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Le docteur mystérieux , livre ebook

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Description

Alexandre Dumas (1802-1870)



"Le 17 juillet 1785, la Creuse, après une matinée d’orage, roulait profonde et troublée entre deux rangs de maisons fort peu symétriquement alignées sur ses rives, et qui baignaient dans l’eau leur pied de bois. Toutes vieilles et toutes délabrées qu’elles étaient, elles n’en souriaient pas moins au soleil, qui, en sortant du double nuage d’où venait de s’échapper l’éclair, jetait un ardent rayon sur la terre encore trempée de pluie.


Ce tas de maisons boiteuses, borgnes et édentées avait la prétention d’être une ville, et cette ville se nommait Argenton.


Inutile de dire qu’elle était située dans le Berri. Aujourd’hui que la civilisation a effacé le caractère des races, des provinces et des cités, c’est encore un spectacle à faire bondir de joie le cœur de l’artiste, qu’Argenton vu des hauteurs qui dominent ses toits chargés de mousse et de giroflées en fleur.


Montez, par un beau jour, le long de ces rochers où se tordent des racines pareilles à des couleuvres, frayez vous-même votre chemin, à travers ces blocs que recouvre une fauve et sèche végétation de lichens jaunis, de fougères ensoleillées et de ronces rougies, accrochez vos ongles à ces ruines qui se confondent avec le roc par la couleur et la solidité de leurs masses, si vastes et si obstinées, qu’il a fallu les terribles guerre de la Ligue et les puissantes épaules de Richelieu pour renverser ces ouvrages de l’art qui, soudés à l’œuvre de la nature, semblaient aussi impérissables que leurs bases granitiques ; et encore ces guerres d’extermination n’ont-elles pu déraciner ces indestructibles fondements qui restent là foudroyés par le canon, déchirés par la scie, ébréchés par le vent, broyés par le sabot des bœufs, écaillés par le fer des chevaux, foulés par le pied du pâtre, mais immobiles."



En 1786, à Argenton (Berry), le docteur Jacques Merey, médecin des pauvres qui s'adonne aux recherches scientifiques et ésotériques, découvre une fillette dont s'occupent un braconnier et sa mère : l'enfant est amorphe et ne parle pas. Il décide de s'en occuper, de la soigner et de l'éveiller ; ce sera son défi... Mais la révolution arrive à grands pas...


A suivre : "La fille du marquis".

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782374639512
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Création et rédemption
 
Le docteur mystérieux
 
 
Alexandre Dumas
 
 
Août 2021
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-37463-951-2
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 949
I
Une ville du Berri
 
Le 17 juillet 1785, la Creuse, après une matinée d’orage, roulait profonde et troublée entre deux rangs de maisons fort peu symétriquement alignées sur ses rives, et qui baignaient dans l’eau leur pied de bois. Toutes vieilles et toutes délabrées qu’elles étaient, elles n’en souriaient pas moins au soleil, qui, en sortant du double nuage d’où venait de s’échapper l’éclair, jetait un ardent rayon sur la terre encore trempée de pluie.
Ce tas de maisons boiteuses, borgnes et édentées avait la prétention d’être une ville, et cette ville se nommait Argenton.
Inutile de dire qu’elle était située dans le Berri. Aujourd’hui que la civilisation a effacé le caractère des races, des provinces et des cités, c’est encore un spectacle à faire bondir de joie le cœur de l’artiste, qu’Argenton vu des hauteurs qui dominent ses toits chargés de mousse et de giroflées en fleur.
Montez, par un beau jour, le long de ces rochers où se tordent des racines pareilles à des couleuvres, frayez vous-même votre chemin, à travers ces blocs que recouvre une fauve et sèche végétation de lichens jaunis, de fougères ensoleillées et de ronces rougies, accrochez vos ongles à ces ruines qui se confondent avec le roc par la couleur et la solidité de leurs masses, si vastes et si obstinées, qu’il a fallu les terribles guerre de la Ligue et les puissantes épaules de Richelieu pour renverser ces ouvrages de l’art qui, soudés à l’œuvre de la nature, semblaient aussi impérissables que leurs bases granitiques ; et encore ces guerres d’extermination n’ont-elles pu déraciner ces indestructibles fondements qui restent là foudroyés par le canon, déchirés par la scie, ébréchés par le vent, broyés par le sabot des bœufs, écaillés par le fer des chevaux, foulés par le pied du pâtre, mais immobiles.
Au plus haut de ces ruines, faites par les guerres civiles et non par le temps, asseyez-vous et regardez.
Au-dessous de vous s’abîme, comme une ville engouffrée par une catastrophe géologique, une sauvage et pittoresque cohue de maisons, avec des poutres saillantes, de lourds escaliers de bois qui grimpent extérieurement à l’étage supérieur, des toits de chaume poudreux et des tuiles noires que recouvre une crasse de végétation spontanée. Du point où vous la regardez, la ville semble déchirée en deux par une rivière sombre et encaissée, dont le nom significatif, la Creuse, indique les profondeurs dans lesquelles elle roule.
De longues perches, fixées aux maisons qui bordent son cours, étalent comme des drapeaux de mille couleurs le linge en train de sécher et qui flotte au vent. Ce groupe d’habitations informes, dont les fondements déchaussés, la charpente accusée à vif, les nervures de bois massives attestent l’enfance de l’art de bâtir, est encadré dans le plus frais, le plus charmant et le plus naïf paysage qui se puisse voir.
Ici, la nature n’a point cherché l’effet. Ce bon Berri est de toute la France l’endroit où la simplicité a le plus de caractère, et Argenton est, je crois, la ville la plus simple du Berri ; les moutons, ces armes de la province, si j’ose ainsi dire, y sont plus moutons qu’ailleurs, et les oies qui barbotent dans l’eau rapide de la rivière y ont admirablement l’air de ce qu’elles sont.
Tel est encore Argenton aujourd’hui et tel il devait être en 1785, car c’est une des rares villes de France que le souffle des révolutions modernes et que l’esprit de changement n’a point encore atteinte. Ces maisons, quoique près d’un siècle soit écoulé depuis l’époque que nous venons de citer, étaient vieilles alors comme elles le sont aujourd’hui, car depuis longtemps elles ont atteint un âge qui ne marque plus ; si quelque chose étonne le touriste, le peintre ou l’architecte, c’est la solidité de ces masures ; elles ressemblent aux rochers et aux débris de fortifications qui les dominent. On dirait qu’elles durent par leur vétusté même, et que c’est l’excès de leur vieillesse qui les fait vivre ; il y a si longtemps qu’elles penchent d’un côté ou de l’autre, qu’elles en ont pris l’habitude et qu’elles n’ont plus de raison honnête pour tomber, même du côté où elles penchent.
Rien ne peut donner une idée du calme, de l’insouciance et de la placidité des habitants d’Argenton ce 17 juillet 1785 ; le clocher de l’église venait d’égrener sur la ville l’ Angelus de midi, et, dans ces tranquilles demeures, chacun offrait à Dieu sa paisible misère comme une expiation de ses fautes et un moyen douloureux mais salutaire de gagner le ciel ; cette quiétude de caractère est en rapport avec la sérénité du paysage et avec les occupations uniformes des habitants de cette petite ville, que n’agite ni l’industrie, ni le commerce, ni la politique ; entourés d’une nature toujours la même, d’arbres qu’ils ont toujours connus grands, de maisons qu’ils ont toujours connues vieilles, les habitants d’Argenton ne se voyaient point changer ni vieillir. Comme l’hirondelle qui revenait tous les ans aux toits de leurs maisons, tous les ans la joie du printemps, éclose dans le soleil d’avril, ramenait dans leurs cœurs le courage de supporter les rudes travaux de l’été et l’oisiveté douloureuse de l’hiver.
Argenton, malgré tous les grands mouvements qui s’étaient faits dans les esprits vers la fin du règne de Louis XV et au commencement du règne de Louis XVI, ne reconnaissait guère d’autre puissance que celle de l’habitude. Il y avait alors pour Argenton un roi de France qu’on n’avait jamais vu, mais auquel on croyait et auquel on obéissait sur la parole du bailli, comme on croyait et on obéissait à Dieu sur la parole du curé.
 
-oOo-
 
Dans une des rues les plus désertes et les plus rongées d’herbe, s’élevait une maison peu différente des autres maisons, si ce n’est qu’elle était presque ensevelie sous un immense lierre, dans lequel, le soir, semblaient se réfugier tous les moineaux de la ville et des environs.
Malgré leur confiance dans cette maison à l’abri de laquelle ils ne craignaient pas de s’endormir, après avoir longtemps fait tressaillir le feuillage, malgré leur caquetage joyeux et bruyant qui commençait avec l’aurore, cette maison était mal famée. Là, en effet, demeurait un jeune médecin venu de Paris depuis trois ans et qui en avait vingt-huit à peine. Pourquoi avait-il devancé la mode des cheveux courts et non poudrés que Talma devait inaugurer cinq ans seulement plus tard, dans son rôle de Titus ? Sans doute parce qu’il lui était plus commode de porter les cheveux courts et sans poudre. Mais, à cette époque, c’était une innovation malheureuse pour un médecin ; quand la science médicale était si souvent mesurée au développement gigantesque de la perruque dont se coiffaient les disciples d’Hippocrate, personne ne remarquait que les cheveux du jeune docteur étaient ondés par la nature mieux que n’eût pu le faire le talent du plus habile coiffeur ; personne ne remarquait que ces cheveux, du plus beau noir, encadraient admirablement un visage pâli par les veilles, dont les traits fermes et sévères indiquaient surtout l’application à l’étude.
Quel motif avait porté cet étranger à se retirer dans une ville aussi agreste et présentant si peu de ressources à l’exercice de la médecine que la ville d’Argenton ? Peut-être le goût de la solitude et le désir du travail non interrompu ; et, en effet, ce jeune savant, surnommé dans la ville le docteur mystérieux à cause de sa manière de vivre, ne fréquentait personne, et, chose doublement scandaleuse dans une petite ville de province, ne mettait pas plus le pied à l’église qu’au café. Mille bruits malveillants et superstitieux couraient sur son compte. Ce n’était pas sans raison qu’il ne portait ni poudre ni perruque, mais cette raison était mauvaise puisqu’il ne la disait pas. On l’accusait d’être en communication avec les mauvais esprits, et sans doute l’étiquette n’était point la même dans le monde nocturne que dans le nôtre.

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