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La comtesse de Charny , livre ebook

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Description

Alexandre Dumas (1802-1870)



"Quelques jours après l’exécution que nous venons de raconter, et dans tous les détails de laquelle nous sommes entré pour édifier nos lecteurs sur la reconnaissance que doivent attendre, des rois et des princes, ceux-là qui se sacrifient pour eux, un homme monté sur un cheval gris pommelé gravissait lentement l’avenue de Saint-Cloud.


Cette lenteur, il ne fallait l’attribuer ni à la lassitude du cavalier, ni à la fatigue du cheval : l’un et l’autre avaient fait une faible course ; c’était chose facile à voir, car l’écume qui s’échappait de la bouche de l’animal venait de ce qu’il avait été, non poussé outre mesure, mais retenu avec obstination. Quant au cavalier qui était – cela se voyait au premier coup d’œil – un gentilhomme, tout son costume, exempt de souillures, attestait la précaution prise par lui pour sauvegarder ses vêtements de la boue qui couvrait le chemin.


Ce qui retardait le cavalier, c’était la pensée profonde dans laquelle il était visiblement absorbé, puis encore peut-être le besoin de n’arriver qu’à une certaine heure, laquelle n’était pas encore sonnée.


C’était un homme de quarante ans à peu près, dont la puissante laideur ne manquait pas d’un grand caractère : une tête trop grosse, des joues bouffies, un visage labouré de petite vérole, un teint facile à l’animation, des yeux prompts à lancer l’éclair, une bouche habituée à mâcher et à cracher le sarcasme ; tel était l’aspect de cet homme, que l’on sentait au premier abord, destiné à occuper une grande place et à faire un grand bruit."



4e et dernier roman des "Mémoires d'un médecin"


Tome II

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 janvier 2023
Nombre de lectures 0
EAN13 9782384421794
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Mémoires d’un médecin
IV


La comtesse de Charny

Tome II


Alexandre Dumas


Janvier 2023
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-179-4
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1177
XLVIII
La monarchie est sauvée

Quelques jours après l’exécution que nous venons de raconter, et dans tous les détails de laquelle nous sommes entré pour édifier nos lecteurs sur la reconnaissance que doivent attendre, des rois et des princes, ceux-là qui se sacrifient pour eux, un homme monté sur un cheval gris pommelé gravissait lentement l’avenue de Saint-Cloud.
Cette lenteur, il ne fallait l’attribuer ni à la lassitude du cavalier, ni à la fatigue du cheval : l’un et l’autre avaient fait une faible course ; c’était chose facile à voir, car l’écume qui s’échappait de la bouche de l’animal venait de ce qu’il avait été, non poussé outre mesure, mais retenu avec obstination. Quant au cavalier qui était – cela se voyait au premier coup d’œil – un gentilhomme, tout son costume, exempt de souillures, attestait la précaution prise par lui pour sauvegarder ses vêtements de la boue qui couvrait le chemin.
Ce qui retardait le cavalier, c’était la pensée profonde dans laquelle il était visiblement absorbé, puis encore peut-être le besoin de n’arriver qu’à une certaine heure, laquelle n’était pas encore sonnée.
C’était un homme de quarante ans à peu près, dont la puissante laideur ne manquait pas d’un grand caractère : une tête trop grosse, des joues bouffies, un visage labouré de petite vérole, un teint facile à l’animation, des yeux prompts à lancer l’éclair, une bouche habituée à mâcher et à cracher le sarcasme ; tel était l’aspect de cet homme, que l’on sentait au premier abord, destiné à occuper une grande place et à faire un grand bruit.
Seulement, toute cette physionomie semblait couverte d’un voile jeté sur elle par une de ces maladies organiques contre lesquelles se débattent en vain les plus vigoureux tempéraments : un teint obscur et gris, des yeux fatigués, rouges, des joues affaissées, un commencement de pesanteur et d’obésité malsaine ; ainsi apparaissait l’homme que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur.
Arrivé au haut de l’avenue, il franchit sans hésitation la porte donnant dans la cour du palais, sondant des yeux les profondeurs de cette cour.
À droite, entre deux bâtiments formant une espèce d’impasse, un autre homme attendait.
Il fit signe au cavalier de venir.
Une porte était ouverte ; l’homme qui attendait s’engagea sous cette porte ; le cavalier le suivit, et, toujours le suivant, se trouva dans une seconde cour.
Là, l’homme s’arrêta – il était vêtu d’un habit, d’une culotte et d’un gilet noirs – puis, regardant autour de lui, et voyant que cette cour était bien déserte, il s’approcha du cavalier le chapeau à la main.
Le cavalier vint en quelque sorte au-devant de lui, car, s’inclinant sur le cou de son cheval :
– M. Weber ? dit-il à demi-voix.
– M. le comte de Mirabeau ? répondit celui-ci.
– Lui-même, fit le cavalier.
Et, plus légèrement qu’on n’eût pu le supposer, il mit pied à terre.
– Entrez, dit vivement Weber, et veuillez bien attendre un instant que j’aie mis moi-même le cheval à l’écurie.
En même temps, il ouvrit la porte d’un salon dont les fenêtres et une seconde porte donnaient sur le parc.
Mirabeau entra dans le salon et employa les quelques minutes pendant lesquelles Weber le laissa seul à déboucler des espèces de bottes de cuir qui mirent à jour des bas de soie intacts et des souliers d’un vernis irréprochable.
Weber, comme il l’avait promis, rentra au bout de cinq minutes.
– Venez, monsieur le comte, dit-il ; la reine vous attend.
– La reine m’attend ! répondit Mirabeau ; aurais-je eu le malheur de me faire attendre ? Je croyais, cependant, avoir été exact.
– Je veux dire que la reine est impatiente de vous voir... Venez, monsieur le comte.
Weber ouvrit la porte donnant sur le jardin, et s’engagea dans le labyrinthe d’allées qui conduit à l’endroit le plus solitaire et le plus élevé du parc.
Là, au milieu des arbres étendant leurs branches désolées et sans feuillage, apparaissait, dans une atmosphère grisâtre et triste, une espèce de pavillon connu sous le nom du kiosque.
Les persiennes de ce pavillon étaient hermétiquement fermées, à l’exception de deux qui, poussées seulement l’une contre l’autre, laissaient entrer, comme à travers les meurtrières d’une tour, deux rayons de lumière suffisant à peine à éclairer l’intérieur.
Un grand feu était allumé dans l’âtre, et deux candélabres brûlaient sur la cheminée.
Weber fit entrer celui à qui il servait de guide dans une espèce d’antichambre. Puis, ouvrant la porte du kiosque après y avoir gratté doucement :
– M. le comte Riqueti de Mirabeau, annonça-t-il.
Et il s’effaça pour laisser passer le comte devant lui.
S’il eût écouté au moment où le comte passait, il eût bien certainement entendu battre le cœur dans cette large poitrine.
À l’annonce de la présence du comte, une femme se leva de l’angle le plus éloigné du kiosque, et, avec une sorte d’hésitation, de terreur même, elle fit quelques pas au-devant de lui.
Cette femme, c’était la reine.
Elle aussi, son cœur battait violemment : elle avait sous les yeux cet homme haï, décrié, fatal ; cet homme qu’on accusait d’avoir fait les 5 et 6 octobre ; cet homme vers lequel on s’était tourné un instant, mais qui avait été repoussé par les gens mêmes de la Cour, et qui, depuis, avait fait sentir la nécessité de traiter de nouveau avec lui, par deux coups de foudre, par deux magnifiques colères qui avaient monté jusqu’au sublime.
La première était son apostrophe au clergé.
La seconde, le discours où il avait expliqué comment les représentants du peuple, de députés du bailliage, s’étaient faits Assemblée nationale.
Mirabeau s’approcha avec une grâce et une courtoisie que la reine fut étonnée de reconnaître en lui du premier coup d’œil, et que cette énergique organisation semblait exclure.
Ces quelques pas faits, il salua respectueusement, et attendit.
La reine rompit la première le silence, et, d’une voix dont elle ne pouvait tempérer l’émotion :
– Monsieur de Mirabeau, dit-elle, M. Gilbert nous a assurés autrefois de votre disposition à vous rallier à nous ?
Mirabeau s’inclina en signe d’assentiment.
La reine continua :
– Alors, une première ouverture vous fut faite à laquelle vous répondîtes par un projet de ministère ?
Mirabeau s’inclina une seconde fois.
– Ce n’est pas notre faute, monsieur le comte, si ce premier projet ne put réussir.
– Je le crois, madame, répondit Mirabeau, et de la part de Votre Majesté surtout ; mais c’est la faute de gens qui se disent dévoués aux intérêts de la monarchie !
– Que voulez-vous, monsieur le comte ! c’est un des malheurs de notre position. Les rois ne peuvent pas plus choisir leurs amis que leurs ennemis ; ils sont quelquefois forcés d’accepter des dévouements funestes. Nous sommes entourés d’hommes qui veulent nous sauver et qui nous perdent, leur motion qui écarte de la prochaine législature les membres de l’Assemblée actuelle en est un exemple contre vous. Voulez-vous que je vous en cite un contre moi ? Croiriez-vous qu’un de mes plus fidèles, un homme qui, j’en suis sûre, se ferait tuer pour nous, sans nous rien dire à l’avance de ce projet, a conduit à notre dîner public la veuve et les enfants de M. de Favras, vêtus de deuil tous trois ? Mon premier mouvement, en les apercevant, était de me lever, d’aller à eux, de faire placer les enfants de cet homme mort si courageusement pour nous – car, moi, monsieur le comte, je ne suis pas de ceux qui renient leurs amis – de faire placer les enfants de cet homme entre le roi et moi !... Tous les yeux étaient fixés sur nous. On attendait ce que nous allions faire. Je me retourne... savez-vous qui j’avais derrière moi, à quatre pas de mon fauteuil ? Santerre ! l’homme des faubourgs !... Je suis retombée sur mon fauteuil, pleurant de rage, et n’osant même jeter les yeux sur cette veuve et ces orphelins. Les royalistes me blâmeront de n’avoir pas tout bravé pour donner une marque d’intérêt à cette malheureuse famille ; les révolutionnaires seront furieux en songeant qu’ils m’étaient présentés avec ma permission. Oh ! monsieur, monsieur, continua la reine en secouant la tête, il faut bien périr, quand on est attaqué par des hommes de génie, et défendu par des gens fort estimables sans doute, mais qui n’ont aucune idée de notre position.
Et la reine porta avec un soupir son mouchoir à ses yeux.
– Madame, dit Mirabeau, touché de cette grande infortune qui ne se cachait pas de lui, et qui, soit par le calcul habile de la reine, soit par la faiblesse de la femme, lui montrait ses angoisses et lui laissait voir ses larmes, quand vous parlez des hommes qui vous attaquent, vous ne voulez point parler de moi, je l’espère ? J’ai professé les principes monarchiques lorsque je ne voyais dans la Cour que sa faiblesse, et que je ne connaissais ni l’âme ni la pensée de l’auguste fille de Marie-Thérèse. J’ai combattu pour les droits du trône, lorsque je n’inspirais que de la méfiance et que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient autant de pièges. J’ai servi le roi, lorsque je savais bien que je ne devais attendre de ce roi juste, mais trompé, ni bienfait ni récompense. Que ferai-je donc, maintenant, madame, lorsque la confiance relève mon courage, et que la reconnaissance que m’inspire l’accueil de Votre Majesté fait de mes principes un devoir ? Il est tard, je le sais, madame, bien tard, continua Mirabeau en secouant la tête à son tour ; peut-être la monarchie, en venant me proposer de la sauver, ne me propose-t-elle en réalité que de me perdre avec elle ! Si j’eusse réfléchi, peut-être eussé-je choisi, pour accepter la faveur de cette audience, un autre moment que celui où Sa Majesté vient de livrer à la Chambre le fameux livre rouge, c’est-à-dire l’honneur de ses amis.
– Oh ! monsieur, s’écria la reine, croyez-vo

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