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Héloïse, jusqu'au fond du couvent , livre ebook

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Description

Héloïse, qui épousa en secret Pierre Abélard, grand maître en Théologie à Notre-Dame de Paris, nous laissera toujours à l’esprit l’image d’une conception peu ordinaire de l’amour charnel.
Abbesse et fondatrice du Paraclet, on peut la considérer comme la première femme de lettres du haut Moyen-Âge. Intellectuelle, érudite, mais aussi passionnée et follement amoureuse, elle ne vécut que dans l’idée de prolonger le grand élan « de cœur et de corps » qu’elle eut pour Abélard.
Sa vie est un long roman. L’ensemble de la correspondance amoureuse qu’elle a laissée demeure le prototype du roman d’éducation sentimentale qui s’illustrera plus tard, outrepassant la littérature courtoise pourtant en vogue à son époque.
Toute sa vie, elle sera submergée par des images sensuelles, osées, dégagées de toute entrave, relevant d’une passion charnelle contrariée par Abélard. Car celui-ci, mutilé dans sa virilité, et enfermé dans son propre monastère, n’est pas homme à se contenter des mots ardents et déchaînés que lui adresse Héloïse.
Mais pour la jeune abbesse, le « péché de chair » qu’elle entretient dans ses lettres se transforme en un lien spirituel et, à ses yeux, devient symbole de pureté.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782374534152
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Jocelyne Godard
Les Amours des femmes célèbres
HÉLOÏSE Jusqu’au fond du couvent
Collection Histoire
Il était une fois
Oui, il était une fois une belle jeune fille qui rêvait au prince charmant comme toutes les jeunes filles de son âge. C’est ainsi que commencent nombreux contes d’autrefois. Hélas, son prince charmant était très différent des autres. Et son conte, qui se conclut d’une façon tragique, hante les siècles et fera toujours couler beaucoup d’encre.
Femme de lettres connue, même s’il ne reste qu’une trace floue et funèbre de ses poèmes et rien de sa musique, le peu de sa correspondance d’amour, rassemblée après sa mort comme une preuve indélébile, demeure un exemple parfait du roman d’éducation sentimentale.
C’est donc ainsi que commence l’immortelle histoire d’Héloïse et d’Abélard.
 
Née vers 1099 ou 1100, elle était fille illégitime d’un noble occupant une position sociale élevée. Naissance illustre, naissance obscure ou naissance cachée, Héloïse était une gracieuse adolescente.
Du moins peut-on le croire, car brune ou blonde, grande ou petite, les yeux bleus ou noirs, ce qui est sûr, c’est qu’elle avait déjà en elle cette sagesse de l’amour vrai et pur, cette élévation de l’âme, cette force de caractère et ce rayonnement intérieur qui émerveilla le monde autour d’elle.
Sa mère se nommait Hersendis. On ne sait guère si elle s’occupa beaucoup ou peu de sa fille, ce qui était certain, c’est qu’elle dut mourir assez jeune en la laissant à son frère, le chanoine Fulbert. 
Sans doute plus mûre et plus développée que ses compagnes du même âge, Fulbert la portait en haute estime. Qu’elle fût grande ou petite, Héloïse était de taille bien proportionnée et dotée d’un gracieux visage au sourire charmant et aux yeux brillants et pétillants de vie. Nul doute qu’elle attirait bien des regards.
Et, dans cet ensemble harmonieux qu’aucune anomalie physique ou mentale ne venait perturber, Héloïse fraîchement sortie de son couvent ne demandait qu’à grandir en ouvrant son esprit à tout ce qui la portait vers la réflexion et la pensée profonde.
Héloïse, à seize ans, sortait donc du couvent de Notre-Dame d’Argenteuil. Probablement devenue trop instruite pour les religieuses qui lui enseignaient la rhétorique, le latin, le grec et la philosophie, la jeune Héloïse se vit expulsée du couvent pour un motif très particulier. Du « jamais vu » en une telle époque ! La supérieure venait d’expliquer à son oncle le chanoine Fulbert qu’il fallait à sa nièce un complément d’études avec des maîtres plus compétents que ses propres religieuses.
À la mort de sa sœur, l’oncle d’Héloïse avait tout naturellement recueilli l’enfant en s’émerveillant de ses prouesses intellectuelles qui ne cessaient de croître.
Et puisqu’il s’était vite aperçu de sa grande intelligence, il n’avait pas lésiné pour l’éduquer comme il était rare de le faire pour une fille, à moins que celle-ci soit destinée à entrer dans les ordres. Car pour le sexe féminin, seul le statut clérical donnait alors accès à la culture et à l’instruction.
— Mon oncle, dit Héloïse au chanoine Fulbert quelques jours après avoir quitté le couvent de Notre-Dame d’Argenteuil, vous m’avez promis de me donner un maître. 
— C’est que tu es bien jeune encore pour te rendre seule à la Montagne Sainte-Geneviève.
Sur la rive gauche de Paris était installée l’abbaye Sainte-Geneviève, une vieille et puissante fondation occupée par une communauté de chanoines refusant la réforme qui les aurait contraints à la pauvreté et au respect d’une règle qu’ils s’interdisaient de suivre. Cet établissement était une seigneurie ecclésiastique qui avait le double avantage de se comporter en abbaye, indépendante de la royauté et de l’évêché de Paris.
La butte de la Montagne Sainte-Geneviève était le lieu où se réunissaient les étudiants et l’école du cloître Notre-Dame était le grand centre où l’on enseignait les arts libéraux. Et là, philosophie, rhétorique, grec et latin, dépassaient de beaucoup le niveau, bien que supérieur, qu’avait atteint Héloïse au couvent d’Argenteuil.
— Mais, mon oncle, protesta Héloïse, au cloître Sainte-Geneviève je ne serai pas en perdition.
Le cloître de Sainte-Geneviève abritait une vaste bibliothèque, un scriptorium, des piles de parchemin vierge pour copier et recopier des textes, et des maîtres pour diriger les études des jeunes gens. Certes, cela restait un établissement monastique, d’une grande rigueur intellectuelle, et n’amenait nulle critique, bien au contraire. Mais était-ce la place d’une jeune fille ?
— Et moi je dis que tu es bien jeune.
— J’ai seize ans, mon oncle, reprit Héloïse et vous savez bien que je ne suis plus une enfant. Je vous l’ai prouvé en maintes circonstances.
Ils étaient attablés devant le repas du soir. Un fumet de viande et de légume sortait de la grande soupière encore fermée. Avant de lever le couvercle, le brave chanoine observa quelque temps la silhouette ravissante de sa nièce et hocha la tête.
— Hélas ! À vrai dire, aurais-tu deux ou trois ans de plus que cela ne changerait rien au problème. Les jeunes filles ne déambulent pas seules dans la campagne parisienne.
La campagne parisienne ! À ces mots, Héloïse eut un sourire plein de charme avec lequel elle chercha à déstabiliser son oncle :
— La Montagne Sainte-Geneviève n’est pas la campagne, mon oncle. C’est un lieu de culte, de savoir et de grandes connaissances. Tout y est en place pour distribuer un enseignement de haute qualité. 
Si le chanoine Fulbert évoquait le mot « campagne », c’est qu’à cette époque, la Montagne Sainte-Geneviève était couverte de beaux et nombreux vignobles au bas desquels se trouvait le village éloigné de la Cité. Les clos s’étageaient depuis l’église Sainte-Geneviève jusqu’à la petite église Saint-Julien sur les bords de la Seine d’où l’on apercevait au loin le bourg de Saint-Marcel. Il était donc évident que, durant la belle saison, un air de campagne y flottait dans des arômes de fleurs et d’herbe fraîche.
— Mon oncle, insista Héloïse, il m’est impossible de rester au stade où les religieuses de Notre-Dame d’Argenteuil m’ont laissée. Je veux en savoir plus. Je veux apprendre davantage.
L’oncle Fulbert, chanoine réputé qui exerçait une charge de sous-diacre à l’extérieur du cloître Notre-Dame, soupira.
Homme cultivé, érudit, il était fier de sa nièce dont le seul désir était celui de s’instruire. Mais comment pouvait-il s’assurer si la Montagne Sainte-Geneviève ne représentait pas un danger pour elle ?
— Héloïse ! tenta-t-il encore, tu ne seras plus en compagnie des demoiselles du couvent protégées par les bénédictines d’Argenteuil. As-tu réfléchi à ce point qui n’est pas un détail ?
— Bien sûr mon oncle, et je vous demande avec beaucoup de respect, mais aussi de volonté et de détermination, de me laisser poursuivre mes études à la Montagne Sainte-Geneviève.
— C’est bon, capitula enfin le chanoine Fulbert, je dirai donc deux mots au maître Thierry de Chartres que je connais pour avoir, autrefois, suivi son enseignement. Peut-être acceptera-t-il de venir au cloître pour te donner quelques heures de cours.
— Mais, mon oncle, le maître Thierry de Chartres n’est plus à Paris !
— Qu’à cela ne tienne, mon enfant, quand il se déplacera il viendra nous voir.
Contrariée, Héloïse faillit répliquer que ce n’était pas quelques heures de cours dont elle avait besoin, mais d’un enseignement profond, régulier, suivi et durable.
Elle réfléchit un instant à la façon dont elle devait contrecarrer la proposition de son oncle, puis jeta promptement :
— On dit que le maître Abélard qui pratiquait son enseignement à la Montagne Sainte-Geneviève d’une façon régulière quand j’étais au couvent d’Argenteuil va revenir incessamment. Êtes-vous au courant, mon oncle ?
— Oui, répliqua l’oncle Fulbert, je le sais forcément puisque tout le monde en parle.
— Et je vous ai souvent entendu dire grand bien de lui et de sa méthode d’enseignement.
— C’est juste. Je le considère comme l’un des plus grands maîtres de notre époque. Mais son retour me paraît compromis, car je ne sais comment réagira Guillaume de Champeaux, son ancien maître. Il ne lui cédera certes pas du terrain bien qu’il fût autrefois son plus brillant élève !
La jeune fille secoua sa longue chevelure et d’un mouvement un peu brusque la balança dans son dos comme pour se dégager d’un grand voile qui lui gênait le visage. Seule la fine tresse qu’au petit matin elle avait nattée pour la laisser tomber sur le côté ne bougea pas de son buste, calée entre son épaule et le bord de sa jeune poitrine. 
Un léger pincement des lèvres apparut sur son visage. Elle n’avait pas encore tout dit, mais comptait bien le faire afin de convaincre définitivement son oncle pour qu’il lui donnât son plein accord.
 
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