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Guénia Ivanovich , livre ebook

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Description

Kharkov, 1916. Guénia Stoliaroff est fou amoureux d’Anna, avec qui il partage une passion pour le théâtre. Mais bientôt, la tragédie s’invite dans sa vie. Au suicide de celle qu’il aime succèdent les premiers éclats de la révolution qui, en quelques mois, emporte à jamais la Russie des tsars. Attiré par la ferveur des jeunes bolcheviks d’Ukraine, Guénia ne tarde pas à découvrir la folie meurtrière qu’elle dissimule. Il rejoint alors les rangs de l’Armée des volontaires, qui se bat aux côtés des Blancs, commandés par le général Dénikine. Combats sanglants, capture, évasion, typhus... Guénia connaît tous les affres de la guerre civile. Jusqu’à ce jour de novembre 1920 où, avec les restes de l’armée blanche vaincue, il évacue la Crimée pour gagner Constantinople. Mais son destin n’est pas accompli...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 février 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782414435067
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
194 avenue du Président Wilson – 93210 La Plaine Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-43505-0

© Edilivre, 2020
A Flora
Chapitre I
Assise à l’ombre d’un grand parasol, perdue dans ses pensées, Antonina porta son regard au loin, hypnotisée par le scintillement de l’eau. Les vaguelettes de la mer noire venaient s’échouer à ses pieds. Même ainsi, pensive, une étincelle lumineuse brillait au fond de ses yeux noirs. Elle déplia le journal posé sur ses genoux. Chaque jour, le petit croquis représentant la ligne de front indiquait la position des troupes de chaque côté du Dniepr. En cette fin de printemps 1916, le conflit prenait des proportions gigantesques. Toute l’Europe s’y trouvait maintenant engagée. Le tzar avait-il eu raison d’embarquer la Russie dans cette aventure aux côtés de la France et de ses alliés contre l’Allemagne ? Des Flandres aux montagnes du Caucase, les pertes étaient considérables. Les meilleures troupes, les plus fidèles à l’Empereur étaient décimées. La misère du peuple grandissait. Des grèves et des mouvements de protestation d’une ampleur inégalée éclataient un peu partout. À Moscou, une grève générale. À Petrograd, des mouvements révolutionnaires devenaient d’heure en heure plus populaires et plus puissants : les mencheviks et le parti des travailleurs socialistes, dont une faction, les bolcheviks, créée par Lénine, prenait de plus en plus de pouvoir. La famine commençait à sévir en Russie et l’Ukraine serait bientôt frappée.
Kharkov, magnifique centre culturel de l’est de l’Ukraine, conservait une tranquillité imperturbable, comme si tous ces évènements ne devaient jamais toucher ses élégants habitants. Antonina venait de divorcer et cela agitait bien plus les conversations que la guerre pourtant bien présente. Iacov Vassilievich avait offert de l’épouser, alors qu’elle attendait l’enfant d’un autre. Fasciné, amoureux de cette brillante et fière jeune femme, il savait pourtant qu’elle n’avait accepté le mariage que sous la pression de son père, elle s’était plié à la volonté de ce dernier, pour sauver l’honneur de la famille. Antonina aimait bien Iacov, mais elle ne l’aimait pas, c’était là toute la différence. Loyalement, elle avait assumé, elle avait honoré le pacte du mariage et se comportait en parfaite épouse, mais il n’était pas question de vivre sans donner un sens à sa vie. Elle avait un grand projet. Et ce projet portait un nom : littérature française.
Aller un jour à Paris, y étudier et devenir enseignante, tel était son grand rêve. Lorsqu’elle avait annoncé son projet à son époux, celui-ci était devenu de plus en plus amer. N’était-il pas son bienfaiteur ? N’avait-il pas sauvé son honneur, son noble geste ne lui garantissait-il pas une éternelle gratitude ? Il avait rêvé de soirées mondaines ou exhiber sa brillante épouse, tendre et soumise. Hélas, brillante, Antonina l’était, certainement, mais soumise… Loin de là. Bientôt, ils eurent chacun leurs fréquentations. Les jours de réception, le salon d’Antonina s’animait de vibrants débats philosophiques, ou bien résonnait des notes d’un quatuor, elle-même jouait du piano et poètes et écrivains se réunissaient autour du samovar. Les jours de réception de Iacov étaient beaucoup plus terre à terre. On y parlait « affaires ».
L’indépendance manifeste de sa femme était un perpétuel affront pour Iacov Vassilievich. Qu’elle projette de travailler, qu’elle enseigne lui étaient des comportements insupportables. Le comble était qu’elle se montrait sincèrement désolée pour lui, car Antonina ne voyait pas ce qu’elle aurait pu faire, elle était navrée pour le malheureux. Un soir, en rentrant chez lui, son fils Guénia avait entendu les bribes d’une violente dispute :
– Ton projet me couvre de ridicule ! hurlait la voix de son père.
– Laisse-moi, je voudrais rester seule.
– Tu ne te comportes pas comme une épouse consciente de ma dignité, je tiens à ma réputation, tu nuis à ma carrière.
– Tu attaches de l’importance aux choses qui n’en ont pas.
Guénia reconnu bien dans cette phrase l’attitude de sa mère devant les circonstances de la vie ; brusquement, la conversation prit une autre tournure :
– Et à quoi donc devrais-je attacher de l’importance, à ta conduite de jeunesse ?
Il y eut un long silence pendant lequel Guénia se demanda à quoi son père faisait allusion.
– Je crois qu’il nous faut divorcer.
Antonina avait prononcé ces paroles sur un ton sans appel, laissant son mari sans voix. Au printemps, le divorce fut prononcé par le tribunal. Ce fut un scandale qui défraya la chronique de tout Kharkov. Antonina quitta son élégant pavillon, la bonne société se détourna d’elle, ce qui lui importa peu, elle le prit même avec une certaine ironie. Enfin libre, elle partit à Paris avec son fils Guénia, s’installa dans un modeste appartement près de l’église Saint Germain des Prés, inscrivit son fils à l’école des garçons de la rue saint Benoit et suivit les cours de l’Alliance Française. Au bout d’un an, elle obtint son diplôme d’enseignante de français. Revenue à Kharkov, elle s’organisa aussitôt pour donner des cours de français. Guénia fut inscrit à la première année du gymnase. Au début, elle ne gagnait pas beaucoup et la vie n’était pas facile car Iacov Vassilievich ne lui donnait que très peu d’argent. Peu importe, l’avenir était plein d’espoir, elle était heureuse avec son fils auprès d’elle, ils s’entendaient si bien… Elle lui demandait même de l’assister dans ses cours, quelquefois. Mais, un jour, il découvrit un paquet de lettres dans la commode de sa mère et, en les lisant, il comprit que Iacov Vassilievich n’était pas son père. Ainsi, c’était cela le mystère qui planait, la « faute » de sa mère. La douleur fut violente, le monde s’écroulait pour lui : il était un enfant illégitime. Ainsi, son vrai père s’appelait Joseph Lycenko, qui était-il ? Sommée de s’expliquer par son fils, Antonina dut révéler la vérité.
En quelques mois, Guénia se transforma. Peu après avoir fêté ses treize ans, l’élève brillant qu’il avait été jusqu’alors sécha les cours. Puis deux ans passèrent pendant lesquelles il finit par abandonner complètement ses études. Il entreprit toutes sortes d’activités plus stériles les unes que les autres : notamment des cours de chant, de la figuration au théâtre de la ville. Il se mit à fréquenter les cafés-théâtres et les boîtes de nuit. Ses relations avec sa mère prirent une tournure de plus en plus orageuse. Il entrait et sortait de la maison à toute heure du jour ou de la nuit. Il devint insolent et fini par se comporter avec elle en parfait goujat.
Antonina portait dans sa chair la douleur de son fils, elle avait cru que l’amour qu’elle lui portait aurait suffi à faire son bonheur mais elle voyait bien qu’être un enfant de l’amour était une honte à porter pour lui et lui procurait un mal-être qu’elle n’aurait jamais imaginé. Elle qui avait délibérément bravé les lois de la société la tête haute, en décidant de lui donner la vie, par un acte aussi instinctif que passionnel, jamais elle n’avait imaginé le voir souffrir ainsi de sa propre naissance. Les grandes vacances arrivées, Antonina avait rejoint sa famille à Sochi, au bord de la mer noire.
Antonina posa son journal et soupira : près d’elle, sous le parasol voisin, sa sœur et son beau-frère se disputaient. Elle se leva et s’éloigna le long de la rive, le soleil se couchait. Elle aimait ce moment magique. De loin, elle aperçut son fils, il marchait sur la plage, elle le contempla. Il avait de la prestance. Leurs rapports étaient toujours aussi difficiles. Cependant un profond bouleversement s’était produit en lui depuis quelques mois. Aussitôt arrivé à Sochi, son fils avait entamé son séjour en participant à une pièce de théâtre organisée par le célèbre Sobinov, lui aussi en vacances à Sochi. Puis, il se consacra à la chasse et participa à tous les sports aquatiques qu’on proposait. Il dévorait également des livres avec une voracité qu’elle ne lui avait pas connue depuis bien longtemps. Il ne tenait plus en place. Et maintenant il tournait en rond, rongeant son frein. Il n’y avait pas à en chercher l’explication bien loin, Anna Chabanova, déjà fiancée, quatre ans de plus que lui, brillante et rebelle.
C’est par une belle soirée d’hiver de l’année 1915 qu’il avait rencontré Anna. Sanglé dans son magnifique uniforme de cadet, il s’était faufilé au bal de fin d’année du gymnase de Kharkov, quand bien même il ne le fréquentait plus. S’appliquant à jouer les séducteurs désabusés à la Eugène Oniegine, son héros, et comme lui, prenant un air nonchalant, il s’était appuyé contre un mur, observant en silence. Les danseurs tournoyaient dans un frou-frou de robes, d’autres se promenaient et bavardaient. Au-delà de cette muraille mouvante, quelques canapés et trois jeunes filles assises dont une avait des cheveux cendrés et de magnifiques yeux verts.
Anna Vassilieva Chabanova était d’une humeur sombre ce soir-là : elle s’était disputée avec sa mère. Non, elle ne pouvait se résoudre à choisir un époux sur le simple prétexte qu’il était un bon parti, comme si être un bon parti était la vertu suprême, la seule valeur à laquelle elle devait aspirer. Elle trouvait insupportable les lois contraignantes auxquelles une jeune fille de la bonne société devait se soumettre. Très jeune, elle avait été rebelle à tout endoctrinement ; très jeune, elle avait revendiqué le droit de penser par elle-même. Bien qu’elle aimât sa mère avec toute la tendresse de l’enfance, elle éprouvait dans ces moments-là de douloureuses bouffées de haine envers elle : celle-ci refusait que sa fille puisse penser autrement ; elle refusait qu’elle puisse penser tout court. Pour couper court aux discussions, Anna avait acc

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