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Le Maître d'armes , livre ebook

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Description

En 1824, Grisier, jeune maître d'armes français, part pour Saint-Pétersbourg en quête de gloire et de fortune. Après un voyage éprouvant, il se lie d'amitié avec Louise Dupuis, une modiste française expatriée, et son amant le comte Alexis Vaninkoff, jeune lieutenant dans les chevaliers gardes de l'empereur. A la mort de l'empereur Alexandre, des conspirateurs, avec lesquels le comte Alexis s'est laissé entraîner par désoeuvrement, profitent du trouble faisant suite à la renonciation à la couronne de Constantin au profit de Nicolas, son jeune frère, pour essayer d'instaurer une république...

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 381
EAN13 9782820605245
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Ma tre d'armes
Alexandre Dumas
Collection « Les classiques YouScribe »
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Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0524-5
Ah ! pardieu ! voilà un miracle, me dit Grisier en me voyant paraître à la porte de la salle d’armes où il était resté le dernier et tout seul.
En effet, je n’avais pas remis le pied au faubourg Montmartre, n°4, depuis le soir où Alfred de Nerval nous avait raconté l’histoire de Pauline.
– J’espère, continua notre digne professeur avec sa sollicitude toute paternelle pour ses anciens écoliers, que ce n’est pas quelque mauvaise affaire qui vous amène ?
– Non, mon cher maître, et si je viens vous demander un service, lui répondis-je, il n’est pas du genre de ceux que vous m’avez parfois rendus en pareil cas.
– Vous savez que, pour quelque chose que ce soit, je suis tout à vous. Ainsi, parlez.
– Eh bien ! mon cher, il faut que vous me tiriez d’embarras.
– Si la chose est possible, elle est faite.
– Aussi je n’ai pas douté de vous.
– J’attends.
– Imaginez-vous que je viens de passer un traité avec mon libraire, et que je n’ai rien à lui donner.
– Diable !
– Alors je viens à vous pour que vous me prêtiez quelque chose.
– À moi ?
– Sans doute ; vous m’avez raconté cinquante fois votre voyage en Russie.
– Tiens, au fait !
– Vers quelle époque y étiez-vous ?
– Pendant 1824, 1825, 1826.
– Justement pendant les années les plus intéressantes : la fin du règne de l’empereur Alexandre et l’avènement au trône de l’empereur Nicolas.
– J’ai vu enterrer l’un et couronner l’autre. Eh mais ! attendez donc !…
– Que je le savais bien !…
– Une histoire merveilleuse.
– C’est ce qu’il me faut.
– Imaginez donc… Mais mieux que cela ; avez-vous de la patience ?
– Vous demandez cela à un homme qui passe sa vie à faire des répétitions.
– Eh bien ! alors, attendez.
Il alla à une armoire et en tira une énorme liasse de papiers.
– Tenez, voilà votre affaire.
– Un manuscrit, Dieu me pardonne !
– Les notes d’un de mes confrères qui était à Saint-Pétersbourg en même temps que moi, qui a vu tout ce que j’ai vu, et en qui vous pouvez avoir la même confiance qu’en moi-même.
– Et vous me donnez cela ?
– En toute propriété.
– Mais c’est un trésor.
– Où il y a plus de cuivre que d’argent, et plus d’argent que d’or. Tel qu’il est, enfin, tirez-en le meilleur parti possible.
– Mon cher, dès ce soir je vais me mettre à la besogne et dans deux mois…
– Dans deux mois ?…
– Votre ami se réveillera un matin, imprimé tout vif.
– Vraiment ?
– Vous pouvez être tranquille.
– Eh bien, parole d’honneur, ça lui fera plaisir.
– À propos, il manque une chose à votre manuscrit.
– Laquelle ?
– Un titre.
– Comment, il faut que je vous donne aussi le titre ?
– Puisque vous y êtes, mon cher, ne faites pas les choses à moitié.
– Vous avez mal regardé, il y en a un.
– Où cela ?
– Sur cette page ; voyez : Le Maître d’armes.
– Eh bien ! alors, puisqu’il y est, nous le laisserons.
– Ainsi donc ?
– Adopté. Grâce à ce préambule, le public voudra bien se tenir pour averti que rien de ce qu’il va lire n’est de moi, pas même le titre. D’ailleurs, c’est l’ami de Grisier qui parle.
I

J’étais encore dans l’âge des illusions, je possédais une somme de quatre mille francs, qui me paraissait un trésor inépuisable, et j’avais entendu parler de la Russie comme d’un véritable Eldorado pour tout artiste un peu supérieur dans son art : or, comme je ne manquais pas de confiance en moi-même, je me décidai à partir pour Saint-Pétersbourg.
Cette résolution une fois prise fut bientôt exécutée : j’étais garçon, je ne laissais rien derrière moi, pas même des dettes ; je n’eus donc à prendre que quelques lettres de recommandation et mon passeport, ce qui ne fut pas long, et huit jours après m’être décidé au départ, j’étais sur la route de Bruxelles.
J’avais choisi la voie de terre, d’abord parce que je comptais donner quelques assauts dans les villes où je passerais et défrayer ainsi le voyage par le voyage même ; ensuite parce que, enthousiaste de notre gloire, je désirais visiter quelques-uns de ces beaux champs de bataille, où je croyais que, comme au tombeau de Virgile, les lauriers devaient pousser tout seuls.
Je m’arrêtai deux jours dans la capitale de la Belgique ; le premier jour j’y donnai un assaut, et le second jour j’eus un duel. Comme je me tirai assez heureusement de l’un et de l’autre, on me fit, pour rester dans la ville, des propositions fort acceptables, que cependant je n’acceptai point : j’étais poussé en avant.
Néanmoins, je m’arrêtai un jour à Liège ; j’avais là, aux archives de la ville, un ancien écolier près duquel je ne voulais pas passer sans lui faire ma visite. Il demeurait rue Pierreuse : de la terrasse de sa maison, et en faisant connaissance avec le vin du Rhin, je pus donc voir la ville se dérouler sous mes pieds, depuis le village d’Herstal, où naquit Pépin, jusqu’au château de Ranioule, d’où Godefroy partit pour la Terre Sainte. Cet examen ne se fit pas sans que mon écolier me racontât, sur tous ces vieux bâtiments, cinq ou six légendes plus curieuses les unes que les autres ; une des plus tragiques est, sans contredit, celle qui a pour titre le Banquet de Varfusée, et pour sujet le meurtre du bourgmestre Sébastien Laruelle, dont une des rues de la ville porte encore aujourd’hui le nom.
J’avais dit à mon écolier, au moment de monter dans la diligence d’Aix-la-Chapelle, mon projet de descendre aux villes célèbres et de m’arrêter aux champs de bataille fameux, mais il avait ri de ma prétention et m’avait appris qu’en Prusse, on ne s’arrête pas où on veut, mais où veut le conducteur, et qu’une fois enfermé dans sa caisse, on est à son entière disposition. En effet, de Cologne à Dresde, où mon intention bien positive était de rester trois jours, on ne nous tira de notre cage qu’aux heures des repas, et juste le temps de nous laisser prendre la nourriture strictement nécessaire à notre existence. Au bout de trois jours de cette incarcération, contre laquelle au reste personne ne murmura tant elle est convenue dans les États de Sa Majesté Frédéric-Guillaume, nous arrivâmes à Dresde.
C’est à Dresde que Napoléon fit, au moment d’entrer en Russie, cette grande halte de 1812, où il convoqua un empereur, trois rois et un vice-roi ; quant aux princes souverains, ils étaient si pressés à la porte de la tente impériale qu’ils se confondaient avec les aides de camp et les officiers d’ordonnance ; le roi de Prusse fit antichambre trois jours.
Pèlerin pieux de notre gloire comme de nos revers depuis Vilna {1} , j’avais suivi à cheval la même route que Napoléon avait faite douze ans auparavant, traversant le Niémen, m’arrêtant à Posen, à Vilna, à Ostrovno et Vitebsk, recueillant toutes les traditions que les bons Lituaniens avaient conservées de son passage. J’aurais bien encore voulu voir Smolensk et Moscou, mais cette route me forçait à faire deux cents lieues de plus, et cela m’était impossible. Après être resté un jour à Vitebsk et avoir visité le château où avait séjourné quinze jours Napoléon, je fis venir des chevaux et une de ces petites voitures dont se servent les courriers russes et qu’on appelle des pérékladnoï parce qu’on en change à chaque poste. J’y jetai mon portemanteau et j’eus bientôt derrière moi Vitebsk, emporté par mes trois chevaux, dont l’un, celui du milieu, trottait la tête haute, tandis que ceux de droite et de gauche galopaient, hennissant et la tête basse, comme s’ils eussent voulu dévorer la terre.
Au reste, je ne faisais que quitter un souvenir pour un autre. Cette fois, je suivais la route que Catherine avait prise dans son voyage en Tauride.
II

En sortant de Vitebsk, je trouvai la douane russe ; mais attendu que je n’avais qu’un portemanteau,

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