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La Compagnie blanche , livre ebook

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Description

À la mort du seigneur de Minstead, son fils, le jeune Alleyne Edricson, est confié à une abbaye, celle-ci devant le renvoyer dans le monde une fois parvenu à maturité. Ce jour arrivé, le jeune Alleyne part sur les routes et rapidement se lie d'amitié avec des compagnons. C'est avec eux qu'il rejoint Sir Nigel, héros de la Guerre de Cent Ans. Celui-ci se prépare à embarquer pour Bordeaux afin de se mettre au service du Prince Noir et prendre le commandement de la Compagnie Blanche, turbulente troupe d'archers d'élite. Le jeune Alleyne, devenu écuyer de Sir Nigel, suivra celui-ci jusqu'à Pampelune pour combattre les armées castillanes et françaises conduites entre autres par Du Guesclin.

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 130
EAN13 9782820604347
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La Compagnie blanche
Arthur Conan Doyle
Collection « Les classiques YouScribe »
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Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0434-7

CHAPITRE PREMIER – Comment le mouton noir s’échappa de la bergerie
La grosse cloche de Beaulieu sonnait à toute volée ; elle brassait l’air lourd de l’été, elle poussait ses crescendos et ses diminuendos jusqu’au cœur de la forêt. Rien de plus banal, pour les pêcheurs sur l’Exe ou pour les tourbiers du Blackdown, que ses grands battements rythmés qui leur étaient aussi familiers que le caquetage des geais ou le grondement des butors. Cette fois-ci pourtant ils levèrent la tête, intrigués : l’angélus avait déjà été sonné, et ce n’était pas encore l’heure des vêpres ; pourquoi s’agitait donc la grosse cloche de Beaulieu alors que l’ombre n’était ni courte ni longue ?
Tout autour de l’abbaye les moines se hâtaient ; leurs robes blanches affluèrent dans les grandes allées de chênes noueux et de hêtres moussus. Dès le premier coup de cloche tous s’étaient mis en route ; ils avaient quitté les vignes ou le pressoir, les étables ou les prés, les marnières ou les salines, et même les lointaines forges de Sowley ou le manoir écarté de Saint-Léonard. Cet appel ne les avait pas surpris. La veille au soir un messager avait fait le tour des dépendances de l’abbaye, et il avait averti chaque moine d’avoir à être rentré dans le couvent pour trois heures de l’après-midi. Le vieux frère convers Athanasius, qui était préposé au heurtoir depuis l’année de la bataille de Bannockburn, ne se rappelait pas qu’une convocation aussi pressante eût jamais réuni la communauté.
Un étranger qui n’aurait rien su de l’abbaye et de ses immenses ressources, mais qui aurait assisté au défilé des frères, aurait à peu près deviné les diverses tâches dont l’accomplissement faisait vivre le vieux monastère. Rares étaient en effet les religieux qui, tandis qu’ils avançaient gravement par deux ou par trois, tête basse et la prière aux lèvres, n’arboraient pas les signes extérieurs de leurs occupations quotidiennes. Ces deux-là, par exemple, avaient les poignets et les manches tachés du jus des raisins noirs ; cet autre à la barbe fleurie rapportait sa hache et avait juché sur ses épaules un gros fagot de bois ; à côté de lui marchait un moine qui portait sous le bras des cisailles pour la tonte, et sa robe blanche était parsemée des flocons d’une laine plus blanche encore ; une longue cohorte était pacifiquement armée de bêches et de pioches ; enfin les deux derniers transportaient un énorme panier débordant de carpes fraîchement pêchées, car le lendemain était un vendredi et il y aurait cinquante écuelles à remplir pour un nombre égal de gros mangeurs. Tous paraissaient las. Il est vrai que l’abbé Berghersh était aussi dur pour eux que pour lui-même.
Pendant que s’opérait le rassemblement, l’Abbé arpentait avec impatience la grande salle haute réservée aux événements d’importance. Il avait joint ses mains, qu’il avait blanches et nerveuses. Ses traits fins tirés par la méditation, son visage hâve attestaient qu’il avait terrassé l’ennemi intérieur, mais que ce combat l’avait grandement meurtri. On oubliait sa débilité apparente dès qu’un éclair d’énergie farouche jaillissait sous ses sourcils retombants : cette lueur fulgurante (et fréquente) rappelait qu’il appartenait à une famille de soldats : son frère jumeau Sir Bartholomew Berghersh n’avait-il pas été au nombre de ces héros qui avaient planté la croix de saint Georges devant les portes de Paris ?… Lèvres serrées, front plissé, l’Abbé foulait de long en large le plancher de chêne, pendant que la grosse cloche sonnait au-dessus de sa tête. Il ressemblait à une incarnation de l’ascétisme.
Trois notes étouffées annoncèrent la fin du branle. Avant même que leur écho se fût tu, l’Abbé frappa sur un petit gong ; un frère lai se présenta aussitôt.
– Les frères sont-ils rentrés ? demanda-t-il dans le dialecte franco-anglais en usage dans les couvents.
– Ils sont ici, répondit l’interpellé qui avait les yeux baissés et les mains croisées sur la poitrine.
– Tous ?
– Trente-deux anciens et quinze novices, Révérend Père. Le Frère Marc, qui a la fièvre, n’a pu venir. Il a dit que…
– Peu importe ce qu’il a dit. Avec fièvre ou sans fièvre il aurait dû se rendre à ma convocation. Son esprit aura à s’assagir, comme celui de beaucoup dans cette abbaye. Vous-même, Frère Francis, vous avez par deux fois élevé la voix, assez fort pour qu’elle parvînt à mes oreilles, pendant qu’au réfectoire le lecteur évoquait la vie des saints bénis de Dieu. Qu’avez-vous à répondre ?
Le frère lai demeura humblement immobile et silencieux.
– Mille ave et autant de credo , récités debout avec les bras ouverts devant l’autel de la Vierge, vous aideront peut-être à vous rappeler que le Créateur nous a donné deux oreilles mais une seule bouche, en signe que l’ouïe doit travailler deux fois plus que la parole. Où est le maître des novices ?
– Il est dehors, Révérend Père.
– Introduisez-le.
Les sandales claquèrent sur le plancher, la porte cloutée de fer grinça sur ses gonds ; quelques instants plus tard elle se rouvrit pour laisser pénétrer un moine trapu au visage épais et à l’allure autoritaire.
– Vous m’avez demandé, Révérend Père ?
– Oui, Frère Jérôme. Je désire que cette affaire soit réglée avec le minimum de scandale ; et pourtant il est nécessaire que l’exemple soit public.
L’Abbé s’était exprimé en latin. Le latin, par son caractère antique et solennel, convenait mieux pour traduire les pensées de deux hauts dignitaires de l’ordre.
– Peut-être vaudrait-il mieux que les novices ne soient pas présents ? suggéra le maître. La mention d’une femme risque de les détourner des pieuses méditations vers des pensées profanes et impies.
– Une femme ! Une femme ! gémit l’Abbé. Saint Chrysostome a eu bien raison de qualifier la femme de radix malorum ! Depuis Ève, quel bien est venu de l’une d’elles ? Qui porte plainte ?
– Le Frère Ambrose.
– Un saint et brave jeune homme.
– Une lumière, un modèle pour tous les novices.
– Finissons-en donc, selon notre vénérable règle monastique. Commandez au procureur et au procureur adjoint d’introduire ici les frères par rang d’âge, en même temps que Frère John l’accusé et frère Ambrose l’accusateur.
– Et les novices ?
– Qu’ils attendent dans l’allée nord du cloître ! Un moment ! Dites au procureur adjoint de leur envoyer Thomas le lecteur afin qu’il leur lise des extraits des Gesta beati Benedicti . Peut-être ce texte les préservera-t-il contre les babillages puérils et pernicieux.
Une fois de plus l’Abbé demeura seul. Il pencha sa maigre figure grisonnante au-dessus de son bréviaire enluminé et ne leva pas les yeux quand les moines pénétrèrent dans la salle ; à pas lents, mesurés, ils allèrent s’asseoir sur les bancs de bois qui de chaque côté étaient parallèles au mur. À l’autre extrémité, sur deux sièges élevés aussi imposants que celui de l’Abbé, mais sculptés avec un peu moins de recherche, s’assirent le maître des novices et le procureur. Ce dernier était un gros moine majestueux, dont les yeux noirs pétillaient ; sa tonsure était entourée d’une masse abondante de cheveux frisés, très bruns. Entre eux se tenait un frère pâle et efflanqué qui semblait peu à son aise : il se balançait nerveusement et se grattait le menton avec le rouleau de parchemin qu’il serrait dans sa main. L’Abbé, du haut de sa position, considéra les deux rangs de visages placides et hâlés, leurs grands yeux bovins, leurs expressions simplistes. Puis il tourna son regard inquisiteur dans la direction du moine pâle qui lui faisait face.
– Cette plainte émane de vous, Frère Ambrose, dit-il. Puisse saint Benoît, patron de cette maison, se trouver avec nous aujo

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