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La Fée aux miettes , livre ebook

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Description


Initiateur et soutien du mouvement romantique, Charles Nodier (1780-1844) s'est déjà illustré dans tous les genres littéraires lorsqu'il publie La Fée aux miettes, en 1832. Mais il entend renouveler plus radicalement encore la littérature. S'il en revient aux légendes et aux contes populaires, c'est moins pour s'en inspirer que pour découvrir les aspirations secrètes qui leur ont donné naissance, retrouver les origines mêmes de la fiction. Donnant mission à l'écrivain de « percevoir l'inconnu », admiré par les plus grands (Hugo, Dumas, Balzac), Nodier a ouvert la voie à Nerval et à Rimbaud, comme aux surréalistes.

Elle paraît sans âge, la vieille mendiante que les écoliers de Granville surnomment la Fée aux miettes! Elle s'attache plus particulièrement à l'un d'entre eux, Michel, bientôt devenu compagnon charpentier. S'il croit honorer les commandes du roi Salomon construisant le palais de la reine de Sabat, pour quelles raisons se garde-t-elle de le détromper ? Et pourquoi, veillant sur lui depuis son enfance, l'engage-t-elle dans des aventures aussi « singulières que périlleuses », dans lesquelles il risque la vie, sinon la raison ? Pour l'éprouver, savoir s'il mérite qu'elle se révèle enfin à lui sous sa véritable et merveilleuse identité ? Dans le jardin de la « maison des lunatiques », où Michel recherche fébrilement la mandragore qui doit préserver la Fée d'un destin fatal, il raconte son étonnante histoire à un visiteur qui n'en perd pas un mot: Nodier en personne.



« Sous les aspects d'un conte, Nodier donne en fait à lire un véritable roman de formation, mais aussi initiatique, introduisant aux valeurs de la spiritualité la plus haute qui ne sont pas celles de l'esprit mais celles du coeur. La Fée aux miettes fait ainsi partie de ces livres rares, envoûtants, dont tout le charme tient à ce qu'aucune lecture ne saurait en épuiser la signification. » (Jean-Luc Moreau)

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2006
Nombre de lectures 23
EAN13 9782876231743
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0121€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

_CHARLES NODIER
LaFéeauxmiettes
Avant-propos,postfaceetnotesdeJean-LucMoreau
LITTÉRATURE
MICHEL DEMAULELA FÉE AUX MIETTESCharles Nodier
LA FÉE AUX MIETTES
Avant-propos, postface et notes
de Jean-Luc Moreau
MICHEL DE MAULEConception graphique:
LES 3TSTUDIO ET CHRIS IMPENS.
Couverture:
Claude Gellée, dit Le Lorrain (1600-1682),
Le Port de mer et l’embarquement de la reine de Saba,
1648, huile sur toile,
Londres, The National Gallery (détail - D. R.).
© ÉDITIONS MICHEL DE MAULE, 2006.
41, RUE DE RICHELIEU – 75001 PARIS.AVANT-PROPOS
CHARLES NODIER, OU LA FÉERIE LUCIDE
À Georges-Olivier Châteaureynaud,
nécessairement.
I
« C’était un homme adorable que Nodier; sans un vice
mais plein de défauts, de ces défauts charmants qui font
l’originalité de l’homme de génie, prodigue, insouciant
flâneur, flâneur comme Figaro était paresseux! avec délices.
« Nodier savait à peu près tout ce qu’il était donné à
l’homme de savoir; d’ailleurs, Nodier avait le privilège dede génie: quand il ne savait pas il inventait, et ce
qu’il inventait était bien autrement ingénieux, bien
autrement coloré, bien autrement probable que la réalité.
« D’ailleurs, plein de systèmes, paradoxal avec
enthousiasme, mais pas le moins du monde propagandiste, c’était
pour lui-même que Nodier était paradoxal, c’était pour lui
VIIseul que Nodier se faisait des systèmes; ses systèmes adoptés,
ses paradoxes reconnus, il en eût changé, et, s’en fût
immédiatement fait d’autres.
« Nodier était l’homme de Térence à qui rien d’humain
n’est étranger. Il aimait pour le bonheur d’aimer: il aimait
comme le soleil luit, comme l’eau murmure, comme la fleur
parfume. Tout ce qui était bon, tout ce qui était beau, tout
ce qui était grand lui était sympathique; dans le mauvais
même, il cherchait ce qu’il y avait de bon, comme, dans la
plante vénéneuse, le chimiste, du sein du poison même, tire
un remède salutaire. »
Le plus bel hommage qu’on ait rendu à Charles Nodier
est sans doute celui de son ami Alexandre Dumas, dans La
Femme au collier de velours (1851). C’est peut-être aussi le plus
bel hommage d’un écrivain à un autre, et non pas tressé
dans un article, une étude, une préface, mais bien dans un
roman, dont il constitue tout le premier chapitre, ni plus ni
moins! On comprend les devoirs de l’affection, et jusqu’aux
naturels épanchements, mais ne serait-ce pas les outrer, et
compromettre ses propres chances de succès, que de
commencer une œuvre de fiction par l’évocation de la mémoire
d’un confrère, aurait-il été un ami?
Non, tout au contraire, car La Femme au collier de velours,
soutient Dumas, n’est autre que la dernière histoire qu’ait
contée Nodier. Sur son lit de mort, il l’a murmurée, soufflée,
au seul auteur des Trois Mousquetaires, auquel il l’a offerte
comme un dernier cadeau, à charge pour lui de la coucher
sur le papier. On peut jouer les sceptiques et croire
l’anecdote inventée, mais cela ne changerait rien à la personnalité
même de Nodier qu’elle a pour fonction de révéler. Elle ne
VIIIconvient qu’à lui. Elle témoigne de sa double nature de
créateur et de passeur.
À son époque même, il est le dernier représentant d’une
conception assez particulière de la littérature, pour le moins
étrangère au romantisme qu’il a pourtant puissamment
contribué à faire éclore, et on ne peut plus
incompréhensible aux littérateurs d’aujourd’hui. Le livre doit faire ses
preuves par lui-même, et le nom de l’auteur, avec tous les
préjugés et les préventions qui y sont attachés, représente
dès lors une entrave. Nodier a lu Senancour, et même
assidûment les Rêveries sur la nature primitive de l’homme (1799),
dans sa jeunesse, sans avoir pu ignorer ni Obermann (1804),
ni Les Libres méditations d’un solitaire inconnu (1819). Il s’est
aussi intéressé de près aux « illuministes », et
particulièrement au traducteur et commentateur de Jakob Boehme,
Louis-Claude de Saint-Martin, dit le « philosophe inconnu ».
Pour l’un et l’autre de ces « inconnus » prétendus, la
revendication de l’anonymat ou de l’incognito n’a pas
seulement pour fonction de préserver la lecture des effets
pervers de la médiatisation et de la mode. Certes, il s’agit bien
pour eux de faire en sorte que la lecture, strictement réduite
à elle-même, soit toujours une réelle découverte, mais pas
seulement du texte épuré de tout jugement a priori. Ils
prétendent ne jamais rien écrire que le lecteur ne pourrait
trouver seul, en lui-même, s’il voulait seulement s’en donner la
peine. Et c’est à cette découverte intime qu’ils l’engagent,
en se dégageant de la si malencontreuse autorité que le
statut d’auteur tout naturellement confère. L’homme, ils ne
tentent pas de le comprendre en étudiant les hommes, mais
en le cherchant et en le retrouvant en eux-mêmes, chacun à
leur manière, selon leurs propres perspectives.
IXEt Nodier les suit dans cette voie, tirant de sa propre
sensibilité et de son expérience un enseignement des plus
précieux: il est de la nature même de l’homme que les illusions
du rêve ou de la rêverie le nourrissent et que celles de la
conscience vigile le corrompent. Qu’on ne s’y trompe pas:
il n’y a pas de vérité, pas même de faits, peut-être bien, mais
seulement des illusions, de part et d’autre. Il convient
toutefois de distinguer celles qui s’avouent comme telles, sans
jamais tromper sur leur nature, et celles qui se font passer
pour la vérité vraie, en abusant le monde. D’un côté la
sincérité, et la révélation ininterrompue de ce qu’est l’homme
dans son essence la plus profonde, de l’autre côté la
duplicité, sous le masque arrogant du savoir parcellaire tenu pour
acquis, origine de tous les conflits, de toutes les oppressions.
Ce renversement des valeurs trop bien établies, c’est la
remise à l’endroit d’un monde dont Nodier se lamente qu’il
soit constamment vu ou mis à l’envers. S’il n’y a de
connaissance que révélée, intériorisée par la plus intime des
convictions, celle qui provient du cœur, la nuit l’emporte sur le
jour, comme le sommeil sur la veille, le rêve sur la raison, la
fiction sur les faits, et la folie sur la sagesse. Dans La Fée aux
miettes, c’est l’enseignement même que la fée distille à Michel
le charpentier au chapitre XXIV: « N’as-tu pas remarqué que
les vaines sagesses de l’homme le conduisent quelques fois à
la folie? Et qui empêche que cet état indéfinissable de
l’esprit, que l’ignorance appelle folie, ne le conduise à son tour
à la suprême sagesse par quelque route inconnue qui n’est
pas encore marquée dans la carte grossière de vos sciences
imparfaites? »
Rien ni personne ne l’empêche, en effet. Mais tout
empêche les hommes de le reconnaître, et ce n’est pas par la
Xraison qu’on pourra les en convaincre. C’est bien pourquoi
Nodier choisit le conte, sans doute la seule forme littéraire,
avec la poésie, propre à transmettre une connaissance
relevant de l’expérience intérieure. À la phrase citée de La Fée
aux miettes, on est tenté d’en faire correspondre une autre,
encore plus explicite, s’appliquant à l’anonyme héros de l’un
des tout premiers contes de Nodier: Une heure ou la Vision
(1806). Ce personnage est également le premier de ces fous,
innocents ou égarés, auxquels il s’est si souvent attaché.
On est même libre de voir en cet « épileptique » le
symétrique du « lunatique » Michel. Il a perdu la raison à la mort
de celle qu’il aimait, alors que Michel, lui, n’a cessé de
gagner le cœur de la Fée aux miettes en l’aimant contre toute
raison. Michel a donné sa foi à une mendiante vivant pour
ainsi dire depuis l’aube des temps, et il l’a donnée, lui, à une
jeune femme disparue pour l’éternit&

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