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Description

L'auteur résume ici une expérience, une double culture, un amour. L'expérience de son enfance en Inde, sa double culture anglo-indienne, son amour de l'enfance. A la fois roman d'espionnage, d'initiation et picaresque, Kim est un roman d'aventures dans la plénitude du terme, porté par un art du récit et un style pittoresque, plein d'humour et de poésie. Le chef d'oeuvre d'un prix Nobel.

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 153
EAN13 9782820606105
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Kim
Rudyard Kipling
Collection « Les classiques YouScribe »
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Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0610-5

I

Oh vous qui suivez l'Étroit Sentier {1}
Du brasier de Tophet {2} au Jugement Dernier
Soyez bons pour les païens agenouillés
Devant Bouddha à Kamakura {3} !
Bouddha à Kamakura. {4}
Il se tenait, au mépris des ordres municipaux, à califourchon sur le canon Zam-Zammah {5} , braqué au centre de sa plate-forme de brique, en face de la vieille Ajaib-Gher la Maison des Merveilles, comme les indigènes appellent le musée de Lahore {6} . Qui tient Zam-Zammah, ce « dragon au souffle de feu », tient le Pendjab ; la grosse caronade de bronze vert, à chaque conquête, tombe toujours la première dans le butin du vainqueur.
Kim avait quelque droit à sa place son pied venait de déloger d'un tourillon le garçon de Lala Dinanath puisque les Anglais tenaient le Pendjab et que Kim était anglais. Quoique le teint brûlé comme celui de n'importe quel indigène, quoiqu'il employât de préférence l'idiome du pays et parlât sa langue natale avec une sorte de chantonnement hésitant et cassé, quoiqu'il fréquentât sur le pied d'une égalité parfaite les petits garçons du bazar, Kim était un Blanc, un Blanc pauvre parmi les plus pauvres. La femme de demi-caste qui prenait soin de lui (elle fumait l'opium et faisait semblant de tenir une boutique de meubles d'occasion près du square où stationnent les fiacres pas chers) disait aux missionnaires qu'elle était la sœur de la mère de Kim ; mais sa mère, d'abord bonne d'enfants dans la famille d'un colonel, avait épousé plus tard Kimball O'Hara, jeune sergent porte-drapeau des Mavericks {7} , régiment irlandais. Il occupa ensuite un poste sur la ligne de chemin de fer Sind-Pendjab-Delhi, et son régiment retourna en Angleterre sans lui. La femme mourut du choléra à Ferozepore, et O'Hara se mit à boire et à vagabonder le long de la ligne avec le bébé de trois ans qui ouvrait ses yeux vifs. Des œuvres, des chapelains, inquiets de l'enfant, tentèrent de s'en emparer ; mais O'Hara disparut, toujours errant, jusqu'au jour où il rencontra la femme qui fumait l'opium, en prit le goût avec elle, et mourut comme meurent dans l'Inde les Blancs qui n'ont point d'argent. Ses biens, à sa mort, consistaient en trois documents ; il appelait l'un son ne varietur {8} , parce que le papier portait ces mots au-dessous de sa signature, et le deuxième son « certificat de libération {9} ». Le troisième était l'extrait de naissance de Kim. Ces choses, avait-il coutume de dire dans ses belles heures d'opium, feraient malgré tout du petit Kimball un homme. Sous aucun prétexte Kim ne devait s'en séparer ; elles faisaient partie d'une grande opération de magie, magie que l'on pratique là-bas derrière le musée, dans le grand Jadoo-Gher bleu et blanc, la Maison des Sortilèges, comme nous appelons la Loge maçonnique {10} . Tout, disait-il, s'arrangerait un jour, et la corne de Kim serait exaltée {11} parmi des colonnes {12} des colonnes géantes de force et de beauté. Le colonel lui-même viendrait à cheval, en tête du plus beau régiment du monde, servir Kim, le petit Kim qui aurait dû être plus riche que son père. Neuf cents diables de premier ordre dont le dieu était un Taureau Rouge sur champ vert, seraient au service de Kim, s'ils n'avaient pas oublié O'Hara le pauvre O'Hara qui avait été contremaître sur la ligne de Ferozepore. Puis, il se mettait à pleurer amèrement, écroulé sur sa chaise de rotin démolie, sous la véranda. Aussi arriva-t-il qu'après sa mort la femme cousit parchemin, papier et extrait de naissance dans une gaine de cuir contenant une amulette qu'elle attacha au cou de Kim.
« Et un jour, dit-elle, se rappelant confusément les prophéties d'O'Hara, un grand Taureau Rouge sur un champ vert viendra te chercher, et le colonel sur son grand cheval, oui, et la phrase finissait en anglais neuf cents diables.
Ah ! dit Kim, je me rappellerai. Un Taureau Rouge et un colonel sur un cheval viendront, mais d'abord, disait mon père, arrivent les deux hommes qui préparent le terrain pour ces choses. C'est ainsi, disait mon père, qu'ils faisaient toujours, et c'est toujours ainsi quand les hommes font des opérations magiques. »
Si la femme avait envoyé Kim au Jadoo-Gher local avec ces papiers, la Loge de la province se fut naturellement chargée de lui, et l'aurait envoyé à l'Orphelinat maçonnique dans la montagne, mais elle se méfiait de ce qu'elle avait entendu raconter en fait de magie. Kim, en outre, avait son opinion personnelle. En atteignant l'âge de déraison, il apprit à éviter les missionnaires et les hommes blancs de mine sérieuse qui lui demandaient qui il était et son métier. Car Kim ne faisait rien, ce dont il s'acquittait avec un succès immense. Il connaissait, à vrai dire, l'étonnante ville de Lahore, dans sa ceinture de remparts, depuis la porte de Delhi jusqu'au fossé du Fort {13} ; il était à tu et à toi avec des hommes qui menaient des existences plus étranges que Haroun-al-Rachid {14} n'en rêva jamais, et vivait une vie aussi folle que celle des Mille et Une Nuits , mais dont ni missionnaires ni secrétaires des sociétés de bienfaisance n'eussent pu comprendre la beauté. Son surnom dans les faubourgs était « Petit Ami de Tout au Monde » ; et souvent, à cause de sa souplesse et de sa facilité à passer inaperçu, il portait des commissions la nuit sur les toits encombrés de la ville pour le compte de jeunes élégants à peau luisante et poil lustré. Il s'agissait d'intrigues, naturellement il savait cela du moins , de même qu'il connaissait tout du mal depuis qu'il savait parler , mais ce qu'il aimait, c'était le jeu pour son propre attrait les courses furtives dans l'obscurité des passages et des ruelles, l'escalade par quelque gouttière, les visions et les rumeurs du monde des femmes sur les toits plats, et la fuite, tête baissée, de terrasse en terrasse, sous le couvert de l'ombre chaude. Puis, il y avait de saints hommes, des fakirs barbouillés de cendre auprès de leurs sanctuaires de brique sous les arbres de la rivière, qu'il connaissait familièrement. Il les accueillait d'un salut, au retour de leurs courses mendiantes, et mangeait à leur plat quand ne passait personne. La femme qui s'occupait de lui insistait jusqu'aux larmes pour lui faire porter des vêtements européens, culotte, chemise et chapeau bossue. Kim trouvait plus commode d'enfiler le costume hindou ou mahométan, les jours où il négociait certaines affaires. Un des jeunes élégants celui qu'on trouva mort au fond d'une citerne, la nuit du tremblement de terre lui avait donné une fois un accoutrement complet d'Hindou, un costume de gamin des rues, de basse caste, et Kim le gardait en un lieu secret, sous des poutres, dans le chantier de Nila Ram, derrière la Haute Cour du Pendjab, parmi les troncs de cèdres odorants qui viennent là mûrir après avoir descendu le cours de la Ravi. En cas de mission ou de fredaine, Kim se servait de son bien et regagnait à l'aube la véranda, tombant de fatigue à force d'avoir crié aux talons d'une procession nuptiale ou braillé tout le long d'une cérémonie hindoue. Parfois, il y avait à manger à la maison ; plus souvent, il n'y avait rien, et Kim repartait manger avec ses amis indigènes.
Sans cesser de tambouriner des talons sur le flanc de Zam-Zammah, il oubliait, de temps à autre, la partie de « roi du château » qu'il jouait avec Chota Lal et Abdullah, le fils du marchand de sucreries, pour adresser quelque insolence au policeman indigène en sentinelle devant les rangées de chaussures à la porte du musée. Le grand Pendjabi grimaçait un sourire d'indulgence ; il connaissait Kim de longue date. Il en était de même du porteur d'eau qui dégonflait en cascade son outre de peau de bouc sur la route poudreuse. De même de Jawahir Singh, le menuisier du musée, penché sur ses caisses neuves. De même de tous les citadins à portée de vue, sauf les paysans des environs, qui se hâtaient vers la Maison des Merveilles afin de contempler les œuvres de leur province et d'ailleurs. Le musée était consacré aux arts et manufactures de l'Inde, et quiconque voulait s'instruire pouvait demander des explications au conservateur.
« À bas ! À bas ! Laisse-moi monter ! criait Abdullah, en grimpant à la roue de Zam-Zammah.
Ton père était pâtissier, ta mère volait le beurre, chanta Kim. Tous les musulmans sont tomb

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