Traces de parcours
68 pages
Français

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Traces de parcours , livre ebook

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Description


Ceci n’est pas une fiction. Mais un voyage réel. Au Togo, au Canada, au Etats-Unis, au Mexique. On voyage au frais d’un auteur qui relate faits, situations et expériences personnelles dont l’écriture charme et captive.



Ceci n’est pas une fiction. Mais plutôt de vraies traces du parcours d’un auteur qui nous rappelle qu’il faut parfois arracher sa peau (métaphoriquement bien sûr) pour nourrir ses rêves et bâtir son chemin.



Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 554
EAN13 9782373162639
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Traces de parcours J’écris ce texte à B. Aziz Monsieur, c’est par manque de moyens… Non, merci Lis au nom de ton Seigneur qui a tout créé (Ne pas) Partir Le Moi est adorable Pressions Mes deux colocs Interview Aziz a un frère à Barça Les études, là-bas ? L’anglais  by heart L’invisible main voleuse Le chaos, l’amour Arrêts sur musique Es-tu heureux ? Hommage à un ami Derniers instants d’étudiant Je salue la générosité
J’écris ce texte à B. Aziz
Aziz fut mon élève dans un lycée public de Lomé. J’avais (et j’ai toujours) beaucoup de tendresse pour lui, et pour tous ceux qui sont brillants ou qui cherchent à l’être. Lycéen intelligent, studieux et toujours souriant, Aziz aimait m’approcher sous les arbres du lycée qui servaient de paillote et de lieu de repos pour les professeurs usés par la craie et le bavardage des élèves. Aziz me posait des questions. Calmement. Poliment. Parfois, ses préoccupations n’avaient rien à voir avec le cours de français que je dispensais. Mais il me les formulait quand même. Courageux, et certainement admiratif de ma petite personne qui se prenait alors pour un grand savant.
Quand j’ai commencé l’enseignement, tout jeune et habité par des envies autres, je détestais que les élèves viennent me voir, surtout entre deux cours ; ces moments de pause, de familiarité avec quelques collègues que j’admirais et avec qui j’aimais partager un rien de paroles. Mais au fil du temps, j’ai compris que l’enseignement allait au-delà du cours en classe, que les élèves, s’ils ne nous ont pas en horreur, nous considéraient souvent comme parents, frères aînés, mentors, voire confidents. J’exagère peut-être.
Quoi qu’il en soit, je fus tout cela pour Aziz pendant ses trois années de lycée. Il venait me voir régulièrement. Parfois sans grand-chose à me dire, il se pointait là, fidèle comme la poussière sur la ville de Lomé. Je finis un jour par lui donner mon numéro, et lui indiquer chez moi où il pourrait passer de temps en temps.
J’ai passé beaucoup de temps à lui parler, mais aussi à l’écouter parler. De lui. De sa famille qui est un foyer de problèmes (je lui dirai plus tard que toutes les familles ont le même sport favori : faire des problèmes). Je l’écoutais parler de ses parents qui ne sont parents que de nom. De ses camarades de lycée, ceux qu’il admirait, ceux qu’il ne supportait pas, avec des raisons qui m’étonnaient parfois. Je l’écoutais parler surtout de ses objectifs, de ses rêves et de ses plans pour la vie à venir, comme il disait. Plus je discutais avec lui, plus je me frayais des voies dans le monde des plus jeunes que moi.
Aziz eut le baccalauréat en 2014. J’ai quitté le Togo la même année. Et je fus rare sur les réseaux sociaux, et donc je n’ai pas réussi à garder contact avec lui. Je ne l’ai revu qu’en 2017. Moi, pressé (très mauvaise habitude acquise sur les routes de l’ailleurs). Lui, souriant. Il aurait voulu refaire certaines conversations. Boire un verre ensemble. Parler de ce qui nous est séparément advenu, de ce que chacun de nous cherche à devenir, de ce que nous continuons de questionner. Hélas, je partais pour New-York ce même jour.
J’écris donc ce texte à Aziz. Pour actualiser nos conversations (revues et agrémentées par les expériences et anecdotes puisées de mon parcours d’ici et d’ailleurs) qui pourraient servir d’autres personnes, notamment les jeunes qui désespèrent, qui ne se retrouvent pas dans ce chaos social qui nous sert de pays.
Monsieur, c’est par manque de moyens…
Aziz m’a parlé de ses frères et sœurs qui ont tous abandonné l’école. Ses deux frères aînés sont devenus ce qu’ils sont, c’est-à-dire qu’ils se débrouillent, l’un au port de Lomé, l’autre dans une boutique tenue par un Chinois. Ses trois sœurs vivent comme elles peuvent, tantôt chez un copain, tantôt chez la mère, tantôt chez un parent de leur père, au village
– Monsieur, je suis le benjamin et le premier à arriver jusqu’au lycée par je ne sais quel miracle.
– Aziz, pourquoi ils ont tous abandonné l’école ?
– Mais Monsieur, vous ne devez plus poser cette question, voyons ! Vous le savez déjà, Monsieur, c’est par manque de moyens.
Terrible phrase que ce bout de « manque de moyens » qui terrasse des destins et cloue des vies. Il est rare, le Togolais qui n’a pas encore entendu ce bout de phrase. Ce qui veut dire que le malaise est général, profond. À la fois gangrène et rengaine.
En réalité, partout il y a manque de moyens pour les citoyens ordinaires. Sauf qu’ailleurs le système étatique et financier est bâti sur ce manque de moyens. Aux États-Unis et au Canada par exemple, les parents et les étudiants ne soutiennent les études qu’à partir des prêts qu’ils mettent parfois toute leur vie à payer. Les sociétés nord-américaines fonctionnent ainsi : elles font des citoyens éduqués et endettés. Ce n’est pas l’idéal. C’est même malheureux. Mais c’est un malheur peut-être moins pénible que l’absence totale de possibilités de contourner ce fameux obstacle de manque de moyens.
Aziz serait ici qu’il me contredirait encore sur la responsabilité de l’État dans cette situation. Il maudirait plutôt sa famille, père, mère, tantes et oncles qui ne cessent de faire venir au monde des êtres neufs dont la chair servira à gonfler la misère quotidienne.
– Aziz, regarde, malgré l’absence de moyens, toi tu tiens bon !
– C’est grâce à quelques générosités des gens comme vous.
– Non Aziz. Tu tiens bon grâce à ton sourire et à ta joie au quotidien. Celui qui est joyeux crée de l’espace dans sa tête. Et plus il y a d’espace dans la tête, plus il y a de l’imagination. Celle-ci est le premier principe de la réussite. Celui qui utilise son imagination, celui qui sait imaginer, n’abandonne jamais. Il ne peut mourir de faim non plus. Il peut contourner tous les obstacles dans la vie. Aziz, ne laisse jamais la tristesse et le désespoir entrer dans ton jeune cœur, sauf si tu es un génie comme Arthur Rimbaud ou Yambo Ouologuem, capable de créer une grande œuvre artistique qui brûlera le reste de ta vie. Le manque de moyens est un fait social. Le manque d’imagination sera ta défaite personnelle, Aziz ; je te parle d’imagination en pensant à mon propre parcours. Nous étions tellement pauvres que très souvent, mon repas consistait à imaginer que j’ai mangé. Bien entendu, à l’époque, je ne connaissais pas le mot « imaginer » en lui-même, jusqu’au jour où un oncle, bagarreur devant tous les dieux du monde, m’a traîné jusqu’à la maison de l’instituteur qui m’avait battu sévèrement pour une faute d’orthographe dans mon nom de famille. Tout le monde avait peur de cet oncle dans le village. Revenu désaxé des plantations de cacao de la Côte d’Ivoire, il avait la colère facile, la haine éternelle et la bagarre à portée de mains. En nous voyant arriver, l’instituteur se mit à trembler. Et espiègle...

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