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La fille sur le toit , livre ebook

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Description

Attirée de façon irrésistible par une vieille demeure à l’abandon au bord de la mer, Jeanne, écrivain, pénètre dans la maison. Au fil de ses intrusions de plus en plus régulières, lorsqu’elle découvre la terrasse sur le toit, bordée de balustres, la personne qu’elle pensait être depuis toujours se métamorphose en une petite fille apeurée qui lui semble familière bien qu’elle lui soit totalement étrangère dans la réalité. Elle va alors se lancer dans des recherches sur cette étrange propriété. Mais où va l’emmener son enquête ? Ne va-t-elle pas sombrer dans la folie ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 mars 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782381534794
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La Fille sur le toit
La SAS 2C4L — NOMBRE7, ainsique tous les prestataires de production participant à la réalisation de cetouvrage ne sauraient être tenus pour responsables de quelque manière que cesoit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneurde certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelqueouvrage qu’ils produisent à la demande et pour le compte d’un auteur ou d’unéditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité .
 
 
AnneBARTHEL
 
La Fille sur le toit
Roman
 
 
Jeanne ne pouvait passer devantla grande propriété sans éprouver une attirance mêlée d’oppression. Ce lieu laséduisait et la repoussait tout à la fois. Dominée par des palmiers pareils àdes ananas géants et par les parasols des grands pins, la maison, sans âge,avec sa couleur saumonée vieillotte et ses balustres blancs de dentelleancienne émergeait au centre d’un fouillis inextricable de buissons etd’arbrisseaux aux senteurs méditerranéennes. Jeanne rêvait de pénétrer dans leparc immense et d’arpenter les nombreuses pièces de la villa, certaine qu’ellene s’y perdrait pas. À plusieurs reprises déjà elle avait refoulé cetteimpression de déjà vu, envahie par un malaise indéfinissable. Que s’était-ilpassé ici dont elle ignorait tout, mais qui l’appelait irrésistiblement    ? Jeanne étaitécrivain. Souvent en proie à des insomnies, parfois même à des rêves hantés parles personnages de ses romans, elle n’avait éprouvé qu’une fois ce besoinimpérieux d’en savoir davantage sur un lieu, sur ses habitants. Une de seshéroïnes l’avait ainsi poursuivie, arpentant avec elle les champs et le châteauoù elle avait vécu deux siècles auparavant. Jeanne n’avait pu lui résister etn’avait trouvé la paix qu’en mettant le point final à son ouvrage, comme si enfin,la jeune fille libérée de l’oubli où elle était tombée depuis si longtempsavait repris le cours de sa vie. Cette expérience étrange pouvait-elle serenouveler    ?
Jeanne faisait la sourde oreille depuis plusieurs mois,allant même jusqu’à éviter de passer durant ses balades solitaires devant lagrande maison abandonnée, espérant ainsi résister à l’attrait qu’elle exerçaitsur elle. Mais rien n’y fit. Un appel muet semblait s’échapper des murs àl’ocre sali par le temps et par les intempéries. Quelqu’un ici lui faisaitsigne. Ce qui s’était passé là était-il si angoissant pour qu’elle passât aularge feignant l’indifférence, oubliant jusqu’à son rôle d’écrivain. Donner laparole à ceux qui crient sans être entendus, aux oubliés.
La maison n’avait pas été ouverte depuis des années,peut-être même des décennies, cela se devinait sans peine. Les buissonsenvahissaient le parc qui descendait en pente douce jusqu’à la mer. Peu à peu, ellerongeait les rochers et couchait la clôture au grillage rouillé par ses assautsrépétés. Peu éloignée du petit port où les bateaux se balançaient doucementamarrés au ponton de bois, la maison comme la Belle au bois dormant semblaitattendre que quelqu’un vînt la tirer de son sommeil.
Jeanne continuait ses promenades solitaires en compagnie despersonnages de ses romans passés ou à venir qui ne lui laissaient que peu derépit. Un gilet de laine brune serré sur sa poitrine elle marchait la têteailleurs dans l’air doux du matin malgré l’arrivée de l’hiver. Inspirée par lesilence de la petite station balnéaire désertée, sans intention déterminée, muepar le hasard – c’est du moins ce qu’elle crut tout d’abord – elle longea lebord de mer accidenté, escalada les rochers, traversa les petites criquesabandonnées, la tête pleine du ressac de la mer, saoulée d’embruns iodés, et seretrouva presque malgré elle en contrebas du parc de la propriété à l’abandon.  
Elle reprit son souffle et leva la tête. Un vent légeragitait les branches des grands pins, et quelques mouettes passèrent au-dessusd’elle d’un vol lourd avec des cris désespérés d’enfants perdus. D’ici,personne ne pouvait la voir, et quand bien même quelque promeneurs’aventurerait sur le chemin de terre qui desservait les villas le long de lacôte, de l’autre côté de la propriété, dissimulée par la végétation, Jeannerestait invisible. De là où elle se trouvait, seuls le toit plat bordé debalustres et les fenêtres du deuxième étage de la maison qui dominaient lacanopée exubérante lui apparurent. Sans difficulté, elle franchit la clôtureaffaissée par endroits et se fraya un passage au milieu des lentisques, des chêneskermès agressifs et trapus et de quelques arbousiers décorés de baies rougescomme des sapins de Noël. Au sol, un tapis épais d’aiguilles de pin et defeuilles mortes amortit ses pas. Elle avança les mains tendues repoussant lesbranches qui lui griffaient le visage et après quelques pas, la maisonabandonnée lui apparut surgissant du passé, aveugle, les yeux clos par desvolets disjoints. Sur un perron livide de pierre blanche aux marches d’escalieraffaissées, l’entrée, pareille à une bouche édentée, semblait crier en silence sousun toit couronné d’une chevelure de balustres sculptés.
— Enfin te voilà    !murmura Jeanne. Tu es telle que dans mes souvenirs    !
Affolée, elle jeta un regard autour d’elle. «   Si quelqu’unm’entendait j’aurais vraiment l’air d’une folle, qu’est-ce que je raconte, àquels souvenirs est-ce que je fais allusion    ?   » Lentement elle tentade se ressaisir, de retrouver son calme, mais plus fort qu’elle, le désird’aller de l’avant malgré la crainte d’être découverte et la folie qui lagagnait la poussaient à avancer. Elle fit le tour complet de la maison, unemain sur le crépi froid et sale qu’elle frôlait d’une caresse étrange,involontaire, presque affectueuse, tandis que de l’autre, elle repoussait lesbranches envahissantes des buissons et des ronces qui l’empêchaient deprogresser. À nouveau, sa voix s’éleva dans le silence. Pas tout à fait lasienne, mais pas une autre non plus. Elle se parlait comme si elle s’adressaità quelqu’un.
— Si je ne me trompe pas, il doit y avoir là-dessousune terrasse…
Elle avait marqué un arrêt devant la façade ouest de lamaison et grattait le sol avec la pointe de sa chaussure. Un carreau de terrecuite décoloré par le temps et couvert de la poudre noire du pollen des pinsémergea à ses pieds. Oui, il y avait bien là un carrelage enfoui dont elleavait pressenti la présence comme une évidence. Ce lieu dont elle ignorait tout,lui semblait pourtant familier. Un frisson la parcourut des pieds à la tête.Elle était folle d’être venue là, seule dans ce parc désert où personnen’aurait jamais l’idée de venir la chercher s’il lui arrivait quelque chose. Seul,à la rigueur, son portable pourrait peut-être permettre de la localiser. Pours’en assurer, elle le sortit de sa poche et le garda à la main. Une assurancebien dérisoire    !Elle leva la tête. Un râle rauque sortit de ses lèvres entrouvertes tandisqu’elle détaillait la façade avec insistance. Une peur inexplicable secoua soncorps soudain glacé. Prise de tremblements et envahie par une terreurgrandissante, elle se mit à courir.
Trop, c’était trop pour elle    !Sans prendre garde aux épines qui la griffaient, elle franchit les quelquesmètres qui la séparaient du rivage, enjamba la clôture couchée au sol ets’arrêta un instant avant de reprendre en sens inverse l’escalade qui l’avaitconduite jusque-là. Les jambes et les bras en sang elle sortit son mouchoir dela poche de son gilet et tamponna les zébrures sur ses jambes nues et sur sesbras et se moucha bruyamment. Des larmes brouillaient sa vue. La mer paisible clapotaitaux pieds des rochers. Longtemps, elle resta figée, le regard au loin, prisonnièred’une émotion incompréhensible. D’ordinaire équilibrée, Jeanne sentait quecette propriété l’attirait et l’entraînait vers un abîme sans fond dans lequelelle se refusait à plonger. Jamais elle n’avait été confrontée à un telphénomène, un tel déchirement, une sorte de choix impossible entre rêve et réalité.Immobile, sa frêle silhouette frémissante auréolée de son abondante chevelureblond cuivré parsemée de quelques cheveux blancs se détachait sur le bleu duciel. Son regard clair fixé sur l’horizon avait perdu de son assurance, et sonvisage hâlé par l’air marin avait pâli sous le coup de l’émotion. Elle enfouitses mains fébriles au fond des poches de son gilet pour les immobiliser. Ellene comprenait rien à ce qui venait de se passer. Incapable d’expliquer sonattitude étrange, son intrusion, le sentiment de «   déjà vu   »qu’elle avait éprouvé, elle sentit le sol se dérober sous ses pieds ets’affaissa sur un rocher face à la mer. Toute notion du temps qui passe, del’heure, du lieu, avait disparu. Le souffle rapide, oppressée, Jeanne,bouleversée par ce qui venait de lui arriver, tentait de reprendre le coursnormal de sa vie sans y parvenir. Tard dans l’après-midi, elle parcourut lechemin du retour, absente à elle-même, surprise d’entendre la voix de Georgesquand elle ouvrit la porte de la maison.
— Tu t’es régalée    ?demanda-t-il comme à son habitude lorsqu’elle franchit le seuil, tu veux boirequelque chose    ?Distraite, le regard vide, elle acquiesça.
Au retour, elle avait marché d’unpas d’automate tentant de remettre un peu d’ordre dans son esprit. «   Mais aussi qu’est-ceque j’avais besoin d’aller là-bas toute seule    ?   ». Elle s’était morigénéesur le chemin, de longues minutes à mi-voix, pour tenter de dissiper la tensionextrême qu’elle ressentait encore. «   Jesuis vraiment très émotive pour avoir eu peur comme ça, et de quoi    ! Et pourquoij’ai pleuré    ?   » C’était bien deslarmes qu’elle avait essuyées sur ses joues, elle n’avait pas rêvé    ! Alors,pourquoi tant d’émotion    ?
Elle ne fit pas part de son aventure à son compagnon, ilétait si rationnel, si cartésien, qu’elle entendait déjà sa réponse. «   Mais aussi, qu’est-ceque tu allais faire là-bas    ?   » peut-être mêmeaurait-il dit  : «   Qu’est-ceque tu allais foutre là-bas   »    ? Parce qu’ilaurait eu peur a posteriori. Et qu’aurait-elle pu répondre    ? Elle n’ensavait rien elle-même.
Duran

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