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Histoires d’Histoire , livre ebook

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Description

Les quatorze nouvelles de ce recueil qui sont autant d'histoires d'Histoire ont pour trait commun de s’insérer dans des événements ou des périodes historiques. Les récits sont imaginaires, mais les contextes sont authentiques. Il est question de guerres et de paix, d’injustices et de culture, de fanatisme et de foi. Quelques figures historiques traversent des décors d’époque sans occuper le premier plan.

Les personnages sont souvent bridés, voire frustrés, par l’autorité ou la pression sociale. Les chutes sont en général des ouvertures sur un avenir qu’on devine meilleur ou dramatique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 juillet 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782332730329
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-73030-5

© Edilivre, 2014
Des paroles imprudentes
La fraîcheur matinale saisit les visages, mais la journée s’annonce lumineuse. Les nuages ont déserté les cieux, animés par les criaillements des mouettes à la recherche de leur pitance. La mer est calme : le clapotis lancinant du flux et du reflux des vagues sur le sable apaise l’esprit des rares promeneurs. Au loin, les barques des pêcheurs se dandinent déjà sur les flots.
Une jeune fille déambule tristement le long de l’eau. Son péplos blanc et court met en valeur ses jambes fuselées et bronzées. Elle lance son regard de jais vers l’horizon en portant en visière sa main et son bras, garni de bracelets brillants. À sa démarche altière, on devine une enfant de la haute noblesse.
Sur le sable, un cercle d’adolescents bruyants s’est formé autour de deux garçons à demi nus qui se mesurent à la lutte. Les corps des deux adversaires luisent déjà de sueur. Ils ahanent sous l’effort. Leurs camarades hurlent leurs encouragements, en mimant les prises qu’ils jugeraient les meilleures, à destination de leur combattant préféré. Des cris fusent, on se bouscule pour mieux voir, des poings se lèvent. La joute est rude, mais les jeunes de la cité aiment ces pugilats sans arme. Le vainqueur sera fier et redouté de ses compagnons.
Deux pêcheurs reviennent de leur labeur, fourbus et courbés sous la charge de lourds paniers de poissons frais. Sur le dessus de leur butin, quelques-unes de leurs prises frétillent pour un instant encore.
Sosthène s’est penché sur la plage et a saisi dans sa main un galet roulé là par la marée. Son corps émacié est drapé d’une simple tunique de laine malgré son origine aristocratique.
Les cheveux blanchis et le visage creusé de l’enseignant sont respectés par tous ses concitoyens, même ceux qui trouvent ses idées peu conformes à la tradition. Un regard qui peut devenir espiègle quand il s’amuse des vanités humaines, éclaire ses traits usés par tant d’années passées au service de la connaissance et du progrès. Malgré la lassitude physique due à son âge avancé, il n’a rien perdu de son agilité intellectuelle. Son discours est clair et argumenté. Il porte une pensée limpide, affûtée par une réflexion approfondie sur le sens de la vie et l’organisation de la société.
Ses yeux d’un bleu céleste dévisagent avec bonté la dizaine d’élèves qui se sont assis respectueusement auprès de lui. Ces garçonnets ne connaissent rien. Les meilleures familles ont confié leur enseignement à Sosthène : ils savent que les leçons du vieux précepteur sont marquées du sceau de la sagesse et de la pondération. Ces enfants, fils de commerçants, d’armateurs ou de riches oisifs, l’observent bouche bée en attendant patiemment ses paroles. Sosthène n’ignore pas qu’ils seront demain les édiles de la cité. Ce qu’il va leur dire est donc important pour l’avenir.
Le maître les dévisage un par un. La plupart lancent des regards confiants, malicieux et rieurs, ils chahutent volontiers avec leurs voisins. D’autres se sont assis tranquillement à l’écart. Sosthène observe un enfant à la peau claire. Deux rangs plus loin, le teint basané et les cheveux crépus d’un grand garçon annoncent une autre origine. Sosthène aime cette diversité qui fera la richesse et la sagesse des assemblées gouvernantes de demain. Il doit parler à tous et à chacun, en respectant leur personnalité.
Il lève haut dans le ciel la pierre qu’il vient de ramasser. Les yeux des enfants étonnés suivent attentivement son mouvement. Sa voix éraillée explique que ce galet a été déposé par la mer à ses pieds, mais qu’il aurait pu être porté par les flots dans n’importe quel autre endroit de la plage. Sosthène dit qu’il n’y a aucune prédestination dans la trajectoire des choses mortes. C’est le hasard qui décide. Par contre, pour ce qui est des événements humains, chacun peut intervenir sur le cours des problèmes dans sa famille ou dans la cité. Quand l’homme le veut, rien n’est a priori impossible.
Un doigt enfantin se lève devant lui. C’est Athanosios, le fils d’un riche marchand de tissus. Il tient de son père son teint mat et une curiosité d’esprit aiguisée. Il dit avoir remarqué que les joueurs de dés ne savent jamais quelle sera la face gagnante de l’objet cubique qu’ils lancent à grand renfort d’encouragements et de prières aux dieux. Athanosios demande à Sosthène si l’on peut en déduire que les divinités n’ont pas le pouvoir absolu que les hommes leur prêtent sur les événements.
Sosthène dissimule un demi-sourire. Il a bien reconnu dans la finesse de sa question la vivacité du jeune garçon. Lorsqu’il sera adulte, Athanosios deviendra certainement un orateur écouté dans l’assemblée du peuple. Il imposera sa facilité d’élocution et la richesse de sa réflexion. Il trouvera toujours l’argument qui clouera le bec à son contradicteur. Dans le groupe, ils sont rares ceux qui peuvent se mesurer à lui par l’éloquence.
Mais Sosthène doit se méfier et prononcer une réponse prudente. Il a pris des distances avec les croyances religieuses qu’il estime peu raisonnées, mais qui ont façonné, depuis si longtemps, la conduite et la foi des hommes et des femmes de la cité. Il ne peut pas déstabiliser sans précautions les jeunes esprits qui lui ont été confiés. Il dit que les dieux sont effectivement tout-puissants et que l’on doit continuer à les vénérer pour s’attirer leur clémence. Mais les dieux ne s’intéressent qu’aux destinées humaines : les parties d’osselets ou de dés que les soldats ou les marchands organisent entre eux sont des activités trop futiles pour mobiliser leur attention. D’ailleurs, les élèves devraient se concentrer sur les leçons de leur précepteur et non pas imiter les adultes dans leurs divertissements légers ou dans leurs attitudes frivoles.
À ce moment, le grand Demetrianos, le plus âgé des enfants, se lève au milieu de ses compagnons. Dans un ou deux ans, il quittera le groupe de Sosthène pour s’adonner à des jeux virils qui le prépareront à la guerre et à sa vie d’homme. Demetrianos s’intéresse déjà aux jeunes filles de son entourage. Lorsqu’il parle, il secoue sa crinière blonde avec conviction. Un léger sourire flotte en permanence sur ses lèvres roses.
Demetrianos cite un exemple précis à propos duquel il aimerait recueillir l’avis du philosophe. Lorsqu’il sort de sa maison pour rejoindre ses camarades et qu’il rencontre dans les rues la belle Lounia dont il rêve de caresser les épaules nues et ambrées, est-ce un hasard ou les dieux l’ont-ils placée volontairement sur son chemin pour susciter une entrevue agréable ? Les autres enfants sont secoués de rires gênés. Ils ne courtisent pas encore les filles de leur âge, qu’ils font semblant de tenir pour quantité négligeable, mais ils ont l’intuition que se produira bientôt un mystère de la vie auquel Demetrianos a déjà succombé et qui les portera vers les sourires et les attitudes gracieuses des adolescentes qu’ils croiseront. Le groupe attend la réplique du maître dans un silence déférent, mais passionné.
Sosthène s’efforce de garder son sérieux. Il déclare que les dieux sont assez malins pour aider Demetrianos dans sa relation avec Lounia, mais qu’il serait plus sûr de la rencontrer quand il le voudra, s’il prenait lui-même ses affaires en main en abordant la jeune fille et en lui demandant un rendez-vous ! Les enfants sont ravis et murmurent leur contentement. Décidément, le maître détient toujours des réponses judicieuses même à des questions ardues !
Soudain, Lukas se dresse. Lui, il n’est pas habillé d’un drapé finement ourlé ou tombant en plis élégants depuis ses épaules. Son vêtement est fait d’une toile grossière. C’est le fils d’un modeste menuisier. Sa présence parmi les élèves de Sosthène a soulevé l’inquiétude des parents, soucieux de la qualité des fréquentations de leur progéniture. Sosthène a dû plaider longuement pour démontrer que les fils des riches propriétaires avaient tout intérêt à connaître des camarades de basse extraction. Puisqu’ils sont appelés à de hautes fonctions dans la magistrature ou dans les allées du pouvoir politique, ils auront le plus grand avantage à fréquenter des éléments sortis du peuple, au nom duquel ils prendront des décisions si importantes. Lukas, contrairement aux autres, a le crâne rasé. Dans son milieu, les enfants subissent souvent l’indiscrétion de minuscules animaux qui envahissent les cheveux et provoquent des démangeaisons insupportables.
« Maître ! Vous nous enseignez que les choses de la nature sont gouvernées par le hasard et que les affaires des hommes peuvent être influencées par leur seule volonté, bien que les prêtres disent qu’elles sont le domaine des dieux. Mais ne croyez-vous pas que la nature est mieux organisée que notre société, qu’elle soit dirigée par les divinités ou par les hommes eux-mêmes ? »
La contradiction s’annonce rude, mais Sosthène aime le débat. Lukas est un enfant particulier : il progresse avec application dans l’apprentissage de la vie, en interrogeant les marins lorsqu’ils accostent au port après avoir vécu des aventures lointaines. Il sait déchiffrer des parchemins grâce à un vieux marchand d’épices qui a beaucoup voyagé. L’enseignant fourrage un instant dans sa barbe blanche et décide d’encourager l’enfant à approfondir sa réflexion :
« Que veux-tu dire, Lukas ? »
Les enfants se sont tus. Ils regardent leur camarade avec circonspection. Lukas, par son origine populaire et son tempérament solitaire, n’appartient pas à leur cercle. Il est exclu de leurs jeux et s’exprime rarement en public.
« Je veux dire que les galets de cette plage ont été jetés au hasard sur le sol. Certains ont une po

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