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LA Rebellion tranquille , livre ebook

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Description

Le livre de Martine Tremblay constitue la première tentative de poser un regard global et indépendant sur l'histoire du Bloc québécois. Il décrit d'abord le contexte, l'environnement et les conditions qui ont présidé à sa naissance en 1990 avant de dérouler la trame des événements qui ont jalonné son existence. L'ouvrage se termine avec l'élection de mai 2011, qui a mis fin à la domination exercée par ce parti fédéral au Québec.
L'histoire du Bloc québécois, entre 1990 et 2011, c'est avant tout l'histoire de deux hommes: Lucien Bouchard et Gilles Duceppe. Ils ont tour à tour imposé leur personnalité, leurs valeurs et leur style à une formation politique confinée par nature au rôle d'opposition.
Le lundi 21 mai, quand il se rend à Ottawa, sa lettre est déjà écrite. Sentant venir le coup, certains tentent de le dissuader de commettre le geste irréversible. Ni le greffier Paul Tellier ni l’ancien chef de cabinet du premier ministre, Bernard Roy, un ami personnel venu expressément de Montréal pour le voir, ne réussissent à l’ébranler.
« Ce fut une scène terrible, raconte Lucien Bouchard. Paul Tellier et Bernard Roy n’avaient jamais pensé que je démissionnerais. Ils craignaient bien plus des gens comme Benoît Bouchard, Marcel Masse et Gilles Loiselle. J’étais fatigué, tendu, je souffrais en plus du décalage horaire. Bernard Roy m’a demandé : “Vas-tu voir Brian ?” Je lui ai répondu : “Non !” “Ça ne se fait pas de partir sans le voir.” “Est-ce qu’il a cherché à me voir, lui, pour m’informer de ce qui allait arriver ?” »
Il n’a pas le temps [N1] de quitter le bureau de Paul Tellier qu’il reçoit un appel l’informant que le premier ministre veut le rencontrer. Lucien Bouchard raconte la scène qui s’est ensuite déroulée au 24 Sussex, résidence officielle du chef du gouvernement fédéral. Quand il s’assoit devant Brian Mulroney, il voit que ce dernier a eu le temps de se composer un personnage. S’engage alors un dialogue de sourds :
« Des amis de 25 ans, ça ne se sépare pas comme ça ! Comme premier ministre, il faut que je te dise que je ne peux pas accepter le télégramme. Je dois t’adresser une réprimande.
— Un instant ! Le télégramme, tu sais très bien qu’il n’y a rien là, que c’est normal de souligner à quel point René Lévesque était un grand démocrate. Le problème, c’est pas le télégramme, c’est l’accord du Lac Meech que tu es en train de jeter au panier.
— Tu sais ce que ça fait, une démission ? Pense à Jean Marchand. Ç’a juste fait un “plouf” dans l’eau[i].
— Un “plouf” si je démissionne ? »
« Plus il parlait, plus il me mettait du gaz dans le moteur, raconte l’ancien ministre. Je lui ai remis ma lettre sans hésiter. Il l’a lue devant moi et m’a demandé deux corrections que j’ai accepté de faire, soit éliminer une comparaison que je faisais entre lui et Pierre Elliott Trudeau et la dater du 21 mai. On s’est serré la main. Je savais que c’étaient 25 ans d’une vraie amitié qui se terminaient. On était devenus des frères qui s’étaient aidés l’un l’autre, selon le cas.
« Comme j’allais quitter, il m’a suggéré que je pourrais peut-être demeurer dans le caucus. Surpris, je n’ai pas répondu sur le coup. Mais une fois rentré à la maison, Audrey m’a dit : “Ne fais pas ça ! Tu ne peux pas le laisser t’envoyer sur le banc et le voir se péter les bretelles en montrant qu’il t’a puni[ii] !” » Micheline Fortin confirme qu’il y a sérieusement songé. Elle lui déconseille fortement de le faire elle aussi : « Tu vas être dans une position impossible, harcelé par les uns, bâillonné par les autres, lui dit-elle. Tu dois quitter complètement la politique[iii]. » Lucien Bouchard informe donc rapidement le premier ministre qu’il démissionne aussi du caucus conservateur.
Dans sa lettre d’acceptation de la démission, Brian Mulroney cherche à minimiser le désaccord qui le sépare de son lieutenant : « Il est d’ailleurs regrettable que votre absence du pays vous ait empêché de suivre d’aussi près que vous l’auriez voulu l’évolution quotidienne de ce dossier qui nous tient tant à cœur à tous les deux. Je suis persuadé que, si vous aviez été en mesure de siéger au comité ministériel durant la période critique des derniers jours, nous aurions pu répondre à vos inquiétudes[iv]. »
Mais Lucien Bouchard n’est déjà plus au stade des inquiétudes dont parle son ex-patron. « Je siégerai comme indépendant à la Chambre des communes, a-t-il écrit dans sa lettre de démission. J’userai de ma liberté de parole, pleinement retrouvée […]. Je crois profondément qu’il faut repenser ce pays. Il faut cesser de s’acharner à faire entrer le Québec dans le moule d’une province comme les autres […]. Seul un État québécois démocratiquement nanti d’un mandat clair, fondé sur la récupération de ses pleines attributions, disposera de l’autorité politique nécessaire pour négocier l’association canadienne de demain[v]. »
Dans sa déclaration au Parlement, le mardi 22 mai, il ne cache pas la difficulté de sa situation : « […] je me vois contraint de quitter le gouvernement, avec douleur, avec déchirement, aussi bien que le caucus conservateur, pour siéger comme député indépendant. » Mais il retrouve vite les accents passionnés qu’il affectionne tant dans ses discours et, pour la première fois, de son siège de député fédéral, il s’adresse directement à Robert Bourassa et l’implore de résister aux pressions fédérales. « J’adjure le premier ministre du Québec, dit-il, d’éviter le traquenard qui se trouve ainsi tendu pour lui. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 août 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782764428573
Langue Français
Poids de l'ouvrage 40 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0950€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

De la même auteure
Derrière les portes closes : René Lévesque et l’exercice du pouvoir (1976-1985) , Éditions Québec Amérique, 2006.


Projet dirigé par Pierre Cayouette, éditeur et conseiller littéraire en collaboration avec Raphaelle D’Amours, adjointe à l’édition

Conception graphique : Nathalie Caron
Mise en pages : Pige communication
Révision linguistique : Martin Duclos et Chantale Landry
En couverture : © Jacques Grenier, Le Devoir
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Québec Amérique
329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage
Montréal (Québec) H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Tremblay, Martine
La Rébellion tranquille : une histoire du Bloc québécois (1990-2011)
(Dossiers et documents)
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7644-2850-4 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2856-6 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2857-3 (ePub)
1. Bloc québécois - Histoire. 2. Partis politiques - Canada. 3. Québec(Province) - Histoire - Autonomie et mouvements indépendantistes.4. Canada - Politique et gouvernement - 1993-2006. 5. Canada - Politiqueet gouvernement - 2006- . I. Titre. II. Collection : Dossiers et documents(Éditions Québec Amérique).
JL197.B56T73 2015 324.271’0984 C2015-941006-1

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2015

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2015.
quebec-amerique.com



À mes enfants, Isabelle et Jean-Olivier, la journaliste et le philosophe.


AVANT-PROPOS
Aujourd’hui encore, les anglophones et les francophones du Canada entretiennent des conceptions différentes, voire incompatibles de leur pays 1 .
Kenneth McRoberts, 1999
Le Québec n’a pas de meilleur atout politique que ce parti qui, un jour, s’est introduit dans le parlementarisme canadien et a altéré la dynamique des partis fédéralistes et du fédéralisme lui-même. L’adversaire est dans la place 2 !
Pierre Vadeboncœur, 2007
L’idée d’écrire ce livre m’est venue à la fin de l’année 2009, à la veille des célébrations du vingtième anniversaire du Bloc québécois. Par-delà les réflexions et les commentaires qu’aura suscités cet anniversaire, il m’est apparu qu’il serait intéressant de chercher à comprendre les raisons de la longévité d’un parti qui avait pourtant bel et bien inscrit dans son acte de naissance qu’il ne durerait pas plus d’une campagne électorale. Ce n’est pas tant la création du Bloc québécois (BQ) qui étonne – quand on se remémore les dramatiques rebondissements qui ont résulté de l’échec de la ratification de l’accord du Lac Meech –, que son extraordinaire ascension et son impressionnante résilience après le départ de son chef fondateur, Lucien Bouchard, en 1996. Il s’agit là d’un phénomène unique dans l’histoire canadienne et, sans doute, en Occident. À titre d’exemple, le parti indépendantiste écossais, le Scottish National Party, fondé en 1934, n’a jamais eu plus de onze députés au Parlement de Westminster au cours de ses quatre-vingts premières années d’existence.
Il y a eu, bien sûr, d’autres périodes où le Québec a fait sentir sa différence à Ottawa, les deux expériences les plus dignes de mention étant celles du Bloc populaire, dans les années 1940, et du Ralliement créditiste, dans les années 1960-1970.
Le Bloc populaire canadien 3 est né en 1942 de la colère suscitée au Québec par la décision du gouvernement fédéral d’imposer la conscription obligatoire pour le service outre-mer 4 . Un parti bicéphale, actif aux niveaux fédéral et provincial, a alors été créé, codirigé par l’ancien député libéral Maxime Raymond, pour la section fédérale, et par le journaliste André Laurendeau, pour son pendant provincial. D’un côté, le Bloc populaire défendait une conception nationaliste du Canada dans le but de mettre fin à l’assujettissement du pays aux caprices et à l’emprise toujours présente de la Grande-Bretagne. De l’autre, il prônait une véritable autonomie provinciale à l’intérieur d’un régime fédéral qui devait garantir l’égalité des « deux races fondatrices du Canada ». Mais cette formation fut incapable de structurer et de financer une organisation capable de concurrencer les partis traditionnels, si bien qu’elle ne réussit pas à s’imposer aux élections, ne faisant élire que quatre députés à Québec, en 1944, et deux à Ottawa, en 1945. Le parti est donc disparu cinq ans seulement après sa fondation, miné par les disputes, par une rivalité féroce entre Québec et Montréal et par les habiles manœuvres partisanes du chef de l’Union nationale, Maurice Duplessis.
Deux décennies plus tard, un politicien populiste de l’Abitibi, Réal Caouette, a pris la tête de l’aile québécoise du Crédit social du Canada et a fait élire 26 députés aux élections fédérales de 1962, alors que le parti n’en comptait que quatre provenant du reste du pays. Il a rapidement provoqué le renversement du gouvernement minoritaire conservateur de John Diefenbaker et l’élection du libéral Lester B. Pearson. Peu après, Réal Caouette s’est détaché du parti dirigé par l’Albertain Robert Thompson pour fonder le Ralliement créditiste. Mais il n’a jamais réédité ses succès électoraux de 1962, même si son parti a fait élire des députés à Ottawa jusqu’en 1979. Se fondant sur une doctrine économique et monétaire formulée dans l’Ouest canadien par Clifford Douglas, selon laquelle l’État devait verser un « crédit social » aux citoyens pour améliorer leur pouvoir d’achat, le parti de Réal Caouette n’a jamais réussi à pénétrer les milieux urbains du Québec. Il n’a jamais non plus été proche de la mouvance nationaliste québécoise, en forte croissance au cours de ces années, sauf en 1979-1980, lorsque le Beauceron Fabien Roy a pris la tête du parti et s’est momentanément allié au gouvernement péquiste de René Lévesque en se prononçant pour le OUI au référendum.
Dans les années 1980, répondant à l’appel du ministre péquiste Marcel Léger, des ténors et militants souverainistes ont défendu l’idée de créer une force politique fédérale rattachée au Parti québécois (PQ), mais l’opposition de René Lévesque a empêché le projet de se concrétiser 5 .
L’émergence du Bloc québécois, en 1990, survient donc comme un phénomène tout à fait inattendu qui ne se réclame ni des précédents que nous venons d’évoquer ni du projet caressé dans les années 1980. Au surplus, ce parti n’est pas le fait de gens qui s’étaient jusque-là affichés ouvertement comme des souverainistes. Sa progression fulgurante et sa durabilité n’en sont que plus remarquables.
Jusqu’à aujourd’hui, deux livres ont été consacrés à l’histoire du Bloc québécois. Le premier a été publié à Toronto en 1995, juste avant la tenue du référendum, sous la plume de la journaliste Manon Cornellier. Or, cet ouvrage n’a jamais été traduit en français. En 2010, à l’occasion du vingtième anniversaire du parti, une conseillère proche du chef Gilles Duceppe, Marie-France Charbonneau, a produit, dans le cadre de ses travaux de maîtrise, une synthèse sur le Bloc québécois précédée d’un texte introductif du politologue Guy Lachapelle. L’idée centrale de l’auteure consistait à démontrer l’influence exercée par le Bloc sur les politiques fédérales sur une période de vingt ans. Outre le fait qu’il ne s’agit pas d’une histoire du parti à proprement parler, nous avons ici affaire à une publication autorisée, c’est-à-dire réalisée sous la supervision du Bloc et de ses dirigeants.
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