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Le Rêve bleu , livre ebook

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Description

Alors que le pasteur Jospin s'emploie à sauver des juifs pendant les heures sombres de la guerre, le rêve bleu est celui de beaucoup à qui on a confisqué les années de jeunesse... Au cours d'un bal populaire, Julien fait la connaissance de Solange, une jeune réfugiée juive allemande qui fuit les nazis... Pour échapper au STO, il entre au maquis de Chantemerlière... Éconduit par la belle Solange, Alfred quant à lui s'engage dans la milice. Dès lors, c'est une lutte sans merci que se livrent les deux rivaux pour nous faire vivre une tranche de vie dans les Deux-Sèvres et en Charente-Inférieure...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mai 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782334107150
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-334-10713-6

© Edilivre, 2017
La fête au village
Écrire, c’est parler beaucoup sans être interrompu, disait Jules Renard. Aussi, ne me coupez plus la parole car j’ai toute une histoire à vous raconter…
En ce 26 Juillet 1941, Triou, ce petit village perdu dans la campagne du Sud des Deux-Sèvres s’éveille avec la pétarade d’une colonne allemande qui remonte sur la Kommandantur de Niort. Personne dans les rues du village encore endormi. Pour briser le silence, quelques chiens aboyaient, surpris par les intrus qui faisaient voler la poussière du chemin.
Germaine ouvrait ses volets en les maudissant. Germaine, c’était un peu l’âme de ce village. Tenancière d’un café tabac, elle faisait aussi épicerie où l’on trouvait un peu de tout. Pour attirer la jeunesse qui était la vie du patelin, chaque été à la belle saison, au fond de la cour, elle faisait installer un tivoli, où les jeunes de la contrée venaient danser et faire la fête. Le dimanche, les vieux, il y en avait encore quelques-uns, des vétérans de la Grande Guerre se réunissaient chez Germaine. Assis sur des bancs, de part et d’autre de grandes tables en bois, ils venaient taper le carton tout en buvant un verre de vin ou une chope de bière. Là, les discussions concernant l’actualité allaient bon train et ils n’admettaient toujours pas la capitulation, eux qui avaient tenu bon dans les tranchées, pour finalement faire plier les teutons dans une boucherie inhumaine. Chacun y allait de son propos, comme le vieux Villanaud :
– A’cte heure, olé plus des soldats qui faisont la guerre, olé des drôlasses !
Germaine, veuve d’un mari tombé trop tôt à Verdun, s’employait à calmer les esprits. Elle comprenait, bien sûr, les propos des anciens de 14, mais ne pouvait tolérer les insultes presque diffamantes, à l’encontre des recrues appelées pour combattre l’ennemi. Elle pensait surtout à son fils qui avait devancé l’appel pour venger le père qu’on lui avait volé. Devenu chef de char au début de la guerre, il avait combattu en Lorraine mais n’avait rien pu faire contre la supériorité des panzers. Fait prisonnier, il croupissait des lors dans un camp en Allemagne.
N’en pouvant plus, Germaine en remplissant les verres sur les tablées, remettait à sa place celui qui avait des paroles déplacées.
Mon pauvre Alphonse, au lieu de parler des choses qui te dépassent, tu ferais mieux de couper à pique !
Tout le café s’esclaffait et celui qui était apostrophé en toute gentillesse, rabaissait bien vite son caquet sans répliquer. Tout le monde la respectait, et derrière son comptoir de zinc, enveloppée dans la fumée des cigarettes et des pipes qui donnaient à plein, Germaine en imposait.
Deux heures venaient de sonner au carillon, quand une camionnette pénétra dans la cour pour s’arrêter devant le tivoli. Deux hommes en descendirent, tout en claquant les portières. Relevant la bâche à l’arrière du véhicule, ils transportèrent la grosse caisse et la machine à musique à carte perforée sur l’estrade, à l’intérieur du tivoli.
Après quelques réglages de la machine, les musiciens du dimanche étaient pour ainsi dire fin prêts. Dehors dans la cour, des groupes de jeunes arrivaient pour se réfugier à l’ombre des tilleuls. Robes fleuries et socquettes blanches, endimanchées pour ce jour de fête, les filles jacassaient avec des éclats de voix et des rires juvéniles pour raconter leurs petits malheurs, leurs peines de cœur ou passer un bon moment dans la joie de se retrouver. Toutes pour la plupart se connaissaient et venaient principalement du village, ou des environs tout proches. On retrouvait un peu toujours les mêmes têtes dans ces bals populaires. Les jeunes gens, quant à eux, n’hésitaient pas à venir de plus loin. La distance ne les effrayait pas outre mesure. Pinces à la base des mollets pour protéger les jambières de leur costume, enfourchant leur vélo et pédalant dur, ils arrivaient en sueur de Celles, Vitré, Melle, Mougon ou encore Prahecq, de tous ces petits villages un peu plus éloignés.
Terre agricole s’il était, la plaine trioulaise s’y prêtait de bonne grâce. Riche et féconde, elle savait se montrer généreuse, à la condition de la travailler avec soin. Dans les tablées du café de Germaine, c’était avec l’actualité des événements de l’occupation, des discussions favorites des joueurs de cartes. On manquait cruellement de bras à la campagne et le service pour les classes creuses, comme on disait, n’avait pas arrangé les choses. Bien sûr, il y avait ici un flot de réfugiés depuis le printemps de l’année dernière, qui grossissait artificiellement et temporairement la population du village. Aujourd’hui en zone occupée, chacun essayait d’un moyen ou d’un autre, de gagner la zone libre. Tous ces gens en errance n’étaient pas forcément d’un grand recours pour les travaux des champs mais représentaient plutôt d’autres bouches à nourrir, alors qu’il y avait pénurie. La ligne Maginot qui devait arrêter les allemands était une passoire… Ils fuyaient vers le Sud, en colonnes hétéroclites sur les routes de l’espoir et présentaient une cible parfaite pour les avions de la Luftwaffe. On trouvait là, des familles entières à pieds, à vélo, en chars à bancs, des soldats n’ayant plus de régiment… Tout le monde fuyait la guerre dans une grande débâcle. Adèle Pichard avec sa sœur Solange étaient du voyage. C’était des picardes qui avaient tout perdu. Elles s’en souviennent…
Peu avant midi, des avions apparurent dans le ciel. Trois stukas avec une croix gammée sur les ailes. Soudain, ils piquèrent vers la colonne en larguant leurs bombes avec précision sur des soldats en fuite, des civils, des hommes et des femmes épouvantés. Juste le temps d’attraper sa sœur par la main, elles se jetèrent dans le fossé… Les blessés criaient, les chevaux henissaient, les morts se taisaient à jamais. Les survivants hagards attendaient des secours qui ne viendront pas. C’était des laissés-pour-compte. A plusieurs reprises, les avions revinrent terminer le travail. Ils volèrent en rase motte en tirant à la mitrailleuse. Les balles sifflaient. Adèle se serra contre sa sœur comme pour la protéger en criant « Ah, les salauds ! »
L’alerte passée, les deux sœurs décidèrent de quitter la route trop dangereuse, sujette aux attaques des avions. C’est ainsi que les deux filles, en prenant les chemins de traverse, par monts et par vaux, après dix mois d’un long périple, arrivèrent devant un écriteau : « Accueil des Réfugiés », sur la place de Mougon.
Les deux sœurs ne se ressemblaient guère mais étaient très proches l’une de l’autre. La plus jeune, Solange, de deux ans sa cadette, avait un joli minois et courait sur ses vingt ans. Des formes avenantes attiraient le regard des coquins. Douée pour les études, elle voulait devenir infirmière, quand la guerre mit fin à son rêve. Il fallait avant tout sauver sa peau…
Adèle, née à Namps, un petit village proche d’Amiens aujourd’hui ravagé par les bombes, était une grande blonde robuste, à la peau tannée par la vie au grand air, à la poitrine plate et au genou cagneux. Petite bergère d’abord, on l’avait initiée très tôt aux travaux éreintants de la ferme. Sa patronne lui imposait les tâches les plus dures. Elle trayait seule toutes les vaches, changeait la litière de la truie, tournait le coupe-racines, chargeait le foin… En un mot, tout ce qu’un homme faisait et avec aisance s’il vous plaît !
En poussant la porte du baraquement, les deux filles étaient dans un triste état après un si long périple. Elles n’étaient pas les premières à quémander un peu d’aide. La préposée Madeleine Michaud, se trouvait un peu dépassée par les événements. Pour parer au plus pressé, à l’avance, elle avait préparé des ballots de vêtements, des changes complets pour satisfaire les besoins de première nécessité des nouveaux arrivants. Chacune des deux sœurs reçut ainsi un paquetage.
Avant de quitter la baraque, elles demandèrent à la Madeleine où elles pourraient bien trouver du travail.
– Que savez vous faire mes pauvres filles ?
Moi, dit Adèle, j’ai été élevée à la campagne et les travaux des champs ne me rebutent pas.
Tu n’auras pas trop de soucis. Tu prends la route de Triou, c’est à trois kilomètres. Là, on manque de bras dans les fermes. Tu pourras te faire embaucher comme servante. Et toi petite, qu’as-tu fait jusqu’à présent de tes dix doigts ?
– Moi, je voulais être infirmière mais avec la guerre, on a du fuir et j’ai tout arrêté.
Pendant les vacances, pour gagner un peu de sous, j’ai exercé divers petits boulots de domestique, employée de maison, femme de ménage…
– Attends un peu… Les Sicard ont marié leur fille. Elle a suivi son mari pour s’installer à Aiffres. Depuis, ils n’ont plus personne pour tenir l’épicerie et il faut bien dire que la pauvre Fernande est un peu dépassée. Si cela t’intéresse, t’as peut-être une chance… C’est pas compliqué. Tu descends la rue comme pour aller à La Crêche. L’épicerie est sur ta gauche dans le premier virage. Tu ne peux la rater.
Avant de partir, Adèle demanda un dernier petit service.
– Avec vos ciseaux, vous ne pourriez pas me couper les cheveux à ras. J’ai attrapé des poux et il me serait plus facile de me laver la tête pour me débarrasser de ces maudites bestioles.
– S’il ne tient qu’à ça pour te faire plaisir, c’est comme si c’était déjà fait !
A grands coups de ciseaux, la toison blonde tomba à terre et Adèle se trouva rapidement coiffée à la garçonne. Les deux sœurs sortirent, balluchon sous le bras.
Il y avait des toilettes sur la place, un endroit idéal pour enfiler sa nouvelle tenue. Quelle ne fut pas la surprise d’Adèle ! Par mégarde sans doute, on lui avait fourn

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