrivains les plus influents dans la France de la Belle Époque, est connu pour ses réflexions sur l'identité nationale et le nationalisme. Dans cette trilogie publiée entre les années 1897 et 1902, il défend l'idée d'une renaissance nationale basée sur l'énergie vitale du peuple français. Il est ainsi question de promouvoir un sentiment d'unité nationale et de fierté collective, en mettant en avant les valeurs et les traditions françaises, soulignant avec un verbe incomparable l'importance de la défense de la nation, de l'honneur et du devoir envers la patrie.



Cette édition est composée de trois tomes dont les titres sont :


- Les Déracinés,


- L’Appel au Soldat,


- Leurs Figures

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 mai 2023
Nombre de lectures 2
EAN13 9782384551422
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

LE ROMAN DE L’ÉNERGIE NATIONALE
LES DÉRACINÉS, L’APPEL AU SOLDAT, LEURS FIGURES


MAURICE BARRÈS

ALICIA EDITIONS
TABLE DES MATIÈRES




TOME I : LES DÉRACINÉS


1. Le lycée de Nancy

2. Dans leurs familles

3. Leur installation à Paris

4. Les femmes de François Sturel

5. Un prolétariat de bacheliers et de filles

6. Un hasard que tout nécessitait

7. Visite de Taine à Rœmerspacher

8. Au tombeau de Napoléon

9. La France dissociée et décérébrée

10. On sort du tombeau comme on peut

11. Bouteiller présenté aux parlementaires

12. « La vraie République »

13. Son premier numéro

14. Une année de luttes

15. Quinze jours de crise

16. La mystérieuse soirée de Billancourt

17. Les perplexités de François Sturel

18. La vertu sociale d’un cadavre

19. Déraciné, décapité

20. À Bouteiller, la Lorraine reconnaissante


TOME II : L’APPEL AU SOLDAT


DÉDICACE

1. LA FIÈVRE EST EN FRANCE ET DANS CHAQUE FRANÇAIS

2. LES ÉLÉMENTS QUI FERMENTAIENT AUTOUR DE LA GARE DE LYON

3. OÙ LES PRINCIPAUX THÈMES BOULANGISTES APPARAISSENT

4. STUREL CHEZ LE SYNDIC DES MÉCONTENTS

5. DANS LES SALONS À ŒILLETS ROUGES, STUREL RENCONTRE MADAME DE NELLES

6. LES AMOURS DE STUREL ET DE MADAME DE NELLES

7. BOUTEILLER VEUT DONNER AU PARLEMENT UN CERVEAU

8. LE POINT CULMINANT : LE 27 JANVIER 1889

9. LES DERNIERS FEUX, LES PLUS BEAUX, D’UN SOLEIL QUI VA BIENTÔT PÂLIR

10. UNE SURPRISE DE PREMIER AVRIL

11. LA VALLÉE DE LA MOSELLE

12. À SAINT-JAMES, STUREL RETOMBE SOUS LE JOUG DES CIRCONSTANCES

13. BOULANGER S’ESSUIE LE VISAGE DEVANT STUREL

14. LA JOURNÉE DÉCISIVE

15. BOULANGER DEVANT SON DÉSASTRE

16. LA PREMIÈRE RÉUNION DE JERSEY

17. « PARAÎTRE OU DISPARAÎTRE, MON GÉNÉRAL ! »

18. LE BOULANGISME ET STUREL SE RESSERRENT

19. « LAISSEZ BÊLER LE MOUTON »

20. L’ÉPUISEMENT NERVEUX CHEZ LE GÉNÉRAL BOULANGER

21. ASSOCIÉS POUR AIMER, ILS NE SAVENT PLUS QUE HAÏR


TOME III : LEURS FIGURES


À EDOUARD DRUMONT

1. UN ROI QUI SE FORME

2. PREMIERS ROULEMENTS DU TONNERRE

3. LE CABINET D’UN MAGISTRAT EN 1892

4. DES ÉCLAIRS DANS LES TÉNÈBRES

5. UN RAT EMPOISONNÉ

6. LA JOURNÉE D’AGONIE DU BARON DE REINACH

7. L’accusateur

8. LE CADAVRE BAFOUILLE

9. LA PREMIÈRE CHARRETTE

10. GÂTEUX DEPUIS PANAMA

11. L’ENVERS DE L’HÉROÏSME

12. LES VAINES DÉMARCHES DE STUREL

13. LES BOUCS ÉMISSAIRES

14. LETTRE DE SAINT-PHLIN SUR UNE « NOURRITURE » LORRAINE

15. LE SABBAT NORTON

16. LA LIQUIDATION CHEZ STUREL

17. SURET-LEFORT MANGE BOUTEILLER

18. DÉRACINÉS, DÉSENCADRÉS, MAIS NON PAS DÉGRADÉS

Notes
TOME I : LES DÉRACINÉS
1897
1

LE LYCÉE DE NANCY

E n octobre 1879, à la rentrée, la classe de philosophie du lycée de Nancy fut violemment émue. Le professeur, M. Paul Bouteiller, était nouveau et son aspect, le son de sa voix, ses paroles dépassaient ce que chacun de ces enfants avait imaginé jamais de plus noble et de plus impérieux. Un bouillonnement étrange agitait leurs cerveaux, et une rumeur presque insurrectionnelle emplissait leur préau, leur quartier, leur réfectoire et même leur dortoir : car, pour les mépriser, ils comparaient à ce grand homme ses collègues et l’administration. Ce bâtiment d’ordinaire si morne semblait une écurie où l’on a distribué de l’avoine.
À des jeunes gens qui jusqu’alors remâchaient des rudiments quelconques, on venait de donner le plus vigoureux des stimulants : des idées de leur époque ! Non pas des idées qui aient été belles, neuves et éloquentes dans les collèges avant la Révolution, mais ces mêmes idées qui circulent dans notre société, dans nos coteries, dans la rue, et qui font des héros, des fous, des criminels, parmi nos contemporains. Et peut-être, à l’usage, perdront-elles leur puissance sur des âmes diverties par les années ; mais en octobre 1879, voici seulement que naissent ces lents enfants de provinces : jusqu’alors, ils n’ont connu ni la vie ni la mort, mais un état où la rêverie sur le moi n’existe pas encore et qui est une mort animée, comme aux bras de la nourrice.
Pour bien comprendre ce qui se passa dans cette année scolaire 1879-1880, où sortirent de la vie végétative et se formèrent dans une crise quelques-unes des énergies de notre temps, il faut se représenter le lycée , réunion d’enfants favorable, comme tout groupement, aux épidémies morales et soumise, en outre, à une action très définie qui marque jusqu’au cimetière la grande majorité des bacheliers.
 
Le lycéen reçoit de la collectivité où il figure un ensemble de défauts et de qualités, une conception particulière de l’homme idéal. Cet enfant qui plie sa vie selon la discipline et d’après les roulements du tambour, ne connaissant jamais une minute de solitude ni d’affection sans méfiance, ne songe même pas à tenir comme un élément, dans aucune des raisons qui le déterminent à agir, son contentement intime. Il se préoccupe uniquement de donner aux autres une opinion avantageuse de lui. C’est bon à un jeune garçon élevé à la campagne de sentir vers dix-sept ans la beauté de la nature et les délicatesses du sens moral ! Toujours pressés les uns contre les autres, inquiets sans trêve de sembler ridicules, les lycéens développent monstrueusement, à ce régime et sous le système pédagogique des places, une seule chose, leur vanité. Ils se préparent une capacité d’être humiliés et envieux qu’on ne rencontre dans aucun pays, en même temps qu’ils deviennent capables de tout supporter pour une distinction.
La qualité qui fait compensation, c’est le sens de la camaraderie. On dit « chic type », dans leur argot, celui qui possède une supériorité, – qu’il versifie ou qu’il ait réussi au Concours général, – et qui, de plus, est bon camarade. Mais être bon camarade, c’est tout d’abord se refuser à la discipline. Il est difficile de ne point la haïr. Ceux mêmes qui l’appliquent en rougissent. Le proviseur, le censeur, fort impérieux et glorieux devant les petites classes, éprouvent du malaise en face des philosophes et des candidats aux Écoles du Gouvernement. Les pions, qui aux jours de sortie les croisent à la brasserie et dans l’escalier des filles, et qui pressentent déjà les distances de l’avenir, tendent à être, plutôt que des supérieurs, des camarades mécontents du rôle où leur fâcheuse destinée les contraint.
Sur toute la France, ces vastes lycées aux dehors de caserne et de couvent abritent une collectivité révoltée contre ses lois, une solidarité de serfs qui rusent et luttent plutôt que d’hommes libres qui s’organisent conformément à une règle. Le sentiment de l’honneur n’y apparaît que pour se confondre avec le mépris de la discipline. – En outre, ces jeunes gens sont enfoncés dans une extraordinaire ignorance des réalités.
Quelle conception auraient-ils de l’humanité ? Ils perdent de vue leurs concitoyens et tout leur cousinage ; ils se déshabituent de trouver chez leurs père et mère cette infaillibilité ou même ce secours qui maintiendrait la puissance et l’agrément du lien filial. Les femmes ne sont pas à leurs yeux des êtres d’une vie complète, mais seulement un sexe. En leur présence, ils sont incapables de penser à rien autre qu’à des séductions où excellaient les jeunes Français du siècle dernier et dont leur réclusion, qui les fait timides et gauches, les rend fort indignes. L’imagination ainsi gâtée de curiosités précoces, ils rougissent de leurs sœurs, cousines et parentes qui les visitent au parloir. Pendant les promenades à rangs serrés et si fastidieuses des jeudis et des dimanches, la distraction des lycéens est de « coter » les femmes qu’ils croisent. Ils se montrent plutôt sévères. Avec ce premier entraînement, ils se croiront engagés d’honneur à avoir toutes celles qu’ils rencontreront alors même qu’elles leur déplairaient. Et voilà qui les prépare aussi mal pour la passion que pour la bonne camaraderie des jeunes Anglais et Anglaises, joueurs de lawn-tennis. Mais leur diminution principale, c’est de ne point fréquenter des vieillards. L’affection d’un homme âgé pour un enfant, si touchante et que la nature même inspire, comporte les plus grands bénéfices. Vers les douze ans, nous comprenons là notre infériorité et ce que vaut l’expérience ; nous tâchons de nous faire estimer, et nous accueillons, ce dont manque le collégien, un certain pressentiment, de qualité morale et poétique, que nous-mêmes nous vieillirons.
Isolés de leurs groupes de naissance et dressés seulement à concourir entre eux, des adolescents prennent de la vie, de ses conditions et de son but la plus pitoyable intelligence. On disait couramment au lycée de Nancy qu’un homme qui serait fort comme le professeur de gymnastique, polyglotte comme les maîtres d’allemand et d’anglais, latiniste comme un agrégé, dominerait le monde. – On ne se doutait pas d’une certaine fermeté morale, le caractère, qui impose même au talent, ni de toutes ces circonstances qui réduisent les plus beaux dons. – On était persuadé qu’aux pieds d’un si brillant prodige afflueraient tous les trésors. Les élèves de l’Université, servis par des valets malpropres, mais ponctuels, ignorent ce qu’est un gagne-pain et, sitôt bacheliers, s’étonneront qu’il faille cirer ses bottes soi-même.
Tel est, brièvement décrit, l’esprit de l’internat, auquel les externes eux-mêmes résistent mal, car chacun d’eux se formant sous des influences familiales très diverses, ils ne peuvent opposer une force d’ensemble aux notions habituelles et indiscutées qui composent, dès le seuil, l’atmosphère des grands , des moyens et des petits .
 
M. Paul Bouteiller, lors de la première classe, prit place dans la chaire et examina un livre jusqu’à ce qu’il jugeât écoulé le délai suffisant pour l’installation de chacun ; alors, il leva les paupières. Un silence parfait s’établit. Dès le premier instant, il n’y eut point de doute que ce jeune maître était de ceux qui dominent une situation.
Il avait c

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