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La Fontaine aux charmes , livre ebook

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Description

« Pauline gardait ses pensées et regardait défiler des hommes si fragiles, si diminués et si faibles. Elle radiographiait mécaniquement avec l'angoisse de voir surgir sur un brancard un Joseph estropié ou inconscient. Le médecin-chef de l'hôpital de campagne où elle exerçait avait bien vu que le visage de Pauline avait changé, la maigreur apparaissait sur ses traits, la nourriture quelle absorbait journellement était bien insuffisante. » La Première Guerre mondiale rend possible la vibrante histoire d'amour unissant Joseph et Pauline. D'un côté comme de l'autre des tranchées, le soldat et l'infirmière survivent séparément, mais nourrissent le vif espoir de se retrouver. Emprisonné par l'ennemi, le courageux poilu est loin de se douter que sa prétendante va être contrainte de se marier à un autre que lui... Gilles Duluc, richement documenté, redonne vie à tout une époque qu'il connaît jusque dans ses moindres détails. Sa fiction basée sur des faits historiques restitue avec véracité un éprouvant quotidien rythmé par l'horreur des combats. Les descriptions plus vraies que nature laisseront sans doute un souvenir impérissable aux lecteurs.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782342161311
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La Fontaine aux charmes
Gilles Duluc
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
175, boulevard Anatole France
Bâtiment A, 1er étage
93200 Saint-Denis
Tél. : +33 (0)1 84 74 10 24
La Fontaine aux charmes
 
Toutes les recherches ont été entreprises afin d’identifier les ayants droit. Les erreurs ou omissions éventuelles signalées à l’éditeur seront rectifiées lors des prochaines éditions.
 
Préface
La Fontaine aux charmes, un roman qui dès les premières pages m’a captivé jusqu’aux derniers mots.
 
Durant la guerre de 14/18, l’amour entre Joseph et Pauline qui, en temps de paix, n’aurait pas été possible, surmonte toutes les épreuves durant cette période terrifiante.
Joseph, sur le front, et Pauline, infirmière, vivent un véritable chassé-croisé, mais ne perdent jamais espoir de se retrouver.
 
L’auteur, passionné par cette période de notre histoire, nous la retrace de telle sorte que nous avons le sentiment de vivre, de voir et de ressentir les bruits, les odeurs, les souffrances.
On retrouve dans son roman beaucoup de sa personnalité, de sa pudeur, de sa générosité, de sa sensibilité.
 
Pour qui le connaît bien, on constate également la présence de quelques éléments de sa propre vie.
 
Dans son premier témoignage littéraire, Je n’ai rien oublié , on découvre un enfant en désamour et en recherche constante de reconnaissance et qui ne fait que dire « j’existe, regardez-moi   ! ».
 
À Gilles
 
Durant la lecture de ton roman, tu m’as surprise, émue, et surtout je t’ai retrouvé, toi, le frère si souvent absent de mon enfance.
Je suis fière de toi et je te félicite.
Sylvie Cadoux
Petit Pierre
La forêt d’Argonne, en cette fin d’automne, avait revêtu sa tenue pourpre, la lumière du soleil émoussée des longues journées d’été dessinait çà et là, des ombres longues et pointues qui s’étiraient en profondeur. Les pâles rayons de lumières rasantes n’éclairaient plus que le sommet des arbres, les teintes vives des feuillages s’estompaient, le sous-bois se préparait à l’essayage de son long manteau d’hiver. Pauline et Joseph marchaient bras dessus bras dessous sur un sentier étroit bordé de rare végétation où persistaient encore çà et là des couleurs d’été. Dans les zones les plus ombragées, le froid de la nuit avait laissé quelques traces encore vivaces de givre, petit Pierre marchait devant à une bonne centaine de mètres, il sautillait sur ses petites jambes, s’amusant avec un bâton fouettant les quelques fougères encore vertes qui persistaient. Une conversation d’avenir était engagée, entre Pauline et Joseph, leurs projets ne manquaient pas, le travail bien rémunéré de Joseph lui offrait de belles perspectives. Ils avaient investi dans une grande maison à Vienne-le-Château, les économies de Pauline avaient servi d’apport dans l’achat immobilier, tout cela leur permettait de vivre décemment. Petit Pierre courait devant, plus qu’il ne marchait, père et mère se trouvaient à un jet de pierre en retrait, le sentier tortueux et la végétation masquaient par moments la vue des parents du jeune Plantier.
— Maman, vois comme il brille ce caillou   !
Pierre frottait la pointe de son soulier contre un objet luisant, sans se baisser, il tapotait la terre encore molle, dégageant son contour qui grossissait à vue d’œil. Une forme oblongue aux reflets de cuivre et de bronze se fit jour.
— Pierre, veux-tu bien cesser de taper du pied, tu vas abîmer tes souliers   !
Pauline le surveillait toujours du coin de l’œil, il n’avait peur de rien, tout comme son père, un espiègle casse-cou. La violente déflagration et le souffle extrêmement puissant de l’explosion projetèrent le couple en arrière à une bonne dizaine de mètres. Un frêne multitroncs généreux et solides avait stoppé net leur déplacement. Pauline, quelque peu sonnée par la violence de la déflagration, eut beaucoup de mal à reprendre ses esprits, une forte douleur dorsale lui rappelait sa position assise très inconfortable. C’est une volumineuse bosse derrière la tête qui la fit sortir de son état de choc, un liquide chaud coulait derrière ses oreilles formant deux fines rigoles rouges qui teintaient son corsage. Tout autour d’elle flottait une épaisse poussière, une multitude de petites mottes de terre et de végétaux émiettés continuaient de tomber du ciel lui fouettant le visage, sa vue en était occultée. Elle avait beau se frotter les yeux, sa vision ne s’améliorait que difficilement après que le vent avait fini d’emporter les débris en suspension dans l’air. Pauline aperçut alors un énorme trou, à la place du sentier, le ruisseau qui bordait le chemin s’écoulait maintenant dans la cavité avec la ferme intention de la combler. Pierre avait totalement disparu de son champ de vision. Pauline, hébétée, ne comprit pas la raison de cette métamorphose forestière, le chemin disparu, une clairière nouvelle et ce cratère gigantesque surgissant de nulle part, elle n’entendait plus que sa respiration doublée d’un bourdonnement d’oreilles, son corps tout entier s’éveillait douloureux. Son regard s’attardait sur ses deux pieds, entre ses jambes reposant sur ses jupes, le bras de Joseph. Sa main crispée immobile maintenait serré le tissu de sa robe. Pauline tourna la tête en direction de l’amour de sa vie, assis à ses côtés, adossé contre l’arbre, les yeux grands ouverts. Son visage était détendu, dépourvu de la moindre expression, poussiéreux, le regard fixe sans aucune réaction, Pauline tenta de le secouer, mais en vain, Joseph semblait faire corps avec le bois de l’arbre. Recouvrant petit à petit ses esprits, le souvenir des dernières minutes se faisait plus clair, Pauline s’éveillait dans un cauchemar, le choc s’estompait, Joseph ne bougeait pas, un énorme et long morceau de métal barrait sa poitrine. Il avait le buste littéralement cloué à l’arbre, sa veste avait rougi de son sang, qui ne s’écoulait maintenant plus, son bras reposait sur le sol, la main ouverte, la paume vers le ciel tenant encore entre deux doigts la brindille de paille qu’il portait précédemment à sa bouche. Après la stupeur du bruit de l’explosion, la forêt et la nature environnante retrouvaient leur sérénité, Pauline s’étonna du cri puissant, qui déchirait l’air, cherchant qui pouvait crier ainsi. Il était profond, guttural, elle réalisa qu’il sortait de sa propre bouche exprimant ainsi toute la misère affective d’un cœur de femme et de mère brutalisé par la fatalité. Petit Pierre avait complètement disparu, volatilisé dans les airs, Joseph reposait le corps déchiré par un éclat d’obus de gros calibre de la Grande Guerre, forgé, tourné avec méthode par un ouvrier allemand ou français. Nourri copieusement de poudre par une « munitionnette » teutonne ou une marraine de soldat français, quelle engeance   ? L’obus était là, sournoisement enfoui, à bonne distance dans le sol attendant son heure, guettant sa proie désignée, seule vraie raison de sa présence, la destruction, ce pour quoi il avait été conçu. Sa destinée, sa cible, Joseph, lui, qui avait tellement défié la mort. La grande faucheuse avait quand même réussi à terminer son œuvre exterminatrice. Ce brave Joseph disait à qui voulait l’entendre quand trop souvent des frissons lui parcouraient l’échine :
— Tiens   ! Voilà, encore la mort qui passe   !
La mort avait gagné, copieusement servie, Joseph et sa descendance, délectable saveur, elle appréciait tout particulièrement ce goût spécial boucherie, maintes fois servie pendant ces nombreuses années de guerre, la garce, toujours aussi gourmande.
Été 1915
Le sol avait fini de vibrer sous les coups de boutoir de l’artillerie allemande, la nuit retrouvait son calme, la pluie n’avait pas cessé de tomber pendant le marmitage, elle devenait maintenant bruyante laissant entendre sa chanson de clapotis entre les feuilles des quelques arbres encore debout. Une forte odeur de poudre et de soufre envahissait l’atmosphère, Joseph debout depuis presque deux heures, en faction sur la banquette de tir scrutait la nuit, attentif à tous les bruits et mouvements venant d’en face. Il était songeur, l’esprit engourdi par le manque de sommeil, cette nuit, il était seul, avec son pire ennemi, celui qui lui commandait de fermer les yeux pour dormir, bouger, pour ne pas sombrer dans la nuit, mais en bougeant il n’est pas possible d’écouter, car il le sait les nuits de veille sur le front, il y a toutes sortes de bruits suspects. Par période, des fusées éclairantes tirées par quelques guetteurs de postes avancés illuminaient la nuit, des ombres et des formes nouvelles se détachaient successivement des ténèbres. La nuit était chaude, paisible comme ces nuits de pleine lune, la pluie alternait entre fine et généreuse, s’immisçant dans les moindres replis de vêtements, le ciel se zébrait de flash lumineux, l’orage se rapprochait, on entendait le canon au loin sur la droite, en direction du village de Vauquois, Joseph avec son expérience d’une année de combat savait faire la différence entre les 77 Allemands et la colère des dieux du ciel. Une odeur de tabac brun parvenait du poste d’écoute situé un peu en avant sur sa gauche, sûrement Léon, fumeur de pipe à couvercle, utile pour masquer la lueur rougeoyante d’un foyer que les tireurs embusqués allemands guettaient dans la nuit. Malgré l’interdiction formulée par le caporal, Léon le faisait, de toute façon, cela ne le dérangeait pas, Joseph n’était pas fumeur et le vent de travers portait les effluves du tabac gris vers les lignes arrière. À chaque mouvement de ses pieds chaussés de brodequins détrempés, un bruit de succion remontait du fond de la tranchée.

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