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Benoni Rivière, cafre blanc , livre ebook

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Description

« — C'est vous alors “le cafre blanc” ? — “Le cafre blanc” ? Je ne sais pas, je ne me connaissais pas ce surnom ! — Des anciens parlent d'un homme blanc élevé par une cafrine, une esclave du maître qu'il avait achetée sur les côtes africaines, une Makua de la tribu des Bantu. Ils disaient qu'il avait été élevé avec du lait d'une Africaine, une cafrine comme on dit ici, mais qu'il était resté blanc quand même et avec leur mentalité ! — Des anciens ? — Ceux qui étaient ici avant nous et que le maître a fini par vendre. Ils revenaient parfois quand leur maître voulait rendre des outils à La Plantation, ou quand il venait voir votre père. Il venait souvent avec un ou deux esclaves qui parlaient avec nous tous, discrètement bien sûr. Ils disaient qu'un jour un cafre blanc viendrait pour seconder votre père et qu'avec deux maîtres, la vie serait encore plus un enfer qu'elle ne l'était déjà... » 1805, île de la Réunion. Le père de Benoni vient de mourir et laisse derrière lui tout un domaine et une poignée d'esclaves. Le « maître » était bien plus que respecté par ses disciples, il était craint. Violent et sans cœur, il battait ses sujets comme il battait sa femme. Les anciens parlent d'un cafre blanc qui viendrait lui succéder. S'agirait-il de Benoni ? Médecin homosexuel, celui-ci quitte sa Bretagne pour hériter de son esclavagiste de père. Sur place, c'est la stupeur : le tortionnaire laisse place à l'humaniste, démentant la prédiction... Et si les anciens avaient menti ? À travers la chronique d'une plantation réunionnaise sur une dizaine d'années, François-Xavier David livre une page d'histoire édifiante. N'hésitant pas à regarder l'horreur en face, son roman illustre à merveille les premiers pas difficiles d'un siècle vers davantage d'humanité.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 octobre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782342056617
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Benoni Rivière, cafre blanc
François-Xavier David
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
175, boulevard Anatole France
Bâtiment A, 1er étage
93200 Saint-Denis
Tél. : +33 (0)1 84 74 10 24
Benoni Rivière, cafre blanc

Toutes les recherches ont été entreprises afin d’identifier les ayants droit. Les erreurs ou omissions éventuelles signalées à l’éditeur seront rectifiées lors des prochaines éditions.
 
 
 
Retrouvez l’auteur sur son site Internet :
http://francois-xavier-david.societedesecrivains.com
 
 
 
«  Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais.  »
Abraham Lincoln, Lettre à A.G. Hodges , 1864
 
 
 
Aux membres de ma famille, David-Folange de la Perrière de Camors et David-Gouin de Roumilly qui m’attachent à ma Bretagne, et à ma famille et mes amis qui m’attachent à l’île de La Réunion.
 
 
 
La mort du père, la mort d’un maître
 
 
 
J’avais hérité à la mort de mon père de toute La Plantation et tout ce que cela comportait en propriétés et domaines, mais aussi, tous les esclaves dont il était propriétaire, quelques familles avec des enfants, quelques vieillards aussi. Je n’avais pas revu mon père avant sa mort. Fils unique, j’avais été informé par un notaire, celui de la famille certainement, qu’il me fallait rentrer sur l’île pour prendre héritage de la suite.
Depuis la mort de maman, j’avais mis de la distance avec celui qui m’avait engendré et qui avait su me rappeler tout au long de mon enfance que j’avais été une charge non désirée. J’avais fini par le haïr et j’étais parti en métropole pour y suivre mes études et ne jamais revenir. Sindulphe, notre régisseur, m’avait fait parvenir un courrier qui avait mis bien du temps à me parvenir et le temps de rentrer au pays, six mois s’étaient écoulés, mon père était mort depuis quelques longues semaines déjà.
Il m’avait expliqué que l’esclave qui avait tué mon père avait été arrêté et pendu, il attendait juste mon retour pour se retirer. La très mauvaise expérience en compagnie de mon père, et son âge déjà avancé, l’avaient poussé à vouloir penser un peu à lui en rentrant dans sa famille.
Par la loi du 30 floréal an X 1 , Napoléon, alors premier consul, venait de rétablir l’esclavage en France. Bien que nous fussions peu concernés sur l’île puisque l’abolition avait été rejetée dès 1795, la remise en cause d’une liberté par affranchissement probable et tant espérée par les quelques six mille esclaves avait dû grandement échauffer les esprits. Mon père avait certainement dû redoubler de méchanceté, voire même de cruauté comme il était habitué à le faire depuis toujours. Ces attitudes avaient été une des causes majeures de mon départ et surtout la coupure de toutes mes relations avec lui.
Après un départ du port de Nantes, où j’étais arrivé quelques jours avant l’appareillage, j’avais attendu patiemment que les vagues claquent contre la coque du navire et me mènent enfin sur l’île de La Réunion, après pratiquement soixante-dix jours de mer et quelques escales sur des côtes africaines pour des ravitaillements ponctuels.
Arrivé à quai à Saint-Paul, ville portuaire de La Réunion, Sindulphe, mon régisseur et cocher pour l’occasion, était là à m’attendre avec la calèche, autrefois celle de mon père. Sa fille Marie-Louise habitait, quant à elle, cet endroit depuis deux ans déjà. Venu la voir en attendant l’arrivée du bateau, il avait vue sur la mer et il pouvait être directement informé d’un simple coup d’œil sur les flots ou vers l’horizon lointain.
Après plus d’une heure de route, en nous arrêtant pour saluer des amis de longue date, j’arrivai à La Plantation. Sindulphe avait su gérer l’après décès avec une certaine autorité qui n’avait pas semblé si difficile pour les esclaves. Ils changeaient d’attitude en me voyant arriver dans la calèche sur la longue allée terminant le chemin. Il stoppa les chevaux devant les escaliers de la propriété de style colonial, sous le grand flamboyant en fleurs.
Les hommes et les femmes, ceux-là même que mon père appelait « les mâles et les femelles », mais aussi leurs enfants s’arrêtaient dans leurs tâches pour rester debout et me regarder arriver. À ce moment-là, arrêté sur les marches à les observer tous d’un tour de tête de droite à gauche et de gauche à droite, je ne savais pas encore s’ils étaient heureux de me voir ou si, au contraire, il régnait chez eux la peur d’un nouveau « maître ». Quant à moi, je ne pouvais pas dire qu’un vent de panique avait soufflé sur moi, mais je n’étais pas vraiment bien non plus. J’avais la responsabilité de tous ces gens qui avaient tant souffert sous le joug de mon père, je devais les conquérir, d’une façon ou d’une autre afin que les craintes, aussi bien chez eux que chez moi, s’estompent définitivement.
Durant mon enfance, et depuis ma naissance, peu avant la mort de maman, j’avais été élevé par une nourrice de couleur, celle que j’avais toujours et jusqu’à présent considérée comme ma propre mère ne semblait plus être là.
« Sindulphe ! Où est M’man ? Où est donc Marie-Celerina, où est ma nourrice ?
— Beno… Monsieur Benoni, pardon ! Peu après votre départ, pour ne pas dire quelques minutes après, monsieur votre père l’a renvoyée dans La Plantation au même titre que les autres esclaves…, les esclaves femelles qui…
— Sindulphe ! dis-je alors en colère bien malgré moi. Mâle ou femelle étaient les appellations esclavagistes de celui qui était malheureusement mon père, je ne veux plus entendre de telles marques de dédain pour parler d’hommes ou de femmes de La Plantation ou d’ailleurs. Beaucoup de choses vont changer ici maintenant qu’il n’est plus de ce monde. La Plantation va revivre… Et M’man alors ? J’aimerais bien la revoir, va me la faire chercher s’il te plaît, je suis bien étonné qu’elle ne soit pas là sachant que j’arrivais ! Ne savait-elle pas que je revenais ?
— Monsieur Benoni, Marie-Celerina est morte quelques jours après votre départ, votre père l’avait tellement battue, tellement fouettée, avant de l’envoyer dans La Plantation. Elle n’a pas sur-vécu à ces terribles blessures n’ayant pas reçu les soins nécessaires interdits par le maître ! Marie-Celerina n’était plus qu’un corps meurtri, pratiquement en lambeaux ! Dieu a certainement eu pitié d’elle !
— Oh mon Dieu, M’man ! Il y aurait un Dieu, il n’y aurait pas d’esclavage ! »
J’avais été obligé de m’asseoir dans le siège du bureau. Ma tête fichée dans mes mains, les coudes appuyés sur la table de travail, j’avais pleuré, je venais de perdre une seconde fois ma mère.
La première, ma véritable mère, je n’en avais que très peu de souvenirs et si ce n’était pas les portraits qui habillaient les murs blancs de certaines pièces de la demeure, ou le long couloir qui menait dans l’aile droite, ou encore en haut de l’énorme escalier qui menait au premier étage, je n’en aurais aucun souvenir visuel. Comme par exemple, dans sa chambre, celle qui était restée intacte depuis son départ, après que la mort l’avait saisie par la taille pour une dernière danse.
Puis ma seconde maman, Marie-Celerina, celle qui m’avait élevé, m’avait allaité, m’avait éduqué. Celle auprès de qui je me réfugiais quand je croisais mon père et que j’étais pétrifié par son regard, par sa voix, par ses ordres, celui que je n’avais jamais embrassé, celui que je n’avais jamais aimé, celui que je ne voulais pas qu’il fût mon père tout simplement, mais qui l’était de toute évidence.
M’man avait accouché peu de temps après ma naissance, c’était à cause, ou grâce à cela, que j’avais eu le lait nécessaire à ma croissance. Elle m’avait raconté que mon père lui avait soustrait son bébé avant de la conduire au domaine, laissant son bébé dans le domaine de La Possession sans ne plus jamais avoir de ses nouvelles. Elle n’avait jamais trop voulu en parler et maintenant, il était trop tard pour savoir quelque chose à ce sujet.
Évidemment, je n’appelais M’man « M’man » qu’en cachette de mon père, c’était notre petit secret à elle et moi. Peu de temps après le décès de ma vraie mère, j’avais eu le malheur de l’appeler ainsi alors que mon père était présent, il l’avait battue de plusieurs coups de fouet. J’en avais été traumatisé, elle avait été punie par ma faute. J’étais encore tout petit mais ça m’avait marqué pour toujours. Depuis cet instant, je ne demandais plus rien, si j’avais besoin de quelque chose, même petit, je m’approchais d’elle et tirais sur un pan de sa longue jupe qui couvrait intégralement ses jambes ; ces jambes qui me berçaient quand je tombais de sommeil dans ses bras et qu’elle caressait mes cheveux bouclés. Et si vraiment je ne pouvais faire autrement, alors je l’appelais par son prénom, c’était un code, elle savait ainsi que mon père était près de moi. « Marie-Celerina » voulait dire « j’ai besoin de toi M’man, mais attention le maître est là ! »
Mon père, le maître, je l’appelais aussi ainsi, je n’arrivais pas à l’appeler « papa », ni même « père », était un monstre. Quand je lui annonçai que je partais en métropole, apprendre la médecine pendant plusieurs années, je partis comme si je venais de quitter le tenancier d’une taverne, sans même lui serrer la main. J’aurais pu lui jeter une pièce, cela aurait été la chose la plus intime qui nous reliait. Nous n’étions pas en bons termes et ne l’avions jamais été. Il avait plus d’affinités avec son régisseur, et moi avec les enfants de La Plantation, les enfants esclaves qui m’avaient certainement oublié depuis tant d’années.
Alors pendant tout ce temps loin de mon île, j’avais appris à soigner les gens, calmer les douleurs, opér

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