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Le Juif errant , livre ebook

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Description

Eugène Sue (1804-1857)



"La rue Clovis est, on le sait, un des endroits les plus solitaires du quartier de la montagne Sainte-Geneviève ; à l’époque de ce récit, la maison portant le numéro 4 dans cette rue se composait d’un corps de logis principal, traversé par une allée obscure qui conduisait à une petite cour sombre, au fond de laquelle s’élevait un second bâtiment singulièrement misérable et dégradé. Le rez-de-chaussée de la façade formait une boutique demi-souterraine, où l’on vendait du charbon, du bois en falourdes, quelques légumes et du lait.


Neuf heures du matin sonnaient ; la marchande, nommée la mère Arsène, vieille femme d’une figure douce et maladive, portant une robe de futaine brune et un fichu de rouennerie rouge sur la tête, était montée sur la dernière marche de l’escalier qui conduisait à son antre et finissait son étalage, c’est-à-dire que d’un côté de sa porte elle plaçait un seau à lait en fer-blanc, et de l’autre quelques bottes de légumes flétris accostés de têtes de choux jaunâtres ; au bas de l’escalier, dans la pénombre de cette cave, on voyait luire des reflets de la braise ardente d’un petit fourneau.


Cette boutique, située tout auprès de l’allée, servait de loge de portier, et la fruitière servait de portière.


Bientôt une gentille petite créature, sortant de la maison, entra, légère et frétillante, chez la mère Arsène. Cette jeune fille était Rose-Pompon, l’amie intime de la reine Bacchanal ; Rose-Pompon, momentanément veuve, et dont le bachique, mais respectueux sigisbée, était, on le sait, Nini-Moulin, ce chicard orthodoxe qui, le cas échéant, se transfigurait après boire en Jacques Dumoulin, l’écrivain religieux, passait ainsi allègrement de la danse échevelée à la polémique ultramontaine, de la Tulipe orageuse à un pamphlet catholique. Rose-Pompon venait de quitter son lit, ainsi qu’il apparaissait au négligé de sa toilette matinale et bizarre ; sans doute à défaut d’autre coiffure elle portait crânement sur ses charmants cheveux blonds, bien lissés et peignés, un bonnet de police emprunté à son costume de coquet débardeur ; rien n’était plus espiègle que cette mine de dix-sept ans, rose, fraîche, potelée, brillamment animée par deux yeux bleus, gais et pétillants. Rose-Pompon s’enveloppait si étroitement le cou jusqu’aux pieds dans son manteau écossais à carreaux rouges et verts un peu fané, que l’on devinait une pudibonde préoccupation ; ses pieds nus, si blancs que l’on ne savait si elle avait ou non des bas, étaient chaussés de petits souliers de maroquin rouge à boucle argentée... Il était facile de s’apercevoir que son manteau cachait un objet qu’elle tenait à la main."



Tome II

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 septembre 2022
Nombre de lectures 0
EAN13 9782384421183
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Juif errant

Tome II


Eugène Sue

Septembre 2022
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-118-3
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1116
Douzième partie
Les promesses de Rodin
I
L’inconnu

La scène suivante se passait le lendemain du jour où le père d’Aigrigny avait été si rudement rejeté par Rodin dans la position subalterne naguère occupée par le socius.

-oOo-

La rue Clovis est, on le sait, un des endroits les plus solitaires du quartier de la montagne Sainte-Geneviève ; à l’époque de ce récit, la maison portant le numéro 4 dans cette rue se composait d’un corps de logis principal, traversé par une allée obscure qui conduisait à une petite cour sombre, au fond de laquelle s’élevait un second bâtiment singulièrement misérable et dégradé. Le rez-de-chaussée de la façade formait une boutique demi-souterraine, où l’on vendait du charbon, du bois en falourdes, quelques légumes et du lait.
Neuf heures du matin sonnaient ; la marchande, nommée la mère Arsène, vieille femme d’une figure douce et maladive, portant une robe de futaine brune et un fichu de rouennerie rouge sur la tête, était montée sur la dernière marche de l’escalier qui conduisait à son antre et finissait son étalage, c’est-à-dire que d’un côté de sa porte elle plaçait un seau à lait en fer-blanc, et de l’autre quelques bottes de légumes flétris accostés de têtes de choux jaunâtres ; au bas de l’escalier, dans la pénombre de cette cave, on voyait luire des reflets de la braise ardente d’un petit fourneau.
Cette boutique, située tout auprès de l’allée, servait de loge de portier, et la fruitière servait de portière.
Bientôt une gentille petite créature, sortant de la maison, entra, légère et frétillante, chez la mère Arsène. Cette jeune fille était Rose-Pompon, l’amie intime de la reine Bacchanal ; Rose-Pompon, momentanément veuve, et dont le bachique, mais respectueux sigisbée, était, on le sait, Nini-Moulin, ce chicard orthodoxe qui, le cas échéant, se transfigurait après boire en Jacques Dumoulin, l’écrivain religieux, passait ainsi allègrement de la danse échevelée à la polémique ultramontaine, de la Tulipe orageuse à un pamphlet catholique. Rose-Pompon venait de quitter son lit, ainsi qu’il apparaissait au négligé de sa toilette matinale et bizarre ; sans doute à défaut d’autre coiffure elle portait crânement sur ses charmants cheveux blonds, bien lissés et peignés, un bonnet de police emprunté à son costume de coquet débardeur ; rien n’était plus espiègle que cette mine de dix-sept ans, rose, fraîche, potelée, brillamment animée par deux yeux bleus, gais et pétillants. Rose-Pompon s’enveloppait si étroitement le cou jusqu’aux pieds dans son manteau écossais à carreaux rouges et verts un peu fané, que l’on devinait une pudibonde préoccupation ; ses pieds nus, si blancs que l’on ne savait si elle avait ou non des bas, étaient chaussés de petits souliers de maroquin rouge à boucle argentée... Il était facile de s’apercevoir que son manteau cachait un objet qu’elle tenait à la main.
– Bonjour, mademoiselle Rose-Pompon, dit la mère Arsène d’un air avenant, vous êtes matinale aujourd’hui, vous n’avez donc pas dansé hier ?
– Ne m’en parlez pas, mère Arsène, je n’avais guère le cœur à la danse ; cette pauvre Céphyse (la reine Bacchanal, sœur de la Mayeux) a pleuré toute la nuit, elle ne peut se consoler de ce que son amant est en prison.
– Tenez, dit la fruitière, tenez, mademoiselle, faut que je vous dise une chose à propos de votre Céphyse. Ça ne vous fâchera pas ?
– Est-ce que je me fâche, moi ?... dit Rose-Pompon en haussant les épaules.
– Croyez-vous que M. Philémon, à son retour, ne me grondera pas ?
– Vous gronder ! Pourquoi ?
– À cause de son logement, que vous occupez...
– Ah çà, mère Arsène, est-ce que Philémon ne vous a pas dit qu’en son absence je serai maîtresse de ses deux chambres comme je l’étais de lui-même ?
– Ce n’est pas pour vous que je parle, mademoiselle, mais pour votre amie Céphyse, que vous avez aussi amenée dans le logement de M. Philémon.
– Et où serait-elle allée sans moi, ma bonne mère Arsène ? Depuis que son amant a été arrêté, elle n’a pas osé retourner chez elle, parce qu’ils y devaient toutes sortes de termes. Voyant sa peine, je lui ai dit. « Viens toujours loger chez Philémon ; à son retour nous verrons à te caser autrement. »
– Dame, mademoiselle, si vous m’assurez que M. Philémon ne sera pas fâché... à la bonne heure.
– Fâché, et de quoi ? qu’on lui abîme son ménage ? Il est si gentil, son ménage ! Hier, j’ai cassé la dernière tasse... et voilà dans quelle drôle de chose je suis réduite à venir chercher du lait.
Et Rose-Pompon, riant aux éclats, sortit son joli petit bras blanc de son manteau et fit voir à la mère Arsène un de ces verres à vin de champagne de capacité colossale, qui tiennent une bouteille environ.
– Ah ! mon Dieu ! dit la fruitière ébahie, on dirait une trompette de cristal.
– C’est le verre de grande tenue de Philémon, dont on l’a décoré quand il a été reçu canotier flambard, dit gravement Rose-Pompon.
– Et dire qu’il va falloir vous mettre votre lait là-dedans ! ça me rend toute honteuse, dit la mère Arsène.
– Et moi donc... si je rencontrais quelqu’un dans l’escalier... en tenant ce verre à la main comme un cierge... Je rirais trop... je casserais la dernière pièce du bazar à Philémon et il me donnerait sa malédiction.
– Il n’y a pas de danger que vous rencontriez quelqu’un ; le premier est déjà sorti, et le second ne se lève que tard.
– À propos de locataire, dit Rose-Pompon, est-ce qu’il n’y a pas à louer une chambre au second, dans le fond de la cour ? Je pense à ça pour Céphyse, une fois que Philémon sera de retour.
– Oui, il y a un mauvais petit cabinet sous le toit... au-dessus des deux pièces du vieux bonhomme qui est si mystérieux, dit la mère Arsène.
– Ah ! oui, le père Charlemagne... vous n’en savez pas davantage sur son compte ?
– Mon Dieu, non, mademoiselle, si ce n’est qu’il est venu ce matin au point du jour ; il a cogné aux contrevents :
« – Avez-vous reçu une lettre pour moi, ma chère dame ? m’a-t-il dit (il est toujours si poli, ce brave homme).
« – Non, monsieur, que je lui ai répondu.
« – Bien ! bien ! alors ne vous dérangez pas, ma chère dame, je repasserai.
« Et il est reparti.
– Il ne couche donc jamais dans la maison ?
– Jamais. Probablement qu’il loge autre part, car il ne vient passer ici que quelques heures dans la journée tous les quatre ou cinq jours.
– Et il y vient tout seul ?
– Toujours seul.
– Vous en êtes sûre ? Il ne ferait pas entrer par hasard de petite femme en minon-minette ? car alors Philémon vous donnerait congé, dit Rose-Pompon d’un air plaisamment pudibond.
– M. Charlemagne ! une femme chez lui ! Ah ! le pauvre cher homme ! dit la fruitière en levant les mains au ciel ; si vous le voyiez, avec son chapeau crasseux, sa vieille redingote, son parapluie rapiécé et son air bonasse ; il a plutôt l’air d’un saint que d’autre chose.
– Mais alors, mère Arsène, qu’est-ce qu’il peut venir faire ainsi tout seul pendant des heures dans ce taudis du fond de la cour, où on voit à peine clair en plein midi.
– C’est ce que je vous demande, mademoiselle ; qu’est-ce qu’il y peut faire ? car pour venir s’amuser à être dans ses meubles, ce n’est pas possible : il y a en tout chez lui un lit de sangle, une table, un poêle, une chaise et une vieille malle.
– C’est dans les prix de l’établissement de Philémon, dit Rose-Pompon.
– Et, malgré ça, mademoiselle, il a autant de peur qu’on entre chez lui que si on était des voleurs et qu’il aurait des meubles en or massif ; il a fait mettre à ses frais une serrure de sûreté ; il ne me laisse jamais sa clef ; enfin il allume son feu lui-même dans son poêle, plutôt que de laisser entrer quelqu’un chez lui.
– Et vous dites qu’il est vieux.
– Oui, mademoiselle... dans les cinquante à soixante.
– Et laid ?
– Figurez-vous comme deux petits yeux de vipère percés avec une vrille, dans une figure toute blême, comme celle d’un mort... si blême enfin que les lèvres sont blanches, voilà pour son visage. Quant à son caractère, le vieux brave homme est si poli, il vous ôte si souvent son chapeau en vous faisant un grand salut, que c’en est embarrassant.
– Mais j’en reviens toujours là, reprit Rose-Pompon, qu’est-ce qu’il peut faire tout seul dans ces deux chambres ? Après ça, si Céphyse prend le cabinet au-dessus quand Philémon sera revenu, nous pourrons nous amuser à en savoir quelque chose... Et combien veut-on louer ce cabinet ?
– Dame... mademoiselle, il est en si mauvais état que le propriétaire le laisserait, je crois bien, pour cinquante à cinquante-cinq francs par an, car il n’y a guère moyen d’y mettre de poêle, et il est seulement éclairé par une petite lucarne en tabatière.
– Pauvre Céphyse ! dit Rose-Pompon en soupirant et en secouant tristement la tête ; après s’être tant amusée, après avoir tant dépensé d’argent avec Jacques Rennepont, habiter là et se mettre à vivre de son travail !... Faut-il qu’elle ait du courage !...
– Le fait est qu’il y a loin de ce cabinet à la voiture à quatre chevaux où Mlle Céphyse est venue vous chercher l’autre jour, avec tous ces beaux masques, qui étaient si gais... surtout ce gros en casque de papier d’argent avec un plumeau et en bottes à revers... Quel réjoui !
– Oui, Nini-Moulin : il n’y a pas son pareil pour danser le fruit défendu... Il fallait le voir en vis-à-vis avec Céphyse... la reine Bacchanal... Pauvre rieuse... pauvre tapageuse !... Si elle fait du bruit maintenant, c’est en pleurant...
– Ah !... les jeunesses... les jeunesses !... dit la fruitière.
– Écoutez donc, mère Arsène, vous avez été jeune aussi... vous...
– Ma foi, c’est tout au plus ! et à vrai dire, je me suis toujours vue à peu près comme vous me voyez.
– Et les amoureux, mère Arsène ?
– Les amoureux ! ah bien, oui ! D’abord j’étais laide, et puis j’étais trop bien préservée.
– Votre mère vous surveillait donc b

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