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Le Jésuite et le Colporteur , livre ebook

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Description

1762. L'année du naufrage pour les jésuites qui sont expulsés de France. Au plus fort de la tourmente, l'un d'eux, Augustin Favre, qui enseigne les Humanités dans un collège de Normandie, écrit un livre en latin destiné au seul enseignement de ses élèves. Par malheur, le livre tombe entre de mauvaises mains. Augustin est accusé de corruption envers la jeunesse, et dénoncé. Un procès a lieu. Le verdict tombe. Augustin a la vie sauve, mais le livre est condamné à la destruction. Il sera lacéré, puis brûlé.
Ulcéré par tant d'injustice, Augustin décide de s'exiler. Il quitte son logis et sa ville, puis part sur les chemins...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 janvier 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782414307593
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-30760-9

© Edilivre, 2019
Du même auteur
Du même auteur :
Fragments de vie… , 2014, Editions Baudelaire
La petite fille de la ville de S… , 2015, Editions Baudelaire
L’approche , 2015, Amazone
Karl ou La Vie retrouvée , 2018, Edilivre
Le Jésuite et le Colporteur
 
 
Ils furent convaincus d’excès en tous genres, d’usurpations, calomnies, persécutions envers leurs bienfaiteurs ; de blasphèmes ; d’outrages envers les évêques ; d’être corrupteurs de la jeunesse ; criminels de lèse-majesté divine et humaine. Ils furent dénoncés.
 
 
Extraits de la dénonciation contre les jésuites faite auprès du Parlement de Normandie, au cours de l’année 1762.
NOSSEIGNEURS,
Vous avez journellement des coupables à juger ; mais ce sont presque tous des coupables ou par faiblesse ou par fragilité ; les plus méchants même d’entre eux le sont par habitude. Nous vous en dénonçons aujourd’hui de criminels par habitude et par principes. Leurs crimes ne sont point des crimes particuliers, ce sont tous les crimes ensemble. Les suites funestes de leurs crimes ne se sont point fait sentir à une seule famille, à un seul Etat, à une seule génération : toutes les familles, tous les Etats, toutes les générations en ont éprouvé, en éprouvent et sont exposées à en éprouver les suites…
… Le nom qu’ils se sont donné est TELS QUELS, c’est-à-dire, TELS que leur intérêt voudra qu’ils soient, Parjures, Sacrilèges, Meurtriers, Régicides même s’il le faut. On les désigne plus ordinairement sous le nom de JESUITES…
… Armez-vous, NOSSEIGNEURS, du glaive dont vous êtes dépositaires. Vengez la patrie, vengez-nous. Que la génération prochaine sente l’effet de votre vigilance ordinaire…
… Non, point de paix, point de trêve, point de ménagements avec ces ennemis irréconciliables de Dieu, du Roi, de l’Eglise et de tous les gens de bien. Qui les ménagera, qui les craindra, sera la victime de leur fureur…
Intolérance : refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances ou d’opinions différentes des siennes. Disposition à persécuter ceux avec lesquels on diffère d’opinions.
 
 
Le troisième jour du mois de juin 1762, Augustin Favre ferma la porte du logement qu’il occupait au deuxième étage d’un immeuble situé à l’entrée de la rue Saint Romain, en plein cœur de Rouen. De la fenêtre de l’unique pièce qui le composait, par tous les temps, il apercevait le clocher de la cathédrale, ce qui était pour lui un privilège et lui procurait une jouissance exclusive en ce lieu exigu ou par ailleurs, il ne se déplaisait pas. Avancer le contraire aurait été mentir. Or il avait toujours honni le mensonge, n’hésitant pas à blâmer ceux qui le pratiquaient.
Il descendit l’escalier en usant de précaution, de peur de faire craquer le bois des marches et d’éveiller les jeunes enfants encore au berceau qui ne manqueraient pas de se mettre à pleurer, emplissant le silence de leurs cris. Forcé par les circonstances, il partait, abandonnant la ville qui l’avait vu naître trente cinq ans plus tôt. Il avait pris sa décision même si le plus difficile pour lui, restait de concevoir l’idée qu’il ne reviendrait peut-être jamais, du moins, pas de sitôt.
On l’avait enjoint de quitter sa demeure. Il avait choisi de quitter la ville toute entière.
Il partait le cœur gros mais sans regrets véritables, persuadé qu’il n’existait aucun autre moyen plus sage pour échapper à la damnation qui pesait sur sa personne. C’était ainsi que dorénavant, il concevait les choses. Le temps finirait par lui rendre justice. Il pensa à ceux de son ordre qui avaient connu un sort moins clément que le sien. Certains – et ils étaient nombreux – avaient péri de la main du bourreau ; d’autres – en tout aussi grand nombre – croupissaient au fond d’une geôle, conscients que seule, la mort les en sortirait. Augustin Favre frémit. De quel acte, s’étaient-ils tous rendu coupables ? De quel acte lui-même s’était-il rendu coupable ? Leur différence en était-elle la cause ? A ce moment de ses réflexions, Augustin Favre poussa un profond soupir qui résonna dans l’étroitesse des murs. Pourquoi mettre autant d’ardeur à vouloir les détruire jusqu’au dernier ? Pourquoi un tel acharnement ? Auraient-ils tous fait preuve d’un trop grand zèle qui n’aurait attiré que suspicion et jalousie à leur égard ?
Il cligna des paupières. L’obscurité était profonde. Il devinait plus qu’il ne voyait. Il emportait peu avec lui : quelques vêtements – ceux qui lui parurent les plus utiles – un morceau de savon enveloppé dans un mouchoir, un quignon de pain qui restait du souper de la veille et un livre. Il était vrai qu’il possédait peu, n’ayant pas cherché à s’enrichir. Il avait rangé le tout dans la besace en cuir qui avait appartenu à son père et que ce dernier lui avait léguée, peu de temps avant sa mort. Le cuir était abîmé par endroit mais la besace était solide. Il la sentait qui battait sa cuisse droite à chacun de ses mouvements et y trouvait un certain réconfort. Il était en paix et bien décidé à défendre cette paix qui était en lui, même s’il n’avait jamais été d’humeur guerrière.
D’un adroit mouvement de tout son corps, il rééquilibra la besace qui pesait malgré son peu de poids et posa un pied sur la dernière marche. Il se retourna et scruta le haut de l’escalier. La flamme de la chandelle qu’il tenait de la main gauche, vacilla. Augustin Favre était gaucher.
Pendant un court instant, prenant conscience qu’il aurait bientôt quitté la ville, sa gorge se serra. Une émotion indéfinissable l’étreignit, rendant sa respiration pénible. Le châtiment était bien plus douloureux qu’il ne l’avait cru.
Il ne se souvenait pas avoir vraiment cherché à plaider sa cause, ce qui, avec le recul, lui apparaissait comme une erreur. Il avait laissé à ses juges une trop grande liberté. Il ne s’était pas battu comme il aurait dû. Mais à quoi bon ! Les dés avaient été jetés au départ du procès, bien avant même. Qu’aurait-il pu faire ?
Il avait écouté, répondu aux questions avec honnêteté et pour finir, il avait baissé les bras et était resté silencieux, épuisé par toutes ces accusations qui pleuvaient sur lui et sur les siens au fur et à mesure que les heures s’écoulaient. Les mêmes mots revenaient sans cesse, jusqu’à perdre tout sens. A leurs yeux, il n’était rien d’autre qu’un usurpateur, un calomniateur, un blasphémateur, un corrupteur de la jeunesse… sans oublier le reste. La liste était impressionnante et ne pouvait que frapper les esprits.
Au bout du compte, ses détracteurs obtinrent ce qu’ils voulaient, sa capitulation, mais une capitulation incomplète car à aucun moment, il ne prêcha contre son ordre et à aucun moment, il ne perdit sa dignité, ce qui ne fit qu’attiser la haine qu’ils avaient déjà contre lui.
Il leur rappela, d’une voix qui oublia de trembler, que son seul but était d’instruire la jeunesse aux bonnes mœurs, en la crainte de Dieu et l’obéissance à son Roi. Il vit sourire, entendit rire et passa outre, rappelant également qu’il enseignait les Humanités au collège de Rouen. Ses élèves étaient contents de lui et il était content d’eux. Une belle réciprocité à laquelle on lui opposa son âge. Il était encore trop jeune pour ce qu’il avançait. On ne le crut donc pas tout en sachant que c’était vrai puisque tout avait été vérifié. Ses juges enfoncèrent un peu plus le clou. Voir le sang couler provoquait chez certains, une jouissance incontrôlable.
On lui rétorqua vertement que la Compagnie de Jésus dont il ne pouvait nier être l’un des membres, n’avait d’autre but que celui de diriger les rois et conquérir l’univers. Ce fut à son tour de sourire. Tout le monde le remarqua, même ceux qui étaient au fond de la salle et ne pouvaient rien voir. Son cas s’en trouva aggravé. Jamais il ne s’était trouvé confronté à une telle fausseté.
On le menaça. On chercha à lui faire peur. S’il continuait à faire preuve de mauvaise volonté, s’il continuait à taire des faits d’importance, il serait soumis à la torture et la vérité se ferait jour d’elle-même. On lui rappela aussi qu’à s’obstiner comme il le faisait, il risquait la peine de mort et si une telle sentence venait à être prononcée, il ne devrait s’en prendre qu’à sa morale antichrétienne qui ne pouvait le conduire que sur de mauvais chemins. Des huées triomphales secouèrent la salle.
De quel méfait était-il réellement accusé ? Il n’avait fait que composer un livre destiné à ses étudiants, pour leur seul enseignement. Il était accusé, sans savoir d’où provenait l’accusation ni de qui, d’avoir cherché à leur inspirer des préjugés dangereux contre la nature et les droits de la puissance royale, ce qui à ses yeux, n’avait aucun sens. Les affirmations que le livre était sensé contenir, avaient été jugées si pernicieuses qu’elles ne pouvaient qu’empoisonner les esprits, mettant en grand danger, ceux qui le liraient. En bref, à vouloir former l’esprit et les mœurs de la jeunesse, il ne faisait que semer le chaos.
Ulcéré par un jugement aussi étroit, il ne chercha pas à se défendre mais tenta de défendre son œuvre qui méritait bien plus que l’incompréhension et les injures qui s’ensuivraient. Dans un élan qui surprit, il cria sans retenue, qu’il s’agissait d’un malentendu entre la Compagnie de Jésus et le monde. Il n’avait rien écrit de ce qu’il venait d’entendre. Pourquoi une telle méprise ? A aucun moment, il n’avait cherché à diriger les consciences, même les plus faibles. Quel profit en aurait-il tiré ? Il résista. Ses prétentions le rendirent encore plus haïssable et tous déclarèrent s’opposer à l’instruction donnée par les jésuites qui n’étaient rien d’autre que des gens inutiles, dangereux, séditieux. Toujou

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