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Le Château de l'Errant , livre ebook

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Description

« Regarder en arrière, en amont, avant moi. Scruter les branches de mon arbre. Tenter d’apercevoir celles que je n’ai jamais vues, cachées par les entrelacs les plus proches, ceux là mêmes qui m’étouffent. Comprendre les couleurs dont je suis peint et les matériaux dont je suis construit. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782748394252
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Robert Boublil

Le Château de l' e rrant

Société des Écrivains
Sur simple demande adressée à la Société des Écrivains,
14, rue des Volontaires – 75015 Paris,
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Texte intégral
© Société des Écrivains, 2012

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l ’ auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contref a çon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Préface (en forme de lettre à l’auteur)

Nine, ma tout juste « grande » sœur (19 ans) et moi, son petit frère (11 ans) sommes arrivés à Paris à la fin décembre de cette année de disgrâce 1957. Tout était gris. Nous avions perdu papa, maman et notre pays la Tunisie. Ça fait bea u coup. Qu’allions-nous devenir ? Où aller ? Ma sœur avait un petit morceau de papier couvert de hiéroglyphes à la main droite. De l’autre, la gauche, elle me tenait ferm e ment : elle n’allait pas perdre son jeune frère, en plus. Un nom, une adresse mystérieuse : Boublil, rue Castel (14 ou 16 ?) Font e nay-sous-Bois. Des amis, des parents. Élie, Fleurette, et leurs enfants Jean-Pierre, Michèle, Janine et le petit Robert. Mais oui, Robert. « Il a ton âge… Ça va te faire un ami… les Bo u blil sont de Tunis, comme nous… » Moi, mes copains, eux aussi, avaient disparu. Ce n’était plus une vie que ma vie mais un naufrage. Un iceberg, comme pour le Titanic, m’avait submergé. Et j’avais coulé. À pic. Adieu la vie ! Souvent, j’ai pensé que j’étais mort, moi aussi, en même temps que les p a rents abandonnés du côté du vieux cimetière juif du Borgel, en un Tunis laissé précipitamment derrière nous. Une débâcle. Une petite armée en déroute. Mais il y avait ces fameux Boublil et toi, mon ami retrouvé Robert, malin, vif et alerte. Un vrai « s a laud » en vérité, car tu avais toujours tes parents et je t’enviais de toutes mes faibles forces d’orphelin très jaloux. Toi, on t’aimait ! tu disais encore « papa » et « maman ». Moi, plus jamais. Et plus personne, la nuit, ne viendrait me consoler ou me protéger en ces dortoirs de pensionnat, que j’allais fréquenter. C’est là que l’on pa r quait les enfants de mon espèce en cette grande ville d’infortune. Ainsi, Nine et moi fûmes invités à manger (dév o rer ? engloutir ?) les pâtes sublimes de Fleurette ta tendre maman, et à rire aux blagues de ton ogre débonnaire de père nommé Élie. Une famille d’accueil rien que pour nous, vite devenus invités permanents des dima n ches, juste avant le retour atroce à 18 heures vers la pension qui sentait la soupe froide et les ch a grins enfantins. Mais qu’est-ce que l’on avait été bien chez les Boublil ! Du bonheur juste une fois par s e maine. Un rêve tout doux. Toi, mon Robert, hil a rant, sérieux comme un pape et pourtant dissipé comme un funambule. Un artiste, déjà, comme j’aurais tant aimé l’être si le sort ne s’était acharné (quelle piètre excuse !) sur moi.
Alors, les Boublil, ces anges gardiens, ne nous ont pas abandonnés – contrairement aux parents morts – de dimanche en dimanche entre rires et chansons, potins et popotins à la tunisienne.
Jamais je n’oublierai Robert, les fous rires irr é pressibles, et ses gamineries en tous genres. Tu fus vraiment roi des fa r ces et attrapes de mon enfance et tu savais faire oublier, durant quelques heures lég è res comme le soleil de Tunis, mon désespoir tenace. Moi qui ne savais pas pleurer, tu me faisais rire aux larmes. Cela valait mieux, en vérité.
On s’est quitté. Et toujours retrouvé. Et là, je viens de r e cevoir encore un beau cadeau de toi, le frère tant aimé. Un livre. Un vrai.
Une découverte. On croit les connaître. Et l’on ne sait pas grand-chose des êtres que l’on a de si près tenus. Robert, toi, ton archéologie familiale et ta vie en zigzag. Tes rêveries et tes blessures… Ici, tu mets tout en ordre en un récit picaresque et turbulent, drôle et en même temps grave. À ta manière. Et maintenant que tu es devenu, comme moi, un vieil orph e lin, nous sommes à égalité de malheurs. Tu as eu, sur ce plan-là (et Dieu merci) du retard à l’allumage, mais, hélas, la vie t’a fait me rattraper. Et ta douce maman et ton père au rire tonitruant, et ton grand frère si énigmatique Jean-Pierre, et ta si talentueuse grande sœur Janine, monteuse surdouée dont Claude Lelouch, bouleversé, me racontait la mort tragique sur la route de Cannes et des palmes d’or… Pauvre de toi que la vie n’a pas épargné, R o bert, l’aimé, Robert, la grâce. Robert et ta femme, si belle Geeske au prénom de fée batave. Et vos e n fants chéris. La très brillante Elsa, « Mon amour, ma je u nesse » comme dirait Aragon, et ses frères David et Boris. Robert, homme errant, comme le château de son récit conv o que et recrée la mémoire de ses ancêtres entre la lointaine Moldavie, la fiévreuse Odessa, Bordeaux la juive, Alexandrie et, enfin, n o tre Tunis. Avant que viennent Paris, Toronto, l’Amsterdam de la femme d’une vie, et autres pér é grinations de l’âme. Juifs errants au château des songes. En ce récit, tout prend forme et corps. Le livre d’une vie, le livre nécessaire. Celui que chacun d’entre nous devrait composer s’il en avait le talent. Les « Valeureux » (comme dirait un lointain cousin Albert Cohen), ici, sortent de leurs tombes éparses et rejoignent le banquet des vivants. Ils dansent et rient. Les voici s’extasier devant tes sculptures, toi, l’artiste, les voici applaudir aux prouesses du fina n cier que tu fus avec succès. Ils sont fiers, les ressuscités qui reviennent, pacifiques, hanter tes r i vages. Ils te disent merci, toi par qui tous les fils de la mémoire sont, de nouveau, tressés. Robert r e donne piments et couleurs à nos exils. Un seul détail cloche mais il est de taille : je ne me souviens guère de t’avoir « soufflé », en colo de vacances, une ce r taine et sexy Danielle « M ». J’aurais adoré, c’eut été une belle revanche tant tu avais plus de charme et de joliesse que moi. Mais, hélas, je crois que tu me confonds avec un autre type en short, perdu entre Galilée et Jérusalem. Qu’est devenue la troublante (?) Danielle « M » ? Cela vaut, sûrement, une suite. Tu me la dois. Et moi, je d é corerai une nouvelle fois les aventures de « Robert, l’ami que j’ai », auquel je dois d’avoir tant ri en des années où j’avais même oublié que cela était possible.
Merci, mon frère, d’avoir remué tous ces doux souvenirs et d’avoir évoqué les visages tendres de tes disparus que j’aimais tant et que tu feras déco u vrir, je l’espère de tout cœur, à un large public.
Ton livre est beau. Il est doux. Il te ressemble. Il est pa r cours de vie. Il est éternité. Tu as vaincu la mort. Continue ton œuvre, Robert. On en a besoin.

Serge Moati
« Mon pays , ce n’est pas le pays de mes ancêtres, ni même le village de mon enfance. Mon pays, c’est là où mes enfants sont heureux. »

Abla Farhoud , Le Bonheur a la queue glissante
Prologue

« Le souv enir est l ’ espérance renversée. On r e garde le fond du puits comme on a regardé le sommet de la tour .   »

Gustave Flaubert , Mémoires d’un fou
Amsterdam – d écembre   2008

Elle est tout près mais elle ne semble pas encore prête à franchir la porte de la petite maison du qua r tier de Betondorp à Amsterdam. Les médecins ont pourtant été assez clairs, même s ’ ils l ’ ont dit dans ce néerlandais que je comprends encore trop mal. «  Korte termijn .   » Court terme. Le pronostic p o sé en octobre dernier était catégorique : quelques semaines, quelques mois tout au plus, à vivre. Prof i tez, m adame Olsson, de vos dernières forces, pour faire les choses dont vous avez envie, ce qui est i m portant pour vous, et organiser vos affaires avant de quitter ce monde. Depuis cette condamnation à mort pr o noncée un jour d ’ octobre 2008 par un médecin jeune et beau, poli et plein de tact, Geeske et moi venons à Amsterdam environ une semaine par mois pour lui tenir compagnie. Imke en est ravie. Elle s a voure chaque instant de la présence de sa seule fille, et aussi de ce gendre dont elle apprécie le silence et la discrétion. Sa gai e té naturelle et sa force de c a ractère semblent avoir maintenu la m ort à distance pour l ’ instant, mais nous savons qu ’ un jour elle e n trera et qu ’ elle nous ravira cette octogénaire qui a été très belle, et qui nous manquera cruellement.
Geeske n ’ a de cesse de converser avec sa maman, de rire avec elle. Comment peuvent-elles être aussi joyeuses quand on sait que le verdict sera appliqué dans les semaines ou les jours qui viennent ? La fille prépare les repas de sa maman, et prend bien soin de lui raconter les moindres détails de nos journées à Paris, de la vie de nos enfants et petits enfants. De Jeanne, en particulier, cette petite - fille qui vient de naître à Elsa et Philippe, et dont Imke sera le de u xième prénom. Jeanne qui prend, depuis le 10   décembre dernier, le temps de grandir dans les bras d ’ Elsa, contre son sein.
Les femmes «  savent   » la vie. Ces femmes dont le temps n ’ est pas le mien. Ces F lamandes de Jacques Brel. Ces «  fémilles   » de son enfance qu ’ il passa sous ce même ciel de plomb. Ces femmes qui s ’ affairent sans pause mais sans courir.
Pour moi qui ai tant couru, cet arrêt imposé, à faible distance du terminus de ma belle - mère que j ’ aime, m ’ enseigne comment on meurt tranquill e ment. Comment on peut défier sa propre angoisse alors que le mal se met à attaquer et qu ’ il nous co n voque dans l ’ antichambre du désespoir. Co m ment on peut planifier, dans ce rare et petit pays où l ’ euthanasie est légale, son propre départ sans a n goisse apparente et dans la dignité.

Cette pause, cet arrêt en rase campagne qui pe r met de co m prendre comment on gère une fin de vie, me donne aussi le temps de regarder en arr

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