111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

La Louve - Tome I , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

L'antique manoir de Rohan-Polduc a été témoin de deux tragédies : l'expulsion de César de Rohan avec sa jeune femme et son fils, la malédiction de Valentine de Rohan, portant sa fille dans ses bras. César en est mort, et Valentine aussi, peut-être. Guy, comte de Rohan, leur père, jeté lui-même hors de sa demeure par la trahison d'Alain Polduc, était parti seul, sans tourner la tête. Depuis lors, les gens de la contrée ignorent ce qu'était devenu le comte Guy, cet implacable vieillard, dur comme les héros de la légende celtique. César, sa femme et son fils passent pour morts. Nul ne sait le sort de Valentine ni de sa fille...

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 439
EAN13 9782820605474
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La Louve - Tome I
Paul F val
Collection « Les classiques YouScribe »
Faitescomme Paul F val, publiez vos textes sur YouScribe
YouScribevous permet de publier vos écrits pour les partager et les vendre. C’est simple et gratuit.
Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0547-4
PREMIÈRE PARTIE – LA SAINT-JEAN
I – L’APPARITION
Le soleil égayait déjà les bouquets de verdure étagés au versant de la colline : vieux charmes au troncs difformes et noueux ; grands bouleaux élancés hardiment et portant avec fierté leur tremblante couronne de feuillage, chênes robustes, châtaigniers arrondissant en voûte leurs branches touffues. Çà et là, au-dessus du couvert épais et solide comme un dôme, montaient des colonnettes de fumée qui se tordaient en spirales légères, bleuies par les rayons du levant.
Ce n’était pas la vapeur opaque et lourde que respirent à présent les cheminées de nos usines ; c’était le souffle timide de l’industrie en bas âge : chaque colonnette de fumée marquait la place d’une loge couverte en chaume, humble fabrique de ces sabots roses, recourbés à la chinoise, ventrus comme des vaisseaux de haut bord, qui sont la gloire de la forêt de Rennes.
Le comte de Rohan-Polduc, Notre Monsieur , comme on l’appelait dans les loges, disait que son manoir avait été bâti au IX e siècle de l’ère chrétienne par St Guéhéneuc, dit aussi St Winoch et St Guy, cadet de la maison ducale de Bretagne, comte de Porhoët, vicomte de Rennes et premier auteur du nom de Rohan. Si le bon gentilhomme se trompait, ce n’était pas de beaucoup, car le manoir semblait vieux comme le monde, avec ses tourelles étroites entassées confusément, son petit donjon tapissé de giroflées et ses poivrières aux toits pointus comme des bonnets de magicien. Les ardoises de la toiture, blanches de lichen, laissaient croître partout la joubarbe et la mousse qui pendait, longue comme une chevelure. Les murs, faits de blocs de granit, étaient vigoureux encore, mais, sous le noir manteau de lierre qui les enveloppait, on découvrait les rides du vieillard et les blessures du soldat : les crevasses, injures du temps ; les brèches, cicatrices glorieuses de la sape et de la mine.
Un fossé large et qui avait dû être profond, au temps où le manoir gardait des prétentions au titre de forteresse, faisait le tour des bâtiments ; il conservait juste assez d’eau pour servir aux ébats d’une troupe nombreuse d’oies et de canards. On avait cependant comblé la portion des douves qui faisait face à l’avenue, de sorte que les maîtres, les serviteurs et les troupeaux pouvaient entrer de plain pied dans le pâtis, situé en avant du saut-de-loup. Le saut-de-loup lui-même se traversait à l’aide d’un petit pont rustique aboutissant à une large brèche pratiquée dans le rempart.
Cette brèche avait son histoire.
En 1670, alors que le roi Louis XIV et le comte de Rohan-Polduc étaient jeunes tous les deux, le gentilhomme breton avait eu fantaisie de faire la guerre au plus puissant monarque de l’Europe. Rohan avait en lui du levain protestant comme presque tous ceux de sa race ; le sang ducal coulait dans ses veines et son chartrier contenait plus de vieux parchemins qu’il n’en fallait pour établir ses droits au trône de Bretagne. Louis XIV, qui avait des Rohan tant et plus à sa cour de Paris : Rohan-Soubise, Rohan-Guémenée, Rohan-Rochefort, et même ces Rohan-Chabot dont l’épopée comique prêta si bien à rire aux gazetiers du dix-septième siècle, Louis XIV ne se douta peut-être jamais qu’au fin fond de la forêt de Rennes il y avait un prince mal peigné qui prétendait lui disputer une portion de son royaume.
C’était le temps où madame la marquise de Sévigné, la charmante Bretonne, raillait avec tant d’esprit et si peu de patriotisme les pauvres sauvages Bretons. On aurait entendu de fiers éclats de rire à Versailles, si quelque prophète s’était avisé de prédire que le premier coup de tonnerre lointain annonçant la révolution à venir gronderait dans ce ciel brumeux, et que le premier couplet de la chanson « patriote » serait chanté par ces gentilshommes à crinières incultes et à mains calleuses, bons à la charrue comme à l’épée, pour qui la marquise tout aimable gardait ses plus dédaigneux sourires…
Elle était loin encore la révolution française. Honoré d’Albert, duc de Chaulnes, frère cadet du connétable de Luynes, gouverneur de la province de Bretagne et l’homme le plus gros de son siècle, envoya deux compagnies contre les paysans de Polduc, qui s’étaient retranchés dans les landes d’Auray. Il y eut bataille, et Rohan fut vaincu. Le duc de Chaulnes, mettant à profit cette occasion, confisqua l’immense domaine de Polduc dans l’évêché de Tréguier et assigna pour retraite au petit-neveu de la reine Anne cet antique manoir de Rohan, dont la muraille subit brèche de par le roi.
Il y avait longtemps que ces choses étaient passées. On était en 1705 ; le grand roi avait soixante-huit ans ; le duc de Chaulnes était mort, son successeur aussi, et Son Altesse Sérénissime le comte de Toulouse, second fils légitimé de Louis XIV, avait maintenant le gouvernement de la province de Bretagne. Rohan-Polduc, refroidi par l’âge, se tenait à l’écart dans sa maison amoindrie et vivait près de sa fille, une ange de beauté dont la vue lui inspirait sans doute des pensées de résignation et de paix.
À droite du pont rustique, le rempart tournait vers l’Occident et enveloppait des logis abandonnés que flanquait un balcon en forme de tourelle. Histoire guerrière pour la brèche, légende poétique pour le balcon. Cette partie du château avait un aspect de mélancolie solitaire. Depuis que César de Rohan, fils unique du vieux comte, était mort, personne n’avait franchi le seuil de sa demeure, et pourtant, derrière les draperies que le vent soulevait par les trous des châssis, on voyait bien souvent une lueur briller toute la nuit, une lueur pâle qui ne s’éteignait qu’au jour.
Il y avait une mystérieuse histoire de mariage, célébré dans la chapelle abandonnée à l’insu du vieux Rohan. Cela se racontait aux veillées, mais de témoin ayant assisté à ces noces secrètes, nul n’en aurait pu citer un seul.
* *
*
Donc, le 23 juin 1705, tout dormait encore au manoir. Une vapeur épaisse s’élevait au-dessus des douves changées en marécages ; les remparts et les corps de logis restaient noyés dans cette ombre, tandis que les plus hautes girouettes trempaient déjà leurs découpures dans la blonde lumière qui venait de l’Orient. Ce bizarre faisceau de donjons aigus, de pignons tailladés, de tourelles gothiques, semblait sortir de la nuit comme saint Guéhéneuc jadis l’avait fait sortir de terre.
D’habitude, à cette heure matinale, quand Rohan-Polduc ne découplait pas ses chiens courants, tout était solitude et silence autour de sa maison, mais aujourd’hui la route domaniale et les bas chemins étaient encombrés comme si c’eût été fête au bourg de Bouëxis-en-Forêt. On entendait rire et causer sous les taillis. Il y avait des gens à pieds, le bâton de houx à la main et portant sur leurs épaules de bonnes sacoches pleines ; d’autres venaient à cheval sur de petits bidets à tous crins, qui couraient l’amble, la tête basse, piétinant dans la poudre et laissant pendre les sabots de leurs cavaliers jusqu’au ras de terre ; d’autres enfin piquaient les bœufs paresseux de leurs charrettes chargées de gerbes ou de foin.
Tout cela cheminait dans des sentes profondes entre les haies d’épines noires et de prunelliers, où le genêt glissait çà et là ses gousses d’or. C’était la veille de la Saint-Jean, et les tenanciers du pays de Rennes ont gardé la coutume de payer leurs redevances à cette époque, pour le printemps, à la saint-Michel pour l’automne.
Piétons, cavaliers et richards en charrette se rencontrèrent en avant des douves et pénétrèrent de compagnie sur la pelouse ouverte qui aboutissait à la brèche. Personne ne s’avisa de soulever le marteau à tête de bélier, suspendu au battant droit du portail. On attendit. Les fillettes qui apportaient des bouquets d’aubépine s’assirent sans façon sur l’herbe mouillée, autour de leurs fleurs dressées en faisceaux ; les charrettes, dételées, furent rangées par ordre, tandis que les bœufs maigres et de chétive venue paissaient le gazon de la pelouse, déjà maintes fois tondue par les troupeaux de Rohan. Gars et métayers allumèrent leurs pipes et se chômèren

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents
Alternate Text